270 px|vignette|redresse|Flagellants, .
Les Flagellants (nommés disciplinati ou battuti au Moyen Âge) étaient des groupes ambulants de fidèles qui s'adonnaient à la discipline collectivement en public. Leur mouvement atteignit son apogée durant le et le en Europe occidentale. Ceux qui y prenaient part pensaient que la pratique de la flagellation leur permettrait d'expier leurs péchés, atteignant ainsi la perfection, de manière à être acceptés au royaume des cieux après l'Apocalypse. Ils allaient en procession par les villes, nus jusqu'à la ceinture et armés d'un fouet dont ils se flagellaient publiquement, en chantant des cantiques, pour expier leurs péchés.
Étymologie Nommés au Moyen Âge sous les noms de disciplinati ou battuti, ces noms reflétaient la pluralité de sens du mot « discipline » au Moyen Âge. Celui-ci était synonyme d’« éducation des disciples », puis sa signification évolue vers une idée d’une « éducation par la correction » et a fini par ne retenir que l’aspect de son instrument, les verges (verbera) qui servent à fouetterCatherine Vincent, « Discipline du corps et de l'esprit chez les Flagellants au Moyen Âge », Revue historique, vol. 302 (2000), p. 594 ..
Histoire Origines Les circonstances dans lesquelles les premières manifestations massives de flagellants ont eu lieu sont significatives. À la suite de la famine de 1258 et de ce qu'on supposera être une manifestation de la peste en 1259, la situation de l’Italie était particulièrement difficile à l’époque. De plus, les guerres incessantes entre les Guelfes et les Gibelins avaient plongé la région dans une misère et installèrent une ambiance de grande insécurité parmi le peupleNorman Cohn, Les fanatiques de l'Apocalypse : courants millénaristes révolutionnaires du XIe au XVIe siècle, Aden, Bruxelles, 2011, p. 173.. C’est pour cela que le mouvement des flagellants a été partiellement influencé par une préoccupation de pacification et de dévotion comme certaines manifestations qui eurent lieu quelques décennies auparavantEx. : le , lancé à Bologne par le dominicain et qui s’est terminé quelques mois plus tard en Vénétie. ; Giuseppe Alberigo, « Flagellants », dans Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastiques, vol. 17, Baudrillart, Alfred (ed.), Turnhout, Paris, 1971, p. 327..
Le mouvement des flagellants commença au printemps de 1260 dans la ville de Pérouse en Italie sur l'initiative d’un laïc pérugin nommé Ranieri Fasani. Celui-ci avait prétendu agir sous l’inspiration d’une lettre sacrée reçue par la Vierge Marie et prit par la suite la tête d’une procession expiatoire et parcourut les rues de Pérouse pour se flagellerAndré Vauchez, La spiritualité au Moyen Âge occidental : , Éditions du Seuil, Paris, 1994, p. 152.. Dans un premier temps les battuti furent favorablement accueillis par le clergé qui prenait fréquemment la tête des processions. Le mouvement s’étendit rapidement au sud jusqu’à Rome et au nord jusqu’en Lombardie et par la suite dans certaines régions d'AllemagneCatherine Vincent, « Discipline du corps et de l'esprit chez les Flagellants au Moyen Âge », Revue historique, vol. 302 (2000), p. 596.. Elle peut s'inspirer du dominicain Ranieri dal Borgo (ou de Sansepolchro, mort en 1304).
Bien que la flagellation ne fût pas inconnue en Italie, elle était jusque-là une pratique pénitentielle privée ou liturgique. Elle était infligée auparavant aux grands pécheurs ayant demandé et obtenu d’être réconciliés par l’Église dans le cadre d’une pénitence publique. La nouveauté introduite par les flagellants de 1260 était le fait que désormais, la flagellation était pratiquée en plein air et par le désir des fidèlesAndré Vauchez, La spiritualité au Moyen Âge occidental : , Éditions du Seuil, Paris, 1994, p. 153..
En Allemagne, comme en Europe méridionale, les groupes de flagellants subsistèrent pendant plus de deux siècles mais leur statut et leurs fonctions ne coïncidaient pas avec ceux d'Italie. En Italie et dans le Sud de la France, les communautés de flagellants s’épanouissaient en plein jour dans toutes les villes de quelque importance. En Allemagne, au contraire, les flagellants ne cessèrent pas d’être accusés d’hérésie puis eurent par la suite des traits plus révolutionnaires que leurs homologues italiens. Le mouvement tantôt interdit en 1262, survécut de manière clandestineNorman Cohn, Les fanatiques de l'Apocalypse : courants millénaristes révolutionnaires du XIe au XVIe siècle, Aden, Bruxelles, 2011, p. 177..
Le mouvement de 1349 vignette|redresse|210px|Flagellants au , Pierre Grivolas, 1906, musée Calvet, Avignon. Le mouvement des flagellants avait repris des proportions considérables en 1349. Ceci était dû à l’une des plus grandes épidémies de peste du Moyen Âge : la dite Peste noire (introduite par des hordes mongoles en 1346-1347). Celle-ci fut interprétée, dans la perspective médiévale, comme un châtiment divin contre les pêchés commis par les humains. Les processions de flagellants étaient mises en avant comme un effort pour détourner ce châtimentGiuseppe Alberigo, « Flagellants », dans Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastiques, vol. 17, Baudrillart, Alfred (ed.), Turnhout, Paris, 1971, p. 327.. La zone de développement du mouvement se situa principalement en Europe centrale, de la Pologne à l’Allemagne et jusqu’aux Pays-Bas et à la France. Les flagellants se déplaçaient entre villes par bandes de cinquante à cinq cents hommes ou plus. Plusieurs régions furent prises l’une après l’autre d’une grande agitation où le mouvement prenait une grande importance avant de s’éteindre peu à peuNorman Cohn, Les fanatiques de l'Apocalypse : courants millénaristes révolutionnaires du XIe au XVIe siècle, Aden, Bruxelles, 2011, p. 178..
Dès la seconde moitié de 1349, le mouvement des flagellants avait pris une dimension anarchique. Les flagellants allemands en particulier devinrent les ennemis implacables de l’Église. Non seulement ils condamnaient le clergé, ils déniaient toute autorité surnaturelle de celui-ci, répudiant même le sacrement de l’eucharistie comme étant absurde. Ils avaient tendance à interrompre les services religieux et n’accordaient de valeur qu’à leurs propres rites ou hymnesNorman Cohn, Les fanatiques de l'Apocalypse : courants millénaristes révolutionnaires du XIe au XVIe siècle, Aden, Bruxelles, 2011, p. 188-189..
Les Juifs furent aussi victimes des mêmes persécutions que les clercs, mais sur une tout autre échelle. Durant le grand massacre des Juifs qui suivit la Peste Noire (cf. par exemple le Pogrom de Strasbourg), les flagellants jouèrent un rôle considérable. Les premiers massacres ont eu lieu en fin lorsqu’une partie de la population porta des accusations d'empoisonnement des puits contre les Juifs. Une seconde vague de terreur fut déclenchée par la propagande des flagellants quatre mois plus tard en . Des groupes de flagellants pénétrèrent à Francfort où ils se ruèrent sur le quartier juif et massacrèrent des juifs avec l’aide de la population locale. Les autorités municipales étaient si troublées par cet incident qu’elles expulsèrent les pénitents de la ville et renforcèrent les portes afin que cela ne se reproduise pasNorman Cohn, Les fanatiques de l'Apocalypse : courants millénaristes révolutionnaires du XIe au XVIe siècle, Aden, Bruxelles, 2011, p.190..
À la suite de ces événements, les autorités ecclésiastiques se sont mobilisées contre eux. En , le pape Clément VI édicte une bulle contre les flagellants. La bulle énumère les errements doctrinaux et les offenses que les disciplinati ont commis contre le clergé et les Juifs, et souligne davantage le fait que ces hommes négligeaient déjà les autorités séculières et qu’il était bien trop tard pour les contenir si l’on ne mettait pas un frein à leur débordement. Cette bulle fut communiquée aux archevêques d’Allemagne, de Pologne, de France, d’Angleterre et de Suède. L’Université de Paris avait aussi participé en prononçant également une condamnation sans appelGiuseppe Alberigo, « Flagellants », dans Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastiques, vol. 17, Baudrillart, Alfred (ed.), Turnhout, Paris, 1971, p. 331-332..
La bulle fut immédiatement prise en compte, les archevêques et évêques dans toutes les régions d'Allemagne et de Hollande interdirent toute procession des flagellants. De nombreux prêtres de paroisses furent enlevés de leur position et excommuniés. Les villes encore perturbées par des manifestations de flagellants prirent toutes les mesures possibles pour les expulser. Le résultat de la condamnation pontificale avait étouffé assez rapidement le mouvement et avait empêché la création de nouvelles confrériesNorman Cohn, Les fanatiques de l'Apocalypse : courants millénaristes révolutionnaires du XIe au XVIe siècle, Aden, Bruxelles, 2011, p. 193..
Les flagellants de Thuringe Après la condamnation épiscopale, le mouvement subsistait sporadiquement dans certaines régions. Vers 1360, un personnage analogue Allemand sous le nom de Conrad Schmidt prit la tête d’un mouvement qui, face aux persécutions, se transforma en une secte clandestine implantée dans les cités d’Allemagne centrale et méridionale. Les catholiques lui reprochaient de se prendre pour Dieu car celui-ci se proclamait étant l’unique témoin de la religion authentique. Quiconque souhaitait être admis dans la secte devait confesser tous ses péchés à Conrad Schmidt puis subir une flagellation de sa main et jurer une obéissance absolue. Schmidt enseignait que le salut de ses disciples dépendait uniquement de leur attitude envers luiNorman Cohn, Les fanatiques de l'Apocalypse : courants millénaristes révolutionnaires du XIe au XVIe siècle, Aden, Bruxelles, 2011, p. 195-197..
Une fois de plus, les autorités ecclésiastiques avaient décidé d’écraser le mouvement en Allemagne. En 1370, l’évêque de Wurtzbourg interdit la flagellation dans son diocèse et deux ans plus tard, le pape encouragea l’Inquisition à régler de façon radicale le cas de tous les flagellants qu’elle parviendrait à attraper puis de nombreuses exécutions suivirent. Il est dit que Conrad Schmidt fut l'un des sept hérétiques brûlés à Nordhausen en 1368Norman Cohn, Les fanatiques de l'Apocalypse : courants millénaristes révolutionnaires du XIe au XVIe siècle, Aden, Bruxelles, 2011, p.198..
Les « blancs » Au printemps de 1399, le mouvement reprend sous la prédication de saint Vincent Ferrier en France ainsi qu’en Italie sous l’influence de Giovanni Dominici. À côté des thèmes de la pénitence et de la paix émerge cette fois-ci la réforme de l’Église. Ils étaient appelés sous le nom des « blancs » ou Bianchi à cause de la cape blanche que ces hommes portaient. Ils furent à l’origine d’un nombre impressionnant de nouvelles confréries ou des réformes d’anciennes confréries de flagellants. Contrairement à leurs prédécesseurs homologues, les confréries de flagellants étaient alors sur le point d'adopter une nouvelle spiritualité plus individualisteGiuseppe Alberigo, « Flagellants », dans Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastiques, vol. 17, Baudrillart, Alfred (ed.), Turnhout, Paris, 1971, p. 333..
Certains voient dans les confréries de pénitents qui se propagent aux dans le sud de la France, les héritiers des flagellants. Toutefois, si la pénitence est pratiquée, l'esprit de la réunion et l'action des confréries de pénitents sont très différents de ceux des flagellants. Maurice Agulhon voit dans les confréries de pénitents un élément central de la sociabilité méridionaleMaurice Agulhon, Pénitents et Francs-Maçons de l'ancienne Provence, Fayard, 1998 (réédition)..
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