Juan Fernández de Heredia (vers 1310-1396) est le grand maître des Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem.

Biographie thumb|upright|left|Juan Fernandez de Heredia et Raymond de Turenne (fresque de l’Ospedale Santa-Maria della Scala à Sienne)Juan Fernández de Heredia, dit le Posthume ou le Noble, naquit à Munebrega (province de Saragosse), vers le début du siècle. Il n'est pas destiné à entrer dans l'Ordre et se marie une première fois avec une femme dont l'histoire n'a pas retenu le nom avec qui il a deux enfants, Toda Lopez et Donosa Fernandez. Il consent ensuite, sur l'insistance de son frère ainé, Blasco, à se remarier, pour assurer une descendance masculine, avec Thérèse de Centellas, d'une famille noble de Catalogne et nièce de sa belle-sœur, qui lui donne deux autres enfants avant de mourir, un fils Jean et une fille Thérèse. Son frère ayant eu aussi deux fils et l'ayant ainsi privé de l'espoir d'être chef de famille, il confie l'éducation de ses enfants à son frère ainé et demande au grand maitre Hélion de Villeneuve la dérogation d'entrer dans l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Il est autorisé à rentrer dans l'Ordre en 1328.

Carrière au sein de l'ordre de Saint-Jean

Le , il est mentionné comme « compagnon » du commandeur de Villel. Le , il est lieutenant du commandeur d'Alframbra auquel il succède avant le Armand Jamme, « Juan Fernández de Heredia » dans , . Il obtient une autre commanderie de « chevessiment », Villel entre et avant de devenir en 1345, commandeur de Saragosse. En fin 1346 ou au début de 1347, il est promu prieur de la langue d'Aragon et lieutenant du grand maître Dieudonné de Gozon avec le titre de châtelain d'Amposta où il prend la succession de Sancho d'Aragon, frère naturel de Jacques II d'Aragon et de Inés Zapata, donc grand oncle de Pierre IV d'Aragon. Sanche a été destitué pour avoir endetté la châtellenie et négligé d’acquitter les responsions par Foulques de Chauderac, procureur général de l'Ordre, et Guillaume de Guimera, commandeur de Monzon, en accord avec Sanche d'Oros, commandeur de Caspe, et sur les directives d'Hélion de Villeneuve. Cela fâche fortement Pierre IV qui fait arrêter et emprisonner Heredia et Guillaume de Guimera qui reviennent en grâce après avoir fait allégeance au roi.

Un hospitalier aux services du roi d'Aragon

Il entretient, dès 1338, de très bonnes relations avec le roi d'Aragon, Pierre IV qui en fait un de ses conseillers. Il s'investit dans les affaires du royaume et soutient le roi contre sa noblesse à la . En 1344, il prend part aussi à l'expédition qui s'empare de Majorque. C'est avec la plus grande liberté vis-à-vis de l'Ordre qu'il administre Amposte et le grand maître finit par s'en émouvoir. Il le cite à comparaître à Rhodes le pour se justifier mais il se garde bien de répondre à la convocation, occupé qu'il est à régler pour le roi les problèmes entre les chevaliers aragonais et castillans de l'ordre de Calatrava au sujet de l'élection de leur grand maître.

En , il s’apprêtait avec ses chevaliers à rejoindre le roi de Castille pour enlever Gibraltar aux Maures quand le roi d'Aragon lui enjoint de rallier son armée pour défendre le royaume contre les menées de Jacques II de Majorque. Laissant ses chevaliers au commandement de son parent Pierre Gonzalès de Heredia, il s'embarque sur la flotte de l'amiral Pierre de Moncade et prend part à la bataille dans laquelle succombe Jacques II le . De 1350 à 1353, Heredia reste en Espagne jusqu'à son départ pour Rhodes où il va porter les instructions d'Innocent VI.

En 1369, Heredia est en Espagne où il s'occupe de négociations pour rapprocher les rois d'Aragon et de Castille. Il est probable qu'il intervient auprès d'Henri II de Castille pour obtenir l'exécution des promesses qui lui avaient été faites deux ans auparavant (la remise d'une partie des biens du Temple en échange de ceux que les ordres de Calatrava, de Saint-Jacques et d'Uclès possédaient en Aragon), et qui étaient restées lettre morte.

Un hospitalier au service des papes thumb|left|La bataille de Poitiers où pour la seconde fois Juan Fernández de Heredia combattit à côté des Français Cumulant différentes charges, Heredia réside le plus souvent à Sorgues (alors Pont-de-Sorgues). Il fait orner son Hôtel (appelé improprement maison de la reine Jeanne) de toute une série de fresques représentant des scènes de chasse et de galanterieElles sont maintenant exposées au musée du Petit Palais d’Avignon..

C'est en 1349 que le châtelain d'Amposte arrive à Avignon. Le pape Clément VI le charge alors de diriger la construction des nouveaux remparts devant ceindre la cité papale. Cette tâche est achevée sous le pontificat d’Innocent VI. Il est chargé par le roi d'Aragon de remettre au pape Innocent VI le cens dû par l'Aragon. Il obtient la confiance du pape.

À la cour pontificale, un parti puissant faisait campagne contre les Hospitaliers. Il accusait ces derniers de mal employer leurs richesses et de montrer peu d'empressement à défendre la cause chrétienne. Comme Jean XII et Benoît XII avant lui, Clément VI avait déjà menacé, en 1343, Hélion de Villeneuve de donner à un ordre nouveau, qui serait plus actif, les biens qu'ils avaient obtenus des Templiers. Mais dès 1354, Innocent VI avisait Pierre de Corneillan qu'il accréditait un de ses conseillers les plus écoutés, le châtelain d'Amposte, Juan Fernández de Heredia, accompagné du commandeur de Castelsarrazin, le futur grand maître Raymond Bérenger, du commandeur de Poët-Laval, Pierre de Corneillan, neveu du grand maître, et d'un jeune parent du pape, Raymond de Pérusse, dans le but de le faire entrer dans l'Ordre.

Au cours du mois de , Innocent VI le charge d’escorter les cardinaux Nicola Capucci et Hélie de Talleyrand-Périgord, ses légats auprès du Prince Noir et du roi Jean II prêts à s’affronter. Le , ils sont reçus par le prince de Galles à Montbazon qui propose une trêve. Le , le cardinal de Périgord et Juan Fernández de Heredia tentent de convaincre Jean II de ne pas engager la fleur de la chevalerie française contre une poignée d’Anglais. Ils obtiennent une trêve d’un jour. Le , les négociations ayant échoué, Heredia combat aux côtés de Jean II à Maupertuis. C'est la défaite de Poitiers où le roi de France et le prieur sont faits prisonniers. Le cardinal se rend alors à Bordeaux auprès du Prince Noir pour racheter, grâce à son parent le Captal de Buch, la liberté de Juan Fernández contre .

Après sa libération, le , le pape le nomme gouverneur d'Avignon et capitaine général du Comtat Venaissin. En même temps, il écrit au grand maître Roger des Pins pour l'informer qu'il avait nommé Juan Fernández de Heredia au poste vacant de prieur de Saint-Gilles, lui demandant de bien vouloir ratifier son choix. Le grand maître envoya une ambassade à Avignon, le châtelain de Rhodes, Astorg de Pagnac, le commandeur de Venosa, Nicolas Benoît, et Gerald de Montagnai (voir ci-dessous pour l'affaire d'Achaïe). Ils apprennent à leur arrivée à Avignon qu'Heredia s'était fait mettre en possession effective du grand prieuré le . Roger de Pins, bien décidé à ne pas céder sur ce point, avait fait de Heredia son lieutenant en Occident et ses ambassadeurs avaient pour mission de communiquer au pape la bulle d'investiture. Innocent VI, en les remerciant pour le grand honneur fait au châtelain d'Amposte écrit au grand maître, le , pour lui apprendre qu'il ne reviendrait pas sur sa décision. On ignore la réponse faite par le grand maître mais l'année suivante dans ses courriers officiels, la chancellerie de l'Ordre nomme officiellement Heredia châtelain d'Amposta, lieutenant du grand maître pour l'Occident et prieur de Saint-Gilles. La nomination de Heredia au grand prieuré de Castille et Léon faite par le pape vers 1355 ne semble pas avoir suscité les mêmes difficultés, elle n’était pourtant pas moins nuisible aux intérêts de l'Ordre. Mais dès le , la chancellerie donnait à Heredia le titre de prieur de Castille.

thumb|Une vue des remparts d'Avignon construits sous la direction de Juan Fernández de Heredia Un an plus tard, au cours du mois d’août, à la tête de et de d’armes, il protège efficacement Avignon face aux menaces de l’archiprêtre Arnaud de Cervole. Il s'investit alors dans les négociations entre les souverains de France et d'Aragon pour aider le futur Henri II à conquérir la Castille. Il participe ainsi à la Bataille de Nájera au côté de Bertrand du GuesclinGeorges Minois, La Guerre de Cent ans, Perrin 2008

Le châtelain d’Amposte a aussi la confiance absolue des deux autres papes d’Avignon. C'est lui qui est chargé par Urbain V, le , d’assurer sa sécurité lors de son départ de Marseille vers Rome. Mais Juan Fernández de Heredia avait une trop grande tendance à s'investir dans les affaires des royautés occidentales et en 1367, le chapitre général de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem réuni à Avignon doit le rappeler au respect des règles de l'Ordre qui interdit à un Hospitalier de prendre les armes contre des chrétiens et aussi de renouveler l'interdiction du cumul des fonctions. Cette remontrance oblige le pape Urbain V à contraindre Heredia à résigner les grands prieurés de Castille et de Saint-Gilles et ses fonctions de capitaine général, ne gardant que la châtellenie d'Amposta.

Avec l'élection du nouveau pape Grégoire XI, il rentre de nouveau en faveur et il obtient, en 1372, du grand maître Raymond Bérenger, le grand prieuré de Catalogne. Au début , Grégoire XI lui demande de composer avec Bernardon de la Salle, un routier gascon qui menace Avignon avec ses troupes. Il réussit à l’envoyer avec François des Baux pour tenter de reconquérir les fiefs napolitains de celui-ci et il retrouve les fonctions de capitaine général du Comtat Venaissin. En 1374, il reçoit la charge des commanderies d'Aliaga et de Montpellier ainsi que la charge de lieutenant en Occident du grand maître. Comme le pape souhaitait une action des Hospitaliers contre les Turcs, Heredia réunit une assemblée en 1375 pour organiser une expédition en Orient.

Heredia abandonne sa charge de capitaine général le mais le , quand Grégoire XI quitte à son tour Avignon pour Marseille afin de revenir à Rome, Juan Fernández de Heredia l’accompagne en tant qu’amiral de la flotte pontificale, Raimond de Turenne, neveu du pape, les escortant au titre de capitaine général des armées pontificales. Le ils prennent la mer mais la traversée est contrariée par les tempêtes. Ils arrivent à Corneto que le , le pape débarque et séjourne jusqu'au . Il rentre à Rome le , Heredia portait, devant le pape, la bannière de l’Église, recueillant le jour du triomphe le fruit des efforts qu'il avait déployés depuis plus de vingt ans.

La mort de Grégoire XI, le , jeta l’Église dans le Grand Schisme d'Occident avec l'élection d'Urbain VI le à Rome, et de Clément VII, le à Fondi, par des cardinaux dissidents.

Grand maître de l’Hôpital à Rhodes thumb|upright|Entrée du palais du grand maître à Rhodes thumb|left|upright|Gigliato de Juan Fernandez de Heredia Après la mort du grand maître Robert de Juilly le , le chapitre, sur proposition de Grégoire XI, nomme Juan Fernández de Heredia maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem le .

Au lieu de se rendre dans les meilleurs délais à Rhodes, Heredia met à exécution un plan personnel qu'il avait muri depuis l'assemblée de 1375 pour implanter l'Ordre au plus près des Turcs en Grèce (voir ci-dessous). Lors de la campagne il est fait prisonnier et une fois libéré, il rembarque pour Rhodes. Mais l'univers chrétien avait changé, absorbé par la question religieuse, était incapable de s’intéresser aux affaires d'Orient.