Marie Thérèse Victoria Adélaïde Abbiate dite Thérèse Amiati ou Amiati, née le à TurinLes date et lieu de naissance figurent dans l'acte de son mariage célébré le 11 novembre 1884 à Neuilly-sur-Seine. et morte le au Raincy est une chanteuse française d'origine italienne.
Elle se rendit célèbre, après la défaite de 1871 et la perte de l'Alsace-Lorraine, comme divette, en interprétant des chansons revanchardes. Elle fut pensionnaire à l'Eldorado et à la Scala, se produisant également aux Ambassadeurs.
Identification L'identification, aujourd’hui acquise, d'Amiati à Marie Thérèse Victoire Adélaïde Abbiate, n'allait pas de soi pour ses contemporains. La confusion vient en partie du choix d'un premier nom de scène, Fiando, pour ses débuts artistiques. Ainsi, Gaston Senner affirmait-il dans La Presse en 1899, à l'occasion de l'érection d'un « monument » à la mémoire d'Amiati, que , alors même que son journal avait publié dix ans plus tôt que ce était « Abiate » . Par ailleurs, le lieu de naissance de l'artiste, aujourd'hui établi comme Turin, faisant l'objet de diverses hypothèses : Fernand Movel, suivi par Constant Saclé, croyait Amiati née à Florence. Jules Lemaître, de son côté, pensait qu'elle venait de Rome. Il y a aussi quelques discordances sur sa date de naissance : Le Gaulois, dans son édition du , précisait qu'Amiati avait débuté à 14 ans, . Dix ans plus tard, à l'occasion de l'inauguration du monument funéraire d'Amiati, Le Gaulois maintenait, en affirmant qu'elle était morte en 1889 à 37 ans.
Enfance Peu de choses sont connues de la vie d'Amiati avant ses débuts dans la chanson. Selon Le Gaulois, Un autre journal d'époque affirme qu'elle avait été blanchisseuse avant d'être chanteuse. Jules Lemaître, enfin, écrit qu'elle n'avait pas eu de première instruction et qu'à ses débuts d'artiste, elle était .
Débuts lyriques sous le nom de Fiando Amiati débute sur scène en 1866, au théâtre Saint-Pierre, dans un emploi comique, sous le nom de Fiando. Dans la revue Tout Paris la verra, jouée 170 fois, elle interprète . Elle passe ensuite au Concert Béranger, . Devenue rapidement l'étoile de cette salle, elle est signalée par son professeur de musique, Ludovic Benza, au directeur de l'Eldorado, lequel la fait débuter en 1869, toujours dans le genre dit paysannerie.
Succès sous le nom d'Amiati
Durant la Commune, elle est déjà connue sous le nom de scène d'Amiati, le Journal officiel relevant qu'elle « se bisse toute seule, ce qui ne manque pas d'une certaine originalité ». En , elle crée à l'Eldorado Qu'on se souvienne ; en avril, Maudite soit la guerre et La Voix de la France ; en mai, avant l'entrée des Versaillais dans Paris, Assez de sang. Cri patriotique appelant à la réconciliation nationale. Elle est déjà une vedette de l'Eldorado. Elle achèvera de s'y rendre célèbre dès la même année en se spécialisant dans des chansons revanchardes. À ce titre, elle est considérée comme une des représentantes principales du genre , un emploi bien défini du café-concert, voire « la prêtresse consacrée » d'un chauvinisme naïf. En effet, après la guerre franco-allemande, « la chanson devient patriotique, appelle la revanche, marque le malaise des âmes populaires ». Amiati représenta éminemment ce genre, s’enveloppant littéralement dans le drapeau tricolore, sorti « soudain on ne sait d'où », pour chanter La Marseillaise ou des chansons revanchardes comme Alsace et Lorraine (1871), reprise après Chrétienno, qui faisait à Adrien Bernheim, le chroniqueur du Figaro, avec son refrain fameux :
À partir de 1874, selon un chroniqueur de L'Orchestre, on entend moins souvent à l'Eldorado des chansons patriotiques, mais cette veine emporte toujours le succès comme Le Batelier lorrain (1882), sur des paroles de Villemer et Delormel et une musique de Lucien Collin. Bientôt, selon un article de L'Art lyrique en 1896, les programmes des cafés-concerts reviendront à des chansons plus sentimentales. Amiati s'adaptera et ajoutera à son répertoire, avec succès, des chansons « anacréontiques », telle Ça coûte un baiser (1885). D'autres succès furent, selon Saclé, Le Baiser des adieux (1874), La Fille de l'hôtesse, N't'en va pas Madeleine ! (1874), L'Amour frileux, Valse maudite (1878), Amour, Folie (1880), Le bon temps, Stella d'Amore.
Outre l'Eldorado, elle se produit aussi aux Ambassadeurs et à la Scala. En 1884, Amiati est pensionnaire à la Scala, un établissement situé en face de l'Eldorado, dont les propriétaires, les époux Allemand, achèteront l'Eldorado en 1887. En 1885, Le Gaulois observe que le succès de la Scala est « considérable », qu'on « continue à [y] refuser du monde » et que ses étoiles, dont Amiati, « la cantatrice aux accents émus » qu'on « accueille avec des bravos », attirent « tout Paris ». Le Temps rapporte que la chanteuse suscite . Pourtant, la mode change : même au café-concert, le public préfère les pièces de théâtre. Il En conséquence, . En 1887, certains considèrent Amiati comme , même si Le Gaulois continue à rapporter qu'elle « obtient, tous les soirs, un très grand succès » avec un nouveau chant patriotique de Paul Déroulède.
Parmi les derniers succès d'Amiati, Saclé relève Loin des jaloux, Le bon vieux maître d'école (qu'il décrit comme une suite du Maître d'école alsacien), La plus belle fille du monde et La Prière d'une Alsacienne.
Décès À l'été 1889, elle perd son époux, Eugène Maria « ruiné dans une entreprise lyrique ». Fort affectée par ce décès, déjà très éprouvée par la mort de plusieurs de ses enfants enlevés par le croup l'année précédente, elle continua, bien qu'enceinte, à chanter jusqu'à la fin de la saison. Elle tenait à désintéresser tous les créanciers de son défunt époux. Son salaire mensuel n'y suffisant pas, elle dut emprunter la moitié de ses appointements de trois années. Elle meurt à l'hiver suivant, à la suite d'un accouchement, d'une péritonite puerpérale, dans le dénuement, laissant « 13 fr. 15 c » à quatre jeunes orphelins. Elle est enterrée dans la fosse commune au cimetière du Raincy. En 1898, Le Moniteur des spectacles prend l'initiative d'une souscription destinée à accueillir ses restes au cimetière du Raincy et orner sa tombe d'un médaillon en bronze d’Élisa Bloch. Le monument est inauguré en 1899.
Thématique Nombre de ses premières chansons évoquaient des faits de bravoure de l'armée française durant la guerre, telle Les Turcos, qui en célébrant l’héroïsme des turcos à la bataille de Forbach-Spicheren, avec le refrain suivant :
Le culte des , célébrés , fit la gloire d'Amiati. Ainsi, Ne dansez plus, des Français dorment là (1872), une chanson que Bonnefont juge plus triste que la précédente et dont les derniers vers sont les suivants :
Le Maître d'école alsacien (1872), une et un autre de ses succès, également écrite, avec Lucien Delormel, par Gaston Villemer dont elle était considérée comme la « muse », était invariablement salué par « une salle en délire, des yeux qui brillent, qui pleurent, des bras qui se tendent frémissants vers un horizon lointain ». L'émotion suscitée était si vive que la chanson fut, selon Bonnefont, un moment interdite dans les concerts, ainsi, précise-t-il, . Le même Bonnefont, la comparant à la précédente chanson, la trouve . Voici son refrain :
Dans le même registre, les derniers vers du Fils de l'Allemand, une chanson plus tardive (1882), sont restés célèbres pour leur outrance :
Plusieurs autres de ses chansons patriotiques, telles Maudite soit la guerre (1871), Les Émigrants (1871), Le Blessé (1878), L'Appel après le combat, Une tombe dans les blés (1872) et surtout Le Clairon (1873), écrite par Paul Déroulède, furent imprimées à plus de cent mille exemplaires. Parmi ses autres premiers succès, L'Enfant de Paris (1874), Le Cheveu blanc, La ferme aux fraises, ainsi que Le Bouquet tricolore et Mère et patrie.
Les couvertures des petits formats de ces chansons :
Le thème de la réforme de l'enseignement avait également de l'importance dans son répertoire, alors même qu'elle n'avait pas eu de première instruction et qu'à ses débuts lyriques, elle était « encore incapable de déchiffrer le moindre morceau ». Elle interprétait « avec une conviction religieuse » le refrain d'Homme ! Nous allons nous instruire :
Créations
Témoignages , rappelle Gaston Senner. Fernand Movel, l'auteur de sa première biographie dans La Chanson en 1880, confirme, relevant . Jules Lemaître la décrit ainsi: « C'était une grande fille brune, le visage à la fois tragique et ingénu, une voix généreuse, étoffée, avec de belles notes de contralto ». Et ailleurs: . Ailleurs encore: . Maxime Rude les contredit partiellement: « Blonde, avec de grands yeux bleus frangés de longs cils, élancée, frêle en apparence, voici Amiati, une idole du public des concerts ». André Chadourne est plus vague: « Une taille élégante, une figure régulière, un air de vague mélancolie ». Un journaliste de l'Univers illustré ajoute: « Lorsqu'elle apparaissait, avec sa tête expressive, mélancolique, le corps drapé sérieusement dans une robe noire aux plis sérieux, les blagues cessaient ». Selon Le Gaulois, « le registre de sa voix n'était pas étendu, mais elle savait en tirer des effets surprenants ». Gaston Bonnefont évoque ., précise Bridaine de La Presse, qui ajoute que son émotion était « communicative » et « d'un réel effet ». elle était aussi ce que les contemporains appelaient une « diseuse », c'est-à-dire qu'elle alternait « avec art » les parties dites et chantées, avec le souci d'. Un chroniqueur du Temps ajoute qu'Amiati .
Panégyrique Le critique et dramaturge Edmond Sée fit en 1899, à l'occasion de l'érection du monument funéraire d'Amiati, son éloge panégyrique :
Notes et références
Notes
Références
Sources récentes
Sources d'époque
Bibliographie Sources récentes . . .
Sources d'époque . . . . . . .
Voir aussi
Articles connexes Liste de chansons créées par Amiati Café-concert Lucien Delormel Eldorado (théâtre) Gaston Villemer
Liens externes
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