Le jardin botanique de l'université de Strasbourg est un jardin botanique fondé en 1619 au sein de l'ancienne Académie protestante de la ville, devenu deux ans plus tard université de Strasbourg. Sa création par des professeurs de la faculté de médecine de Strasbourg est due au besoin de formation de leurs étudiants.

À l'origine situé dans le quartier de la Krutenau, il déménage en 1884 au cœur du campus historique dans la Neustadt à l'arrière du palais universitaire après l'annexion de l'Alsace-Lorraine.

Il est le deuxième plus ancien jardin botanique de France après celui de Montpellier créé en 1593.

Historique Le premier jardin médicinal Au , l’Alsace est marquée par le développement de l’humanisme et la création de l’imprimerie par Gutenberg. Au , Strasbourg devient un des centres actifs de la Réforme. La ville, devenue protestante, fait passer dans le domaine public des biens de l’Église catholique et reconvertit les couvents pour développer l’enseignement. L’ancien couvent des Dominicains est reconverti en Gymnase en 1538 par Jean Sturm qui y regroupe les écoles latines et cours supérieurs de la ville. L’école est transformée en Académie en 1566 et élevée au rang d’université en 1621 par l’empereur Ferdinand II. Les premiers jardins botaniques naissent en Europe à la Renaissance au milieu du en Italie et à la fin du siècle en Allemagne et, en France, à Montpellier.

C'est dans ce contexte qu'en 1619, le Sénat de Strasbourg décide de créer un Jardin botanique sur un terrain du quartier de la Krutenau, anciennement dédié au culte et à l’inhumation des religieux du couvent Saint-Nicolas-aux-Ondes, déjà fermé en 1592. , professeur de médecine pratique à la faculté de médecine de l’Académie, y crée un Hortus medicus, un jardin de plantes médicinales classées selon leurs propriétés et leurs usages et destiné aux leçons médicales pour les étudiants de la faculté. Saltzmann, directeur du jardin de 1619 à 1652, y introduit aussi des espèces exotiques, à l'instar de celles cultivées dans les jardins botaniques de Montpellier et des universités italiennes qu'il a visitées.

Dès 1622, le jardin est qualifié de « splendissimus » par le professeur de botanique et d'anatomie, le médecin bâlois Gaspard Bauhin.

Quinze médecins se succèdent à sa direction entre 1619 et 1870. En 1691, le troisième directeur du jardin de 1686 à 1701, , publie sous forme de catalogue imprimé un premier inventaire des plantes du jardin, le Catalogus Plantarum Horti Academici Argentinensis. Les plantes y sont classées par ordre alphabétique et descriptif latin, selon la nomenclature de Gaspard Bauhin. L’étude des catalogues de plantes nous permet de comprendre l’évolution de la botanique de la fin de la Renaissance à la seconde moitié du . À cette époque, à la fin du , le jardin botanique de Strasbourg compte déjà plantes, des espèces médicinales locales et originaires du bassin méditerranéen, d’Inde ou des Amériques. Marcus Mappus a également doté le jardin botanique d'un cadran solaire polyédrique en 1694.

Les collections du jardin sont progressivement enrichies avec la création de serres et des agrandissements successifs pour atteindre presque un hectare. Mais l'ancien jardin botanique est à l'étroit sur moins d'un hectare, mal ensoleillé et difficile à approvisionner en eau. À deux reprises, des tentatives d'extension ou de déménagement du jardin échouent. Deux directeurs, Jean Hermann puis Antoine Laurent Apollinaire Fée s'y employent sans succès.

En 1870, pendant le siège de Strasbourg d'août à septembre, le jardin est réquisitionné pour enterrer des morts car l'accès aux cimetières est rendu impossible. En six semaines, 1653 cadavres sont enterrés dans les carrés du jardin, soit dans des tombes individuelles, soit dans des fosses communes sur plusieurs niveaux. Des tirs d'obus endommagent les serres mais plusieurs herbiers conservés dans le bâtiment de l'Académie sont sauvés pendant les bombardements. Une pluie de grêle lors d'un violent orage le achève de détruire les serres.

Le jardin de l’université impériale vignette|gauche|Le jardin botanique en cours d'aménagement en 1880. thumb|La serre et l'institut de botanique. thumb|Pièce d'eau, en arrière-plan le clocher de l'église Saint-Maurice. Après la guerre franco-allemande de 1870 et dès son couronnement comme Empereur d'Allemagne (en 1871), Guillaume lance un programme ambitieux pour la reconstruction de Strasbourg, avec notamment la création de l’Université impériale en 1880. L'Institut de botanique est créé entre 1880 et 1882.

Dès 1872, le botaniste et mycologue réputé Anton de Bary, premier recteur de l'Université wilhelminienne de Strasbourg et premier directeur de son Institut de botanique et du jardin, dresse les plans de l'ancien jardin de la Krutenau alors dévasté. Il planifie son déplacement et l'aménagement du nouveau jardin dans un espace beaucoup plus grand au cœur de la nouvelle université impériale. L'architecte de l'Université, Hermann Eggert, en dessine la composition en optant pour un style proche des jardins à l'anglaise, le Gartenstyl. Un premier cahier d'inventaire des plantes acquises est créé par De Bary et répertorie par ordre alphabétique toutes les acquisitions du jardin botanique de 1874 à 1896. Le jardin, doté de serres monumentales et d'un arboretum est inauguré le . De Bary avait insisté pour qu'une serre soit spécialement aménagée pour y faire pousser un nénuphar géant d'Amazonie, le Victoria Regia. Cette serre coûteuse de , aujourd'hui appelée serre de Bary, est endommagée en 1958 par un orage de grêle.

Description du jardin botanique actuel thumb|200px|Nymphaea capensis dans la serre. vignette|Une grenouille photographiée au Jardin botanique. Le jardin actuel est situé à l'arrière du campus historique. En son centre se dresse l'observatoire astronomique de Strasbourg. Il comporte également une pièce d'eau.

Très gravement endommagées par un orage en 1958, les grandes serres sont détruites en 1963, pour laisser la place aux nouveaux bâtiments de l’Institut de Botanique. La réalisation des locaux actuels et de la serre froide et serre chaude est effectuée sous la direction du doyen Henri Jean Maresquelle, directeur du Jardin de 1945 à 1968. La construction est achevée en 1967. Le Jardin botanique conserve la même superficie qu'à sa création. Seule la serre de Bary est conservée et partiellement rénovéeJardin Botanique de l’Université de Strasbourg, Historique, Unistra..

Le jardin botanique de l’Université de Strasbourg est inscrit aux Monuments historiques le . La serre dodécagonale de Bary (ancienne serre Victoria) est classée monument historique le Monuments Historiques, Jardin botanique Strasbourg avec son mur de clôture d'origine, exception faite des constructions modernes (cad. 92 18) inscription MH 1990/12/07, classement MH 25/03/1993; Serre Victoria (cad. 92 18), classement MH 25/03/1993, Patrimoine architectural (Mérimée), Notice PA00085285, 16/06/1993..

Le Jardin Botanique est également classé Jardin remarquable depuis 2004Jardins remarquables, Région Grand Est, Ministère de la Culture, Drac Grand Est..

Mission Ce jardin a une triple vocation, botanique (en liaison avec l’Institut de botanique), historique et universitaire.

Ouvert au public, il constitue un lieu de promenade particulièrement apprécié par les Strasbourgeois.

L'association des Amis du Jardin Botanique de l'Université de Strasbourg (AAJBUS) créée en 1983 réunit des amateurs de plantes et de jardins et soutient le Jardin Botanique de l'Université de Strasbourg à travers une convention de partenariat entre l'association et l'Université de Strasbourg. L'AAJBUS propose des activités pédagogiques et des événements dont les recettes sont réinvesties dans des achats pour le jardin botanique. Elle met à disposition de ses membres une bibliothèque de plus de 1350 livres et revues hébergée dans les locaux de l’Institut de Botanique où elle a également son siège social.

Les serres thumb|200px|Serre de Bary.

Le complexe de serres est dessiné par Eggert. Il comprend trois serres communicantes. Le dôme central abrite un palmarium (Palmenhaus), avec une serre à palmiers chaude et humide haute de . De part et d’autre sont disposées deux serres tempérées, non ouvertes au public, qui renfermaient des collections spécialisées représentant différents milieux naturels. L’ensemble des surfaces vitrées est de et les toitures peuvent être occultées par des claies en bois lorsque l’ensoleillement est trop fort. Les grandes serres sont édifiées entre 1880 et 1885. Elles sont parachevées dans une seconde phase de travaux après 1885. Les petites serres tempérées sont achevées en 1884. Elles sont adossées côté nord à un bâtiment monumental principal en pierre abritant la chaufferie au charbon avec circulation d’eau chaude et des locaux techniques à destination des jardiniers.

Les serres monumentales sont détruites en par un violent orage de grêle et remplacées par un bâtiment moderne.

La « Serre Victoria » (ou serre aquarium), aujourd'hui appelée serre de Bary, est vouée à la culture des plantes aquatiques tropicales. Elle est séparée de l’ensemble des serres monumentales et dispose donc de sa propre chaufferie avec sa cheminée en briques bien reconnaissable. La structure vitrée à douze côtés abrite un bassin central de sept mètres de diamètre où l’eau était maintenue entre 25 et . Ce bassin permettait de cultiver le nénuphar géant (Victoria regia), une plante aquatique originaire du bassin de l’Amazone introduite en Europe au milieu du .

Également endommagée en 1958 par l'orage de grêle, elle fait l'objet d'un appel à la générosité pour sa restauration.

Espèces remarquables présentes L'Arboretum du jardin botanique comprend environ et arbustes dont quelques arbres remarquables : un faux-noyer du Caucase, un séquoia géant et cinq cyprès chauves dont un Taxodium ascendens, assez rare en Europe.

Le séquoia géant est l’un des premiers arbres à avoir été planté par les Allemands en vue de la création du nouveau jardin botanique à la Krutenau en 1883. L'arbre, né en 1880, est déraciné dans la Sierra Nevada et transporté pour être replanté à Strasbourg. La même année, alors qu’il n’a que quelques mois, il doit endurer la rudesse de l'hiver alsacien de 1880. En 1882, des inondations affaiblissent son écorce naissante. Au milieu d'un ensemble de très grands arbres comme des Ginkgo, Torreya et Cryptoméria, le séquoia a du mal à étendre ses branches et entame une croissance rapide, de 12 à en 20 ans. En , la foudre le blesse tout le long de son tronc, lui laissant une longue cicatrice. Quelques mois plus tard, il perd sa cîme dans un coup de vent. Son sommet est dédoublé mais se reconstitue en cône. En 2011, le séquoia mesure de circonférence et de hauteur.

Documentée par Françoise Deluzarche, conservatrice adjointe de l’herbier de l’Université de Strasbourg, l'histoire de la plupart des arbres du jardin botanique plantés après la guerre franco-allemande de 1870 montre qu'ils n’ont pas survécu un siècle.

Le jardin botanique de l'Université de Strasbourg contient environ plantes dont près de sont décrites dans une série d'articles entre 1983 et 2023 par un des directeurs du jardin botanique de Strasbourg, Bernard Heitz. Les chroniques, étalées sur plus de 40 ans, sont compilées et publiées en deux volumes en à l'occasion des Journées européennes du patrimoine, fêtant également les 40 ans de l’association des Amis du jardin botanique et célébrant l'année Strasbourg, Capitale mondiale du livre Unesco 2024.

Le cadran solaire Marcus Mappus, troisième directeur du jardin botanique de 1686 à 1701 et auteur d'un catalogue des plantes du jardin, a également fait ériger en 1694 un cadran solaire. Son polyèdre en grès à vingt-six faces permet d'indiquer l’heure en toute saison.

Il est en grès des Vosges et composé de deux parties : le bloc gnomonique et un socle.