Le centre de détention d’Eysses est un établissement pénitentiaire situé à Eysses, ancien village devenu quartier de Villeneuve-sur-Lot, en France. Implanté dans une ancienne abbaye bénédictine, il est successivement une maison centrale, une colonie pénitentiaire et aujourd'hui un centre de détention.
Histoire
L'abbaye était placée sous le double patronage de saints Gervais et Protais et son existence est attestée dès l’an 1008..
Un arrêté du transforme l'abbaye en établissement pénitentiaire« Eysses, Établissement pénitentiaire – centre de détention », sur le site du ministère de la Justice français, annuaires.justice.gouv.fr, ..
Maison centrale (1808-1895) Par décret impérial du est créée une maison centrale « de force et de réclusion », laquelle détiendra des hommes et des femmes condamnés à des peines d’emprisonnement de plus d'une année et venant des Hautes-Pyrénées, du Gers, des Landes, de la Haute-Garonne, du Lot, de la Gironde, de la Dordogne et de Lot-et-GaronneJ.-N. Proché, Annales de la ville d'Agen pour faire suite à l'abrégé chronologique des Antiquités, , Revue de l'Agenais, 1882, tome 9 (lire en ligne). Le travail est industriel et agricole, la ferme comprend treize hectaresconsulter La colonie pénitentiaire d'Eysses 1895-1938 à travers un fait divers tragique, Gilles PERELLE, Sous-Directeur stagiaire, 27 Promotion ENAP, 1998 consultable sur http://data.decalog.net/enap1/Liens/fonds/F17C65.pdf.
Colonie pénitentiaire (1895-1940)
En 1895, le ministre de l'Intérieur décide de transformer la maison centrale en « colonie pénitentiaire pour mineurs » par application de la « Loi Corne » du . Cette loi dispose que les mineurs doivent recevoir « une éducation religieuse, morale et professionnelle ».
Cela concerne des mineurs acquittés mais orphelins ou vagabonds (article 66 du code pénal), des mineurs condamnés à des peines de plus de six mois ainsi que des mineurs en « correction paternelle » (le code civil de 1804 permet aux pères de famille mécontents de la conduite de leur fils de saisir le juge, pour placer le mineur sous ce régime payant). Cette loi va favoriser l’enfermement massif au détriment d’autres solutions, comme le patronage.
D’emblée, Eysses a vocation à accueillir les « fortes têtes » des autres colonies pénitentiaires (Belle-Île-en-Mer, Aniane, Saint-Maurice et Saint-Hilaire) ainsi que les mineurs condamnés à des peines supérieures à deux années.
Le est inaugurée ce qui restera jusqu'en 1940 la « colonie correctionnelle ». Avec Gaillon, Eysses sera la deuxième colonie correctionnelle de tout l’arsenal pénitentiaire français.
En effet, depuis le , l’enfance délinquante inquiète les autorités ; elles se préoccupent de les arracher à la ville « corruptrice » pour les régénérer à l’air pur des travaux agricoles et c'est ainsi que les colonies correctionnelles se multiplient dans la seconde moitié du . Eysses offre un cadre parfaitement adapté à cet objectif.
Le décret du , soucieux de dissimuler le caractère pénal, transforme la dénomination en celle de « maison d'éducation surveillée », Eysses recevant la mention « quartier correctionnel ».
La colonie d’Eysses est structurée en trois quartiers distincts : la section pénitentiaire pour mineurs condamnés mais considérés transférables dans des colonies ordinaires pour y terminer leur peine ; le quartier correctionnel pour les mineurs indisciplinés, envoyés par l’Assistance Publique sur saisine du préfet, « pour actes d’immoralité, de violence de cruauté ou donnant des sujets de mécontentement graves » (c'est-à-dire : tentative d’évasion, bagarres, menaces sur le personnel) ; la section de répression pour les mineurs condamnés à des peines supérieures à deux ans. Les mineurs relégables (dont la durée d’emprisonnement dépassera leur majorité) ne sont pas soumis à la relégation aux bagnes.
Un quartier spécial accueille ceux atteints de maladies vénériennes comme la syphilis.
Les conditions de détention y sont les plus rudes et les plus indignes. Les mineurs condamnés ont le crâne rasé, ils portent de mauvais vêtements et des sabots. Les révoltes se multiplient dans ce qui devient le pire des « bagnes d’enfants » de France, celui d'« Eysses la maudite ».
En , la mort de l’un d’entre eux, Roger Abel, dans des conditions particulièrement révoltantes, va remettre en cause tout le système pénal appliqué aux mineurs.
Le scandale d’Eysses est dénoncé à travers une campagne de presse puis les articles d'Alexis Danan dans Paris-Soir. Il aboutira a des réformes de fond.
Sous le régime de Vichy Pendant la Seconde Guerre mondiale, le centre de détention devient le lieu de rassemblement le plus important de prisonniers politiques condamnés par le régime de Vichy pour « menées communistes, terroristes, anarchistes ou subversives »André Brissaud (préface de Robert Aron), La Dernière année de Vichy (1943-1944), Librairie Académique Perrin, Paris, 1965, 587, 274-275...
En , il reçoit la majeure partie des détenus politiques venant de l'ensemble de 24 prisons en majorité de la zone Sud. Les mois suivants arrivent des détenus de la zone Nord, si bien que le , l'établissement devient « à 90 % une prison de résistants ».
Les détenus politiques s'organisent autour d'un comité issu du Front national, organisation de la Résistance intérieure française et obtiennent rapidement de la direction le régime politique de détention, plus souple. Ils éditent des journaux, Le Patriote enchaîné et L'Unité. Ils parviennent à cacher des armes et constituent un bataillon FFI clandestin, le « bataillon d'Eysses ».
Évasions Le , réussissent à s'évader avec la complicité de deux gardiens..
Bataille d'Eysses
Le , une bataille est déclenchée à l'occasion de la visite de l'inspecteur général des prisons : de 23 nationalités détenus dans ce site se rendent maîtres des lieux dans l'espoir de gagner les maquis du Lot-et-Garonne. Ils font prisonnier le directeur de la centrale, un dénommé Chivot ou Schivo, milicien, ami de Joseph Darnand, secrétaire général au Maintien de l’ordre de Vichy, ainsi que et membres du personnel. Dans sa première phase, l'opération est une réussite mais à l'alerte est donnée par des prisonniers de droit commun. Les Groupes mobiles de réserve (GMR) interviennent ainsi que l'artillerie allemande et après plus de treize heures de lutte, les prisonniers se rendent après avoir obtenu l'assurance du directeur de la centrale qu'il ne serait pas exercé de représailles. Darnand se rend sur place et ordonne la tenue d'une cour martialeUne loi du autorisa Darnand à constituer des cours martiales sommaires (il n'y avait ni procureur ni avocats) : trois juges, siégeaient anonymement et prononçaient en quelques minutes des condamnations à mort exécutables immédiatement. Deux d''entre eux furent identifiés par l'historien Jean-Pierre Koscielniak en 2018..
Le , , dont Roger Brun., sont condamnés à mort à et fusillés à , par un peloton de gardes mobiles. Joseph Darnand avait demandé en représailles de l'insurrection.
Le , sont livrés par l'État français à la division SS « Das Reich » qui les conduit à la gare de Penne pour les déporter jusqu'au camp de Royallieu à Compiègne 3 jours durant puis 3 autres jours vers Dachau par les convois du et du 2 juillet ; meurent durant les transports ou dans les camps.
Parmi ces déportés se trouvait Georges Charpak, arrêté en 1943 pour activités de résistance et condamné à deux ans de prison.
Le mur des fusillés a été inscrit au titre des monuments historiques en 1996 et a été classé en 2022.. Une cérémonie commémore cet événement chaque année fin février.
Description Le centre de détention d'Eysses actuel a une capacité de pour un effectif de en 2015.
Le , Nadine Picquet, directrice interrégionale des services pénitentiaires de Bordeaux, et Anne Bisagni-Faure, rectrice de l'académie de Bordeaux, ont inauguré au sein de l'établissement le premier magasin pédagogique implanté dans une prison française. Baptisé EyS'aveurs, Celui-ci prend la forme d'une épicerie bio et solidaire dans laquelle les détenus peuvent acheter des denrées alimentaires et des produits du quotidien ainsi que se former aux métiers de la vente pour décrocher un CAP équipier polyvalent de commerce.
L'établissement est situé dans le ressort de la direction interrégionale des services pénitentiaires de Bordeaux et dépend de la cour d'appel d'Agen et du tribunal judiciaire d'Agen.
L'établissement a mis en place le programme « Respecto ».
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie Dom Michel Gervais, Matériaux du Monasticon Gallicanum, « Prospectus regalis abbatiæ SS. Gervasii et Protasii de Axis 1687 » La colonie pénitentiaire d'Eysses 1895-1938 à travers un fait divers tragique, Gilles PERELLE, Sous-Directeur stagiaire, 27 Promotion ENAP, 1998 consultable sur http://data.decalog.net/enap1/Liens/fonds/F17C65.pdf Jean-Pierre Koscielniak, Darnand et les fusillés d'Eysses. Autopsie d'une répression, Le Passage, 2019. . Abbé Bertrand, Antoine de Lantenay, L'abbaye d'Eysses en Agenois. Mémoire pour l'histoire de l'abbaye lès Villeneuve-d'Agenois. Appendices, , Revue de l'Agenais, 1892, tome 19 (lire en ligne) Isabelle Brunet, Établissements pénitentiaires de Lot-et-Garonne 1800-1940, Archives départementales de Lot-et-Garonne (lire en ligne) Association nationale pour la mémoire des résistants et patriotes emprisonnés à Eysses bataillon FFI déporté à Dachau.et Jean-Guy Modin Le Bataillon d'Eysses : d'après les témoignages et documents des anciens détenus patriotes d'Eysses (F. F. I. 1943-1945), impr. centrale commerciale, Paris, 1962, 271 p.
Filmographie Eysses, une épopée résistante, documentaire de Stéphane Bihan, diffusé sur France 3 Aquitaine le .
Articles connexes Liste des établissements pénitentiaires en France Liste des monuments historiques de Lot-et-Garonne Liste des centres de détention français Direction interrégionale des services pénitentiaires de Toulouse Module de respect
Liens externes
Le bataillon FFI d'Eysses Site de l'Académie de Bordeaux, « Musée de Gajac - Villeneuve-sur-Lot – Exposition « Si hauts que soient les murs », Histoire et postérité des du bataillon d'Eysses, - » Visites en Aquitaine : Abbaye bénédictine d’Eysses, actuel centre de détention Le lien, bulletin d'histoire judiciaire et pénitentiaire en Lot-et-Garonne, La maison centrale d'Eysses au Crimino corpus : Stéphanis Desroche, Eysses : de l’abbaye bénédictine au centre de détention, Crimino corpus : Eysses. Une prison dans la Résistance (1940-1944) - Exposition Association nationale pour la mémoire des résistants et patriotes emprisonnés à Eysses Anonymes, Justes et Persécutés durant la période Nazie dans les communes de France : Prison d’Eysses durant la Seconde Guerre mondiale Musée de la résistance en ligne : Eysses 1943-1944 Une prison en résistance Sud Ouest : Villeneuve-sur-Lot (47) : L'abbaye d'Eysses libérée pourrait devenir un musée (5/3/2013)
Catégorie:Bâtiment à Villeneuve-sur-Lot Eysses Catégorie:Résistance française Eysses Catégorie:Monument historique en Lot-et-Garonne Catégorie:Monument historique inscrit en 1996 Catégorie:Monument historique classé en 2022 Catégorie:Justice en Lot-et-Garonne Eysses Catégorie:Abbaye devenue prison Eysses