Michel Aoun (en , prononcé : ou ), né le à Haret Hreik, est un militaire et homme d'État libanais, président de la République du au .

Pendant la guerre du Liban, il est notamment commandant des Forces armées libanaises (1984-1990) et président du Conseil des ministres (1988-1990).

En 2005, il lance le parti politique Courant patriotique libre. En 2016, alors que le Liban n'a plus de chef de l'État depuis deux ans et demi en raison d'une crise politique, il est élu à la présidence de la République. Son mandat est marqué notamment par les conséquences de la guerre civile syrienne, notamment la crise migratoire, ainsi qu'une profonde crise économique, entraînant des manifestations à partir de 2019.

Situation personnelle

Origines

Chrétien maronite, il grandit dans une famille modeste avec un père boucher.

Formation Il fréquente des écoles catholiques. Aoun termine ses études et s'engage à l'Académie militaire comme officier cadet en 1955. Promu sous-lieutenant en 1958, puis lieutenant en 1961 au sein de l'armée libanaise, il reçoit ensuite des formations complémentaires à l'École d'application d'artillerie de Châlons-sur-Marne, en France (1958-1959), puis à Fort Sill, dans l'Oklahoma aux États-Unis (en 1966) et à l'École supérieure de guerre, en France (1978-1980).

Il parle l'arabe, le français et l'anglaisDaniel Rondeau, « Michel Aoun, le printemps de Beyrouth », Paris Match, semaine du 21 au 27 septembre 2017, pages 64-69..

Vie privée et familiale Marié à Nadia Aoun née Chami, il est père de trois filles, et a dix petits-enfants. Ses filles sont :

Claudine, mariée en secondes noces au général et député .. Elle est présidente de la Commission nationale de la femme libanaise et du Conseil supérieur de l'Organisation de la femme arabeClaudine Aoun Roukoz élue à la tête du Conseil supérieur de l'Organisation de la Femme Arabe IEUR. Chantal, mariée à Gebran Bassil, président du Courant patriotique libre et ministre des Affaires étrangères. Mireille, mariée à Roy Al-Hachem, directeur de la chaîne de télé liée au parti, la OTV.

Il est aussi l'oncle du député Alain Aoun.

Il n'a pas de lien de parenté avec son successeur à la présidence de la République, Joseph Aoun.

Parcours militaire et politique

Rôle dans la guerre du Liban

De l'opération « Paix en Galilée » aux accords de Taef vignette|droite|Michel Aoun en 1988. En 1980, il est de retour durablement au Liban pour devenir chef d'une brigade de l'armée libanaise. Il est posté le long de la Ligne verte qui a séparé l'ouest et l'est de Beyrouth. Lors de l'invasion du Liban par Israël en 1982, Aoun, alors lieutenant-colonel, mobilise un bataillon armé pour défendre le palais présidentiel de Baabda et gagne la confiance d'Amine Gemayel. Puis, lors de la guerre civile libanaise, en septembre 1983, la du colonel Aoun combat les milices du Parti socialiste progressiste (PSP) de Walid Joumblatt, palestiniennes et syriennes, et la bataille de Souk El Gharb se termine victorieusement pour l'armée libanaise. En juin 1984, le général Aoun est nommé commandant des Forces armées libanaises.

En septembre 1988, le président sortant Amine Gemayel désigne Michel Aoun comme président du Conseil jusqu'à la tenue de nouvelles élections. Cette nomination est en contradiction avec le Pacte national de 1943 qui réserve le poste de président du Conseil à un musulman sunnite. Gemayel justifie ce choix par le fait que le Pacte national réserve la fonction de président à un chrétien maronite et que comme le choix d'un nouveau président est impossible, le président du Conseil deviendrait président de la République par intérim.

Michel Aoun peut alors compter sur l'appui de 40 % de l'armée libanaise, comprenant toute l'artillerie lourde, sur la milice chrétienne des « Forces libanaises » dirigée par Samir Geagea, sur le « Parti national-libéral » et son chef Dany Chamoun et sur le « Parti des Druzes libres » et son représentant Farid Hamadé. Le président du Conseil, Salim el-Hoss, décide finalement de conserver son poste et deux gouvernements se mettent en place: un gouvernement pro-syrien, dirigé par Salim el-Hoss, à Beyrouth-Ouest, et un gouvernement dirigé par Aoun à Beyrouth-Est. Ce dernier gouvernement contrôle ainsi l'est de Beyrouth et les zones limitrophes périphériques (dites « zones libres », où il n'y avait pas de présence syrienne). Mais en , les « Forces libanaises » de Samir Geagea se rebellent contre lui quand l'armée libanaise se lance dans une opération pour mettre fin à leur contrôle des ports. En faisant face aux « Forces libanaises », Aoun divise les chrétiens du Liban au lieu de faire front commun. Cette action aura des conséquences néfastes à long terme dans les relations entre chrétiens au Liban.

En parallèle, l'armée syrienne commence à bombarder la dernière zone non occupée par elle du Liban, les « zones libres », et le général Aoun réplique en lançant la « guerre de libération » contre l'armée syrienne le . Aoun critique alors le soutien américain à la Syrie et se rapproche de l'Irak de Saddam Hussein pour recevoir des armes.

Le , depuis le palais présidentiel de Baabda, le général Aoun réclame à la France une intervention militaire car depuis certaines milices et l'armée d'occupation syrienne bombardent les zones chrétiennes qui abritent plus d'un million de personnes. La demande du général Aoun est entendue et la France dépêche le porte-avions Foch, deux frégates lance-missiles, et un transport de chalands de débarquement.

De l'accord de Taëf à l'échec final de la guerre de « libération nationale » Le , des membres de l'Assemblée nationale libanaise prennent la décision de s’assembler dans un pays étranger, à Taëf, en Arabie saoudite, en vue d'établir une entente mettant fin au conflit libanais. Ils parviennent à un accord qui institutionnalise un système confessionnel. Aoun refuse d'y prendre part, dénonçant certains points ambigus, notamment au sujet de l'occupation syrienne, ainsi que la représentativité des parlementaires (qui ont été élus en 1972 !). Avant même la rencontre de Taëf, il promulgue un décret qui dissout l'Assemblée nationale, mais les députés lui dénient le droit constitutionnel de le faire. La moitié des députés n'ont pas participé à la rencontre de Taëf, soit parce qu'ils sont morts, soit surtout par opposition au résultat anticipé des accords. L'appel de Michel Aoun ne trouve pas d'écho parmi les grandes puissances mondiales. Le , une manifestation de très grande ampleur est organisée à son appel.

Le , René Moawad est élu président de la République par l'Assemblée nationale, mais il est assassiné dix-sept jours plus tard (). Est alors élu Elias Hraoui, qui désigne le général Émile Lahoud comme commandant de l'armée libanaise et somme Michel Aoun de quitter le palais présidentiel. Aoun refuse et son armée fait face aux assauts de la milice des Forces libanaises, qu'il accuse de négocier secrètement avec le gouvernement pro-syrien de Salim el-Hoss (janvier à ).

La position d’Aoun se détériore lorsque Saddam Hussein envahit le Koweït le . Les États-Unis recherchent le soutien des pays arabes pour légitimer leur intervention, et le président syrien Hafez el-Assad se range alors aux côtés des Américains, des Britanniques et des Français dans le conflit du Golfe. En retour, les États-Unis acceptent tacitement que la Syrie prenne le contrôle du Liban. Le , Hafez el-Assad lance ses troupes à l’assaut des régions contrôlées par Michel Aoun, dont le palais présidentiel. Aoun négocie son retrait à l’ambassade de France, déclare sa reddition par radio, et se place sous la protection de René AlaDaniel Rondeau, Chronique du Liban rebelle, 1988-1990, Paris, Grasset et Fasquelle, 1991, 192 pages., l’ambassadeur de France à Beyrouth. Il est rejoint par sa famille peu après. Exfiltré par Philippe Rondot (DGSE) dix mois plus tard, il part en exil en France (d'abord à la villa de Gaby Deslys puis à Crécy-la-Chapelle et enfin à Paris).

De la fin de la guerre au retour au Liban

Combat pour le départ des troupes syriennes En échange de la protection française, Aoun a renoncé à exercer toute activité politique. Cependant, en 1992, il lance par procuration un parti politique, le Courant patriotique libre, qui a comme objectif le retrait des troupes syriennes du Liban et l’instauration d'un État de droit.

En , les États-Unis et la France soutiennent la résolution 1 559Résolution 1 559. du Conseil de Sécurité des Nations-Unies, qui demande le retrait des troupes syriennes. Le , Aoun déclare qu'il pourrait revenir au Liban pour rejoindre l'opposition au gouvernement pro-syrien. Le , l'ancien Premier ministre du Liban Rafiq Hariri est tué dans un attentat à l'explosif. Les services de renseignements syriens sont montrés du doigt par l'opposition. Cet assassinat marque le début de ce que certains appellent la révolution du Cèdre, qui conduit au départ de la totalité des troupes syriennes fin , au retour du général Aoun au Liban et à la sortie de prison de Samir Geagea.

Le , deux jours après l'assassinat de Rafiq Hariri, Michel Aoun, invité de Thierry Ardisson, affirme qu'il n'a aucun doute quant à l'implication de la Syrie dans l'assassinat de Rafiq Hariri.

Aoun revient à Beyrouth le après quinze ans d'exil en France. Désirant , il est accueilli par plusieurs dizaines de milliers de personnes sur la place des Martyrs. Il rencontre Samir Geagea à sa sortie de prison. Le , il est élu député de Kesrouan du Mont-Liban. Son groupe parlementaire Bloc du changement et de la réforme comporte 21 députés après les élections à l'issue desquelles les listes Aoun bénéficient de l'appui de 70 % des Libanais chrétiens. Il forme un groupe parlementaire appelé Bloc du changement et de la réforme. Les relations entre le Courant patriotique libre et ses alliés anti-syriens se tendent et le Bloc du changement et de la réforme s'engage dans l'opposition au gouvernement du Premier ministre Fouad Siniora.

Nouvelle stratégie électorale vignette|Michel Aoun avec la secrétaire d'État des États-Unis, Condoleezza Rice (Beyrouth, 25 juillet 2005). Après les élections législatives de et la formation du gouvernement Siniora auquel il s'oppose, il apparaît comme esseulé sur la scène politique libanaise. Son programme de réformes subit en effet l'opposition de la majorité de la classe politique libanaise.

Le , après plusieurs mois de négociations entre le Courant patriotique libre et le Hezbollah, le général Michel Aoun rencontre en l'église Mar Mikhael de Chiyah, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, pour signer un document d'entente de 10 points concernant directement l'avenir du LibanLe Document d’Entente Mutuelle Entre le Hezbollah et le Courant patriotique libre.. Cette entente se transforme en véritable alliance lorsqu'à l'appel du général Aoun, son parti apporte son soutien à la « Résistance islamique au Liban », en organisant l'hébergement et l'aide humanitaire des populations bombardées lors des opérations israéliennes de l'été 2006. En , le Hezbollah et ses alliés rejoignent le Courant patriotique libre dans l'opposition.

Le , Michel Aoun, en qualité de porte-parole de l'opposition, appelle à la démission du gouvernement Siniora, Jerusalem Post..

Les relations entre la majorité qui soutient Siniora et l'opposition, dont le Courant patriotique libre est la base depuis le début, en , se tendent en 2007, au point qu'après l'assassinat de Pierre Amine Gemayel, Michel Aoun soutient Camille Khoury contre Amine Gemayel, le père du défunt député (). Khoury défait l'ancien président lors de l'élection parlementaire dont ce siège est réservé à un maronite (région chrétienne du Metn). Ses adversaires soutiennent l'idée que cette victoire étriquée (51 %) ressemble à une diminution de la popularité d'Aoun alors que d'autres voient cette élection comme un grand succès dans « une bataille impossible » contre un ancien président dans son propre fief et une des figures importante de l'Alliance du 14-Mars.