Sainte Anne, la Vierge, l’Enfant Jésus et saint Jean-Baptiste enfant ou le Carton de Burlington House est un carton du peintre Léonard de Vinci, qui s'inscrit dans ses études autour du thème de la « Sainte Anne trinitaire ». Cette composition ne semble avoir été ensuite reprise à l'identique par l'artiste florentin dans aucun tableau connu. Elle constitue néanmoins une étape de recherche pour la création de son tableau Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant Jésus jouant avec un agneau qui en reprend un certain nombre d'éléments.

Réalisé au fusain, à la sanguine, à l'estompe et à la craie ocre, avec des rehauts de blanc, le dessin représente certains des personnages principaux du christianisme. Il s'agit d'un portrait en pied qui représente un groupe formé par Marie assise sur un genou de sa mère, sainte Anne, et tenant dans les bras son fils Jésus de Nazareth qui se retourne vivement vers Jean le Baptiste enfant pour le bénir. Le carton est composé de huit feuilles dont les bords ont été collés ensemble afin d'obtenir une grande surface de papier de plus d'un mètre de large ; près de plus tard, le tout est maladroitement collé sur une toile montée sur châssis, ce qui occasionne ensuite des dégâts notables. Conservé à Londres à la National Gallery depuis 1962, le carton est néanmoins en assez bon état de conservation, malgré l'acidité qui l'a rongé jusqu'à sa stabilisation récente, des rapiéçages grossièrement réalisés au et les dégâts dus à un tir de chevrotine en 1987.

La date de sa réalisation fait l'objet d'un vif débat entre les chercheurs qui la situent, pour les uns, entre 1499 et début 1501 et, pour les autres, au plus large, entre 1506 et 1513. De même, le destinataire de l'œuvre est inconnu et pourrait être aussi bien le roi de France , les moines servites de Florence que la république de Florence, à moins que la composition ne soit issue de la propre initiative du peintre.

Le Carton de Burlington House possède toutes les caractéristiques de l'art de Léonard de Vinci, sfumato et , et montre sa capacité à allier une grande connaissance de l'anatomie à la finesse dans l'expression des sentiments. Néanmoins, sa composition, volontiers classicisante, pourrait expliquer son abandon par le peintre au profit de celle qui apparaît dans le tableau conservé au Louvre.

Si la composition de l'œuvre subit un relatif manque d'intérêt chez les suiveurs du peintre certains de ses motifs connaissent plus de succès avec des reprises des poses de la Vierge et de l'Enfant Jésus, par Francesco Melzi, Fernando de Llanos, Raphaël et Michel-Ange.

L'œuvre Description vignette|redresse=1|gauche|alt=Le carton comportant une fine bande verticale en son milieu et trois fines bandes également réparties sur sa hauteur.|Le support du Carton de Burlington House est obtenu par la superposition sur quelques centimètres de huit feuilletsSchéma réalisé selon les travaux de ..

Le support de la Sainte Anne, la Vierge, l’Enfant Jésus et saint Jean-Baptiste enfant a pour dimensions . Du papier de cette taille n'existant pas à cette époque, le peintre a dû réunir huit feuilles de format dit « folio reale » d'environ , dont il a collé les bords en les superposant sur environ . Ces dimensions ont évolué depuis la création de l'œuvre : celle-ci pourrait ainsi avoir été amputée d'une bande latérale, les feuilles de gauche étant jusqu'à moins larges que celles de droite. De plus, la restauration de 1987-1989 ayant été l'occasion de démonter le cadre en bois qui supportait l'œuvre depuis le , une bande de sur chaque bord est redevenue visible, dévoilant autant de zones dessinées restées cachées jusqu'alors. Enfin, le papier ayant été marouflé sur toile (certainement entre 1763 et 1779), sa surface présente de légères déformations dues à un séchage inégal de la colle.

Sur une légère préparation brune, le dessin a été réalisé au fusain ou à la pierre noire, puis a bénéficié d'un rehaut à la craie blanche. En outre, les intensités plus sombres ont pu être obtenues par lavis.

La scène se déroule sur un fond rocheux comportant des montagnes. Des galets (en bas au premier plan) et une plante aquatique (aux pieds de saint Jean-Baptiste) indiquent une présence d'eau : de fait, des cours d'eau esquissés se devinent en arrière-plan à gauche, près de l'épaule de Marie, et une cascade (en bas à droite) se déverse vers la gauche. Le dessin représente un groupe compact de trois personnages assis auquel s'adjoint, debout à leur côté, un jeune enfant, un peu plus âgé que le premier. Une femme, identifiée comme étant la Vierge Marie, est assise sur le genou droit d'une autre femme, identifiée comme étant sa mère, sainte Anne. Les visages de ces deux personnages se situent à la même hauteur et, bien qu'elles soient mère et fille, elles semblent avoir le même âge. Anne, en arrière-plan, regarde sa fille en esquissant un léger sourire et pointe le ciel de l'index de la main gauche. De son côté, Marie porte son attention vers le bébé identifié comme étant l'Enfant Jésus et semble marquer une hésitation à le retenir. Celui-ci paraît en effet s'échapper des bras de sa mère : il exécute un mouvement de rotation vers l'enfant à sa gauche identifié comme étant saint Jean-Baptiste enfant ; de la main droite, il effectue un geste de bénédiction à son intention et de la gauche lui tient le menton. Enfin, debout et appuyé sur la jambe gauche d'Anne, saint Jean-Baptiste regarde Jésus.

Certaines parties du dessin présentent un degré élevé de finition, notamment les visages, les bustes et les draperies : cela se traduit notamment par un rendu parfait des volumes par les effets d'ombrage et de sfumato. Les autres parties des corps sont plus simplement contourés. Enfin, les éléments naturels ne sont qu'à peine esquissés.

Sujet

vignette|redresse=0.66|droite|alt=Peinture représentant une femme debout, une femme assise et un bébé, les uns situés derrière les autres.|Traditionnellement, les représentations du thème sont de composition verticale (Masaccio et Masolino da Panicale, Sant'Anna Metterza, 1424-1425, Florence, galerie des Offices, inv. 8386). La Vierge, l'Enfant Jésus avec sainte Anne et saint Jean-Baptiste s'insère au sein du thème iconographique chrétien de la « Sainte Anne trinitaire » dans lequel sont représentés ensemble l'Enfant Jésus accompagné de sa mère Marie et sa grand-mère Anne.. Lorsque Léonard de Vinci entreprend la création du Carton de Burlington House , c'est la première fois qu'il se saisit du thème et tente de le représenter. Ce thème entre dans le cadre du culte marial afin notamment de justifier le dogme de l'Immaculée Conception, selon lequel Marie, recevant par anticipation les fruits de la résurrection de son fils Jésus-Christ, a été conçue exempte du péché originel. Or, ce miracle implique que sa mère, Anne, gagne en importance théologique. Dès lors, le culte de sainte Anne se développe jusqu'à ce que la « Sainte Anne trinitaire » constitue une trinité terrestre en référence à la Trinité céleste. Peu de temps avant la période d'activité de Léonard de Vinci, le pape favorise ce culte par la mise en place d'une indulgence qui promet la remise des péchés à quiconque prononce une prière devant l'image de Anna metterza (sainte Anne, la Vierge et l'Enfant). On voit ainsi quelques exemples de la triade de sainte Anne, la Vierge et l'Enfant aux ; puis ce thème iconographique prend de l'ampleur à la fin du , principalement sous forme de sculpture et de peinture.

Par ailleurs, le thème revêt également une dimension politique : en effet, sainte Anne est la protectrice de Florence depuis le soulèvement de ses habitants contre Gautier VI de Brienne le , jour de la fête de sainte Anne. Il peut ainsi jouer un rôle symbolique de soutien pour la république de Florence, après la chute des Médicis en 1494. Précisément, l'intérêt de Léonard pour ce thème coïncide avec son retour dans la ville au début du .

vignette|redresse=0.66|gauche|alt=Tableau avec cadre en bois représentant un groupe constitué de deux femmes et un bébé, les uns au-dessus des autres en diagonale.|Avec le temps, la structure verticale a évolué (Benozzo Gozzoli, La Vierge et l'Enfant avec sainte Anne et donateurs, , Pise, musée national San Matteo). Historiquement, la représentation italienne de la Sainte Anne trinitaire suit la forme picturale byzantine et propose originellement une structure strictement verticale, où les personnages sont situés les uns au-dessus des autres avec sainte Anne en position supérieure. Plus proche encore de l'époque de Léonard de Vinci, cette structure évolue grandement : la représentation devient moins franchement verticale ; ainsi, dans un tableau destiné à un couvent de religieuses de Pise, Benozzo Gozzoli propose une composition diagonale qui juxtapose les visages des trois personnages du thème.. Dans le Carton de Burlington House, Léonard de Vinci confirme le passage à une représentation plus horizontale qui autorise une interaction entre l'Enfant Jésus, Marie et Anne, ce qui permet ainsi d'introduire une véritable narration.

Un tel affranchissement de la verticalité permet de faciliter la délivrance d'un message symbolique : bien qu'une telle représentation ne fasse l'objet d'aucune référence biblique , elle se lit généralement comme l'acceptation par Marie, avec le concours de sa mère, de la Passion à venir de son fils. De fait, dans le carton Sainte Anne, la Vierge, l’Enfant Jésus et saint Jean-Baptiste enfant, la gestuelle d'Anne est signifiante : le destin du Christ est figuré par l'index qui désigne le ciel, c'est-à-dire Dieu, tandis que son sourire en direction de Marie marque qu'elle l'encourage à accepter le sacrifice futur de son fils. La gestuelle de Marie, quant à elle, est ambiguë car elle est partagée entre une volonté de le retenir et un consentement, souligné par son sourire. Par ailleurs, si le peintre n'invente pas la représentation à trois personnages du thème de la « Sainte Anne trinitaire » (Sainte Anne, la Vierge et Jésus), il est le premier à adjoindre au groupe un quatrième protagoniste, en l'occurrence, saint Jean-Baptiste, dont la présence induit un nouvel élément de narration en même temps que de dynamique : Jésus effectue un geste de bénédiction vers celui qui se chargera plus tard, selon l'Évangile selon Jean, d'annoncer son ministère par ces paroles, (). Par cet acte déterminé et volontaire, Jésus marque ainsi l'acceptation de son propre sacrifice.

Historique de l'œuvre vignette|droite|redresse=0.5|alt=Gros plan sur le genou d'un personnage réalisé au crayon.|Des hachures caractéristiques d'un gaucher sont bien visibles sur la jambe droite de sainte Anne (détail).

Attribution