Lhistoire de la bande dessinée pour être générale doit au moins être décrite au regard des trois principaux pôles de la création artistique de la bande dessinée et remettre la création de la bande dessinée dans le contexte qui l'a vue naître.
Prémices De la Préhistoire au Moyen Âge vignette|Pétroglyphe du Néolithique dans la wilaya d'El Bayadh en Algérie. La bande dessinée est un ensemble d'images picturales et autres (photographies, gravures...), volontairement juxtaposées en séquences destinées à transmettre des informations et/ou à provoquer une réaction esthétique chez le lecteur. Certains éléments graphiques et narratifs remontent à la Préhistoire, mais ne sont pas encore séquentiels. Dès le Paléolithique supérieur (35 000-10 000 ), les humains commencent avec l'art rupestre et l'art pariétal à créer des narrations graphiques sur des supports durs et frontaux afin d'obtenir un panorama visuelLire André Leroi-Gourhan : Le Geste et la parole, Paris, Albin Michel, 1964, p. intro. et suiv..
Bassin méditerranéen et Proche-Orient vignette|upright|Chasse et pêche dans le marais, TT52, Égypte, avant notre ère. Au millénaire avant notre ère apparaissent en Égypte antique les hiéroglyphes, un système d'écriture comprenant des caractères pictographiques où les représentations humaines et animales sont très présentes. Différentes narrations séquentielles ornent les tombes (hypogées et mastabas) et les temples. Elles racontent certaines scènes de la vie quotidienne ou bien parfois de la mythologie égyptienne. On retrouve également en Égypte des enluminures accompagnant des textes sur des rouleaux de papyrus.
vignette|gauche|upright|Colonne Trajane. Vers -1800, en Mésopotamie, les fresques sont utilisées à des fins narratives ainsi que le sceau-cylindre.
Vers -1600, la civilisation minoenne élabore des fresques murales narratives (site d'Akrotiri).
En Grèce antique, la peinture sur céramique délaisse peu à peu le style géométrique et devient figurative à partir du à Athènes, représentant scènes guerrières, religieuses ou de la vie quotidienne. Il s'agit aussi des premières œuvres picturales à être signées.
La colonne Trajane, en marbre de Paros et d'une hauteur de ( romains), présente des reliefs qui forment une narration séquentielle sous forme de frise continue en bas-reliefs de de long. Commandée par l'empereur Trajan, elle est érigée en 113. Cette narration séquentielle, probablement dessinée par l'architecte syrien Apollodore de Damas, raconte les guerres daciques de Trajan.
Au cours du , une fresque du jugement dernier est peinte au monastère de Saint-Moïse-l'Abyssin en Syrie.
Moyen-Orient et Extrême-Orient vignette|Sūtra illustré des Causes et des Effets, , Japon. En Chine, l'invention du papier semble dater d'au moins -8 avant notre ère - ChinaView.cn, 8 août 2006. Cai Lun aurait codifié par écrit en 105 la fabrication du papier. L'imprimerie, utilisant la xylographie y fut inventée au . Ces deux inventions permirent de développer rapidement et à moindre coût une production de livre illustrés. Ils sont rapidement diffusés en Chine, Corée, Japon et Viêt Nam avec le bouddhisme. On retrouve alors des livres et des rouleaux ou de courts textes sont parfois ajoutés aux images. Des rouleaux en Chine, Corée et Japon représentent parfois des narrations séquentielles, les différentes étapes des épopées sur une seule feuille, les changements de paysages servent aux changements de contexte.
vignette|gauche|upright|Narration séquentielle en 1156 en Perse. Ces techniques furent ensuite récupérées par l'Empire mongol avec Gengis Khan, et la dynastie Yuan. On sait qu'après 1207, les armées mongoles transportaient avec eux du matériel xylographique durant leurs conquêtes, au Moyen-Orient et en Europe, dont on retrouve certaines traces en Perse Les grandes dates de l'histoire du monde - Après 1207. On sait qu'ils utilisaient la xylographie notamment pour produire des édits, mais les traces de ces documents sont rares, les supports étant périssables Les inscriptions mongoles inédites en écriture carrée de Marian Lewicki sur la bibliothèque numérique de la grande Pologne.
Il existe différents manuscrits illustrés persans, datant du et , il s'agit majoritairement de textes agrémentés d'enluminures. Il arrive parfois que des événements suivent une narration séquentielle de plusieurs images (voir image ci-contre).
En Europe vignette|upright=1.5|Détail de la tapisserie de Bayeux. La tapisserie de Bayeux, tissée entre 1066 et 1082 est constituée de neuf teintes naturelles de laine brodées sur du lin bis sur une longueur de et une laize d'environ De par sa présentation, sous formes d'images distinctes, on a pu y voir l'ancêtre de la bande dessinée ; cependant, le fait que, suivant les spécialistes, il y ait de 30 à 70 images distinctes relativise ce point de vue.. Elle retrace la conquête normande de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant. Différentes batailles majeures de cette conquête y sont décrites. Elle est souvent qualifiée de bande dessinée romane (Cf ). En réalité, si ces œuvres utilisent parfois des séquences et des procédés narratifs iconiques comparables à ceux de la BD, ils s'en démarquent généralement (compartimentage différent des cases des bandes dessinées, phylactères ou tituli différents des bulles qui sont des émissions de parole, récit structuré en séquences d'image qui ne se développe pas avant le …). Cf Danièle Alexandre-Bidon, « La bande dessinée avant la bande dessinée : narration figurée et procédés d'animation des images au Moyen Âge », dans Les Origines de la bande dessinée, Actes de la journée du 26 janvier, Angoulême, Musée de la Bande dessinée, Cahiers de la Bande dessinée, n° spécial, 1997, p.10-20..
vignette|gauche|upright=0.9|Phylactère en 1506, Strigel. vignette|redresse| Histoire en images avec légendes (gravure sur bois, Pays-Bas, 1720).
Des phylactères, communément appelés bulles, apparaissent en Europe dans les peintures et tapisseries du , rendant le personnage propriétaire et responsable de sa parole.
Avant l’invention de la lithographie par l’Allemand Aloys Senefelder en 1796, les artistes graphistes ne sont pas uniquement des dessinateurs : ils sont, à l'image d'Albrecht Dürer, des graveurs. Ils doivent passer par l’intermédiaire, soit de la sculpture d’une plaque de bois, la xylographie, soit de la gravure d’une feuille de cuivre, la taille-douce ou l’eau-forte, pour produire et reproduire leurs œuvres. Ces techniques ont parfois pour effet de retirer toute spontanéité au trait. Avec la lithographie, qui permet le dessin direct au crayon gras ou à l’encre grasse, Aloys Senefelder libère la main de l’artiste qui peut se passer de l’étape de la gravure pour obtenir une estampe.
Dans toute l'Europe existe une littérature populaire par estampes qui présente souvent un début de structure narrative. En Europe de l'Est, particulièrement en Russie, en Pologne, et en Ukraine, se vendent des loubki (лубо́к), très appréciées jusqu'au .
En Catalogne, à partir du , se développe la publication des auques. Lauca, en catalan « oie », vient du jeu de l'oie, dont elle reprend le principe de dessins successifs sur une feuille imprimée : rapidement, elle se codifie en une suite de 48 dessins accompagnés de textes rimés, qui racontent une histoire sur des thèmes extrêmement variés. La tradition des auques s'est perpétuée jusqu'à nos jours en Catalogne.
En France, dès 1796, la même année que l'invention de la lithographie, les premières images sont imprimées en série par l'Imagerie d'Épinal. D’abord imprimées avec des planches de bois gravées et coloriées au pochoir, elles se présentent généralement sous la forme de dessin pleine page et reprennent des sujets populaires (images pieuses, chanson, comptines, devinettes, histoire de France, etc.), mais rapidement apparaissent des planches de vignettes comportant un texte explicatif disposé sous la vignette. En 1820, le fondateur Jean-Charles Pellerin adopte la lithographie et, dix ans plus tard, la technique de la chromolithographie de Godefroy Engelmann. Les images « pleine page » prennent rapidement le nom de « chromos », synonyme de couleurs vives, pour conter les hauts faits de l'histoire de France. Les pages de vignettes sont les traditionnelles images d'Épinal. Dès qu'elles deviennent des planches composées d'images ayant un enchaînement logique, ce sont enfin des « histoires en images ».
thumb|John Bull par James Gillray (6 octobre 1801) : le premier personnage récurrent.
En Angleterre à la fin du , se développent les dessins satiriques et les caricatures. Les clients et les sujets (la Révolution française, l’opposition de la France et de l’Angleterre, la bourgeoisie, etc.) ne manquent pas. L'utilisation de la lithographie permet l’explosion de l’estampe politique et/ou sociale dans laquelle excellent Thomas Rowlandson, George Cruikshank et principalement James Gillray qui connaît un grand succès populaire avec la critique de la politique françaisep.29. Gillray est l'un des premiers dessinateurs à utiliser des personnages récurrents, comme John Bull (représentant le peuple anglais créé par John Arbuthnot en 1712) ou Britannia (symbolisant la nation anglaise) et le phylactère moderne comme support à la parole de ses personnages caricaturés.
À la fin du , à la différence des États-Unis où la presse est d’information et familiale, la presse française est une presse d’opinion à destination d’un lectorat adulte et politisé, certains journaux se spécialisent dans le genre satirique faisant largement appel à la caricature à l'exemple d'Honoré Daumier dans Le Charivari.
Au Japon Au Japon, l'époque d'Edo (vers 1600, jusqu'en 1868) se caractérise notamment par une fermeture du pays sur lui-même, le Japon ne conserve que quelques liens avec la Corée. Les étrangers ne sont pas admis sur le sol japonais, sous peine de mort, excepté certains contacts restreints avec des marchands chinois et hollandais sur l'île de Dejima.
thumb|Couverture et planche du huitième volume de la manga de Gakyōjin Hokusai 1817. Pendant cette période, la culture artistique japonaise ne subit aucune influence occidentale. L'art graphique japonais est alors riche avec les emakimono d’origine chinoise () et, avec la montée de la culture populaire pendant l'ère Edo, un type d'estampes nommé ukiyo-e devint un art majeur. Initialement, ces estampes sont exclusivement réalisées à l’encre de Chine puis certaines épreuves sont colorées au pinceau. Au Suzuki Harunobu développe la technique d’impression polychrome pour produire des nishiki-e. C'est en 1814 que « Gakyōjin » Hokusai, « le Fou de dessin », présente certaines pages de ses croquis, comportant aussi des caricatures (au sens occidental du terme), dans des cases accompagnés de texte sous le nom de Manga.
L'isolement de l'ère Edo dure 200 ans, jusqu'à ce que le Commodore Matthew Perry force le Japon à s'ouvrir au commerce avec la convention de Kanagawa, obtenue par la corruption en 1854, et finit par aboutir en 1867 à l'ère Meiji.
Invention puis internationalisation de la bande dessinée (de 1827 aux années 1880)