vignette|Jardins familiaux de Samois-sur-Seine. vignette|Jardins familiaux de Versailles. vignette|Jardins familiaux de Tourcoing.

Les jardins familiaux, ou jardins ouvriers, apparus à la fin du , sont des parcelles de terrain mises à la disposition des habitants par les municipalités. Ces parcelles, affectées le plus souvent à la culture potagère, sont initialement destinées à améliorer les conditions de vie des ouvriers en leur procurant un équilibre social et une autosubsistance alimentaire.

En France, les jardins ouvriers prennent dans le langage officiel (pas dans le langage courant) l'appellation de « jardins familiaux » après la Seconde Guerre mondiale.

Aujourd'hui, ils bénéficient d'un regain d'intérêt en contribuant à créer à proximité des villes des « oasis de verdure » qui sont utiles face à la menace du réchauffement climatique.. Ils répondent aussi aux préoccupations actuelles de produire localement des légumes par des catégories de population à faibles revenus et participent à créer du « lien social » dans les zones urbanisées.

Historique vignette|gauche|Rue Abbé-Lemire, à Caluire-et-Cuire. C'est au cours des guerres napoléoniennes que l'on commence à parler en Angleterre d'allotments ou terres allouées aux ouvriers. Pour les uns, il fallait , pour d'autres, moitié moins. Mais tout le monde était d'accord sur le rôle important des jardins. En France, loué ou cédé, le terrain attachait l'ouvrier à son usine et le maintenait loin du cabaret. S'ils revêtaient un caractère paternaliste, les jardins ouvriers ont séduit parce qu'ils correspondaient à un besoin réel.

En Allemagne, dès la seconde moitié du , le médecin et pédagogue Moritz Schreber commence à promouvoir l'idée des jardins ouvriers dans la lignée de ses travaux sur la santé publique.

En France, la fondatrice des jardins familiaux est Félicie Hervieu qui développe une approche similaire à Sedan en 1889Cent ans d'histoire des jardins ouvriers, 1896-1996, ouvrage mentionné en Bibliographie.. Elle a elle-même des émules en la personne du père Volpette à Saint-Étienne et trouve un écho dans la presse.. C'est elle qui transmet l'idée à l'abbé Lemire, homme politique influent et prêtre du diocèse de Cambrai (le diocèse de Lille n'existait pas à cette époque), député-maire chrétien de Hazebrouck en Flandre française (Nord). Il crée ensuite les conditions de développement des jardins ouvriers dans le but d'améliorer la situation des familles ouvrières. Ces espaces verts doivent leur permettre de compenser l'effet néfaste des usines et des logements insalubres dans lesquels ils vivent..

L'abbé Lemire fonde la Ligue française du Coin de Terre et du Foyer en 1896, afin de rendre l'accès aux parcelles plus aisé pour ses administrés. En 1921, la Ligue devient la Fédération nationale des jardins ouvriers.

Jean-Claude Levy, historien-géographe, spécialiste d'écologie urbaine, estime . Il note ..

Motivations et intérêt économique Les motivations des familles qui entretiennent des jardins familiaux sont diverses et ont évolué au cours du temps. Pendant les périodes de pénurie, notamment pendant les guerres, ils ont permis d'assurer une production alimentaire complémentaire. Plus récemment, c'est le plaisir de produire soi-même des fruits et des légumes. Pour les habitants des villes (ou des zones périurbaines) et très récemment du fait du confinement imposé par la crise du Covid-19, cela peut être le besoin de faire de l'exercice physique et de passer du temps à l'extérieur, surtout pour des populations plus jeunes.. Dans tous les cas, l'intérêt économique est présent et réel. En 2018, une étude a été réalisée en France pour essayer d'évaluer cet intérêt Anoucha Joubert ; étude réalisée en 2018, « Intérêt économique des jardins potagers et fruitiers ».. Cette étude a permis de faire une première évaluation de ces motivations.

En ce qui concerne précisément l’intérêt économique, il varie selon les espèces cultivées. Il est particulièrement élevé pour les plantes aromatiques et les petits fruits rouges. Les fruits et légumes peuvent être très rentables chez les jardiniers confirmés. Sans tenir compte du temps passé, en prenant en compte les dépenses engagées (qui fluctuent selon la taille du jardin, les investissements réalisés et les pratiques…) et en estimant la valeur des récoltes sur la base des prix moyens du commerce bio en haute saison, les économies réalisées peuvent varier très fortement de à plus de , mais sont en moyenne proches de par an. Comme plusieurs jardiniers l’ont dit :

Évolution Allemagne vignette|gauche|Potagers et église catholique à Wurzen (Saxe), carte postale allemande, 1915. vignette|Schrebergarten près de Bonn, photographie aérienne, 2016. En Allemagne, dès la seconde moitié du , le médecin et pédagogue Moritz Schreber commence à promouvoir l'idée des jardins ouvriers dans la lignée de ses travaux sur la santé publique. L'idée est de permettre aux ouvriers de se détendre tant par la pratique du jardinage que par la jouissance d'un environnement sain et reposant. De plus, la culture de fruits et de légumes destinés à la consommation directe est censée améliorer l'alimentation des travailleurs.

Ce n'est pourtant que trois ans après sa mort, en 1864, que son beau fils, , fonde dans les environs de Leipzig une aire de jeux à destination d'enfants défavorisés. En hommage à son beau-père, il la nomme Schreberplatz (place Schreber). Rapidement les parents prennent à leur tour possession de l'espace et commencent à le cultiver. Sous le nom de Schrebergarten (littéralement : jardin de Schreber), les jardins ouvriers se développent alors rapidement dans toute l'Allemagne et en particulier dans les régions industrielles comme le Ruhrgebiet, région minière par excellence. Ces jardins sont souvent entretenus collectivement par les ouvriers, formant ainsi de petites communautés qui alimentent le lien social..

vignette|Étude pour Les Mangeurs de pommes de terre par Vincent van Gogh, 1885.

Aujourd'hui, les Schrebergarten sont, en Allemagne, une véritable institution avec des règles strictes (hauteur des haies, surface des cabanes et des espaces cultivés), des concours du plus beau Schrebergarten, et ses règles d'attribution.

Belgique En Belgique, il existe des « jardins sociaux » gérés par des ASBL ou des services publics dont le but est de créer du lien social...

France vignette|Jardins familiaux à Versailles. vignette|Jardins potagers familiaux en ville.|alt= vignette|Jardin ouvrier à Saint-Cloud. vignette|Jardins familiaux à Versailles. vignette|Association des jardins ouvriers communaux de Lyon, section livre. Les premiers jardins ouvriers sont sans doute créés à Sedan, dans les Ardennes, par Félicie Hervieu, devançant l'abbé LemireCent ans d'histoire des jardins ouvriers, 1896-1996, ouvrage mentionné en Bibliographie, .. Autour de cette initiative, une organisation se constitue en 1893, sous le nom d'« œuvre de la reconstitution de la famille ». Elle regroupe alors de 27 familles. Cinq ans plus tard, cette organisation rassemble de 125 familles. Une de ses particularités est qu'elle est exclusivement dirigée par des femmes.. C'est la lecture d'un article sur l'expérience de madame Hervieu dans le quotidien Le Temps qui donne l'idée au père Volpette de développer la même initiative à Saint-Étienne en 1895.. L'idée se répand ensuite en France.

En 1904, il n'existe que 48 jardins ouvriers en région parisienne pour 3,5 millions d'habitants. Par le biais de la Société des jardins ouvriers de Paris et banlieue, leur multiplication est favorisée. En 1913, la région parisienne en possède , dont la moitié est implantée en banlieue.

Les deux guerres mondiales provoquent la mise en potagers de nombreux parcs et parcelles historiques. En 1942, pour permettre aux personnels de la SNCF de jardiner sont créés les « Jardins du cheminot ». À la fin de la Seconde Guerre mondiale, on compte ouvriers en France.

En 2001, les Annales des mines rapportent :

La loi du retient l'expression de « jardins familiaux ». Le cadre légal est défini par le Code rural et de la pêche maritime. : les jardins familiaux doivent être gérés par des associations loi de 1901.

Le , une proposition de loi relative aux jardins collectifs est examinée par le Sénat. L’examen du texte ravit visiblement les sénateurs qui se succèdent à la tribune pour vanter avec lyrisme les mérites de ces jardins lancés il y a plus d’un siècle : (Christian Cointat, membre de la Délégation parlementaire pour l'Union européenne (UMP)) ; (Jean-Pierre Sueur, sénateur du Loiret (PS)) ; (Marie-Christine Blandin, sénateur du Nord - Pas-de-Calais (les Verts)) ; (Tokia Saïfi, député européen (PPE, Parti populaire européen)).

La proposition de loi propose de rédiger l'article L.561-1 du code rural ainsi :

Cette proposition de loi n'a pas abouti.

Contrairement à l’Allemagne, les jardins familiaux conservent en France l’image dépréciée des jardins ouvriers. Malgré l’intérêt croissant qu’ils suscitent auprès des classes moyennes et supérieures, séduites par la convivialité de ces espaces naturels, les jardins familiaux souffrent de l’absence d’un cadre législatif adapté.

Dans de nombreuses localités, lorsqu’ils existent, ils sont relégués dans des zones marginales (bords d’autoroutes, de voies ferrées, de zones industrielles…) impropres à toute autre utilisation. Ces implantations posent des problèmes d’accès, de sécurité et sont souvent dépourvues de réseaux d’eau et parfois polluésC. Legout C. et A. Mienne, Jardins familiaux du fort d'Aubervilliers. Résultats de l'enquête alimentaire, juin 2011, Saint-Maurice, Institut de veille sanitaire, 2012, 6 p. (INVS/téléchargement téléchargement.).

Ceux qui bénéficient de meilleures implantations ne sont pas à l’abri d’opérations immobilières convoitant leurs terrains. Dans ce cas, ni l’antériorité des jardins, ni leur intérêt social et environnemental, ni le travail réalisé sur le site ne résistent à la spéculationPlus de de jardins familiaux sont ainsi détruits en 2004 à Rosny-sous-Bois en banlieue parisienne pour laisser place à un centre commercial. Ironie des aménageurs, un des grands noms de la jardinerie s'y installe..

Créé en , le Conseil national des jardins collectifs et familiaux (CNJCF) a pour but d'encourager et de promouvoir leur développement, la protection du patrimoine végétal et de la biodiversité, un jardinage respectueux de l'environnement et défend ses positions auprès des pouvoirs publics et des autres institutions. Le CNJCF fédère près de , composant les trois associations fondatrices : la Société nationale d'horticulture de France (SNHF), la Fédération nationale des jardins familiaux et collectifs (FNJFC)Présentation de la Fédération des jardins familiaux et collectifs et le JardinotPrésentation de l'association Jardinot, les jardins du cheminot.

Les critères d'affectation vignette|left|Jardins familiaux à Wattrelos. Différents modes de gestion existent. Les parcelles de jardins familiaux peuvent être gérées par des collectivités locales ou par des associations privées puis affectées à des particuliers pour leur propre production.

Les critères généralement retenus sont l'appartenance à la commune, la mixité sociale, la proximité géographique (le jardin demande un entretien régulier y compris en semaine). L'usage commercial est exclu. La demande étant largement supérieure à l'offre, les délais d'obtention d'un jardin peuvent atteindre plusieurs années.

Selon l'article L.561-1 du code rural et de la pêche maritime, sur Légifrance :

Actions incitatives en faveur des jardins familiaux vignette|gauche|Jardin ouvrier à Saint-Cloud. Chaque année, différents concours sont organisés afin de valoriser des jardins familiaux, ou des ensembles de jardins familiaux, tant au niveau local qu’au niveau national.