Les Sioux sont un important groupe ethnique et linguistique autochtone de la région centrale et du sud-orientale de l'Amérique du Nord, parlant originellement des langues dites « siouanes ». Le peuple sioux est souvent subdivisé en deux sous-groupes : les Catobas aujourd'hui presque disparus (il existe encore une petite réserve en Caroline du Sud). ; la grande famille sioux, qui comporte elle-même d'autres subdivisions (chiwere, dhegiha, winnebago, mandan).
Le même nom « sioux » est utilisé pour indiquer un groupe spécifique de tribus, culturellement et linguistiquement très proches : Lakotas, Nakotas et Dakotas, noms qui signifient tous « alliés ». Le présent article traite fondamentalement ce deuxième usage du terme.
Terminologie Les Sioux s'appellent entre eux « Oceti sakowin oyate », « le Peuple des Sept Feux » ou « le Conseil des Sept feux », en référence à leurs sept divisions politiques d'origine.
Quoique ce point soit incertain et discuté, le mot « sioux » proviendrait de l'expression « nadowe-is-iw-ug », qui, dans la langue des Ojibwés, signifierait « ennemis (nadowe) petits (is) ils sont (iw ug) », parce que les Iroquois leur paraissaient des ennemis beaucoup plus dangereux. Ce terme a été repris par les Français au , et ensuite adopté par les Sioux eux-mêmes, mais aujourd'hui, ils préfèrent réutiliser leurs noms d'origine en disant « je suis lakota », « dakota » ou, très rarement, « nakota »Aujourd’hui les Yankton (et les Yanktonnais aussi) préfèrent généralement se nommer « Western Dakotas » (« Dakotas occidentaux ») (cf. ), tandis que l’appellatif de « nakota » (ou « nakona » pour la langue) est utilisé par les Assiniboines ou, dans la forme de « nakoda », par leurs parents canadiens Stoney (cf. South Dakota Office of Tribal Government Relations... « Nadowe-is-iw-ug » serait donc à l'origine un terme péjoratif que les Ojibwés et les Saulteaux, leurs parents des grandes plaines, utilisaient pour désigner les peuplades voisines dont les Blancs s'enquéraient de savoir le nom ; par simplification linguistique il n'en serait resté que le terme sioux qui aurait perdu ce sens péjoratif..
Tribus vignette| . Peinture de Charles Deas représentant des Sioux, vers 1845. Les Sioux se partagent en trois grands groupes ethniques, à leur tour subdivisés en plusieurs sous-groupes qui constituaient les « sept feux du conseil » d'origine :
Les Dakotas ou Isantis, anglicisé en Santee (territoire traditionnel dans le Minnesota) qui comprennent : Sisseton ; Wahpetons ; Wahpekutes ; Mdewakantons (« Ils habitent le lac sacré »). Spirit Lake tribe (Réserve de Devil's Lake - Dakota du Nord), Réserve de Shakopee-Mdewankanton (Minnesota) et Flandreau Santee Sioux Tribe (Réserve de Flandreau - Dakota du Sud).
Les Nakotas ou Ihanktuns (« village au bout ») ou Yankton en anglais (territoire national dans les Dakota) qui comprennent (ou comprenaient) : Yanktons « Iyanktonwan » (« Ils habitent au bout ») ; Yanktonnais « Iyanktonwanna» (« Les petits Yankton »).
Les Lakotas ou Titunwans (« peuple de la prairie ») ou Tetons en anglais (territoire traditionnel Dakota/Wyoming) qui constituaient à l’origine l’un des sept feux du conseil, mais qui se subdivisèrent au , après leur émigration vers les grandes plaines, en sept groupes : Hunkpapas (« Ils campent à l'entrée »). Leurs plus grands chefs sont Sitting Bull et Gall ; Oglalas (« Ils se dispersent »). Ils comptaient parmi eux les chefs Red Cloud et Crazy Horse ainsi que l'homme médecine Black Elk ; Sicangu (« Cuisses brûlées » ou « brulés »). Le chef Spotted Tail était des leurs ; Minneconjous « Mnikwojupi» (« Ils plantent près de l'eau »). Le chef Big Foot est tristement célèbre car c'est sa bande qui fut massacrée lors du massacre de Wounded Knee ; Itazipacolas (« Sans-Arcs ») ; Oohenunpas (« Deux fois bouilli » ou « Deux chaudrons »), Two Kettles en anglais ; Sihasapas, (« Pieds noirs »), appelés Blackfoot Sioux en anglais, à ne pas confondre avec le peuple algonquin des Blackfoot).
Les Assiniboins faisaient originairement partie des Hunkpatina-Yanktonnais, mais plus tard ils se détachèrent de leur peuple d’origine pour se déplacer vers les régions canadiennes du Manitoba et de la Saskatchewan, où ils gardèrent leur idiome nakota et entrèrent dans un état de guerre permanente avec tout le reste de l’ancienne confédération sioux, gagnant à juste titre le nom de Hohes (rebelles) ; ils peuvent être ainsi classifiés : Assiniboines ; StoneysIl y a aussi des Stoney qui soutiennent pour eux-mêmes une certaine plus grande proximité linguistique des Lakotas que des Assiniboines, et prétendent être des « Sioux des Montagnes Rocheuses » plutôt que des simples descendants des Hohes (cf...
Réserves +Réserves sioux aux États-Unis et au Canada (population en 2015 pour les États-Unis et en 2016 pour le Canada)RéservesTribusLocalisationsPopulationFort PeckHunkpapas, Yanktonnais, Sisseton, Wahpetons et AssiniboinesSpirit LakeSisseton, Wahpetons et YanktonnaisStanding RockYanktonnais et HunkpapasLake TraverseSisseton et WahpetonsFlandreauWahpekutes, Mdewakantons et Wahpetons483Cheyenne RiverMinneconjous, Oohenunpas, Sans-Arcs et SihasapasCrow CreekYanktonnaisLower BruleSicanguYanktonYanktonsPine RidgeOglalasRosebudSicanguUpper SiouxSisseton, Wahpetons et Mdewakantons191Lower SiouxWahpekutes et Mdewakantons422Shakopee-Mdewakanton Wahpekutes et Mdewakantons602Prairie IslandWahpekutes et Mdewakantons173Santee SiouxWahpekutes et MdewakantonsSioux ValleySisseton, Wahpetons, Mdewakantons et WahpekutesDakota PlainsSisseton et Wahpetons76Dakota TipiWahpetons156Birdtail SiouxYanktonnais, Wahpekutes, Mdewakantons411Canupawakpa DakotaYanktonnais, Wahpekutes, Wahpetons305Standing BuffaloSisseton et Wahpetons569WhitecapSisseton et Wahpetons455Wood MountainHunkpapas, Assiniboines20
Histoire Les Sept feux Les Sioux sont issus d'une population qui habitait au sur le cours moyen du Mississippi et a en partie migré au vers les sources de ce fleuve. Elle y adopte un mode de vie typique d'un milieu où domine le taillis., la « civilisation sylvicole tardive », tout en développant une technique de poterie héritée de la « civilisation du Mississippi ». Ce mélange difficile à interpréter est qualifié de « civilisation Oneota », du nom du site archéologique d', lequel se trouve à l'entrée du lac Supérieur.
Au début du , durant le Petit Âge glaciaire, des descendants de cette population de type « Oneota » constituent dans ce qui est aujourd'hui l'État du Minnesota une union politique et se dotent d'une instance représentative, le Conseil des sept foyers, Očhéthi Šakówiŋ [oˈtʃʰetʰi ʃaˈkowĩ]. Le cœur de leur territoire est le bassin de la « rivière de l'Esprit », Watpa waḳaŋà, à l'est du cours supérieur de la « rivière des chutes », Hahawakpa, dans la région des lacs « de l'Esprit », Mde waḳaŋ, et Sangsue. Barrée au sud par les chutes Saint-Antoine, Owahmenah, c'est une zone boisée d'étangs, de lacs, de marais et de rivières qui les tient à l'abri d'une pénétration étrangère et en même temps facilite les déplacements entre habitants, par voie d'eau.
Au milieu du , époque de leurs premiers contacts directs avec les Européens, les Sioux sont nomades et habitent des tipis. Ils forment une société guerrière organisée en tribus mais ils pratiquent parfois la guerre comme un sport, se contentant souvent de toucher l'adversaire sans le blesserJ. Pinette, , 1672, in Relation, , op. cité.. Contrairement à leurs voisins, ils ne cherchent pas à se procurer une main d'œuvre esclave. Le déséquilibre démographique en faveur des femmes, environ sept pour un, est réglé par une polygamie qui favorise au sein des ménages les jalousies et l'adultère.. Les femmes, et non les hommes, en sont punies par un scalp partiel à vif, en rond, et le tranchement du cartilage du nez, traduction moins d'une inégalités hommes-femmes que d'une inégalité entre femmes.
Les Sioux se rencontrent déjà en dehors de leur zone d'origine, jusque dans les futurs Wisconsin et Iowa. Ils mènent leurs raids meurtriers contre les Illinois dans ce qui est aujourd'hui l'État du même nom. Ils se regroupent l'hiver en gros villages abrités dans les vallées et en été forment des campements de chasse. Ils alternent ainsi un peu de culture de maïs et de légumes secs, la cueillette du riz sauvage et des baies sauvages, la récolte du sirop d'érable, la pêche et la chasse, au chevreuil mais principalement aux bisons, qui sont alors présents dans les clairières du haut Mississippi.
Ces migrations saisonnières se font en travois tirés par des chiens, et à partir de la fin du par des « gros chiens », nom qu'ils donnent aux chevaux. Ceux-ci, introduits en 1540 par les conquistadors de Francisco Vásquez de Coronado, sont élevés et vendus par des peuples plus ou moins lointains, tels les Utes. Comme dans d'autres régions du monde où la nourriture est abondante, les autochtones ne pratiquent pas la métallurgie, les outils de pierre étant plus efficaces pour un coût de fabrication minime, mais les bijoux en cuivre sont prisés. Les échanges avec les tribus agricoles voisines restent cependant essentiels à l'équilibre alimentaire et la survie des chasseurs-cueilleurs que sont alors les Sioux.
Découverte du fusil et des Européens (1630-1674)
Les Sioux ont leurs premiers contacts avec la civilisation européenne par l'intermédiaire des coureurs des bois français, qui vivent en fait au cours de leurs déplacements comme les autochtones, épousant souvent des squaws et ayant des enfants « métchifs ». Ces « Sauvages » sont mentionnés par Jean Nicolet puis en 1642 par Jérôme Lalemant sous le nom d'ojiboué que leur donnent péjorativement les Sauteux de Nadouessioux.
La frontière orientale de leur territoire est alors à un jour de marche du lac Supérieur, dont la baie de Chagouamigon est explorée en 1658 par Médard des Groseilliers et Pierre-Esprit Radisson. C'est à la fin de l'hiver 1659, que les deux trappeurs fument le calumet de la paix avec huit ambassadeurs de la « nation du Bœuf », c'est-à-dire du bison, venus chacun accompagné de deux épouses traiter avec les Sauteux. Invités à pénétrer en territoire nadouessious, ils participent au printemps 1660. aux cérémonies d'une grande assemblée réunissant plusieurs bandes et sont solennellement adoptés.. Leurs « tonnerres » sont convoités.
Toutefois, les deux hommes, dont le retour sera espéré, s'en vont découvrir les Assiniboines avant de repartir vers Trois-Rivières, puis Québec, où leurs soixante canoës remplis de peaux conduits par trois cents Algonquins créent la stupéfaction. Bientôt les autochtones voient sur les traces de leurs invités arriver ceux qu'ils appellent, tel le père Ménard, des « Robes noires ». Ces pêcheurs d'âmes ne se déplacent pas sans être encadrés par de jeunes chasseurs qui se transforment à partir de 1668. en chefs de comptoirs clandestins, organisent le troc et tentent d'échapper toujours plus loin vers le territoire giboyeux des Nadouessioux au monopole de la Compagnie française des Indes occidentales. Le fusil crée, via Anvers dont le commerce n'est en rien freiné par la guerre de Hollande, un marché transcontinental basé sur la traite des fourrures, qui prospère durant les dix-sept années d'accalmie que connaît la guerre franco iroquoise et en moins de dix ans va bouleverser l'économie des Nadouessioux.
Le boum de la fourrure (1675-1685)