Didier Leroux est un homme politique français, né le à Paris, il fut président de plusieurs partis non-indépendantistes et divers droite opposés à Jacques Lafleur et au RPCR, à savoir : Une Nouvelle-Calédonie pour tous (UNCT) de 1995 à 1999, Alliance de 1999 à 2004 puis de l'Avenir ensemble de 2008 à 2009. Il est délégué régional de François Bayrou et du Mouvement démocrate en Nouvelle-Calédonie.
Formation et carrière professionnelle : l'arrivée en Nouvelle-Calédonie
Diplômé en pharmacie de la faculté de Paris en 1968, il arrive en Nouvelle-Calédonie en novembre 1970 avec son père avec lequel il fonde l'Office calédonien de distribution pharmaceutique (OCDP) SA et Nouméa Gros SA, deux sociétés de grossistes-répartiteurs pharmaceutiques. Au décès de son père en 1974, il prend la direction de ces entreprises.
Époux depuis 1970 de Laurence Bolloré, fille de l'industriel Michel Bolloré et sœur de l'homme d'affaires Vincent Bolloré, il constitue rapidement, à l'image de son beau-frère à une échelle plus réduite, un véritable « empire financier » local en rachetant plusieurs entreprises dont la Société française de Navigation Nouvelle-Calédonie Sofrana NC (agent maritime, consignataire de navire et manutentionnaire portuaire du port autonome de Nouméa)https://www.lesechos.fr/2004/08/la-nouvelle-caledonie-evite-lasphyxie-de-justesse-644648 et du Groupe Saint Vincent (entreprise agroalimentaire basée dans la plaine de Saint Vincent à Païta produisant essentiellement du riz mais aussi de la farine et des aliments pour animaux). Il est très investi dans les affaires sur le territoire de Wallis-et-Futuna (paradis fiscal) où Il a également quelques sociétés et participations ainsi qu'au Vanuatu autre paradis fiscal, (ce dernier sur la liste noire de l'ONU). Quelques années plus tard, étant lui-même pilote breveté, il s'investit dans le domaine des transports aériens : d'abord choisi comme président directeur général PDG de la compagnie publique Aircal (compagnie des liaisons intérieures à la Nouvelle-Calédonie) de 1978 à 1982, il participe à la création en 1983 de la compagnie locale internationale Aircalin qu'il va présider de 1985 à 1988. Ses fonctions patronales l'amènent enfin à être président de la Fédération patronale de Nouvelle-Calédonie de 1979 à sa démission en 1992.
Le rival anti-indépendantiste de Jacques Lafleur
Les débuts discrets au sein du RPCR
Lors de la période troublée des évènements en Nouvelle-Calédonie, il s'engage en politique dans le camp anti-indépendantiste et donc au sein du parti représentant seul à l'époque cette mouvance e: le Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR) de Jacques Lafleur. Il est élu sous cette étiquette membre du Congrès du Territoire et du Conseil de la Région Sud de 1985 à 1988, mais ne s'engage pas outre mesure dans le combat politique néo-calédonien avant 1995.
La dissidence chiraquienne
En 1995, Jacques Lafleur, le chef anti-indépendantiste devenu le seul véritable dirigeant politique du territoire depuis les Accords de Matignon-Oudinot de 1988 et l'assassinat de son rival indépendantiste Jean-Marie Tjibaou en 1989, et pourtant ami personnel de Jacques Chirac, décide de soutenir Édouard Balladur dans la course à l'présidentielle. Or, une majorité de militants du RPCR, fortement chiraquiens, apportent leur soutien à Jacques Chirac. Toutefois, seulement une petite partie d'entre eux, menés par Didier Leroux, décident d'entrer en dissidence ouverte avec Jacques Lafleur en créant un nouveau parti: « Une Nouvelle-Calédonie pour tous » (UNCT, reprenant ainsi le slogan présidentiel de l'époque de Jacques Chirac : « La France pour tous »). Ce nouveau mouvement, créé pour « proposer une alternative non indépendantiste à la toute-puissance du RPCR », fait figure de parti « anti Jacques Lafleur » et de seule alternative au RPCR pour les anti-indépendantistes.
L'alternative à Jacques Lafleur
Lors des élections provinciales du , son mouvement crée la surprise en obtenant 10 800 voix (le RPCR, arrivé en tête, en obtient 25 800) et fait perdre au parti de Jacques Lafleur la majorité absolue au Congrès en y décrochant 7 sièges sur 54, contre 22 au RPCR. Il pousse alors ce dernier à devoir composer davantage avec les différents groupes du Congrès, et notamment avec les indépendantistes, l'UNCT adoptant une attitude d'opposition quasi systématique.
Lors des élections législatives de , l'UNCT présente des candidats dans les deux circonscriptions et Didier Leroux affronte Jacques Lafleur dans son fief de la , à savoir Nouméa, l'île des Pins et les Îles Loyauté. Il est battu assez largement, obtenant 19,6 % des voix tandis que Jacques Lafleur est réélu député au premier tour avec 63 % des suffrages.
L'opposition à l'accord de Nouméa et les divisions
En 1998, il s'oppose fermement à l'accord de Nouméa et appelle à voter « non » au référendum organisé en Nouvelle-Calédonie sur la question. En effet, il rejette cet accord comme une trop grosse concession aux indépendantistes. Cette position l'affaiblit quelque peu face à un Jacques Lafleur qui a alors reconquis sa popularité liée à l'image « d'homme de paix » née de la signature des Accords de Matignon, et alors que l'accord de Nouméa est accepté par une très large majorité de Néo-calédoniens et notamment des anti-indépendantistes. Pourtant, en vue des élections provinciales de 1999, l'UNCT inclut dans sa liste certaines personnalités indépendantes ayant appelé à voter « oui » au référendum sur l'accord, notamment le maire de Bourail Jean-Pierre Aïfa et celui de Dumbéa Bernard Marant. Cette position ambiguë lui vaut alors deux dissidences au sein de son parti, une pro-accord et l'autre anti-accord: Thierry Valet, élu UNCT au Congrès depuis 1995 et candidat de ce mouvement aux législatives de 1997 dans la , a alors fondé dès le parti « Renouveau ». Celui-ci, qui comprend au Congrès 2 conseillers élus en 1995 sous l'étiquette UNCT, s'associe alors en un groupe commun avec le petit parti indépendantiste modéré, lui aussi récemment créé, de la Fédération des comités de coordination indépendantistes (FCCI), afin de défendre l'idée du dialogue et de la fin de la confrontation politique traditionnelle entre partisans et opposants de l'indépendance, et est considéré alors comme l'un des tout premiers partis « accordistes ». Ce groupe forme alors un « pacte d'amitié » avec le RPCR. La division avec l'UNCT s'est faite avant même la prise de position de celle-ci sur le fond de l'accord qui n'était pas encore signé, mais au sujet du fait que, contre l'avis de leur parti, Thierry Valet et l'autre élu l'ayant suivi dans la dissidence ont accepté de participer à la table des négociations de l'accord. Denis Milliard, élu UNCT au Congrès depuis 1995 et qui était considéré comme l'un des principaux lieutenants de Didier Leroux avec Sonia Lagarde, crée une dissidence à la veille même des provinciales du . En effet, Didier Leroux et l'UNCT ont décidé de s'associer avec d'autres personnalités ayant appelé à voter « oui » à l'Accord de Nouméa, dont Jean-Pierre Aïfa, le maire de Bourail, qui est n°2 de cette liste. Denis Milliard y voit alors la renaissance de la « FNSC », petit parti autonomiste mais anti-indépendantiste fondé à la fin des années 1970 autour de Jean-Pierre Aïfa en opposition à la logique hégémonique dans le camp loyaliste du RPCR et qui s'était allié en 1982 au Front indépendantiste de Jean-Marie Tjibaou qui avait alors pu diriger l'exécutif local jusqu'en 1984. Incarnant l'aile la plus opposée à l'Accord de Nouméa au sein de l'UNCT, il se rapproche de Claude Sarran, lui aussi élu sortant du Congrès, militant de longue date contre toute forme d'autonomie et représentant local du MPF de Philippe de Villiers, ainsi que de l'ancien sénateur de Dick Ukeiwé qui a quitté le RPCR en 1993. Tous trois forment la liste « Une Calédonie autrement », très axée vers la critique de l'accord de Nouméa.
La contre-performance des élections de 1999
Face à ces dissidences, Didier Leroux décide pour les provinciales de 1999 de ne pas jouer la carte de l'opposition à l'accord de Nouméa mais plutôt celle de la confrontation directe avec Jacques Lafleur et le RPCR, et cela encore plus qu'en 1995. C'est pourquoi il inclut dans sa liste « Alliance pour la Calédonie » présentée uniquement en Province Sud des figures politiques anti-indépendantistes n'ayant jamais voulu appartenir au RPCR (Jean-Pierre Aïfa) ou ayant rompu très tôt avec lui (Bernard Marant).
Mais les deux dissidences citées ci-dessus éparpillent ses voix tandis que Jacques Lafleur réussit en Province Sud à faire le plein de ses voix (en Province Nord toutefois, la présence du parti Développer ensemble pour construire l'avenir, dit DECA, du maire de Koumac Robert Frouin, proche de l'UNCT depuis leurs créations conjointes en 1995, affaiblit fortement le RPCR dans cette province de toute façon à majorité indépendantiste et lui fait perdre un siège). Ainsi, alors que l'UNCT avait obtenu 7 élus sur 32 à la Province Sud en 1995, la liste « Alliance pour la Calédonie » n'en obtient que 4 sur 40, dont seulement 3 sur 32 allant au Congrès (Didier Leroux, Jean-Pierre Aïfa et Sonia Lagarde). Dans la Province Nord, la liste Frouin soutenue par l'UNCT n'obtient aucun élu. Dans les Îles Loyauté, le parti de Didier Leroux s'était allié au LKS avec la présence sur la liste de Nidoïsh Naisseline de Cawidrone Wakanumune (tête de liste UNCT en 1995) en et Bernard Ukeiwé (numéro 2 en 1995) en . Toutefois, le RPCR ne réussit pas, avec 24 élus au Congrès, à retrouver la majorité absolue et forme alors une alliance avec les indépendantistes modérés de la FCCI qui ont 4 membres au sein de l'assemblée néo-calédonienne. Didier Leroux n'est plus alors le chef du principal parti d'opposition anti-indépendantiste à Jacques Lafleur : en effet, le Front national local mené par Guy George a obtenu 1 siège de plus que lui à l'Assemblée de la Province Sud et au Congrès.
L'Alliance, l'UDF et le retour au premier plan
Le , après la contre-performance des élections du , l'UNCT s'élargit à l'ensemble de la liste « Alliance pour la Calédonie » (fusion avec la FNSC de Jean-Pierre Aïfa et avec Calédonie Demain de Bernard Marant) mais aussi avec DECA et prend alors le nom d'Alliance. Ce nouveau parti a toujours Didier Leroux comme président et Jean-Pierre Aïfa comme n°2. Il adopte lui aussi une position de stricte opposition à la majorité RPCR-FCCI, et ne peut participer au gouvernement collégial, n'ayant pas assez d'élus pour former un groupe au Congrès et donc pour former une liste pour la désignation des membres de l'exécutif. En , lors des élections municipales, l'Alliance perd l'un de ses fiefs, et celui de Jean-Pierre Aïfa, à savoir Bourail, au profit d'une majorité RPCR. Toutefois, la liste nouméenne de Sonia Lagarde « Nouméa, c'est capital"e" » réussit une belle percée puisqu'elle arrive en seconde position avec 22,6 % des suffrages et 5 sièges sur 49, et cela même si la majorité RPCR de Jean Lèques est largement reconduite dès le . Bernard Marant et Robert Frouin sont tous les deux réélus à Dumbéa et à Koumac.
Pour le premier tour de l'élection présidentielle du , Didier Leroux, pourtant ancien chiraquien convaincu parti en dissidence initialement par fidélité à Jacques Chirac, décide alors de jouer la carte de François Bayrou dont il devient le délégué régional ainsi que celui de l'UDF en Nouvelle-Calédonie. L'Alliance toutefois ne devient pas associée au parti centriste métropolitain, une grande partie de ses membres restant membres de ce qui reste alors le RPR, dont Sonia Lagarde.