Anna Louise Mohan, dite Louise Bryant, est une féministe, militante politique et journaliste américaine, née le à San Francisco et morte le à Sèvres en France. Elle est connue en particulier pour ses reportages pro-bolchéviques pendant la révolution russe. Épouse de John Silas Reed, elle rédige des portraits de nombreuses personnalités russes, dont Catherine Brechkovski, Maria Spiridonova, Alexandre Kerenski, Lénine et Léon Trotski. Ses articles, distribués par Hearst dès son premier voyage à Petrograd et Moscou, sont publiés dans des journaux américains et canadiens à partir de la fin de la Première Guerre mondiale. En 1918, elle publie Six mois rouges en Russie, un recueil des articles rédigés pendant son premier voyage. L'année suivante, elle témoigne en faveur de la révolution auprès de l'Overman Committee, un comité du Sénat visant à enquêter sur l'influence bolchévique aux États-Unis. Plus tard, en 1919, elle se lance dans une tournée nationale de soutien aux bolchéviques et de dénonciation de l'intervention alliée pendant la guerre civile russe.
En 1923, elle épouse William C. Bullitt, avec qui elle a une fille, Anne. À la fin de sa vie, elle souffre de la maladie de Dercum et sombre dans l'alcoolisme. William C. Bullitt obtient le divorce et la garde exclusive de leur fille Anne. Son histoire et celle de Reed inspirent le film Reds de Warren Beatty en 1981.
Biographie Enfance et éducation upright|alt=Une petite fille aux cheveux courts tient une poupée sous son bras droit.|vignette|Louise Bryant enfant, entre 1885 et 1890. Anna Louise Mohan naît en 1885 à San Francisco. Son père, Hugh Mohan, est né en Pennsylvanie : journaliste, il s’implique dans les politiques du Parti démocrate et dans les sujets en rapport avec le droit du travail. Anna Louise Mohan a deux aînés, Barbara, née en 1880, et Louis, né en 1882. Plus tard, en 1885, la famille Mohan déménage à Reno, où Mohan continue sa carrière de journaliste mais sombre dans l’alcoolisme. Un jour, il disparaît et ne revient jamais auprès de sa famille. Louisa Flick, épouse Mohan, obtient le divorce en 1889 et épouse Sheridan Bryant, un cheminot qui travaille pour la Southern Pacific Transportation Company. Le couple a deux enfants, Floyd, né en 1894, et William, né en 1896. La famille vit à Wadsworth, mais Louise part vivre chez le beau-père de sa mère, James Say, qui habite dans un ranch près du lac de Humboldt, dans le Nevada. Elle y reste trois ou quatre ans, revenant à Wadsworth à la demande de sa mère alors qu’elle est âgée de douze ans. Anna Louise Mohan prend alors le nom de son beau-père dans sa vie quotidienne, mais Louise Bryant reste un nom d'usage car elle ne fait jamais les démarches nécessaires pour changer son état civil.
Après ses études secondaires dans des établissements de Wadsworth, puis de Reno, elle est acceptée à l’université du Nevada à Reno, où elle s’intéresse au journalisme, au débat, à l’art, à la danse et au basketball. En 1905, elle est responsable de la du journal étudiant. La même année, elle écrit la nouvelle The Way of a Flirt pour le magazine littéraire Chuckwalla et envoie des dessins à ce même titre et à Artemisia. Après la mort de James Say en 1906, Bryant est atteinte d’une dépression et quitte l’université pour travailler à Jolon, où elle vit dans un ranch et donne des cours à des enfants, pour la majorité mexicains. À l’été 1906, elle déménage à Eugene, où elle rejoint son frère Louis qui travaille pour la Southern Pacific.upright|alt=photographie de qualité médiocre d'une jeune femme qui semble élégante et timide|vignette|Bryant, étudiante à l’université de l'Oregon, en 1909.|gauche
Quand elle découvre qu’elle peut obtenir une équivalence pour ses études à Reno, elle s’inscrit à l’université de l'Oregon à Eugene. Le campus a moins de et elle y est populaire : elle participe à la création d’une sororité, Zeta Iota Phi, un chapitre local de Chi Omega, et en est la première présidente. Elle écrit des poèmes et crée des dessins pour l’Oregon Monthly. Dans la ville d’Eugene, connue pour son puritanisme, elle est la première étudiante à porter du blush, a plusieurs relations amoureuses, et porte des vêtements critiqués par Miriam Van Waters, l’éditrice de l’Oregon Monthly, et Luella Clay Carson, la doyenne des femmes du campus. En 1908, elle quitte le campus pendant un semestre pour enseigner dans une petite école de l’île Stuart, elle retourne à Eugene pour obtenir son Bachelor of Arts (licence) avec une majeure en histoire. Elle obtient son diplôme début 1909 avec un mémoire sur la guerre des Modocs. alt=photographie de qualité médicre montrant un jeune homme au nœud papillon|vignette|upright|Paul Trullinger, premier mari de Louise Bryant.
Vie en Oregon Au printemps 1909, Louise Bryant s’installe à Portland, partageant d’abord un appartement avec une camarade de classe, Clara Wold, puis prenant son propre appartement dans le même immeuble. Elle enchaîne les emplois : elle conçoit un vitrail pour le Povey Brothers Studio, effectue des reportages freelance pour The Oregonian. et rédige et illustre des articles pour le Portland Spectator.. Fin 1909, elle rencontre puis épouse Paul Trullinger, un dentiste qui vit sur une péniche sur la Willamette, collectionne des œuvres d’art et organise des soirées où il invite ses amis à inhaler de l’éther.
Louise Bryant garde son nom de jeune fille et son appartement après son mariage. Elle déteste les corvées domestiques et souhaite avancer dans sa carrière. Son amie Sara Bard Field lui présente le mouvement pour le droit de vote des femmes aux États-Unis et elle rejoint la branche oregonaise de la College Equal Suffrage League en 1912. Avec Field, elles prononcent des discours pro-suffrage féminin dans des petites villes de l’Oregon et défilent dans un char de suffragettes au cours de la parade du Jour du drapeau à Portland. Sous la direction d’Abigail Scott Duniway, les femmes obtiennent le droit de vote en Oregon un peu plus tard la même année.
Louise Bryant découvre le journal socialiste The Masses grâce à son ami, l’avocat Charles Erskine Scott Wood, qui épousera plus tard Field. Enthousiaste à la lecture de son contenu, en particulier celui rédigé par John Reed, Louise Bryant commence à lancer des campagnes d’abonnement au journal. Emma Goldman prononce un discours en l’honneur de Reed dans le hall des Industrial Workers of the World à Portland. Avec d’autres militants politiques, dont Alexandre Berkman, elle est invitée aux soirées de Louise Bryant et de son mari.. En 1914, Reed, un journaliste diplômé de Harvard vivant à Greenwich Village, visite Portland, dont il est originaire, et s’exprime contre le système de classes à l’University Club de Portland. On ne sait pas exactement quand Louise Bryant et Reed se sont rencontrés, mais vers Noël 1915, Reed revient à Portland pour voir sa mère après le décès de son père et annonce être en couple avec Louise Bryant. Reed retourne à Greenwhich Village le et Louise Bryant abandonne son mari pour le suivre trois jours plus tard. Trullinger demande le divorce, qui est prononcé en .
Départ pour New York alt=photographie de John Reed, ayant une vingtaine d'années, bien vêtu,élégant et coiffé d'un fedora|vignette|upright|John Reed, .|gauche Reed loue une chambre pour Louise Bryant près de son appartement au 43 . Leur cohabitation en dehors du mariage est un détail pour les amis de Reed, qui rejettent l’institution du mariage et les autres normes de la classe moyenne. Lors d’une visite de New York, Field emmène Louise Bryant à une réunion de Heterodoxy, groupe féministe qui inclut Charlotte Perkins Gilman, Mary Heaton Vorse, Crystal Eastman, Ida Rauh, Zona Gale et Mary Austin. Les nouvelles amies de Louise Bryant comprennent Inez Milholland, Inez Haynes Irwin et Doris Stevens. Le couple fréquente aussi l'anarchiste Emma Goldman, le dramaturge Eugene O'Neill et la mécène Mabel Dodge, une ancienne amante de Reed.
Au numéro 43, Louise Bryant et John Reed s’aménagent deux bureaux séparés, où chacun travaille sur ses projets de journaliste. Quatre mois après son départ de l’Oregon, elle se fait connaître à New York avec un portrait de deux juges de Portland, dont l’un a annulé un procès contre Emma Goldman, accusée d’avoir distribué de la documentation du mouvement de contrôle des naissances aux États-Unis. L’article est publié sous le nom dans en et est publié par Max Forrester Eastman, le frère de Crystal Eastman.. Pendant ce temps, Reed est envoyé interviewer l'influent homme politique William Jennings Bryan en Floride pour Collier's. alt=Louise Bryan de profil, nue sur une plage, se chauffant au soleil, cheveux longs non coiffés| vignette|Louise Bryant se prélassant au soleil à Provincetown, en 1916. Quelques semaines plus tard, Louise Bryant et Reed sont invités par Vorse à passer l’été à Provincetown et à participer aux créations de la troupe de théâtre Provincetown Players. D’autres artistes du Village rejoignent la troupe, créée en 1915 par George Cram Cook et Susan Glaspell, qui ont pour objectif de produire des pièces de théâtre à la fois artistiques et politiques. En 1916, la troupe joue The Game, une pièce de Louise Bryant dans laquelle les personnages de la Vie et de la Mort jouent aux dés pour définir le destin de la Jeunesse (un poète) et de la Fille (une danseuse). La pièce est annoncée en même temps que Not Smart, de Wilbur Steele, et Bound East for Cardiff de O’Neill.
Pendant l’été, John Reed quitte Provincetown pour couvrir la convention du Parti progressiste à Chicago et pour écrire des articles pour Collier’s et Metropolitan Magazine. Pendant ses absences, Louise Bryant et O’Neill deviennent amants, ce qui ne pose aucun problème dans leur groupe qui milite pour l’amour libre. Reed, découvrant la liaison, réagit en invitant O’Neill à partager ses repas avec le couple. Dans une lettre à Field, Louise Bryant écrit de sa relation avec Reed qu’elle est .
thumb|left|upright|Louise Bryant, tableau de John Henry Trullinger réalisé en 1913.
Après avoir passé le mois de à Truro, dans une maison qu’ils ont achetée, Louise Bryant et Reed retournent à Greenwich Village. Le week-end, ils se rendent à Croton-on-Hudson, au nord de New York, où leurs amis ont des petites maisons. En octobre, ils achètent leur propre cottage sur place. Reed souffre cependant d'une maladie rénale qui le force à se faire retirer un rein. L’opération, prévue pour mi-novembre, est dangereuse et Reed décide de faire de Louise Bryant son héritière. Ils se marient donc le à Peekskill, trois jours avant l’opération de Reed à l’hôpital Johns-Hopkins. À la même période, Louise doit se faire soigner pour des problèmes d’ordre gynécologique. Quand Reed revient de Baltimore, mi-décembre, le couple part vivre à plein temps à Croton on Hudson pour récupérer et se concentrer sur l’écriture. Ils prévoient de se rendre en Chine en 1917 pour envoyer des reportages à des publications américaines, mais abandonnent le projet en , quand les États-Unis se préparent à prendre part à la Première Guerre mondiale. En difficulté financière, le couple vend le cottage de Truro à Margaret Sanger, et Reed vend la montre en or de son père. À la même époque, son engagement pacifiste lui fait perdre de nombreux contrats. La relation de Bryant avec O’Neill augmente les tensions du couple, qui se brouille quand Reed confesse avoir eu plusieurs liaisons de son côté. Ils se séparent temporairement et elle décide d’aller en Europe. Reed l’aide à convaincre John Wheeler, qui vient de fonder le Bell Syndicate, de lui fournir une carte de presse. Reed lui paie le voyage et elle prend le bateau en juin pour couvrir la guerre en France. Elle regrette presque immédiatement sa décision, et ils s’envoient de très nombreuses lettres pendant tout le voyage.