Le lac Victoria ou Nyanza (encore appelé lac Ukéréoué ou Nalubaale) avec une superficie de , est le plus grand lac d'Afrique et le troisième au monde. Il doit son nom occidental à l'explorateur britannique Speke qui fut en 1858 le premier Européen à l'atteindre, et qui le baptisa en l'honneur de la reine Victoria. Situé en Afrique de l'Est, au cœur d'une zone densément peuplée, il est bordé par le Kenya au nord-est, l'Ouganda au nord et au nord-ouest et la Tanzanie au sud, sud-ouest et sud-est. Occupant une dépression encadrée par les deux branches de la vallée du Grand Rift, il est la source du Nil Blanc, le plus long affluent du Nil.
Traversé par l'équateur, le lac Victoria est peuplé d'une faune et d'une flore tropicale variée mais menacée par la surexploitation des ressources naturelles et la destruction des milieux.
Géographie Topographie
Le lac Victoria se situe en Afrique de l'Est, au cœur des Grands Lacs africains ; il est traversé par l'équateur au nord. Ses États riverains sont le Kenya au nord-est, l'Ouganda au nord et au nord-ouest et la Tanzanie au sud. D'assez faible profondeur ( en moyenne, au maximum) et situé à d'altitude, le lac occupe une dépression formée par des mouvements tectoniques et encadrée par les deux branches de la vallée du Grand Rift formé il y a quatre millions d'années.
De forme vaguement rectangulaire avec de longueur (du nord au sud) et de largeur (d'est en ouest), le lac possède des rives très découpées formant de nombreuses péninsules, presqu'îles, baies, caps et plus de la plupart inhabitées.
Géologie vignette|Le lac Victoria entre les deux branches de la vallée du Grand Rift.
Il y a quatre millions d'années, le rift Est-Africain commence à se constituer par le jeu de failles normales qui forment des horsts et des grabens organisés sur deux axes parallèles. Le léger soulèvement des bords de ces rifts provoque la formation d'une dépression peu marquée dans les terrains précambriens érodés situés entre eux. Certains cours d'eau, capturés par cette cuvette, ont alors commencé à la remplir entre et , donnant naissance au lac Victoria. La faible profondeur du lac et son fort rapport surface/volume le rendent vulnérable aux changements climatiques. Les carottages géologiques réalisés dans les sédiments ont montré que le lac Victoria s'est asséché au moins trois fois depuis sa formation. Ces cycles d'assèchement sont probablement liés aux glaciations durant lesquelles les précipitations ont globalement diminué. Le dernier assèchement du lac remonte à et son dernier remplissage à .
Climat et hydrologie vignette|gauche|La rivière Kagera, affluent du lac Victoria.
Le lac Victoria est soumis à un climat tropical dont les températures sont fortement modérées par l'altitude. Ainsi les températures locales oscillent entre et . La ville de Kampala (capitale de l'Ouganda), au bord du lac, a une température annuelle moyenne de , ce qui est modéré pour une région équatoriale et s'explique par l'altitude des vastes plateaux d'Afrique de l'Est où le lac est située. De mai à juillet, les vents du sud provoquent des déplacements de la masse d'eau vers le nord. Les pluies sont réparties tout au long de l'année mais deux périodes plus humides se distinguent en avril et en septembre-octobre. La moyenne annuelle des précipitations est de .
Le bassin versant voit une multitude de cours d'eau, dont le plus important est la Kagera venant de Tanzanie, se jeter dans le lac. D'autres viennent du Burundi, du Rwanda et du Kenya. L'émissaire du lac Victoria, le Nil Blanc (Bahr-el-Abiad), s'écoule, d'Ouganda, où il franchit rapidement les chutes Owen, vers le nord pour se jeter dans le lac Kyoga puis le lac Albert et enfin le Nil. La portion du Nil Blanc située entre le lac Victoria et le lac Kyoga est aussi appelée Nil Victoria et serait née entre et av. J.-C. Les affluents, dont le débit varie beaucoup au cours des saisons, fournissent moins de 20 % des eaux du lac, le reste provenant des pluies. Les pertes sont en partie dues au débit sortant du Nil Blanc mais aussi à l'évaporation (variable selon les saisons et le vent) qui représente une perte de 31 à par mois.
vignette|Variation du niveau du lac Victoria mesurée à Jinja.
Jusque dans les années 1960, le lac Victoria était assez bien équilibré au niveau hydrologique et ne subissait pas de fortes variations de niveau. En 1962, le niveau est brusquement monté à la suite de fortes pluies et s'est maintenu par la suite, bien que présentant une légère diminution. À partir de 2004, un changement important s'est amorcé avec une diminution du niveau du lac de deux mètres en deux ans. La cause de cette baisse serait le manque de pluies qui agit aussi bien directement sur le lac que sur les apports des affluents.
Biodiversité vignette|Des jacinthe d'eau sur un plan d'eau. Il y a , après le remplissage du lac, la faune aquatique des rivières a colonisé le lac Victoria. Ayant soudainement accès à un habitat vierge, les espèces se sont diversifiées, occupant toutes les niches écologiques. C'est ainsi que sont apparues, selon la théorie actuelle, les nombreuses espèces endémiques d'haplochromis. Après l'introduction de la perche du Nil, l'eutrophisation de l'eau et l'invasion par la jacinthe d'eau, cette biodiversité a fortement diminué. Il semble cependant que certains haplochromis commencent à s'adapter à ces nouvelles conditions, notamment en modifiant leurs habitudes alimentairesLévêque, Paugy : La Recherche, , novembre 2006..
Faune Mammifères vignette|Antilope sitatunga.
Dans les marais à papyrus, l'antilope sitatunga (Tragelaphus spekeii), aux sabots longs et fendus adaptés à la marche en terrain marécageux, peut encore être rencontrée bien que devenue rare. Une autre antilope, le grand cobe des roseaux (Redunca redunca), peut elle aussi être aperçue sur les rives. En ce qui concerne les mammifères plus adaptés au mode de vie aquatique, l'hippopotame (Hippopotamus amphibius) et la loutre à joues blanches (Aonyx capensis) sont courants.
Dans certaines zones autour du lac, on peut aussi apercevoir des impalas (Aepyceros melampus), mammifère ressemblant à une gazelle ou à une antilope, et des cobes à croissant (Kobus ellipsiprymnus), une grande antilope qui apprécie les zones humides.
Oiseaux vignette|gauche|Grande aigrette.
Le lac Victoria est un lieu de passage de très nombreux oiseaux migrateurs mais c'est aussi le milieu de vie d'un grand nombre d'espèces résidentes. Dans les marais denses, de nombreux animaux trouvent abri et nourriture. C'est là que vit le bec-en-sabot (Balaeniceps rex) qui se nourrit de poissons, de batraciens, de jeunes tortues et qui est actuellement classé comme espèce vulnérable. On y trouve aussi des oiseaux typiques des marécages à papyrus tel que le cisticole de Carruthers (Cisticola carruthersi), la rousserolle des cannes (Acrocephalus rufescens), le gobemouche des marais (Muscicapa aquatica), la bouscarle à ailes blanches (Bradypterus carpalis) et deux espèces menacées, le chloropète aquatique (Chloropeta gracilirostris) et le gonolek des papyrus (Laniarius mufumbiri).
vignette|Martin-chasseur du Sénégal.
Dans les eaux plus libres, on peut rencontrer l'échasse blanche (Himantopus himantopus) mais aussi des cormorans (grand cormoran, Phalacrocorax carbo, et cormoran africain, Phalacrocorax africanus) ainsi que divers hérons (le crabier blanc Ardeola idae) et aigrettes (aigrette garzette, grande aigrette). La mouette à tête grise (Larus cirrocephalus) et la sterne Hansel (Sterna nilotica) se rencontreront souvent dans les zones d'eau libre plus éloignées de la rive.
Dans la savane arborée qui entoure le lac, on peut observer le martin-chasseur du Sénégal (Halcyon senegalensis), oiseau très coloré appartenant à la même famille que les martins-pêcheurs. Près de la rive, on peut parfois apercevoir l'œdicnème vermiculé (Burhinus vermiculatus) ou bien le barbican guifsobalito (Lybius guifsobalito), oiseau noir à gorge rouge intense, ou bien encore divers souïmangas, oiseaux nectarivores à ne pas confondre avec des oiseaux-mouches, dont le souimanga à ceinture rouge (Nectarinia erythrocerca). L'autour unibande (Kaupifalco monogrammicus), rapace amateur de lézards, de serpents, de petits mammifères et de jeunes oiseaux, est souvent observé dans ce biotope.
Reptiles et batraciens vignette|gauche|Crocodiles du Nil.
Le crocodile du Nil (Crocodylus niloticus) a presque disparu de cette région d'Afrique. Il est essentiellement victime de la chasse faite pour obtenir sa peau. Il se nourrit de proies vivantes comme des oiseaux, des lézards, des tortues, des insectes, des crustacés, des mollusques et des batraciens.
Au lac Victoria, la ponte a lieu à la fin décembre et en janvier, à la saison sèche lorsque les eaux baissent. Les œufs sont déposés dans le sable où ils incubent pendant trois mois.
Le lac abrite plusieurs espèces de tortues d'eau douce endémiques comme Pelusios williamsi. Les varans du Nil (Varanus niloticus), qui subissent la prédation du crocodile, n'hésitent pas en retour à piller le nid de ce dernier. Dans ces zones vivent également des batraciens, notamment une espèce endémique : Xenopus victoriae.
Poissons vignette|Le tilapia du Nil, une espèce introduite.
Le lac Victoria contient environ 450 espèces de poissons. dont 300 endémiques appartenant au genre Haplochromis et deux espèces endémiques de tilapias appartenant au genre Oreochromis (Oreochromis esculentus et Oreochromis variabilis). Les Haplochromis du lac Victoria regroupent plusieurs espèces mais aussi plusieurs genres. (Astatotilapia, Astatoreochromis, Harpagochromis, Paralabidochromis, Prognathochromis, etc.).
La perche du Nil (Lates niloticus) ou Capitaine et le tilapia du Nil (Oreochromis niloticus) ont été introduits dans le lac par l'Homme. Il existe aussi une espèce de protoptère, ou dipneuste africain (Protopterus aethiopicus), poisson pulmoné obligé de respirer régulièrement à la surface. Depuis l'introduction de la perche du Nil dans les années 1950 par les colons britanniques, plus de endémiques d’Haplochromis (famille des chichlidés) ainsi que l’Oreochromis esculentus ont disparu et de nombreuses espèces sont menacées comme le protoptère qui semble même en voie de disparition.
Insectes vignette|Tête de simulie présentant un parasite Onchocerca volvulus sortant au niveau de l'antenne gauche.
Les eaux du lac Victoria sont colonisées par des insectes aquatiques, les notonectes entre autres, et par de nombreuses larves d'insectes. On assiste périodiquement au-dessus des eaux du lac à l'apparition de véritables nuages d'insectes. Ces derniers se forment lorsque les nymphes de certaines espèces (trichoptères, Chaoborus, Simuliidae, éphémères, odonates, chironomes, moustiques) se transforment en adultes et prennent leur envol. La majorité sont inoffensifs mais peuvent être gênants pour les habitants du voisinage.
Certains moustiques peuvent transmettre des maladies telles que la malaria, la fièvre à chikungunya et la fièvre jaune. Sur les rives, des rassemblements périodiques de têtes de bétail attirent la glossine, ou mouche tsé-tsé, capable de transmettre la maladie du sommeil dont le responsable est le trypanosome (protozoaire). Les simulies peuvent aussi transmettre des maladies due à un nématode parasite (onchocercose, filariose). Chaque année, la saison des pluies attire des nuées de milliards de chaoborus edulis avec lesquelles les Kavirondos confectionnent le gâteau de mouches.
Autres arthropodes vignette|gauche|Copépode du genre Cyclops.
Les crustacés sont nombreux dans le lac Victoria. On trouve de nombreuses espèces de copépodes (Cyclops, Diaptomus), d'ostracodes et de cladocères (Daphnia, Bosmina, Leptodora, Chydorus). Il semble qu’il y ait eu un changement drastique dans les proportions d’espèces de crustacés formant le zooplancton du lac Victoria au cours du .