(« ce qui est à nous » ou « notre chose » en italien) est le nom de la mafia sicilienne (bien qu'une seconde organisation, la Stidda, soit implantée dans le sud de l'île). Elle est surnommée la Piovra (la « pieuvre ») pour ses réseaux tentaculaires.
Les membres de Cosa nostra sont appelés « mafieux » en français, « mafioso » au singulier et « mafiosi » au pluriel en italien ; le terme « Mafia » désignait originellement Cosa nostra jusqu'à ce qu'on apprenne son véritable nom, lequel aurait commencé à être utilisé après la Seconde Guerre mondiale.
On parlait auparavant de mafia ou de Società onorata (l'« honorable société »), appellation qui viendrait du fait que la mafia sicilienne aurait eu des règles d'honneur strictes, telles que l'interdiction théorique du mensonge entre membres, de l'adultère et du proxénétisme. Aujourd'hui, la plupart de ces principes ont été nettement délaissés, notamment l'interdiction du proxénétisme et le mépris du trafic de stupéfiants, peut-être sous l'influence de la mafia américaine ( italo-américaines). Du fait de l'émigration massive d'Italiens du Mezzogiorno à la fin du , elle est également présente aux États-Unis et au CanadaLast of 'untouchables' nabbed.. Elle était considérée par de nombreux spécialistes comme l'organisation criminelle la plus influente en Europe jusqu'à la fin du Frank Furet, , Banc Public , décembre 2002, Bruxelles.. Mais la répression des autorités semble l'avoir affaiblie au profit de la 'Ndrangheta qui posséderait, depuis 2006, 80 % du trafic de cocaïne en Europe John Hooper, « Move over, Cosa nostra », The Guardian, 8 juin 2006..
Terminologie Cosa nostra (« notre chose, notre affaire, entre nous ») : le nom par lequel les membres de la mafia sicilienne désignent leur organisation. Le terme a été rendu public par le repenti américain Joe Valachi en 1963. Le témoignage du repenti Tommaso Buscetta a indiqué plus tard que le terme est également employé par les mafieux en Sicile. Bien qu'il soit impossible de le déterminer précisément, il est probable que ce terme soit apparu aux États-Unis, dans les communautés d'immigrés siciliens, sa signification (« notre chose ») indiquant que l'organisation n'était pas ouverte aux autres communautés ethniques.. Le nom « Cosa nostra » est communément utilisé pour évoquer la mafia sicilienne existant depuis les années 1860 (en Sicile ou installée ailleurs dans le monde), la distinguant ainsi des autres mafias italiennes..
Histoire de la Cosa nostra sicilienne Origines vignette|Carte, datée de 1900, qui indique les activités de la mafia, selon leur importance, dans les différentes localités de l'île. vignette|gauche|Schéma montrant les origines de Cosa nostra. Les origines médiévales de la mafia, lesquelles étaient affirmées par le pentito Tommaso Buscetta, sont écartées par la plupart des historiens contemporains en tant que mythe, comme les traditions qui la font naître de la Garduña espagnole ou des Beati Paoli. Il est en revanche concevable que le mythe de « Robin des Bois » ait été cultivé par les premiers mafieux notoires dans le but de gagner la bienveillance et la confiance des Siciliens.
Toutefois, crime organisé et brigandage préexistent à l'Unité italienne. Bravi (bandits recrutés par les barons à partir du règne de Frédéric II pour terroriser les paysans), bravacci qui rackettaient et enlevaient dans les rues de Palerme au , compagnies d'armement formées de criminels et pizzo demandé aux marchands de la Vucciria à Palerme à la même époque sont autant de témoignages des phénomènes proto-mafieux en Sicile.
Déjà les rois des Deux-Siciles abolissent la féodalité et tentent, entre 1815 et 1860, de renforcer les institutions centrales en délégitimant, au nom du monopole royal de la violence physique légitime, le recours à la violence privée par l'aristocratie et la bourgeoisie foncières. Les autorités analysent la privatisation et la généralisation de la violence comme une preuve de l'insoumission des propriétaires et du peuple et dénoncent la corruption des élites siciliennes, par ailleurs largement opposées au régime des Bourbons. Ainsi, le magistrat napolitain Pietro Calà Ulloa, procureur du Roi à Trapani, s'inquiète en 1838 : « La corruption généralisée a fait recourir le peuple à des remèdes extrêmement singuliers et dangereux. Il y a dans de nombreuses communes des unions ou des fraternités, des sortes de sectes, qui se disent des partis, sans couleur ou but politique […], sans autre lien que celui de la dépendance à un chef, ici un propriétaire, là un archiprêtre ». Ces groupes volent et extorquent, protègent les criminels, menacent et corrompent les fonctionnaires, négocient avec les victimes, formant auxquels participent des propriétaires et que protègent certains fonctionnaires.
L'État central est insuffisamment présent pour assurer la sécurité sur l'ensemble de l'île, qui est donc assurée par les propriétaires fonciers et à leurs agents de l'ordre privés, tenanciers (gabellotti) et gardiens (campieri), qui s'autonomisent progressivement pour former des groupes spécialisés dans l'usage de la violence physique et son commerce au profit de l'accumulation de richesses et de pouvoir.
De multiples mouvements sociaux agitent l'île entre 1821 et 1860, mêlant l'aspiration paysanne à un meilleur partage des terres, les luttes entre groupes armés et contestation politique. La répression gouvernementale réprime indifféremment le désordre et la violence, qu'elle soit sociale, politique ou délinquante, comme de la criminalité commune.
C'est à partir de l'unification italienne que le phénomène mafieux est analysé et dénoncé par les autorités et John Dickie date l'apparition de la mafia entre 1860 et 1880, liant son émergence, comme Salvatore Lupo, à l'agriculture capitaliste des citronniers de la Conca d'Oro, région située autour de la riche Palerme, loin du cliché qui en ferait la réminiscence d'une culture arriérée liée à la misère de l'intérieur de l'île.Jacques de Saint-Victor, , Radici-Press, ..
La mafia, dont le nom apparaît pour la première fois en 1862 dans la comédie I mafiusi della Vicaria qui évoque la vie des prisonniers palermitains, émerge ainsi . Les bandes infiltrent les forces publiques et parapubliques de sécurité (gardes municipales, polices rurales) leur permettant de monnayer avec les notables et l'État leur influence ou leur protection et de négocier leur impunité contre la tranquillité publique.
Afin de renforcer les liens entre les bandes disparates et d’assurer ainsi de meilleurs profits et un environnement plus sûr, il est probable que la mafia telle que nous la connaissons ait été formée à ce moment, entre le milieu et la fin du .
Par ailleurs, les tensions entre l’Église et l’État italien aida les bandes criminelles qui pouvaient prétendre aux paysans et aux citadins que coopérer avec la police, qui représentait le nouvel État italien, était un acte anticatholique.
Elle était encore à l’image des contre-maîtres (les ) qui dirigeaient et louaient les grandes propriétés agricoles aux nobles qui résidaient le plus souvent à Palerme, Naples ou, après l’Unification, Rome. En les re-louant ensuite aux paysans, ils acquirent de fait un pouvoir local, notamment en termes d’impôts et de prélèvements sur les récoltes.
La mafia se constitua donc dès cette époque en État parallèle, tiraillée entre une organisation territoriale en plus ou moins rivales et une coordination nécessaire entre celle-ci pour gérer des activités telles que le vol de bétail. Elle s'appuyait des complicités au sein de l'élite, qui se voyait soit contrainte de faire appel à ses services pour protéger ses plantations, soit voyait plus cyniquement une aide précieuse dans cette « industrie de la violence » (expression du rapport de 1877 de Sidney Sonnino et Leopoldo Franchetti), liée à l'émergence d'un système capitaliste moderne (ce que Marx qualifiait d'« accumulation primitive du capital »). Selon le rapport Franchetti-Sonnino, Conditions politiques et administratives de la Sicile :
Protéger les grandes plantations de bergamote et de citronniers, lesquelles exportaient massivement à destination du Royaume-Uni et de sa flotte qui utilisait ces agrumes contre le scorbut, et les propriétés de la noblesse locale (parfois en son absence jusqu’à la remplacer) devinrent en effet des affaires lucratives bien que dangereuses. Ces activités se déroulaient au début principalement à Palerme, mais la domination de la mafia sicilienne s’étendit bientôt dans tout l’ouest et l'intérieur de la Sicile, s'ingérant dans les mines de soufre. Déjà, des politiques tels que Raffaele Palizzolo s'appuyaient sur la mafia, tandis que le richissime Ignazio Florio Jr. protégeait également celle-ci, ayant comme domestiques deux importants dirigeants mafieux, les frères Noto.
La première mention dans les annales judiciaires officielles du terme mafia apparaît à la fin du , quand un certain . Galati fut victime de menaces violentes par un mafioso local, Antonino Giammona, qui tentait de racketter son exploitation de citronniers. Le pizzo, le vol de bétail et la corruption de fonctionnaires de l’État étaient les sources de revenus et les protections principales des premières mafias. C'est aussi à cette époque que le , du nom du préfet de police de Palerme, évoque les rites d'initiation à la mafia, lesquels auraient emprunté une certaine symbolique aux rites maçonniques.
Elle se fit remarquer dès cette époque pour sa violence et ses liens avec les pouvoirs officiels. En 1867, le préfet de police de Palerme, Giuseppe Albanese, est ainsi poignardé sur la voie publique : il avait essayé de faire chanter un mafieux. Inculpé du meurtre de deux bandits, le préfet Giuseppe Albanese sera acquitté en 1871 par manque de preuves, l'omertà aidant. En 1885, , accusés d'être membres de la , groupe issu de la fusion de deux clans rivaux, sont inculpés et emprisonnés pour des homicides liés aux mines de soufre de Favara (province d'Agrigente).
Développement Utilisant aussi bien un puissant réseau relationnel, institutionnel ou civil, que la terreur et la violence, la mafia se développe davantage au sein que contre l’État. Elle tisse des liens étroits avec l'élite bourgeoise locale au point de former ensemble une « bourgeoisie mafieuse » agissant avec impunité.
Les politiques mettent en place un réseau de clientélisme étendu, monnayant notamment les permis de port d'armes en échange d'appui électoral de la part des mafieux, à l'image du conseiller régional et député Raffaele Palizzolo. En 1893, le marquis Emanuele Notarbartolo, ancien directeur de la Banque de Sicile, maire de Palerme de 1873 à 1876, et homme intègre, est assassiné, donnant lieu au second maxi-procès de la mafia, en 1901-1902. Condamné pour homicide en première instance avec le mafieux Giuseppe Fontana, futur membre du gang new-yorkais de Giuseppe Morello, Matteo Filipello sera acquitté lors d'un second procès.
L'une des premières guerres de la mafia est aussi révélée au public à cette époque, avec la découverte de quatre cadavres dans un puits en 1897 : elle opposait Don Antonino Giammona au dirigeant Francesco Siino, qui, défait, devint le premier pentito d'importance, cité lors du maxi-procès de 1901. Sous la présidence de Luigi Pelloux (1898-1900), la mafia, qui avait aidé les propriétaires terriens à maintenir l'ordre lors de la révolte de 1891-1894 des fasci (syndicats paysans), se voit ainsi pour la première fois attaquée par l'État, tentative vite avortée.