Le matsutakéS'agissant d'une entrée naturalisée pour le dictionnaire français, nous proposons la romanisation par la transcription phonétique Hepburn francisée, préférant l'accent aigu (také, saké, netsuké, mousmée), qui a l'avantage de préciser de manière moins ambigüe la prononciation pour les francophones.Také 菌, 茸, 蕈 Selon le Daigen-kaï, také est l'abréviation de takéri, ancien terme pour désigner l'organe mâle, dérivé du verbe takéru qui a survécu localement au sens de « croître, grandir, pousser, copuler, être en rut », et une variante du verbe taku, signifiant « croître, pousser haut, atteindre la croissance optimale », mais aussi « devenir furieux, rugir, s'exciter ou exceller ». Dans certains usages, také signifie aussi « haut ». Tous ces sens ont en commun l'idée de « vitalité vigoureuse ». Le mot japonais natif désignant le bambou est également také, (homophone, de même origine, pour sa croissance rapide. Le champignon také et le bambou také ont été différenciés en leur attribuant des caractères chinois distincts 竹. Také est un mot japonais plus ancien que kinoko. On trouve le premier dans le Shinsen Jikyô, le plus ancien dictionnaire de Kanjis existant dans son intégralité, publié vers l'an 900 A.D. Dans le traité d'herboristerie Honzô Wamyô, ainsi que dans le lexique classifié Wamyô Ruishûshô , publié quelques années plus tard. Aucun de ces deux ouvrages ne mentionne le mot kinoko. Také pour le bambou est attesté dans le Kojiki, qui fut achevé en 712 AD, et apparaît également dans le Wamyô Ruishûshô. En japonais standard, on trouve také combiné dans les mots composés formant des noms d'espèces de champignons, comme matsu-také (= « champignon du pin ») ou hatsu-také (= Russule « champignon précoce »). D'après le Dictionnaire complet des dialectes du Japon de Misao Tōjō (1951), le terme est encore utilisé seul pour désigner les champignons en général, dans les départements de Nara, Tottori, Hyôgo, Shimané, Ehimé, et Ôïta. Sources : Noms japonais de champignons par Rokuya Imazeki lire en ligne http://enfantdesarbres.canalblog.com/archives/2015/10/07/32738608.html est un champignon tricholome très prisé dans la cuisine japonaise. Le terme matsutaké (prononcé mattaké dans le Kansai) est en usage dans tout l'archipel et à tous les titres :
scientifique international, c'est le binôme latin : Tricholoma matsutake, Armillaria magnivelaris. nom japonais normalisé ou scientifique national (和名 / 日本の学名) : écriture phonétique dite katakanacaractères anguleux, dits de main d'homme, produisant un effet de contraste à la manière des « italiques » des noms latins. : (), commercial et littéraire (au Japon), en hiraganacaractères cursifs, dits de main de femme (la littérature classique japonaise est presque exclusivement féminine). (ou en kanjis : [littéraire et poétique], [mattaké], , « oreille du Pin »Les kanjis ou caractères dits sino-japonais (c'est-à-dire, les sinogrammes en usage dans la langue japonaise, panachés de kana) : constituent l'ancienne littérature des érudits (femmes écrivaines et moines bouddhistes).. Chose rare, il n'est pas concurrencé par d'autres noms vernaculaires ou régionaux à une exception près : on l'appelle naba (« gluant, muqueux ») dans le département de Nara. Ce terme de naba est par ailleurs un des sept noms désignant les champignons en général, en usage dans plusieurs régions au sud de Hondo et Kyūshū.
今関六也 Rokuya Imaeki 1973 - Japanese mushroom names(Transactions of the Asiatic Society of Japan, ser., v. 11, ). Par contre, la forte consommation annuelle au Japon ( environ, dont la moitié est importée), et un prix de vente au détail sur le marché intérieur pouvant atteindre () le kilogrammeLes Matsutake se sont vendus aux enchères pour 1,05 million de yens () à Tamba-sasayama, département de Hyogo, en octobre 2019 cf. Asahi Shimbun Daly Newspaper - 2020 article du 10 juillet (en) - Matsutake make IUCN red list as threatened for the first time
http://www.asahi.com/ajw/articles/13533288, encouragent une synonymisation outrancière des espèces ou variétés ressemblantes, mais distinctes, poussant dans des milieux très différents, pour tenter de s'octroyer une sorte d'appellation d'origine contrôlée ou un label de qualité.
Au sens strict, le matsutaké « vrai », identifiable à son parfum caractéristique, serait inféodé aux racines de Pinus densiflora Sieb. et Zucc. [ Aka-matsu ], un des arbres les plus communs au Japon. Les forêts dites « à matsutaké » sont bien plus lucratives pour leurs matsu-takés que pour la valeur marchande du bois d'Aka-matsu.
L'abondance de ses poussées traditionnelles, sa grande taille et son parfum suave, aromatique, exercent sur les Japonais une fascination qui alimente une frénésie automnale de parties de chasse (, Matsutaké-kari), avec barbecues pour le cuisiner et le déguster in situ.
C'est le plus prisé des champignons dans la civilisation et la gastronomie japonaise où il arrive en tête devant la truffe du Périgord et la truffe du Piémont, caractérisé par son parfum sui generis, à la fois , immortalisé par l'adage : [textes anciens, proverbes, cueillette figurée par des statuaires de l'époque Yayoi, etc.). Son nom en ou encore .
Historique de la taxinomie du groupe Tricholoma matsutake a été décrit comme espèce nouvelle pour la science par les mycologues japonais S. Ito et S. Imai en 1925≡Armillaria matsutake S. Ito & S. Imai, Bot. Mag. Tokyo: 327 (1925) [MB#270650] Basionyme, placé initialement dans le genre Armillaria (en raison de son pied chaussé très haut dans une armille engainante), puis transféré dans le genre Tricholoma par le mycologue allemand Singer en 1943Tricholoma matsutake (S. Ito & S. Imai) Singer, Annales Mycologici 41: 77 (1943).
Il faut préciser que l'ensemble des espèces de la section Calligatae est issu du genre Armillaria ou y a séjourné au sortir du fourre-tout Agaricus de Linné ! Il ne s'agit donc pas d'une conception originale des auteurs nippons du basionyme.A Nomenclatural Study of Armillaria and Armillariella species (Basidiomycotina, Tricholomataceae) by Thomas J. Volk & Harold H. Burdsall, Jr.. Nom actuel : Tricholoma matsutake (S. Ito & S. Imai) Singer (1943), Annales mycologici, edii in notitiam scientiae mycologicae universalis, 41(1-3), p. 77
Le premier taxon publié dans ce groupe de tricholomes à chapeau écailleux et muni d’une armille fut lAgaricus ponderosus en 1873Agaricus ponderosus Peck (1873), Bulletin of the Buffalo Society of natural sciences, 1, p. 42 (nom. illegit.) du mycologue américain Peck, nom illégitime, redécrit comme Armillaria magnivelaris Peck en 1878Agaricus magnivelaris Peck (1878) , Annual report of the New York state Museum of natural history, 29, p. 66 (Basionyme)Armillaria magnivelaris (Peck) Murrill (1914), North American flora, 10(1), p. 37, enfin Tricholoma magnivelare par Redhead en 1984Transactions of the mycological Society of Japan, 25(1), p. 6 (nom actuel).
La synonymie de magnivelaris est difficile à débrouiller avec Tricholoma murrillianum Singer (1942), Lloydia, 5, p. 113Agaricus ponderosus Peck (1873), Bulletin of the Buffalo Society of natural sciences, 1, p. 42 (nom. illegit.)
Agaricus magnivelaris Peck (1878) , Annual report of the New York state Museum of natural history, 29, p. 66 (Basionyme)
Armillaria ponderosa Saccardo (1887), Sylloge fungorum omnium hucusque cognitorum, 5, p. 78
Mastoleucomyces ponderosus (Saccardo) Kuntze (1891), Revisio generum plantarum, 2, p. 861
Armillaria arenicola Murrill (1912), Mycologia, 4(4), p. 212
Armillaria magnivelaris (Peck) Murrill (1914), North American flora, 10(1), p. 37
Tricholoma murrillianum Singer (1942), Lloydia, 5, p. 113
Tricholoma ponderosum (Saccardo) Singer (1951) , Lilloa, 22, p. 227
Tricholoma magnivelare (Peck) Redhead (1984), Transactions of the mycological Society of Japan, 25(1), p. 6 (nom actuel).
Il est remarquable que l'odeur n'ait été signalée par aucun mycologue américain à l'époque. En Europe, pays de tradition mycophile ou mycophage, la robustesse et l'odeur sont les deux critères majeurs.Agaricus focalis var. goliath Fries (1857), Monographia hymenomycetum sueciae, 1, p. 37 Agaricus goliath (Fries) Fries (1874), Hymenomycetes europaei sive epicriseos systematis mycologici, p. 40 (nom. illegit.) Armillaria focalis var. goliath (Fries) P. Karsten (1879), Bidrag till kännedom af Finlands natur och folk, 32, p. 19 Armillaria robusta var. goliath (Fries) Bresadola (1901), in Sarnthein, Österreichische botanische zeitschrift, 51, p. 479 Armillaria nauseosa A. Blytt (1905) , Skrifter udgivne af videnskabsselskabet i Christiania : I. Mathematisk-naturvidenskabelig klasse, 1904(6), p. 22 Tricholoma goliath (Fries) S. Lundell & Nannfeldt (1949), Fungi exsiccati suecici, praesertini upsalienses, 35-36, n° 1706 Tricholoma focale var. goliath (Fries) Bon (1976), Documents mycologiques, 6(22-23), p. 273 Tricholoma nauseosum (A. Blytt) Kytövuori (1989) , Karstenia : Journal of the Finnish mycological Society, 28(2), p. 69 Tricholoma caligatum var. nauseosum (A. Blytt) Bon (1990), Documents mycologiques, 20(78), p. 38
Bilan nomenclatural et synonymes superflus Armillaria matsutake S.Ito & S.Imai, q.v., fide Ito et Imai 1925, Bot. Mag. Tokyo 39 : 327, qui indiquent leur espèce comme synonyme dArmillaria caligata au sens de Hariot & Patouillard 1902, comme le note Kytövuori 1988 (1989), Karstenia 28 (2) : 69.
En plus du hiatus écologique considérable entre les deux taxons, la synonymie de T. matsutake avec T. caligatum est basée, selon Scott Redhead, sur un nom mal appliquéArmillaria caligata (Viv.) Gillet sensu Hariot and Patouillard 1902, Bull. Mus. Hist. Nat. 8:132; ) serait un nom mal appliqué car Hariot et Patouillard ont basé leur description sur un exemplaire acheté dans un marché., fide Bon 1984Bon, M. 1984. Les Tricholomes de France et d'Europe occidentale. Lechevalier, Paris. Encyclopédie Mycologique. 36:2-324, p.275; fide Riva 1988, Fungi Europaei: Tricholoma p. 400, Tricholoma matsutake q.v. identique à T. caligatum, mais la base de la synonymie proposée par ces auteurs est inconnue.
Armillaria caligata (Viv.) Gillet, Hyménomycètes (Alençon): 79 (1874)
Sphaerocephalus caligatus (Viv.) Raithelh. [sub. nom. caligatum'], Metrodiana 8(2-3): 52 (1979)
Tricholoma caligatum (Viv.) Ricken, 1914, Die Blätterpilze p.331;
Tricholoma caligatum (Viv.) Bres., cité in Lindau and Ulbrich 1928, Kryptogamenflora für Anfänger p. 351.
Tricholoma caligatum (Viv.) Maire, Maire 1933, Publ. Junta Cienc. Nat. Barcelona, Treb. Mus. Cienc. Nat. Barcelona XV nr. 2 p.80, cité in IFP 1932-35, p. 238, binôme superflu.
Description du Tricholoma matsutake ss. str. vignette|redresse=1.25|Tricholoma matsutake chair douce et odeur agréable (Hiroshima) Chapeau de 8 à 20 cm de diamètre, atteignant parfois 30 cm, initialement sphérique, devenant convexe avant de s'étaler. La surface est revêtue d'écailles fibrilleuses brun jaunâtre pâle ou brun châtain pouvant noircir (brun noir) avec l'âge et se fendre radialement pour laisser apparaître çà et là la chair blanche sous-jacente. La marge du chapeau est enroulée vers l'intérieurImazeki, Rokuya & Hongō, Tsuguo. (1957). 原色日本菌類図鑑 - Genshoku Nihon Kinrui Zukan [Atlas en couleur des champignons du Japon], Vol. 1, 181 pp. diagnose no. 49 et aquarelle couleur planche 9, Ōsaka; Hoikusha Publishing Co., Ltd. . Stipe 10-20 x 1,5-3 cm (les spécimens géants atteignent jusqu'à 30 cm de long), massif, d'épaisseur égale ou légèrement atténué vers le haut, solide, la surface est blanche au-dessus de l'anneau, la partie inférieure engainée dans une armille fibrilleuse brune semblable à celle du chapeau ; anneau tendre, persistant ;