Rouhollah Moussavi Khomeini , parfois transcrit Khomeiny ou Khomeyni, né le à Khomein (Perse) et mort le à Téhéran (république islamique d'Iran), est un ayatollah, révolutionnaire et homme d'État iranien.
Expulsé d'Iran en raison de son opposition au shah Mohammad Reza Pahlavi, il s'exile en Irak puis en France, à Neauphle-le-Château. À la suite de la révolution islamique de 1979, il fonde la république islamique d'Iran dont il devient le Guide suprême.
Il met en place une théocratie chiite, caractérisée par un régime autoritaire et d'importantes restrictions des libertés individuelles. Son passage au pouvoir est marqué par la prise d’otages à l’ambassade américaine de Téhéran, la guerre Iran-Irak, et le massacre des prisonniers politiques iraniens de 1988.
Son idéologie, le khomeinisme, a inspiré l'islamisme chiite au Moyen-Orient. Revendiquant une ascendance alide par Moussa al-Kazim, il est également considéré comme marja par de nombreux chiites après la mort de l'ayatollah Hossein Tabatabai Boroudjerdi.
Biographie Jeunesse vignette|gauche|redresse|Rouhollah Khomeini, 1938. Khomeini naît dans la ville de Khomein sous le nom de Rouhollah Moussavi en 1900 dans une famille chiite très croyante.. Son turban noir indique qu'il est un seyyed, c'est-à-dire un des nombreux descendants du prophète de l'islam Mahomet, en l'occurrence par le biais de l’imam Moussa al-Kazim. Son grand-père, son père et son frère aîné sont ayatollahs. Son père, Mostafa Moussavi, un notable local, est assassiné par les hommes de main d'un grand féodal en , six mois après la naissance de RouhollahBiographie de Ayatollah KHOMEINI, Institut Medea... Sa jeunesse est également marquée par les troubles politiques des années 1906-1911 consécutifs à la révolution constitutionnelle.
Il s'installe, dès les années 1920 à Qom, la deuxième ville sainte d'Iran. Étudiant en théologie, il suit des cours de philosophie auxquels les séminaires traditionnels de Qom sont hostiles. En 1927, il y devient professeur de théologie, puis dans les années 1950 il est nommé ayatollah. Au moment du coup d'État de 1953, il prend position contre Mohammad Mossadegh<ref>Stéphanie Roza & Amirpasha Tavakkoli : Lumières et anti-lumières en Iran. Un siècle de luttes politiques, p 102, 2026, PUF-Questions, </ref> en le qualifiant d'apostat. Il s'engage dans l'opposition religieuse au régime autoritaire du shah Mohammad Reza Pahlavi et aux réformes que celui-ci mène pour la modernisation du pays (la « révolution blanche »), réformes incluant notamment le droit de vote des femmes, les réformes agraires, la modernisation du système judiciaire qui met en cause la suprématie de la charia coranique.
À la mort de Hossein Tabatabai Boroudjerdi en 1961, il postule à sa succession, y compris auprès du chahM. Perry & H.E. Negrin, The theory and practice of islamic terrorism, an anthology, 30.. Sa personnalité atypique fait qu'on lui préfère un autre candidat. Il s'écarte alors de la poésie et du mysticisme pour revenir à des visions plus tranchées de bien contre le mal« Apart from his political activism, Khomeini’s love of poetry, and the mysticism in his complex theological lectures made him seem somewhat eccentric. This failure worked a profound change in his writing and preaching. Henceforth there was no mysticism, no poetry, but simple Manichean formulas of good versus evil », op. cit., 30. et devient un des chefs de la communauté chiite, reconnu comme « guide religieux suprême » (marja-e taqlid). La même année, il dénonce un décret abolissant l'obligation pour les élus locaux et provinciaux de prêter serment sur le Coran.
Mariage et famille En 1929, Rouhollah Khomeini épouse Khadijeh Saqafi, alors âgée de treize ans. À la demande de l'enfant, il prend en charge son éducation, lui faisant la classe pendant huit ans.. D'après les témoignages de ses proches, Khomeini est un époux amoureux et dévoué, attentif à prendre en charge les tâches ménagères.
Le couple a cinq enfants : Mostafa (1930-1977), Zahra (née en 1940), Seddigheh et Farideh (nées en 1943) et Ahmad (1946-1995). Sa petite-fille Zahra Eshraghi est une activiste et féministe.
Exil Son opposition à la « révolution blanche » lancée par le chah Mohammad Reza Pahlavi le conduit à l'affrontement avec le pouvoir. Il est arrêté en 1963 pour avoir joué un rôle important dans les émeutes du 4 juin. L'arrestation de Khomeini provoque des manifestations à Téhéran et à Qom qui sont réprimées dans le sang. , promet-il. Le chah d'Iran, conscient de son influence, le fait libérer rapidement l'année suivante.
En , après avoir fortement dénoncé un décret accordant l'immunité juridique aux conseillers militaires américains et un emprunt de de dollars pour l'achat de matériel militaire, Khomeini est arrêté de nouveau et contraint à l'exil (par Oveyssi), d'abord en Turquie, puis à Nadjaf et Kerbala en Irak pendant quatorze ans. Son activisme prochiite indispose le pouvoir irakien et, en , il part pour la France avec un visa de touriste et s'installe à Neauphle-le-Château, à une quarantaine de kilomètres de Paris, sans demander l'asile politique, considérant que Paris est idéal pour médiatiser ses opinions politiquesGérard Puechmorel, documentaire « Les 112 jours de Khomeiny en France » sur France 3, 2012.. Il y demeure du au . Pendant cette période, il se crée l'image d'un saint homme, entouré par une équipe de conseillers chargés de sa communication, Sadegh Ghotbzadeh, Ebrahim Yazdi et Abolhassan Bani Sadr. Houchang Nahavandi estime qu'il y mystifie par son charisme des intellectuels comme Jean-Paul Sartre ou Michel Foucault.. Selon Alexandre de Marenches (chef du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage, ancien nom de la DGSE), le chah aurait refusé l'expulsion de Khomeini au motif qu'il serait préférable qu'il soit en France plutôt qu'en Syrie ou en LibyeChristine Ockrent et Alexandre de Marenches, Dans le secret des princes, Stock, 1986 , .. Certains indiquent également que le président Valéry Giscard d'Estaing aurait envoyé Michel Poniatowski auprès du chah pour lui proposer d'éliminer KhomeiniIbid., . C. Ockrent à A. de Marenches : « […] Par exemple, la mission de M. Poniatowski à Téhéran de faire éliminer Khomeiny alors réfugié en France. ». Raymond Aron croyait que cette révolution s'alignerait, une fois au pouvoir, sur l'URSS ; alors que Khomeini ne cesse de proclamer « ni Est-ni Ouest » et que fidèle à ce principe, le jour même de la prise d'otages à l'ambassade américaine, il dénonce deux articles litigieux du traité de 1921 entre l'Iran et son voisin Hélène Carrère d'Encausse, Ni paix ni guerre ; le nouvel Empire soviétique ou du bon usage de la Détente, Paris, Flammarion, 1987 p. 252 . Quelques mois plus tard, à l'été 1980, l'Iran boycotte les Jeux olympiques de Moscou Hélène Carrère d'Encausse, op cit, p. 253..
Durant les plus de quatorze années que dure son exil en Irak puis en France, son discours se radicalise progressivement et sa pensée se systématise autour d'une conviction profonde : la dictature du chah n'est pas le système adéquat pour l'Iran. Selon son analyse, les oulémas héritiers de Mahomet détiennent l'autorité religieuse, jusqu'au retour de l'imam caché. D'où l'idée d'une république islamique, au lieu d'une dictature « chahienne », dans laquelle les mollahs ont le pouvoir de désigner le plus savant d'entre eux pour concentrer l'autorité. Ce principe deviendra sous le nom de « velayet-e-faqih » après la révolution islamique, la clef de voûte du nouveau régime iranien que Khomeini définit comme le pouvoir absolu du religieux. Un président de la République qui s'occupe plus des questions quotidiennes doit également être élu.
Dans son livre Le gouvernement islamique, il fait l'éloge de Fazlollah Nuri, un ayatollah qui, lors de la révolution constitutionnelle de 1906, avait pris position contre les réformes en avançant que l'islam était incompatible avec la démocratie. Ce livre est fondé sur le principe du Velayat-e faqih. Il définit le gouvernement islamique comme « un gouvernement de Dieu », « de droit divin ». Il n'y est pas question de démocratie : ce n'est pas au peuple de décider, mais au clergé d'interpréter la loi divine. Il défend le principe des châtiments corporels (amputation et lapidation). Pourtant, lorsqu'il est à Paris, il tient un discours différent, plus favorable à la démocratie : il prétend vouloir un régime fondé sur le vote populaire. Il rassure ainsi Mehdi Bazargan, qui acceptera, malgré ses réserves à l'idée d'un régime dirigé par le clergé, de former un gouvernement de transition. Bazargan aurait dû se méfier. Plus tard, Khomeini se justifiera en disant avoir pratiqué la taqiyeh (« dissimulation »).
Cette révolution se prépare depuis Neauphle-le-Château où, arrivé en France le , il s'installe le , et il propage ses idées par le biais de conférences organisées à son domicile mais aussi, principalement, sous la forme de cassettes audio diffusées et dupliquées largement dès leur arrivée en Iran. Cette diffusion massive et furtive permet aux opérations d'échapper au contrôle du gouvernement iranien sur les médias classiques.
Retour en Iran et avènement de la République islamique Khomeini retourne en Iran le , à un moment où la révolution entre dans sa phase victorieuse. Il confie la direction d'un gouvernement provisoire à Mehdi Bazargan alors que les combats se poursuivent avec les derniers fidèles du chah. Le marque la victoire de Khomeini qui s'affirme dès lors comme le dirigeant de facto du pays, d'abord en tant que « chef de la révolution en Iran », puis en tant que « guide spirituel suprême ». La république islamique est instituée par référendum les 30 et , puis par un second référendum une constitution est adoptée le suivant.
Le , Khomeini approuve l'élection d'Abolhassan Bani Sadr au titre de premier président de la république islamique d'Iran.
Dans la république islamique voulue par Khomeini, la Constitution reconnaît le chiisme duodécimain comme religion d'État et précise que la loi iranienne doit être en accord avec la charia.
Décret de Khomeini sur les droits des femmes
- interdiction pour les femmes d’accéder à la magistrature ;
- licenciement des femmes travaillant dans l’armée ;
- restauration du droit plein et entier à la polygamie ;
- rétablissement du droit « traditionnel » à la répudiation en lieu et place du divorce et limitation du droit de garde des enfants pour les mères ;
- âge minimum légal au mariage rabaissé à 13 ans pour les filles et à 18 ans pour les garçons ;
- interdiction de l’avortement et de la pilule contraceptive ;
- interdiction pour les femmes mariées d’accéder aux écoles normales ;
- fin de la mixité dans les établissements scolaires, la scolarité des filles n’est obligatoire que jusqu’à l’âge de 8 ans ; interdiction de la mixité dans le sport et sur les plages (des femmes sont fouettées pour avoir nagé dans la mauvaise section) ;
- interdiction faites aux femmes de fumer dans la rue ; rétablissement de la peine de mort (par lapidation) pour les femmes adultères (les hommes seront plus fréquemment condamnés au fouet)Tristan Leoni: La révolution iranienne: Notes sur l'islam, les femmes et le prolétariat, p. 212, 2019, Éd. : Entremonde, .
Crise des otages américains