alt=|vignette|, La difesa della razza, 1938

Le rapport entre le fascisme et la communauté juive se situe au départ dans un environnement favorable aux Juifs. Dans les premières années du , en Italie, cette communauté a été intégrée de manière satisfaisante dans la société. En 1902, on trouve six sénateurs d'origine juive dans le royaume d'Italie ; en 1922, ils sont 19. En 1906, le baron Sidney Sonnino, juif converti au protestantisme, devient président du Conseil et, quatre ans après, en 1910, Luigi Luzzatti, juif non converti, est nommé Premier ministre.

L'apport de cette communauté pendant la Première Guerre mondiale est important : l'Italie compte 50 généraux juifs et Emanuele Pugliese est le militaire le plus décoré de toute l'armée.

Toutefois, d'ambiguïté en hésitation, de contradiction en indécision, Mussolini, qui n'est pas lui-même à l'origine antisémite (bien que cela ne préjuge pas de ses opinions envers les Juifs, il aura comme maîtresse, biographe officielle et conseillère politique Margherita Sarfatti de la Première Guerre mondiale jusqu'à la promulgation des lois raciales de 1938) laisse la situation de la communauté juive se dégrader peu à peu, puis il contribue lui-même à cette dégradation, jusqu'aux lois discriminatoires, jusqu'aux arrestations. Cependant, le démantèlement du ghetto de Rome et les déportations vers les camps d'extermination nazis seront le fait de l'occupant allemand à partir de 1943, qui marqua le début de la Shoah en Italie.

Le rapport entre le fascisme et les Juifs Dans les confrontations avec les membres du Parti socialiste italien qui se produisent entre 1919 et 1922, trois Juifs meurent : Duilio Sinigaglia, Gino Bolaffi et Bruno Mondolfo, déclarés ; 230 participent à la marche sur Rome et 746 sont inscrits pour certains au parti national fasciste et pour d'autres au parti nationaliste, qui fusionnera avec le premier.

En 1921, neuf députés juifs fascistes sont élus dont Aldo Finzi. Ettore Ovazza, banquier et homme d’affaires, membre du Parti national fasciste, anime le journal La Nostra Bandiera (« Notre drapeau »), dans lequel est affirmé le soutien des Juifs italiens au nouveau régime. À cette date, 750 Juifs avaient leur carte de membre du parti fascistePierre Milza, Mussolini, éd. Fayard, 2007, .. Après les visites de Chaïm Weizmann à Mussolini en 1926 et 1934, près de 10 % de la population juive italienne adhérent au parti fascistePierre Milza, Mussolini, éd. Fayard, 2007, ..

D'une part, les Juifs italiens dans leur ensemble ne s'opposèrent pas avec plus de vigueur à la naissance ou à la saisie du pouvoir par les fascistes que les autres Italiens ; d'autre part, de nombreux intellectuels et membres de la minorité sioniste ont choisi de ne pas soutenir le fascisme, car y adhérer signifiait se sentir « italien de la religion juive » alors que le sionisme supposait une séparation nette entre le peuple juif et les autresGiampiero Carocci, Storia degli ebrei in Italia. Dall'emancipazione a oggi., Newton Compton Editori, 2005 . Les juifs adhérents au parti fasciste tels que Ettore Ovazza et Isaia Levi étaient en grande partie antisionistes.

Guido Jung est élu député sur la liste fasciste et nommé ministre des Finances de 1932 à 1935, alors qu'à Maurizio Rava est confiée la charge de gouverneur de Libye et de Somalie, ainsi que celle de général de la milice fasciste.

Elio Jona, comme beaucoup d'industriels lombards, finance Mussolini, surtout par peur du communisme. Mussolini a parmi ses amis la révolutionnaire russe Angelica Balabanova, mais aussi Cesare et Margherita Sarfatti, maîtresse du Duce et auteur de sa première biographie, intitulée Dux et traduite en de nombreuses langues comme instrument de propagande dans le monde entierFrançoise Liffran, Margherita Sarfatti : L'égérie du Duce, Le Seuil, Paris, 2009..

Néanmoins, la très grande majorité des Juifs italiens (90 %) n'adhère pas au Parti fasciste. Mussolini doit plutôt faire face à une opposition de la part de beaucoup de Juifs : le socialiste Claudio Treves, qui le défie en duel et le blesse, le sénateur Vittorio Polacco qui prononce un vibrant discours de désapprobation qui a une grande résonance dans le pays, Eucardio Momigliano, « saint-sépulcriste » juif, qui s'éloigne du fascisme presque immédiatement en créant l'Union démocratique antifasciste, Pio Donati, député qui est agressé et meurt dans la solitude de l'exil en 1926. Douze professeurs d'université refusent de jurer fidélité au régime et parmi ceux-ci trois Juifs : Giorgio Errera, Giorgio Levi della Vida et Vito Volterra. Le président de la Cour suprême, Ludovico Mortara, donne sa démission en , dans la période où le Manifeste des intellectuels fascistes rédigé par Giovanni Gentile est contresigné par 33 membres de la communauté juive.

Déclarations de Mussolini Mussolini déclare dans les colonnes du Popolo d'Italia (1920) :

Une année seulement auparavant, en 1919, il affirmait :

Terminant avec l'idée que le bolchévisme est et que la bourgeoisie russe est .

Mussolini use d'astuce politique en affirmant :

L'année après les accords du Latran, la loi Falco sur la communauté italienne est adoptée, jugée favorablement par les Juifs italiens : c'est une tactique politique, en effet Mussolini espère faire désigner comme rabbin d'Alexandrie David Prato, de manière à augmenter l'influence de l'Italie fasciste dans la Méditerranée.

En 1932, l'éditeur Hoepli publie les Réunions avec Mussolini, de Emil Ludwig, dans lequel le Duce condamne le racisme, affirmant que l'antisémitisme : .

De nombreux Juifs participent à l'offre d'or pour le financement de la guerre d'Éthiopie et s'engagent en nombre dans les troupes pour lesquelles l'on crée un rabbinat militairePierre Milza, Mussolini, éd. Fayard, 2007, .. Mussolini nomme des Juifs à des postes importants comme l'amiral Ascoli, commandant en chef des forces navales durant la guerre d'ÉthiopieBrissaud, op. cit. ..

En dépit de toutes les déclarations de Mussolini contre l'antisémitisme, sa maîtresse à partir de 1936, Clara PetacciPierre Milza, Mussolini, éd. Fayard, 2007, ., rapporte dans son journal que Mussolini lui affirmait avoir été raciste et antisémite antérieurement aux lois raciales : Mussolini : « Moi j'étais raciste dès 1921».Mussolini entre racisme et passions érotiques, dixit sa maîtresse..

Les débuts et l'affirmation de l'antisémitisme En 1933, dans les journaux fascistes apparaissent les premiers signes d'antisémitisme : les Juifs sont accusés de vouloir « dominer le monde ». En 1934, Sion Segrè et Mario Levi de Giustizia e Libertà sont arrêtés par l'OVRA, la police politique, pour propagande antifasciste ; Levi réussit à s'enfuir. Peu après Leone Ginzburg, Carlo Mussa Ivaldi, Barbara Allaso et Augusto Monti sont eux aussi arrêtés.

C'est le début de la campagne antisémite qui est favorisée par les journaux contrôlés par le régime: Roberto Farinacci invite ouvertement tous les Juifs italiens à choisir entre sionisme et fascisme. Ettore Ovazza, fidèle du régime et qui sera assassiné par les Allemands en 1943, crée le journal Notre drapeau (La nostra Bandiera) avec pour objectif d'essayer de calmer la montée de l'antisémitisme qui ne cesse de progresser.

En 1937, les deux frères Nello Rosselli et Carlo Rosselli - descendants de Pellegrino Rosselli et Jeannette Nathan Rosselli et amis de Giuseppe Mazzini - sont assassinés en France par des cagoulards, probablement sur ordre de Mussolini. Carlo, en exil à Paris, avait créé le mouvement Giustizia e Libertà. Dans les journaux, leur disparition est présentée comme un acte antisémite. À Tripoli, deux ans après, plusieurs commerçants appartenant à la communauté juive sont fouettés car ils ferment leurs magasins le samedi. Tout ceci, pendant que Mussolini s'autoproclame et qu'on le voit notamment photographié avec en main l'Épée de l'Islam qu'il a reçue du chef berbère Yusuf Kerbisc.

Dans la même période, Galeazzo Ciano ordonne aux fonctionnaires juifs de la Farnesina (ministère des affaires étrangères) de ne pas avoir de contact avec l'Allemagne nazie. Mussolini lui-même semble en attente des évènements, acceptant la naissance de la section juive de l'école maritime de Civitavecchia ou Betar Naval Academy d'où sortiront certains futurs officiers de la marine israélienne.

L'année suivante, des Juifs participent à la guerre d'Éthiopie, tandis qu'Alberto Liuzzi reçoit la médaille d'or pendant la guerre d'Espagne.

En raison de la guerre en Afrique orientale, Rome entre en contact avec les Falashas, communauté de religion juive. Mussolini favorise ce groupe au point que les chefs falashas lui jurent fidélité. Il y a une tentative de rapprochement avec les Juifs italiens, mais le régime met en œuvre une législation de limitation du métissage.

En 1936, lorsque la Société des Nations prend des sanctions économiquesCes sanctions ne seront d'ailleurs suivies d'aucun effet. contre l'Italie à la suite de la seconde guerre italo-éthiopienne, Mussolini estime ces mesures d'autant plus injustifiées que l'initiative en revient au Royaume-Uni et à la France. Or ces deux États possèdent les plus importants empires coloniaux existants et, selon Mussolini, sont fort mal placés pour donner des leçons de morale en matière de colonisation. Il prononce alors un discours célèbre sur le . Sa politique extérieure change radicalement : alors qu'il avait mis en échec la première tentative d'Anschluss, il se rapproche de plus en plus d'Hitler. Sa politique envers la communauté juive ne va pas tarder à se calquer sur les lois de Nuremberg, même si, en 1938, Mussolini dément qu'il existe une quelconque forme d'antisémitisme en Italie.

La campagne de presse se fait toujours plus forte, Regime Fascista publie toujours plus d'articles racistes signés par Roberto Farinacci. Il Tevere, Giornalissimo, Quadrivio, des journaux antisémites, instaurent la calomnie et l'insulte systématique contre les Juifs. Telesio Interlandi publie un pamphlet antisémite intitulé Contra Judeos. , déclare Mussolini.

Les lois raciales et le contexte historique

Le « problème de la race » La campagne raciste du fascisme italien débute officiellement le , quand est publié « Le fascisme et le problème de la race » une première fois de manière anonyme sur le « », le ; il est republié dans le numéro de « La difesa della razza » du par le secrétaire de rédaction de la revue, Giorgo Almirante et son directeur Telesio Iterlandi. Les deux principaux reproches formulés à l'encontre des Juifs sont qu'ils se croiraient d'une et formeraient le terreau de l'antifascisme.

Le « Manifeste de la race » (Manifesto della razza) est signé par dix scientifiques et universitaires italiens. Galeazzo Ciano rapporte dans son journal le : Galeazzo Ciano, Diario 1937-1943, Rizzoli 1998, p. 158.

Les historiens Meir Michaelis Meir Michaelis, L’influenza di Hitler sulla svolta razzista adottata da Mussolini, p. 257 et Renzo De FeliceRenzo De Felice, Storia degli ebrei italiani sotto il fascismo, Einaudi, ont souligné qu'il n'y a aucune preuve de pressions directes de la part des Allemands dans cette campagne.

Le manifesto della razza illustre en 10 points, l'importance du racisme particulièrement à l'égard des Juifs et des TziganesCatherine Coquio, Jean-Luc Poueyto, Roms, Tsiganes, Nomades : Un malentendu européen, Karthala Éditions, 2014, , et la supériorité de la race italienne devenue , à l'aide de représentations graphiques claires qui permettaient une compréhension simplifiée des lois raciales fascistes et qui voulait donner au peuple un sentiment national de fierté raciale par son appartenance à une noble et .

vignette|Inscriptions juives, catacombes via Appia, Rome, s. ap. J.-C.