La théorie économique des musées est un domaine de l'économie de la culture qui s'intéresse au fonctionnement économique des musées.
Plus précisément, la théorie économique des musées analyse principalement l'activité des musées selon deux cadres. Un musée peut en premier lieu être considéré comme une unité économique (comme une entreprise), considéré sous l'angle de la relation entre ses intrants (collections, budget, employés) et sa production (chiffre d'affaires, expositions, présence médiatique, publications scientifiques). Dans ce cadre, on peut également étudier l'effet des musées sur les autres secteurs sur le plan de l'emploi ou du chiffre d'affaires généré. En second lieu, on peut l'étudier comme un agent économique néoclassiqueFrey et Meier, dans le Handbook () soulignent que dans le cas des musées, les agents ne sont souvent pas totalement rationnels, adoptant des comportements manifestement altruistes ou prosociaux. maximisant un objectif sous une contrainte d'allocation de ressources rares (que faire avec les moyens qui me sont alloués ?).
L'analyse économique des musées met en évidence un impact fondamental du mode de financement (subventions, ressources propres, dons) sur la politique des musées en matière de gestion des collections, d'orientation artistique (vers le grand public ou les connaisseurs) et de mise en place d'activités destinées à augmenter les ressources.
Depuis les années 1980, on observe en outre à la fois une augmentation importante du nombre de musées. et l'émergence d'un . valorisant les musées situés dans des destinations touristiques, logés dans des bâtiments spectaculaires et disposant dans leurs collections d'œuvres mondialement connues, ces musées attirant une part croissante des visiteurs alors que les autres musées, pourtant de plus en plus nombreux, voient leur affluence décroître.
Comme le reste de l'économie de la culture, la théorie économique des musées est une branche relativement récente de l'économie. L'analyse économique n'a commencé à être appliquée aux musées que dans les années 1980, en raison de la multiplication de leur nombre et des arbitrages rendus nécessaires par le climat de rigueur budgétaire qui a entraîné une remise en cause des subventions publiques dans tous les domaines, et particulièrement dans celui de la culture.
Délimitation
La littérature sur l'économie des musées est contemporaine de leur multiplication au cours des années 1980, multiplication qui est allée de pair avec une restriction de leurs budgets dans un contexte de crise économique.. Auparavant en effet, jusqu'au début du , les musées ne sont ouverts qu'aux apprentis artistes venus imiter les œuvres reconnues. Même si à partir de 1880, ils commencent à recevoir également une mission éducative, l'ouverture à un public plus large est très lente, et vécue avec beaucoup de réticences par une profession habitée par une conception élitaire de sa fonction.. De ce fait, la question du budget des musées reste essentiellement liée à leur rôle de préservation du patrimoine artistique, jusqu'à ce que la rencontre de finances publiques en baisse et de coûts en hausse (du fait de la loi de Baumol, voir la structure des coûts ci-dessous) fasse réémerger la question de la justification économique de l'existence des musées.
Malgré la grande variété des types de musées (d'art, de sciences et techniques, écomusées), les problématiques sont similaires : comment concilier les objectifs de préservation, d'éducation et les objectifs de carrières propres aux gestionnaires des musées ? Au cours des années 1990, les musées consacrés à la science et aux techniques ont généralement connu moins de difficultés à la fois financières et de légitimité que les musées d'art.. Ce sont donc ces derniers qui ont fait l'objet de l'essentiel des travaux.
Cet article commence par expliquer les raisons de l'existence des musées : quelles raisons les agents privés et publics peuvent avoir de souhaiter à la fois la simple existence des musées et de les visiter ? Quels éléments influent sur la décision d'aller effectivement visiter les musées ? Il présente ensuite les spécificités de l'offre muséale, d'abord du point de vue des coûts des musées existants, pour tenter de cerner ce que serait la fonction de production d'un musée (la relation entre ses moyens financiers et humains et les services de conservation, documentation et exposition fournis), ensuite du point de vue du nombre et du type de musées existants. Au centre de cette relation entre moyens et services, deux questions se détachent spécialement : la gestion des collections hébergées par les musées, et la politique de prix pratiquée. Enfin, l'article traite de l'évolution récente vers une concentration des visites et des moyens vers un petit nombre de musées et d'expositions.
La demande : pourquoi aller au musée ?
Les principaux musées d'art existant aujourd'hui sont les héritiers d'institutions ou de collections remontant au début du , parfois bien plus anciennes. L'ouverture de musées plus récents répond à des enjeux scientifiques et d'aménagement du territoire plus qu'à des déterminants proprement économiques. De ce fait, l'analyse de la demande des services muséaux part de la situation où un musée existe déjà.
La demande des services fournis par un musée provient donc à la fois d'agents individuels, intéressés par les collections du musée, et d'agents individuels ou collectifs bénéficiant de l'activité économique générée par le musée.
Demande privée
La plus importante en volume, elle dépend essentiellement du prix du billet d'entrée, du coût d'opportunité du temps passé à visiter et des prix des activités alternatives.
Le prix du billet
Les études économétriques, réalisées le plus souvent sur un faible nombre de musées, suggèrent que l'élasticité-prix du nombre d'entrées (la baisse du nombre d'entrées générée par une hausse du prix du billet) est très faible (de 0 à -0,5), c'est-à-dire que le nombre de visiteurs diminue peu quand le prix du billet d'entrée augmente. Cet effet est particulièrement marqué pour les musées d'art, la demande pour les musées consacrés aux sciences ou à l'histoire étant plus sensible du fait d'un plus grand nombre d'activités concurrentes proches. La conséquence de cette faible élasticité est que les musées peuvent trouver dans le prix du billet d'entrée une source significative de revenus sans voir baisser nettement leur fréquentation. Toutefois, M. Feldstein, cité dans Benhamou, remarque que le prix des billets d'entrée ne représente que 5 % du revenu des 150 plus grands musées des États-Unis.
Ces estimations reposant sur une variation du prix, évaluer l'impact du passage d'une entrée payante à une entrée gratuite requiert d'autres outils, qui intéressent directement la politique de prix pratiquée par les musées (voir infra).
Coût d'opportunité de la visite et sensibilité au revenu La question de la sensibilité au revenu du nombre de visites au musée est importante dans un cadre de politique publique, puisqu'elle permet de déterminer si les subventions accordées au musée peuvent avoir un effet régressif (profiter plus aux hauts revenus qu'aux bas revenus).
Théoriquement, l'effet est ambigu. En effet, on peut penser que le revenu est très fortement corrélé avec le niveau d'éducation, qui est un déterminant important de la visite. En revanche, un haut revenu implique un coût d'opportunité du temps passé à la visite plus élevé. Les personnes disposant de revenus plus élevés sont à la fois plus incitées à aller au musée (dans la mesure où elles ont une éducation leur permettant de mieux comprendre ce qu'elles voient), et moins incitées à y aller, le coût pour elles de prendre du temps libre (par opposition à travailler plus longtemps) étant plus élevé.
Le fait que l'élasticité-revenu est plus forte pour les musées demandant un acquis de connaissances plus important, comme les musées d'art contemporain, plaide pour l'idée que le revenu n'agit qu'en tant que conséquence d'un capital humain plus élevé. Statiquement donc, le revenu en lui-même ne constitue pas un déterminant essentiel du choix d'aller au musée pour des personnes de niveau d'éducation comparable.
Dynamiquement en revanche, on observe (voir infra) que la demande pour les expositions temporaires augmente avec le revenu moyen, et plus vite que l'augmentation de ce revenu. On peut donc considérer qu'il s'agit d'un bien de luxe, mais que sa subvention n'induit pas de forts effets régressifs.
Prix des activités alternatives ou complémentaires Pour un visiteur qui n'habite pas à proximité du musée, le choix d'aller visiter tel ou tel musée passe par la comparaison non seulement des prix des billets, mais de l'ensemble des coûts (transport, hébergement, restauration) liés à la visite, lesquels sont comparés à ceux d'activités alternatives. Sur le cas des musées d'Écosse, une étudeBailey, Falconer, Foley et McPherson (1998), repris dans Handbook, . évalue ces coûts à plus de 80 % du coût total de la visite.
Demande sociale L'existence même d'un musée peut être la source d'importantes externalités, tant pour les personnes dont l'activité économique ne dépend pas de l'existence du musée que pour ceux pour lesquels elle est assez directement liée. On considère en effet que l'ensemble de la société bénéficie du fait que certains individus acquièrent une meilleure connaissance du patrimoine artistique ou technique de l'humanité. À un niveau plus concret, l'existence d'un musée génère des flux de visiteurs qui profitent aux commerces situés à proximité, ainsi qu'à l'image du lieu dans lequel ils sont situés.
Externalités sociales
Le cas des musées constitue un exemple assez complet des multiples externalités des biens culturels telles que décrites par David Throsby. En effet, les non-visiteurs d'un musée, qui peuvent donc ne pas contribuer à son financement, bénéficient de la possibilité de le visiter plus tard (valeur d'option), que les générations futures puissent accéder à ces œuvres (valeur de legs), de la simple existence des objets ainsi préservés (valeur d'existence), du prestige lié à l'existence du musée, et de sa contribution à l'éducation et à la constitution d'une identité culturelle. Ces effets sont notoirement difficiles à estimer. Des méthodes fondées sur la valuation contingente, sur l'évolution des prix de l'immobilier à proximité des musées ou encore des expériences naturelles à l'occasion de référendums suggèrent que ces valeurs ne sont pas négligeables..
Externalités privées
Il s'agit ici des conséquences économiques directes de l'existence d'un musée sur les profits des agents dont l'activité lui est reliée. Constituant une des bases du multiplicateur culturel, l'évaluation de ces effets constitue un exercice fréquent pour justifier l'existence de ces institutions. Elles doivent cependant être interprétées avec prudence. En effet, la raison d'être d'un musée est de préserver sa collection et de la rendre accessible au public. Une stimulation de l'activité locale peut souvent être obtenue à moindre coût que par l'intermédiaire d'une institution muséale..
L'offre : coûts et organisation Structure des coûts