thumb|Plan de la zone archéologique d'Agrigente1. Temple d'Héphaïstos2. Kolymbéthra3. Sanctuaire des divinités chthoniennes et temple des Dioscures4. Olympiéion5. Tombe de Théron6. Temple d'Asclépios7. Temple d'Héraclès8. Temple de la Concorde9. Temple d'Héra10. Basilicula11. Sanctuaire de Déméter12. Temple de Déméter13. Quartier hellénistique et romain14. Colline San Nicola, musée15. Ecclésiastérion et oratoire de Phalaris16. Bouleutérion17. Temple d'Athéna18. Temple de Zeus
La zone archéologique d'Agrigente, en Sicile, (en grec Akragas, Grande-Grèce), comprend le « parc archéologique de la Vallée des Temples », et d'autres vestiges situés sur l'acropole et en divers lieux de la ville.
Une situation exceptionnelle
Fondée en -582 par des Grecs venus de la cité voisine de Gela, la colonie prend le même nom que le fleuve qui longe son site d'implantation, l'Akragas, au sud, qui est symbolisé par un crabe sur les monnaies de la ville (photo ci-dessous) dès la fin du Georges Vallet, Pindare et la Sicile, dans Pindare, Huit exposés suivis de discussions, Entretiens sur l'Antiquité classique, Tome XXXI, Vandœuvres-Genève, 21-26 août 1984, 289..
Son relief très escarpé lui permet de se défendre facilement contre ses ennemis. Le site est naturellement protégé par les vallées de l'Akragas (auj. San Biagio) à l'est et de l'Hypsas (auj. Drago) à l'ouest, les cours d'eau se réunissant en contrebas au sud. Il est dominé au nord par l’acropole (, où est construite la ville moderne) et la Roche d’Athéna (). La ville, protégée par une muraille flanquée de tours carrées et percée de huit portes elles-mêmes fortifiées, aurait occupé les pentes inférieures du site laissant aux temples et sanctuaires les hauteurs et la terrasse dominant le confluent et la mer, à Pierre Lévêque, « Agrigente », La Sicile, PUF, 1989, p. 143-164..
Les archéologues ont d'abord cru qu'Agrigente n'avait pas adopté de plan régulier d'urbanisme, privilégiant l'adaptation aux reliefs et aux ressources de la zone. Mais le quartier hellénistico-romain mis au jour autour de l’église San Nicola par exemple, prouve l'existence de rues orthogonales dès la seconde moitié du , dans lesquelles s'élevaient des maisons à péristyle ou à atrium, ornées de mosaïques. Ce plan aurait donc existé depuis la fondation de la cité pour s’accentuer sous Théron et Timoléon et s'évanouir après les .
La ville s'impose très vite comme l'une des colonies les plus brillantes et les plus prospères de l'Occident hellénique. Sa plaine très féconde lui assure une importante production d'huile d'olive et de vin, dont elle fait commerce dans le bassin méditerranéen, notamment avec CarthageDiodore de Sicile, Bibliothèque historique.
La cité connaît une expansion géographique au sous le gouvernement des tyrans. Le premier s'appelait Phalaris et l'apogée arrive avec Théron, victorieux des Carthaginois à la bataille d'Himère en -480. La ville s'embellit grâce à la main-d'œuvre capturée lors de cette bataille. La Vallée des Temples est entourée d'une muraille de .. Elle possède au milieu du plus de temples qu'il n'y en a sur l'acropole athénienne.
Diodore de Sicile ne tarit pas d'éloges sur la richesse de la ville et le luxe de ses habitants :
Historique des fouilles et de la protection
Tommaso Fazello décrit le site archéologique dans son ouvrage De rebus siculis en 1558. Giuseppe Maria Pancrazi livre également le résultat de ses explorations dans Antichità siciliane en 1752.. Johann Joachim Winckelmann publie ses Remarques sur l'architecture des anciens temples d'Agrigente en 1759.
En 1796, le prince Gabriele di Torremuzza, nommé gardien des Antiquités du Val di Mazzara par Ferdinand IV, fait relever les colonnes du temple d'Héra Licinia, après avoir fait supprimer les aménagements chrétiens du temple de la Concorde. Après la création de la Commission des Antiquités et Beaux-arts pour la Sicile à Palerme en 1827, les temples de la Concorde et des Dioscures sont restaurés.. Plusieurs intellectuels européens visitent à cette époque la Sicile et les ruines d'Agrigente : Goethe, Alexis de Tocqueville, Guy de Maupassant...
En 1835-1836, Domenico Antonio Lo Faso Pietrasanta réalise des fouilles, alors que les premiers pilleurs de tombes, les tombaroli, alimentent le marché noir en objets archéologiques. Les fouilles explorent les nécropoles à partir de 1899 et le reste du site à partir de 1916, plus intensivement entre 1925 et 1932 sous la direction de Pirro Marconi, livrant des traces d'occupation du site de la préhistoire à la domination romaine, grâce au soutien financier d'Alexander Hardcastle, acquéreur de la Villa Aurea. Giuseppe Cultrera, Goffredo Ricci et Jole Bovio Marconi poursuivent les recherches. Entre 1953 et 1958, les fouilles explorent le sanctuaire des divinités chtoniennes et le quartier gréco-romain. L'aire de San Nicola est la dernière explorée.
Dégradé par le temps, les pillages et les réutilisations, le site est protégé par les lois nationales de 1968 et 1971, puis régionales de 1991 et 2000, aboutissant à la création du parc archéologique et paysager d'environ . En 1997, l'Unesco l'inscrit sur la liste du patrimoine mondial. Le terme , initialement dévolu à la cité antique s'élargit avec le temps aux nécropoles et sanctuaires jusqu'à la mer.. Le musée archéologique national, puis régional, d'Agrigente, conçu par Franco Minissi, ouvre près de l'église San Nicola le , en regroupant les collections conservées depuis 1864 dans le musée municipal et celles de la Villa Aurea. Il prend le nom Pietro Griffo, directeur des antiquités du centre-sud de la Sicile, à l'origine du musée. Le parc reçoit environ visiteurs par an.
Les temples du site
Les dix temples ont été bâtis entre -520 et -430, à l'apogée de la cité hellénique, dans un mauvais calcaire coquillier qui s'est doté d'une patine dorée avec le temps, puis qui a été recouvert dans l’Antiquité d’un stuc blanc, pour imiter le marbre. Sept ont été élevés sur la terrasse méridionale, un sur l’acropole, un sur la Roche d’Athéna, un près du confluent. Ils ont pu être construits sur des zones déjà dédiées aux divinités par les Sicanes, et prendre la suite de temples simples de type mégaron avec parfois une colonnade axiale. Presque aucune description contemporaine ne permettant de certifier leur dédicace, il leur a été attribué des noms conventionnels et des lettres.
Temple Lieu Époque Type de construction Surface Colonnes Remarques Temple de Zeus Acropole - Dédié à Zeus Atabyrios, honoré sur le mont Atabyrion à Rhodes. Temple d'Héraclès (Temple A) Parc archéologique « Vallée des Temples » vers -500 dorique périptère 25,34 × 6 × 15 8 colonnes réérigées au (plan) Temple d'Athéna (Temple E) Acropole -480 dorique périptère 15,10 × 6 × 13 sous l'église S. Maria dei Greci (plan) Olympiéion (Temple B) Parc archéologique « Vallée des Temples » -480/-460 temple dorique pseudo-périptère 56,30 × 112,60 m 7 × 14 pseudo-périptère, à demi-colonnes aveugles, entre-colonnement muré, entablement soutenu par des Télamons (plan, élévation, modèle) Temple de Déméter (Temple C) Roche d'Athéna -480/-470 dorique distyle in antis 13,30 × – sous l'église S. Biagio (plan) Temples des Dioscures (Temple I) Parc archéologique « Vallée des Temples » -480/-460 dorique périptère 13,86 × 6 × 13 un angle a été réérigé arbitrairement en 1836 Temple L Parc archéologique « Vallée des Temples » milieu du dorique périptère 17,20 × * 6 × 13 Temple d'Héra (Temple D) Parc archéologique « Vallée des Temples » -460/–450 dorique périptère 16,90 × 6 × 13 colonnes et architrave du côté Nord réérigées au (plan) Temple d'Asclépios (Temple H) au sud de la ville antique fin du dorique distyle in antis à pseudo-opisthodome 10,70 × – Temple de la Concorde (Temple F) Parc archéologique « Vallée des Temples » vers -440 dorique périptère 16,92 × 39,44 m 6 × 13 le mieux conservé de tous les temples de Sicile (plan, reconstitution en couleurs) Temple d'Héphaïstos (Temple G) angle sud-ouest de l'ancienne ville vers -430 dorique périptère 17,06 × * 6 × 13 Oratoire de « Phalaris » Colline de San Nicola ionique prostyle 5,30 × 4
Les artistes d'Agrigente semblent avoir privilégié les statues en terre cuite toujours maigres, parfois de grande taille, comme la tête de kouros de -540, ou la tête de femme de -500 aux influences attiques conservée au Musée de Palerme, et encore la tête casquée d’Athéna, de -490, à la fois de tradition ionienne mais annonciatrice du style sévère. L’Olympieion semble être le seul à avoir reçu une décoration sculptée. On a également découvert à San Bagio un kouros en marbre, l'éphèbe d'Agrigente.
Temple d'Héraclès (temple A) Le temple d'Héraclès est situé près de la route, à l'est du parc, près de l'entrée, tout à côté de la porte IV (porta Aurea). L'identification de ce temple dédié à Héraclès est donnée par Cicéron lui-même, questeur en Sicile en l'année -75. Dans ses célèbres accusations contre Verrès, il évoque une grande statue de bronze d'Héraclès, dans un temple situé près de l'agora (basse agora, près de la porte IV) : ses lèvres et son menton étaient usés, dit-il, à force d'être touchés par les pèlerins, et Verrès projetait de s'en emparer. Selon Biagio Pace, il a pu être dédié aux Létoïdes.
Le temple d'Héraclès est le plus ancien de tous ceux situés près de la muraille sud, remontant au début du Il repose sur un soubassement à trois degrés. Son plan est conforme à celui de la plupart des temples de Sicile. Son péristyle de 6 × 15 colonnes est toutefois plus allongé que d'habitude, ce qui a permis de ménager aux extrémités un espace égal à la largeur de deux colonnes, aussi bien devant le pronaos qu'en arrière de l'opisthodome. Manque aussi ladyton, habituel dans les temples de Sicile. Les éléments d'architrave montrent des saignées de bardage en forme de U, destinées à passer des boucles de débardage symétriques.
Des débris du temple d'Héraclès ont été trouvés disséminés sur toute la zone, par exemple des chapiteaux recouverts de stuc, comme devaient l'être beaucoup d'autres éléments du temple. Les huit colonnes visibles du côté sud ont été remontées en 1924 sous l'impulsion d'Alexander Hardcastle, tandis que l'ensemble du côté nord l'a été dès le . Une transformation à l'époque romaine et la découverte d'une statue d'Asclépios en 1835 laisse supposer une nouvelle attribution..
Temple de Zeus Olympien (temple B) thumb|right|220px|Cinq solutions au conflit d'angles dans les temples doriques : I. Ne rien faire et laisser dépasser la dernière colonne...II. Allonger la dernière métope ;III. Allonger le dernier triglyphe ;IV. Diminuer l'espace entre les deux dernières colonnes ;V. Ajouter un segment vide en extrémité.
Immédiatement après l'entrée du parc, à l'ouest, on se trouve face au temple de Zeus Olympien (ou Olympiéion), qui aurait été construit par le tyran Théron en -480, après sa victoire à la bataille d'Himère, à la gloire des Grecs vainqueurs sur Carthage, dont les combattants, asservis, auraient élevé ce monument. Cette datation est toutefois remise en question et les travaux pourraient avoir commencé en -488 avec le début de la tyrannie de ThéronNotice sur le site du temple.
Dans sa description de la ville d'Agrigente, l'historien grec Polybe écrit : Un siècle plus tard, Diodore de Sicile en donne une longue description: Ces frontons sculptés, les seuls à l'être à Agrigente, symbolisaient la victoire d'Himère sur les Carthaginois. En revanche, les métopes étaient lisses. Un probable fragment de la frise a été retrouvé en mer, près de l'embouchure du fleuve Akragas, en 2024..
thumb|upright=1.2|left|Temple B (Olympiéion)