Jean-Daniel-François Schrader, plus connu sous le nom de Franz Schrader, né le à Bordeaux et mort le à Paris, est un pyrénéiste, géographe, cartographe et peintre paysagiste français.

Membre de plusieurs sociétés géographiques et du Club alpin français qu'il préside de 1901 à 1904, Franz Schrader pratique la montagne dans un but scientifique et fait œuvre de vulgarisation en cherchant à retranscrire fidèlement ses observations et à diffuser au plus grand nombre sa connaissance du terrain. Topographe autodidacte et inventeur de plusieurs instruments de mesure, comme l'orographe, il contribue à une meilleure connaissance des Pyrénées : les premières cartes qu'il réalise, notamment celle du massif du Mont-Perdu en 1874, sont d'une précision inégalée pour l'époque. Employé de la maison Hachette dont il dirige le bureau cartographique à partir de 1880, il publie une série de manuels scolaires avec Louis Gallouédec, achève la réalisation de lAtlas universel entamé par Louis Vivien de Saint-Martin et s'implique dans la refonte et la réédition des célèbres Guides Joanne. Il collabore également avec son cousin Élisée Reclus qui l'influence tout au long de sa carrière de géographe.

Peintre émérite et dessinateur de talent, Franz Schrader fait des hauts sommets son motif de prédilection. Surnommé le par certains de ses amis, il est à l'origine de la Société des peintres de montagne, fondée en 1898 et qui regroupe les artistes qui s'intéressent spécifiquement à ce milieu naturel.

Admirateur de John Ruskin, ami de Patrick Geddes et sympathisant du solidarisme de Léon Bourgeois, Franz Schrader est le penseur d'une cité réinventée, à la fois plus esthétique, plus humaine et plus respectueuse de l'environnement. Très critique à l'égard du modèle productiviste des sociétés occidentales qui mettrait en péril les milieux naturels, il alerte sur la nécessité de préserver les ressources naturelles et appelle à l'avènement d'une géographie internationale qui permettrait la mise en place de mesures globales de protection. Les nombreux articles qu'il consacre aux déséquilibres causés par l'industrialisation massive, tout comme son analyse très pessimiste des conséquences de la Première Guerre mondiale et de l'usage de la force mécanique sur la nature en font un précurseur de la conscience écologique, dans une posture résolument moderne pour son époque.

Son souvenir est encore très présent dans les Pyrénées, où un sommet du massif de Batchimale porte son nom. Comme d'autres grands pyrénéistes, Franz Schrader est inhumé au pied du cirque de Gavarnie.

Biographie Origines familiales, enfance et formation vignette|gauche|alt=Vue d'ensemble des quais avec un bateau arborant un pavillon français au premier plan.|Les quais de Bordeaux vers 1850. Jean-Daniel-François Schrader, dit Franz Schrader, naît le à du matin au domicile de ses parents, situé au de la à Bordeaux, dans le quartier des Chartrons. Son père, Ferdinand Schrader (1808-1891), est d'origine prussienne. Né à Magdebourg, il rejoint Bordeaux à l'âge de en compagnie de son frère et travaille dans le négoce maritime. De confession protestante, il est diacre de l'Église réformée de France et participe au développement de la Société philomathique de Bordeaux, une école de formation aux métiers d'art et d'artisanat dont il assure la présidence de 1861 à 1870.

vignette|redresse|alt=Photographie d'un homme barbu.|Géographe et militant anarchiste, Élisée Reclus est un cousin de Franz Schrader. Sa mère, Marie-Louise Ducos (1818-1891), est elle aussi issue d'une famille protestante : descendants de manufacturiers huguenots des Cévennes, ses parents tiennent à Bordeaux une petite entreprise de tonnellerie. Par sa mère, Ferdinand Schrader est le cousin du géographe Élisée Reclus qui l'influence tout au long de sa vie.

Quelques années après la naissance de Franz, la famille s'installe rue du Jardin Public, toujours à Bordeaux. De santé fragile jusqu'à l'âge de , le jeune garçon n'est pas scolarisé : il étudie seul, encadré par ses parents qui s'attachent à lui fournir des livres et des revues de qualité, et par son oncle paternel, lui aussi prénommé Franz et qui lui prodigue ses premiers cours. Disciple de Jean-Jacques Rousseau, Ferdinand Schrader transmet à son fils les valeurs du républicanisme naturaliste. Dès son plus jeune âge, Franz Schrader manifeste un certain goût pour le dessin et remplit plusieurs carnets de croquis. Passionné de voyages et de constructions navales, il copie des cartes et réalise des maquettes en bois. Il passe toutes ses vacances à Royan, dans la maison de la famille Hopmann, amie de ses parents.

Malgré les grandes capacités intellectuelles de Franz, son père ne lui laisse pas l'occasion d'entamer des études supérieures et lui fait promettre de ne jamais acquérir de titre ou de diplôme officiel, une décision probablement liée à son protestantisme très engagé. Il l'initie cependant à la menuiserie et le place à l'âge de comme copiste dans une perception de la banlieue bordelaise. Franz Schrader est ensuite employé dans la maison de commerce d'un riche négociant, monsieur Barckhausen, dont le fils Henri, de dix ans son aîné, devient l'un de ses plus proches amis. Docteur en droit, et doté d'une bonne culture littéraire et philosophique, Henri Barckhausen donne à Franz quelques cours d'histoire, de géographie et de mathématiques.

Franz Schrader mène alors une double vie, et tandis que son travail de commis négociant l'ennuie profondément, il se passionne pour les études. Sa soif de savoir est insatiable et Franz s'initie sans aucun professeur aux langues étrangères (anglais, allemand et espagnol) mais également au latin et au grec. Avec sa famille, il fréquente le cercle Germania, une association de Bordelais d'origine allemande qui organise de nombreuses réunions et des excursions dans la région bordelaise, puis il se lie d'amitié avec le pasteur Charles-Marie-Athanase Pellissier, un protestant libéral, républicain et instruit qui devient son père spirituel.

La découverte des Pyrénées vignette|gauche|alt=Photographie d'un sommet enneigé vu de loin.|Le pic du Midi d'Ossau vu depuis le boulevard des Pyrénées à Pau. En , Franz Schrader séjourne chez son ami Léonce Lourde-Rocheblave, à Pau, et découvre pour la première fois les Pyrénées. La vue sur les montagnes qui se dessinent depuis la fenêtre de l'appartement agit sur lui comme une sorte de révélation. Dès l'année suivante, il entreprend avec les frères Lourde-Rocheblave, Léonce et Albert, l'exploration méthodique des sites pyrénéens les plus proches, notamment les Eaux-Bonnes et le pic du Midi d'Ossau. Pendant l'été 1868, les trois amis délaissent les Pyrénées béarnaises pour visiter la Bigorre : ils arpentent les vallées de Lourdes, d'Argelès-Gazost, de Lutour et de Barèges, et atteignent les cirques de Gavarnie et d'Estaubé. Franz Schrader intègre la Société Ramond, fondée en 1864 dans le but de promouvoir l'exploration scientifique de la chaîne..

Naturalisé français à l'âge de , Franz Schrader est cependant réformé du service militaire pour faiblesse de constitution. Lorsque la guerre franco-allemande de 1870 éclate, il se porte toutefois volontaire et cherche à rejoindre le corps des ballons d'observation sur les conseils de son cousin Élisée Reclus. Intégré en qualité de pilote adjoint à Tours, au sein de la d'aérostiers dirigée par le photographe Nadar, Franz Schrader est blessé au genou lors d'un transport ferroviaire. Démobilisé, il rentre à Bordeaux, mais cette courte expérience militaire lui permet de comprendre l'importance des points de vue en hauteur et renforce son attirance pour la géographie.

vignette|alt=Photographie d'un homme coucher dans l'herbe, appuyé sur un rocher, enfoui dans un sac en peau d'animal.|Le pyrénéiste Henry Russell dans son sac en peau d'agneaux. La vocation pyrénéenne de Schrader s'affermit à la lecture des récits de Louis Ramond de Carbonnières, considéré comme le premier pyrénéiste de l'histoire, et de ceux d'Henry Russell, en particulier Les Grandes ascensions des Pyrénées d'une mer à l'autre, véritable guide touristique à destination des ascensionnistes. Après une année de convalescence et une cure à Bagnères-de-Luchon lors de laquelle il rejoint à cheval le lac d'Espingo, Franz Schrader reprend ses explorations avec les frères Lourde-Rocheblave lors de l'été 1872. C'est après la rencontre de Paul Édouard Wallon à l'auberge d'Héas que les trois hommes entreprennent un projet d'envergure. La carte manuscrite du versant espagnol que ce dernier leur présente les convainc de réaliser une carte du massif du Mont-Perdu encore inconnu jusqu'alors puisque seuls Louis Ramond de Carbonnières et ses deux guides en ont fait l'ascension en 1802.

Tout en consacrant l'essentiel de ses loisirs à de longues randonnées dans la montagne, au cours desquelles il collecte des milliers de données pour ses relevés topographiques, Franz Schrader trouve le temps de peindre de nombreux panoramas, aussi bien des Pyrénées que des Alpes, qu'il parcourt également.

Carrière de géographe Premiers travaux vignette|gauche|alt=Carte topographique.|La carte du massif du Mont-Perdu réalisée par Franz Schrader et Léonce Lourde-Rocheblave en 1874. C'est en autodidacte que Franz Schrader apprend le métier de topographe. Pour mener à bien son projet cartographique et pour faciliter les relevés en terrain accidenté, il met au point, en 1873, l'orographe, un instrument de transcription graphique en bois léger et peu encombrant. Son utilisation est relativement simple : l'appareil transcrit directement les lignes des reliefs alentours qu'il suffit de viser avec une lunette mobile dont les mouvements de rotation et d'inclinaison sont transmis à un crayon. Grâce à cet appareil, le géographe obtient en quelque sorte une table d'orientation sur papier bristol depuis chaque sommet étudié, un ensemble de données qu'il recoupe ensuite par triangulation pour établir un canevas topométrique d'une précision inégalée à cette époque. Schrader complète ces relevés de terrain par des croquis à l'aquarelle ou au pastel qu'il retravaille plus tard dans son cabinet.

vignette|alt=Photographie d'un groupe d'hommes rassemblés sur la neige devant l'entrée d'une grotte.|Léonce Lourde-Rocheblave assis près de l'entrée de la villa Russell au Vignemale. Sa première grande œuvre de cartographie paraît en 1874 : cosignée avec Léonce Lourde-Rocheblave, la carte du massif du Mont-Perdu au 1/ est complétée l'année suivante par un commentaire descriptif et scientifique de , Études géographiques et excursions dans le massif du Mont Perdu, édité par la Société des sciences physiques et naturelles de Bordeaux. La qualité de ces travaux vaut à son auteur une notoriété immédiate et l'Annuaire du Club alpin français (CAF) en publie aussitôt une critique élogieuse, qualifiant Schrader de . Franz Schrader est d'ailleurs membre du depuis sa création en 1874, avant d'intégrer son comité directeur deux ans plus tard.

Le , Franz Schrader atteint enfin le sommet du mont Perdu, après une première tentative avortée trois ans plus tôt. La même année, il lance la fabrication du premier orographe métallique chez Ripamonti. Les campagnes de terrain menées entre 1874 et 1877 conduisent à la préparation d'une nouvelle carte de la région du massif du Mont-Perdu, cette fois à l'échelle 1/. Elle est présentée lors de l'exposition universelle de 1878, à côté d'un panorama du Piméné réalisé en 1876. Cette contribution lui vaut de recevoir une médaille d'argent, puis une médaille d'or au congrès des Sociétés savantes, ainsi qu'une subvention du Ministère de l'Instruction Publique pour continuer sa mission scientifique sur les deux versants de la chaîne. Il est également sollicité par le capitaine Ferdinand Prudent, au même titre que d'autres pyrénéistes, pour établir une carte de France au 1/ à destination de l'état-major de l'armée française.

Installation à Paris