Une , aussi appelée ou , est au Japon une artiste et une dame de compagnie, qui consacre sa vie à la pratique artistique raffinée des arts traditionnels japonais pour des prestations d'accompagnement et de divertissement, pour une clientèle très aisée. Elle cultive le raffinement artistique dans divers domaines tels que l'habillement en kimono, la musique classique, la danse, les rapports sociaux et la conversation, et les jeux... Le mot « geisha » peut s’interpréter comme « personne d’arts » ou « femme qui excelle dans le métier de l'art ».
Les geishas étaient nombreuses aux et s. Elles existent encore dans le Japon contemporain bien que leur nombre soit en constante diminution : estimé à dans les années 1980, il n'est plus que d'environ 200 de nos jours, principalement à Kyōto dans le quartier de Gion . Lien archivé sur archive.org . Cependant, en raison d'une meilleure communication sur les activités des geishas notamment par la télévision et Internet, le nombre d'apprenties geisha (maiko) a connu récemment une nette augmentation..
L'institution multiséculaire des geishas entretient un rapport étroit et complexe avec le phénomène de prostitution — entre idéalisation de leur rôle et de leurs activités et réalités historiques et sociales () in Sandra R. Leiblum (dir), Principles And Practice of Sex Therapy, Guilford Publications, 2007, .Sabine Fruhstuck écrit que les trois quarts des geishas en 1925 étaient peu ou prou des prostituées in Colonizing Sex: Sexology and Social Control in Modern Japan, University of California Press, 2003, . () écrit .. Il est toutefois certain que l'octroi de relations sexuelles par la geisha à son client n'a jamais été entendu comme systématique ou allant de soi.
Vocabulaire 75px|vignette|gauche|Les deux kanjis du mot geisha. Le mot geisha se compose de deux kanjis signifiant et ; une geisha est donc littéralement une « personne qui pratique les arts » (on peut aussi utiliser le mot « artiste », bien que la traduction ne soit pas parfaitement fidèle). Les termes ou sont également employés.
En , le dialecte de Kyōto, les geishas sont dénommées , et leurs apprenties, . Dans d'autres régions du Japon, principalement à Tōkyō et dans le reste du Kantō, on préfère utiliser le mot geisha, tandis que les termes et d’ désignent les jeunes filles en apprentissage.
Les geishas appartiennent au . Selon la geisha Mineko Iwasaki, une geisha doit avoir la délicatesse d'une fleur ainsi que la force et la souplesse d'un sauleMineko Iwasaki, Ma vie de geisha.
Les geishas spécialisées dans la danse (buyō) ou le jeu d’un instrument à vent ou de percussion, plus jolies, étaient appelées , et celles spécialisées dans le chant ou le jeu d'un instrument à corde, , les secondes étant considérées comme des accompagnatrices des premières.
Historique
vignette|Geisha jouant du shamisen, ukiyo-e de 1803. L'ouverture des dans les quartiers de plaisirs en 1712 marque le début du métier de geisha. Les geishas sont le résultat de l'évolution des ou .
Ainsi, les premiers geishas étaient des hommes, dont le travail était principalement de divertir, par des chants et de la musique, les clients des maisons de théLiza C. Dalby, Geisha.
Au début de leur intégration aux geishas, dans les années 1750, les femmes étaient appelées , ou à Kyōto. Elles devinrent rapidement plus nombreuses que les hommes, qui prirent le nom d' pour se différencier des femmes. À partir de 1800, toutes les geishas étaient des femmes.
En 1779, le gouvernement japonais officialisa le métier de geisha et créa un , destiné à recenser les geishas et à faire respecter la loi. Celle-ci indiquait que seules les prostituées patentées pouvaient avoir des relations sexuelles avec leurs clients, et pas les geishasÀ cette époque et jusqu'au début du , le gouvernement japonais autorisait la prostitution mais la contrôlait : les prostituées devaient posséder une licence délivrée par l'État pour exercer leur métier. À l'inverse, la licence de geisha interdisait à sa détentrice d'avoir des relations sexuelles avec ses clients, et il était normalement impossible de cumuler ces deux licences. (source : Liza C. Dalby, Geisha)Eric Faure, Fetes Traditionnelles a Kyoto, L'Harmattan, 2003, ..
En 1842, la réforme Tenpō proscrivit la prostitution et fit fermer les quartiers de plaisirs, mais ceux-ci rouvrirent en 1851. En 1886, afin de garder le contrôle sur les activités des geishas, le gouvernement fixa un tarif officiel pour leurs activités.
Jusqu'au début du , les geishas étaient considérées comme à la pointe de la mode () écrit H. Paul Varley in Japanese Culture, University of Hawaii Press, 2000, ., à tel point qu'avec l'occidentalisation du Japon dans les années 1920-1930, on vit apparaître des geishas s'habillant et dansant à l'occidentale, surnommées dansu geisha. Mais beaucoup d'entre elles s'opposèrent à cette modernisation et se posèrent en gardiennes de la tradition japonaise, ce qui est toujours le cas actuellement.
En 1944, pendant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement fit fermer les quartiers de plaisir et envoya les geishas travailler en usine pour soutenir l'effort de guerre. Le , les quartiers de plaisir rouvrirent. L'interdiction totale de la prostitution en 1957 démarqua définitivement les geishas des prostituées. À la même époque, de nouvelles lois sur le travail des enfants et la scolarité obligatoire interdirent aux filles de devenir maiko avant quinze ans.
En 1965, la dénombrait à Kyōto 65 maiko, chiffre qui chuta ensuite jusqu'à 28 en 1975, avant de remonter et se stabiliser à une moyenne de 60 maiko dans les années 1990. En 1993, le gouvernement japonais décide d'interdire les rendez-vous officiels dans les ryōtei (restaurants traditionnels haut de gamme où se produisent les geishas) pour ses membres, et est suivi dans cette décision par le monde de la finance et de l'industrie..
Ces dernières années, on observe un engouement nouveau pour la profession de geisha au Japon, avec pour la première fois en plus de 100 maiko (101 exactement) dans les cinq hanamachi de Kyōto. Il semblerait que cet engouement soit notamment dû au nombre grandissant d'informations disponibles sur ce métier : livres, reportages et documentaires télévisés, mais aussi blogs et sites web personnels de maiko ou de geishas..
Geishas de Kyōto Kyōto est traditionnellement la ville des geishas, c'est dans cette ville que les premières geishas ont fait leur apparition. De nos jours, c'est dans cette ville qu'elles sont les plus nombreuses.
Apparence Habillement vignette|gauche|Deux maiko arborant le kimono, la coiffure et le maquillage traditionnels. Le vêtement des geishas est un kimono de soie décolleté dans le dos, surnommé obebe dans le dialecte de KyōtoArthur Golden, Geisha. Les couleurs du kimono se choisissent selon la saison, mais aussi selon l'âge de la porteuse : les jeunes femmes portent des couleurs vives tandis que les geishas de plus de trente ans choisissent des couleurs plus discrètes.
Le kimono est plus ou moins épais selon la saison : le kimono d'été, ro, est en simple gaze de soie ; le kimono d'automne ou hitoe est en soie non doublée. Enfin, le kimono d'hiver, awase, est doublé de crêpe.
Le kimono est noué dans le dos par une large ceinture de soie, nommée obi (帯 ou おび). Cet obi se noue différemment selon l'âge de la geisha : les femmes mûres le portent en , mais les maiko le portent , avec un nœud qui remonte jusqu'aux omoplates, le bout de lobi traînant presque par terre. Un tel nœud nécessite un obi de plusieurs mètres de long. Ce nœud dans le dos distingue les geishas des oiran et autres prostituées, qui nouaient leur obi sur le devant pour pouvoir l'enlever et le remettre plusieurs fois au cours d'une soirée.
Enfiler un kimono et nouer un obi est une opération complexe, d'autant plus que, les kimonos étant tous de la même longueur quelle que soit la taille de la porteuse, il est généralement nécessaire de replier le tissu du kimono sous lobi, sauf pour une geisha très grande. C'est pourquoi les geishas font souvent appel aux services d'un « habilleur » professionnel.
vignette|Obi d'une maiko (à gauche) et d'une geisha confirmée (à droite). Les kimonos sont fabriqués et peints à la main, ce qui les rend très chers : entre et pour un bon kimono.
En dehors des kimonos « ordinaires », les geishas portent pour les cérémonies importantes un kimono appartenant à leur okiya, de type kurotomesode, noir avec cinq kamon (blasons) de lokiya.
En guise de sous-vêtements, les geishas portent un koshimaki ou « couvre-hanches », une simple bande de tissu fin enroulée autour des hanches, puis une combinaison. Cette combinaison doit être en harmonie avec les couleurs du kimono, car elle apparaît en deux endroits : au niveau des chevilles quand la geisha relève son kimono pour marcher, et au niveau du col. Ce col est traditionnellement cousu chaque matin à la combinaison choisie par la geisha, puis décousu le soir pour être lavé. Il est rouge — couleur associée à l'enfance — pour les maiko, et blanc pour les geishas confirmées.
Les geishas portent aux pieds des chaussettes tabi et des sandales de bois (geta).
Maquillage Bien souvent le maquillage que l'on associe aux geishas est en réalité celui des maiko. La distinction entre les deux réside dans le port du rouge à lèvres. Les geishas ont les lèvres entièrement teintes. Chez les maiko, lors de leur première année d'exercice, seulement la lèvre inférieure est teinte pour signifier qu'elle est nouvelle et inexpérimentée.
Le visage est entièrement fardé de blanc (oshiroi), par-dessus une couche d'huile appelée bintsuke-abura. Le maquillage est étalé à l'aide d'une brosse de bambou, puis l'excédent est tamponné avec une éponge. Autrefois, ce maquillage pouvait contenir du plomb, si bien que beaucoup d'anciennes geishas souffraient de maladies et de problèmes de peau. De nos jours, il est à base de poudre de riz. La nuque est également maquillée de blanc, en laissant apparaître une partie de la peau de la geisha. Les joues, les yeux et les lèvres sont maquillés de rose et de rouge. Les sourcils et le contour des yeux sont tracés avec un bâtonnet de charbon de paulownia, ou avec du khôl. La bouche peut être entièrement teintée de rouge, mais beaucoup de maiko maquillent uniquement leur lèvre inférieure, de façon à avoir un air boudeur.
Le maquillage est une opération délicate, et les maiko se font souvent aider par leur okāsan ou par une maquilleuse lorsqu'elles débutent ; par la suite, elles doivent apprendre à faire leur maquillage elles-mêmes. Au fur et à mesure de leur carrière, elles diminuent la quantité de maquillage ; les geishas de plus de trente ans ne portent quasiment plus de maquillage, sinon dans les grandes occasions.
Coiffure vignette|gauche|Perruque représentant une coiffure de maiko. Les coiffures des geishas sont des chignons traditionnels japonais. Elles sont faites chez un coiffeur spécialisé et doivent tenir une semaine. Afin de ne pas aplatir leur coiffure, les geishas doivent dormir sur un « repose-nuque », le takamakura.
Les chignons nécessitant de tirer beaucoup sur les cheveux au sommet du crâne, beaucoup d'anciennes geishas ont une calvitie. Cela tend à disparaître de nos jours, d'une part parce que les maiko débutent plus tard qu'avant, et d'autre part parce que certaines geishas utilisent des perruques.
La coiffure typique des maiko est dite en « pêche fendue » (momoware ou wareshimomo) ; il s'agit d'un chignon divisé en deux et au milieu duquel apparaît une étoffe de soie : . Les geishas plus âgées portent d'autres types de chignon comme le marumage. Les chignons sont ornés de peignes, ainsi que d'épingles à cheveux nommées kanzashi.
Mode de vie et carrière vignette|Ruelle de Ponto-chō à Kyōto. Les geishas vivent dans des quartiers réservés, nommés , ce qui signifie « ville fleur ». Les hanamachi les plus célèbres de Kyōto sont et .