vignette|redresse=2|Bâtisses à pans de bois, place du Champ-Jacquet, dans le quartier Centre de Rennes. En multipliant les croix de saint André, surtout dans les allèges, et les grandes lignes obliques des pièces de contreventement, les façades principales, à caractère ostentatoire, créent une diversité de motifs à la fois techniquement utiles, plastiquement réussis et décorativement riches. vignette|Maisons à colombages du , rue Verrerie à Dijon. vignette|Maisons à colombages dans le centre d'Ochsenfurt (Allemagne). vignette|Maisons à colombages à Pont-Audemer. vignette|Maisons à colombages dans la cité médiévale de Thiers.
Une maison à colombagesColombage vient de l'ancien français colombe lui-même issu du latin , « colonne ». Le terme de « colombage », utilisé couramment pour désigner un ensemble de « pans de bois », vient du mot colombe (n. f.), attesté en 1334 au sens de « jambage de porte », « poutre dans un mur » et poutre dans « solive de charpente », lequel est un doublet du terme « colonne » attesté sous la forme columbe en 1080 ; le /b/ épenthétique est lié à la difficulté de prononciation du groupe /mn/ du latin classique columna, « colonne ». Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française, Éditions Le Robert ou maison à pans de bois (expression plus adaptée lorsque la maison est à plusieurs étagesL’exactitude lexicale et, surtout, historique, amène à préciser que l’appellation actuelle « maison à colombages » se disait autrefois « à pan de bois ».), ou encore maison en corondagesExpression utilisée dans plusieurs régions de France méridionale, notamment à Toulouse., est une construction à ossature constituée de deux éléments principaux : l'ossature en charpente (au sens large : murs et structure porteuse de la couverture) assemblée constituée de pans de bois dont les poutres délimitent des compartiments appelés carreaux. Elle est subdivisée en armature principale (poteaux, sablières) et armature secondaire (pièces de bois dont l'assemblage créent des motifs : armature en chevronsCette ossature à effet décoratif reçoit différents noms : motifs en brins de fougères, en épis ou en arêtes de poisson., en grille, en losanges…) ; le hourdage (maçonnerie légère : brique, torchis, pierre, plâtre ; bois), qui remplit les murs et a un rôle de raidisseur.
L'habitation a beaucoup plus changé qu'il n'y paraît car, aujourd'hui, seules subsistent de l'époque les maisons les plus solides, surtout celles construites en pierre ou en brique. Pourtant, ces matériaux sont tardivement employés d'une manière générale et leur omniprésence actuelle masque le fait que la terre crue qui tombe en poussière en quelques siècles, a dû largement les concurrencer mais cette construction ne laisse pas de vestiges aussi éloquents. Connue dès le Néolithique, et dans l’Antiquité romaine sous le nom d'opus craticium, la maison à pan de bois est utilisée dans de nombreuses régions où le bois est abondant. À l'exception de la Scandinavie et la Russie qui privilégient la construction en bois massif empilé, le mode de construction le plus répandu associe le bois et le pisé, que ce soit en Europe occidentale avec crépi ou bois apparent (colombage) ou en Extrême-Orient (bambou et pisé)..
Ce type de constructions a notamment été utilisé en Europe au moins dès le Haut Moyen Âge jusqu’au . Elles nécessitent un fort investissement technique faisant appel au savoir-faire de générations de charpentiers rompus aux techniques d'assemblage et d'architectes impliqués dans les mises en œuvre de matériaux (essences de bois adéquates au type de construction, pierre, matière du hourdage) et les choix constructifs (entretoises nécessaires à la reprise des charges et des efforts, encorbellement, formes des toitures). Cf .
Dès le et durant tout le , on plâtre les façades des maisons à pans de bois afin de répondre à la réglementation, de les protéger contre leur plus grand ennemi, l'incendie, et de leur donner un aspect plus luxueux et moderne. Dès le début du , l'architecture en pierre s'est imposée dans toutes les villes de grande ou de moyenne importance. mais de nombreuses maisons à colombages subsistent un peu partout. Des plans de restauration sont mis en œuvre afin de conserver ce type d’habitat considéré comme un patrimoine architectural. Il connaît au une très lente patrimonialisation, inégale selon les régions, les villes et les secteurs urbains. Ce processus de patrimonalisation « par désignation institutionnelle » (processus administratif d'une puissance publique dans des actions de protection et de valorisation touristique) et de patrimonialisation « par appropriation » (quand une mémoire collective se construit au sein d'un espace public) répond actuellement à des considérations sociales, politiques et économiques.
Techniques de construction à colombages Matériaux utilisés vignette|200px|Exemple de mise en œuvre de torchis, écomusée d'Alsace. Les murs de la maison reposent généralement sur des éléments de maçonneries (le solin) qui protègent le bois de l’humidité du sol. Parfois, tout le premier niveau est fait de pierres.
Le remplissage (hourdage) peut être réalisé à base de brique (crue le plus souvent, tel le tuileau), recouverte d’une couche de plâtre pour lisser le tout. En Nouvelle-France, le pierrotage consistait en l'enchassement d'un appareillage de pierre ou de brique entre poteaux. Le remplissage peut également être maçonné avec des moellons liés à la chaux. Enfin il peut être réalisé en matériaux légers comme le plâtre ou, plus généralement le torchis (argile, paille et chaux, parfois avec du sable en plus lorsque l'argile est trop grasse), matière isolante et imperméable associée à un clayonnage. Le torchis est appliqué sur une armature constituée d'un clayonnage, un lattis ou des éclisses encastrées entre les poutres.
Dans le Sud-Ouest de la France, le hourdage constitué de torchis ou pisé est appelé paillebart. Le hourdis peut aussi contenir des débris de briques liés au mortier et est appelé massecanat.
Technique des bois longs droite|vignette|200 px|Bois courts et bois longs des , sur une place de Rouen.
La technique des bois longs a été utilisée principalement au début du Moyen Âge. Les poteaux montent d’un seul trait, du bas de la maison vers le haut. Les pièces horizontales viennent alors s’assembler dans les pièces verticales.
Pourtant relativement simple, elle a été assez rapidement abandonnée pour plusieurs raisons. Tout d’abord, beaucoup de ces maisons étaient construites à même le sol, sans isolation du bois qui pourrissait donc facilement. Les maisons à longs pans qui sont actuellement conservées ont été construites avec un mur de soubassement, prévenant ainsi le pourrissement des bois. De plus, à partir du , le bois long se raréfie, tout particulièrement en ville. Il était en outre bien difficile d’apporter de longs poteaux dans les ruelles étroites et sinueuses des villes médiévales. Cette technique a donc été abandonnée progressivement pour laisser place à la technique des bois courts. Elle a par ailleurs été interdite dans les voies publiques de certaines grandes villes, afin d’éviter la communication du feu d’un côté d’une rue à l’autreEugène Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l’architecture française du ..
Cependant, à certains endroits, on assiste à la réapparition de la technique du bois long dès le milieu du et plus généralement au , favorisée en partie par la disparition des encorbellements, dans des villes comme Vernon ou encore davantage à Rouen.
Technique des bois courts vignette|Maisons à pans de bois () à Vannes. La technique des bois courts a donc généralement pris le pas sur les bois longs aux . On n’utilise plus de longs pans mais des bois plus courts qui facilitent la construction, tout particulièrement en ville. Un poteau forme un niveau. Cette forme de construction va permettre le développement des maisons à encorbellement.
Les procédures d’alignement et le décret de destruction des encorbellements en 1817 en France ont pour effet de remplacer les façades construites avec cette technique. Les propriétaires les plus aisés font construire une nouvelle façade en pierre, selon la mode de l’époque. Ceux qui ont des moyens financiers plus limités font couper les solives pour mettre d'aplomb la façade et l'enduire d’un crépi identique à celui des maisons en pierre..
Encorbellement
gauche|vignette|Encorbellements primitifs à Rouen, rue du Petit-Mouton (). vignette|Les encorbellements assombrissent complètement la ruelle des Chats à Troyes.
Ce terme est dérivé de « corbel », forme ancienne de « corbeau ». L’encorbellement a pu se développer grâce à la technique des bois courts. Ce système de construction permet de porter une charge en surplomb sur le nu d’un mur. Les maisons vont donc avoir un ou plusieurs étages, en saillie sur le rez-de-chaussée.
On en trouve dès le , à la fin du Moyen Âge, mais cette technique se développe surtout à la Renaissance. Au cours du temps, elle se perfectionne et permet la multiplication des encorbellements. Certaines maisons peuvent avoir deux, trois, voire exceptionnellement quatre ou cinq étages en encorbellement..
Il existe plusieurs types d'encorbellement« La ville de Vernon », giverny.org (consulté le 21 mai 2019). : l'encorbellement sur sommiers, sur solives ou sur un organe spécifique (corniche, corbeau ou pigeâtre).
La maison urbaine se distingue de la maison rurale par cette structure à étages multiples. La répartition des niveaux sociaux en hauteur se répand : ouvroir (boutique ou atelier) au rez-de-chaussée, logis du maître à l'étage et au-dessus chambres des ouvriers, soupentes habitées. La baie d'ouvroir dont les volets se relèvent en auvent et s'abaissent en étal, est typiquement surmontée d’un linteau en bois ou d’une dalle de pierre monolithique, d’un arc de décharge, d’un pignon aigu plaqué d’ardoises ou de tuiles platesLes plus belles ouvertures, celles des maisons de notables, ajoutent, à l’habituel, des moulures toriques, de fines colonnettes à chapiteaux à feuillage, un oculus circulaire dans un tympan que surmonte une légère arcature. Jean-Pierre Leguay, « La fenêtre, signe extérieur de richesse, instrument de travail, poste d’observation et de propagation du “bruyct” dans les villes françaises au Moyen Âge », Par la fenestre. Études de littérature et de civilisation médiévales, Éditions Connochie-Bourgne Chantal, Presses universitaires de Provence, 2014, .. Les étages se divisent, comme à la campagne, en deux parties : salle de séjour avec foyer et chambre à coucher. Les logis populaires sont de simples baraques en bois, des appentis au fond d'une cour, les caves ou les combles de ces maisons à encorbellement.
La construction en encorbellement offre plusieurs avantages : elle permet non seulement aux propriétaires de gagner en surface à chaque étage, mais aussi de diminuer les taxes, calculées d'après la superficie au rez-de-chaussée. Enfin, elle évite aux eaux de pluie de s’écouler sur la façade, chaque étage en encorbellement protégeant l’étage inférieur.
Cependant, au fur et à mesure, ce système a été interdit. En effet, toutes les formes d'encorbellement se développent avec une vigueur qui peut mener à l'obstruction totale de la rue, ce qui l'assombrit. Les ménagères tendent des perches pour y faire sécher leur linge. Nombre de maisons ne sont pas équipées de fosses d'aisance, les propriétaires continuant à jeter le contenu des pots de chambre par la fenêtre, ce qui fait de la rue une espèce de cloaque sombre et puant, où vent et soleil ne pénètrent jamais, propice à la fermentation des déjections de toutes sortes, à la propagation rapide des épidémies mais aussi aux risques de communication du feu..