Abdolhossein Teymourtash est un homme politique iranien né à Bojnourd en 1883 et mort à Téhéran le . Il est ministre de la Cour de la dynastie Pahlavi de 1925 à 1933 et joue un rôle crucial dans l'établissement des bases de l'Iran moderne au .
Enfance et adolescence thumb|200px|right|Teymourtash en jeune cadet Abdolhossein Teymourtash est né dans une famille d'aristocrates iraniens en 1883. Son père Karimdad Khan Nardini était un gros propriétaire terrien du Khorasan, province du nord de l'Iran, limitrophe de la Russie. Désireux de faire bénéficier son fils de la meilleure éducation accessible aux Iraniens à la fin du , le père de Teymourtash l'envoya en Russie tsariste dès l'âge de treize ans.
Après plusieurs années à l'école préparatoire d'Achgabat, capitale de l'actuel Turkménistan alors située en Russie, Teymourtash fut envoyé à Saint-Pétersbourg pour y poursuivre ses études. Il fut admis comme cadet (élève officier) à l'académie militaire impériale, une école destinée aux fils de l'aristocratie russe. L'enseignement dominant était constitué d'études militaires et administratives, mais il permit également au jeune Teymourtash d'apprendre parfaitement le russe et le français, ainsi que de se familiariser avec l'anglais.
Son séjour de onze années en Russie éveilla chez Teymourtash une passion pour les littératures russe et française, passion qui devait lui rester jusqu'à la fin de sa vie. C'est ainsi qu'il fut le premier Iranien à traduire en persan des œuvres de Lermontov et de Tourguéniev.
Retour en Iran thumb|right|200px|Teymourtash en Suède thumb|right|200px|Teymourtash et la délégation iranienne En raison de son absence prolongée, l'une des premières tâches à laquelle Teymourtash s'attela lorsqu'il revint dans son Iran natal fut d'améliorer son persan avec l'aide d'un professeur pendant une retraite d'environ six mois dans le domaine familial. Il perfectionna la connaissance de sa langue maternelle et s'abreuva de poésies et d'œuvres littéraires. La discipline qu'il s'imposa alors et la clairvoyance dont il fit preuve en la mettant en œuvre lui permit par la suite de faire partie des orateurs les plus talentueux du parlement iranien.
Abdolhossein Teymourtash épousa Sorour ol-Saltaneh, nièce du régent Azod ol-Molk et parente avec le gouverneur du Khorasan, Nayer ol-Dowleh. Mozaffaredin Chah attribua au jeune marié le titre de Sardar Moazzam Khorassani, en guise de félicitation.
Le premier poste de Teymourtash fut un modeste emploi de bureau comme traducteur de russe au ministère des affaires étrangères. Peu après, grâce aux relations de son père à la Cour, il fut nommé membre de la délégation qui venait de se constituer dans le but d'aller annoncer l'intronisation du nouveau roi Qajar, Mohammad Ali Chah, dans les capitales européennes.
La révolution constitutionnelle Alors que la dernière année du séjour de Teymourtash à Saint-Pétersbourg coïncidait avec les soulèvements et les révoltes qui devaient culminer lors de la révolution russe de 1905, l'Iran s'engageait également dans la révolution constitutionnelle.
Malgré les fermes tendances royalistes de son père et ses attaches à la Cour royale, le jeune Teymourtash devint un membre actif de la société constitutionnelle dirigée par Malik al Mutakallimin dans le Khorassan. Bien que la plupart des membres de cette société aient été de simples marchands et des gens de condition modeste, et très peu de notables instruits, Teymourtash révéla ses tendances progressistes en prenant à cœur les idées constitutionnelles et la détermination de ce groupe au sein duquel il joua un rôle dirigeant.
L'implication active de Teymourtash dans les rassemblements constitutionnels lui valut, le temps venu, d'être nommé chef des forces populaires constitutionnalistes qui s'opposaient à la décision du Chah de prendre d'assaut le parlement, dans lequel ces forces avaient élu domicile pour exiger des droits constitutionnels. Pendant toute la durée des événements, Teymourtash s'employa à entrainer des membres volontaires de la milice constitutionnelle et fit preuve de bravoure lors des escarmouches avec les forces royalistes mieux armées et plus nombreuses. Malgré les efforts acharnés des constitutionnalistes, les forces royalistes parvinrent à prendre le parlement d'assaut et à dissoudre l'assemblée nationale.
Élection au parlement et début de carrière politique thumb|300px|right|Teymourtash parmi les députés de la . Quelques années plus tard, lors des élections nationales pour le second parlement, Teymourtash y fut élu à l'âge de 26 ans comme représentant de Nichapur, ville de sa province natale du Khorassan. Il était le plus jeune membre de l'assemblée. Lors des élections suivantes, il fut réélu député aux (1914-1915), (1921-1923), (1924-1926) et (1926-1928) assemblées nationales. Néanmoins, étant donné le caractère sporadique des convocations au parlement iranien, il allait accepter d'autres responsabilités politiques à exercer pendant les longues périodes qui s'écoulaient entre la dissolution d'une assemblée et la reconstitution de la suivante.
La tentative d'ingérence britannique Bien que la Perse soit restée neutre pendant la Première Guerre mondiale, le pays subit plus de dégradation économique que les autres puissances neutres de l'époque. Néanmoins, le nouveau gouvernement soviétique renonça en 1918 à toutes les concessions accordées auparavant par la Perse à la Russie tsariste.
Désireuse de mettre à profit le retrait des troupes militaires soviétiques et la décision des autorités soviétiques de diminuer leur influence sur la politique intérieure de la Perse, la Grande-Bretagne décida que le temps était venu de consolider son contrôle sur le pays. Les Britanniques demandèrent donc au gouvernement perse de renoncer à une partie de sa souveraineté financière, militaire et diplomatique en échange d'une aide financière et militaire. Les Britanniques arrivèrent à leurs fins en distribuant des pots-de-vin à différents ministres pour s'assurer de leur accord sur la mise en place d'un protectorat britannique sur la Perse. Il fut convenu que ces accords ne seraient pas rendus publics, et qu'ils étaient justifiés par la situation précaire dans laquelle se trouvait la Perse à l'issue de la guerre.
Cependant, le secret entourant la négociation des accords de 1919 et le refus du parlement de les ratifier incita les nationalistes à profiter de l'occasion pour galvaniser l'opinion publique contre ces accords. Conscient de la montée de la controverse, le gouvernement, sur le conseil du gouvernement britannique, empêcha la réunion de l'assemblée, dont il pensait qu'elle refuserait de ratifier les accords. C'est alors que Teymourtash émergea comme l'un des principaux opposants aux accords en participant à la rédaction d'une proclamation générale signée par 41 membres du parlement, proclamation connue sous le nom de « Déclaration de vérité » et qui dénonçait les accords de 1919. Cette proclamation se révéla efficace pour dresser l'opinion contre les accords et amener le gouvernement britannique à en abandonner l'idée.
La sédition du Gilan Abdolhossein Teymourtash occupa le poste de gouverneur de la province du Gilan de 1919 à 1920, période pendant laquelle sa priorité fut de s'opposer aux forces séparatistes conduites par Mirza Kuchak Khan qui recevait de l'aide du nouveau gouvernement bolchévique de l'Union Soviétique voisine.
La république soviétique du Gilan fut déclarée en , après le retour de Teymourtash à Téhéran, et elle dura jusqu'en . Soucieux de préserver l'intégrité territoriale de la Perse face aux troupes séparatistes de Mirza Kuchak Khan, Teymourtash, accompagné de Seyyed Zia'eddin Tabatabai, sollicita de la légation britannique une aide pour résister aux insurgés du nord. En échange d'une aide financière britannique, il proposa de commander personnellement les troupes destinées à repousser Mirza Kuchak Khan et ses hommes. Cette proposition ne fut en définitive pas retenue par les Britanniques.
Le coup d'État militaire thumb|right|200px|Portrait officiel Le , un groupe d'activistes politiques anglophiles conduits par Seyyed Zia'eddin Tabatabai, jeune journaliste en pleine ascension, organisa un coup d'État qui renversa le gouvernement iranien, tout en prétendant préserver la monarchie qajar. L'homme fort à la tête de la brigade cosaque persane qui fit une descente sur Téhéran était Réza Khan, dont la mainmise sur la cavalerie s'accrut lorsque les officiers tsaristes quittèrent l'Iran à cause du soulèvement révolutionnaire et de la guerre civile qui s'empara de leur pays.
Alors que le coup d'État ne devait durer qu'une centaine de jours, il s'avéra être la pierre d'achoppement qui permit à Réza Khan de renforcer son pouvoir et qui devait lui permettre de s'élever jusqu'au trône quelques années plus tard. Bien que, selon les archives britanniques, Seyyed Zia'eddin Tabatabai offrît un portefeuille de ministre à Teymourtash, celui-ci refusa d'intégrer son gouvernement. À l'issue du coup d'État, un certain nombre de figures politiques iraniennes, dont Teymourtash, furent emprisonnés afin d'enrayer l'opposition au régime. Teymourtash ne faisait pas partie initialement des membres du parlement qui devaient être emprisonnés. La décision de l'arrêter fut prise à la suite d'un échange qu'il eut avec un diplomate britannique, échange au cours duquel il accusa publiquement le gouvernement britannique d'avoir fomenté le putsch conduit par Tabatabai et Réza Khan. Après un court séjour en prison, Teymourtash fut maintenu en exil à Qom jusqu'à l'effondrement du coup d'État quelques mois plus tard.
Peu après la fin de son exil, Teymourtash retourna à Téhéran et fut nommé ministre de la Justice dans le cabinet de Hassan Pirnia avec la tâche d'engager le processus de modernisation de la structure judiciaire en Iran sur la base du modèle français. La chute du gouvernement, qui survint peu après, ne lui permit pas de procéder à une restructuration fondamentale.
À l'avènement d'un nouveau gouvernement, , Teymourtash fut appelé au poste de ministre des Travaux publics. Il soumit alors au parlement en 1924 une proposition détaillée d'impôts sur le thé et le sucre destinés au financement du chemin de fer trans-iranien, projet qui fut achevé en 1939 sur des capitaux entièrement iraniens.
Teymourtash introduisit également une législation annulant le monopole français sur la concession des fouilles archéologiques. Cette mesure ne fut adoptée par le parlement qu'en 1927.
Culture et littérature Pendant les années 1920, parallèlement à ses diverses activités politiques, Teymourtash s'investit aussi considérablement dans la culture et la littérature. Ayant fréquenté de longue date nombre d'écrivains et d'intellectuels iraniens de premier plan, il rejoignit le comité de rédaction de la Majaleh-ye Daneshkadeh (La Revue de la Faculté), fondée par l'intellectuel Mohammad Taghi Bahar.. Ainsi qu'en témoigne Said Nafisi, membre du comité de rédaction de Majaleh-ye Daneshkadeh, Teymourtash y contribua de manière significative à travers des articles et des traductions signés « S. M. Khorasani ».
L'intérêt permanent que Teymourtash portait à la littérature allait l'amener à soutenir et à faire financer par le gouvernement le projet entrepris par Allameh Ghazvini de recopier de vieux manuscrits persans disponibles dans certaines bibliothèques européennes.. Ce financement permit à Allameh Ghazvini de passer de nombreuses années à visiter des bibliothèques à Londres, Paris, Saint-Pétersbourg, Berlin et au Caire, où il recopia des manuscrits rares qu'il envoya à Téhéran pour être utilisés à des fins pédagogiques.