vignette|Armes de la ville de Berlin – 1839. L’histoire de Berlin commence avec sa fondation au . La ville devient la capitale de la marche de Brandebourg en 1417, puis de l'État de Brandebourg-Prusse et du royaume de Prusse. La Prusse s'est développée rapidement aux et a constitué la base de l'Empire allemand en 1871.
Après 1900, Berlin devient une grande ville mondiale, connue pour son rôle prééminent dans les domaines de la science, des sciences humaines, de la musique, des musées, de l'enseignement supérieur, du gouvernement, de la diplomatie et des affaires militaires. Elle a également joué un rôle dans le secteur manufacturier et financier.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les bombardements, l’artillerie et les féroces combats de rue détruisent une grande partie de Berlin. L’agglomération est ensuite divisée entre les quatre grandes puissances alliées et, pendant plus de quatre décennies, elle résume la confrontation de la guerre froide entre l’Ouest et l’Est. Avec la réunification allemande en 1990, Berlin redevient une capitale et une grande ville mondiale.
L'histoire de Berlin aborde également la période préhistorique et antique du peuplement de la région alentourLes témoignages sur cette première phase d'occupation sont pour l'essentiel exposés au Museum für Vor- und Frühgeschichte de Berlin, et des reconstitutions vivantes sont proposées au Village-Musée de Düppel. On y voit également des techniques d'artisanat médiéval..
Origines
Premiers occupants du site Les silex taillés et les outils en os retrouvés lors de fouilles permettent de faire remonter la présence humaine dans la région de Berlin à 60 000 av. J.-C. À cette époque, la plus grande partie du Nord et de l'Est de l'Allemagne actuelle est couverte par les glaciers de la glaciation vistulienne, qui s'étend de à 8 000 av. J.-C. Le point le plus méridional de l'inlandsis est alors à au sud de Berlin, où prend naissance la vallée proglaciaire de Głogów-Baruth (Glogau-Baruther Urstromtal). L'habitat se confine aux plateaux élevés épargnés par les glaces. Vers - les derniers glaciers creusent en se retirant depuis Francfort-sur-l'Oder la vallée proglaciaire de Varsovie-Berlin (Warschau-Berliner-Urstromtal), qui comporte un sandur très épais. Vers -, le site de Berlin, libre de glaces, est une moraine. Une rivière, la Spree, établit à présent son cours dans la vallée glaciaire, avec à l'aval une toundra couverte de pinèdes. À l'ouest, des dépressions humides et des zones marécageuses confèrent son aspect à la vallée entière.
Le retrait des glaces laisse le relief des moraines, donnant naissance à la chaîne des Müggelberge, dont le point culminant est le Grosser Müggelberg. Les plateaux de Barnim et de Teltow se forment parallèlement au cours aval de la Spree. Avec le recul des glaces, le renne cède la place au cerf, à l'élan et au sanglier. Les peuplades de chasseurs se sédentarisent peu à peu. Au millénaire av. J.-C., des chasseurs-pêcheurs, dont on a retrouvé des pointes de flèches, des racloirs et des haches en silex, s'établissent le long de la Spree, de la Dahme et du ruisseau de Bäke. On a également retrouvé un masque du millénaire av. J.-C., qui servait sans doute pour les rituels avant la chasse.
La culture de la céramique cordée apparaît au millénaire av. J.-C. avec l'agriculture, l'élevage et les premiers greniers.
Germains et Slaves : la marche de Brandebourg vignette|300px|Territoire slave autour de Berlin sous Jaxa de Copnic, future marche de Brandebourg. vignette|Jean et Othon III. vignette|Les plateaux de Barnim et Teltow vers 1250. Au , vers la fin de l'âge du bronze danois, la présence de tribus germaniques se renforce graduellement dans la région : les sources historiques les font remonter à l'époque de l'immigration des Semnons.
À la suite de la péjoration climatique qui sévit entre le et le de notre èreMonica Rotaru, Jerôme Gaillardet, Michel Steinberg, Jean Trichet, Les climats passés de la terre, Vuibert, 2007, , 195 p., les Semnons abandonnent une grande partie des plaines entre la Havel et la Spree pour s'établir dans la vallée supérieure du Rhin, en Souabe. Le Brandebourg se dépeuple, mais reste un territoire peuplé de Germains jusqu'à ce qu'au , des peuples slaves immigrent par vagues successives en Lusace ; ils atteignent la haute vallée de la Spree en 720, occupent les anciens sites germains et fondent dans tout le pays de nouveaux villages souvent lacustres.
En 1157, le prince allemand Albrecht l’Ours inflige au prince slave Jaxa de Copnic, alors au sommet de sa force, une défaite décisiveD'après ., qui permet la fondation de la marche de Brandebourg. Celle-ci inaugure l'assimilation (germanisation et christianisation) des Slaves (à l'exception des Sorabes, christianisés plus tard, et qui ont gardé leur langue slave jusqu'à nos jours). La construction des premiers quartiers de Berlin coïncide avec la fondation du margraviat de la maison d'Ascanie à Teltow, et elle est marquée par une politique de colonisation habile (avec intégration de l'aristocratie slave antérieure) et une collaboration active avec les moines cisterciens du monastère de LehninCf. .. Le quartier du Zehlendorf, au sud de Berlin, et au-delà le village slave de Slatdorp sur le lac de Slatsee (auj. ) ressortissaient du domaine ecclésiastique de Lehnin.
Fondation de Berlin
Entre le plateau de Teltow méridional et le plateau de Barnim septentrional, les berges asséchées d'un gué de la vallée proglaciaire marécageuse sont d'abord colonisées. Parmi les faubourgs qui deviendront plus tard des quartiers de Berlin, quelques-uns sont mentionnés dès le : Spandau en 1197, Köpenick en 1209, Cölln en 1237 et Berlin en 1244Les premiers actes officiels concernant Cölln (daté du 28 octobre 1237) et Berlin (daté du ) se trouvent au musée de la cathédrale à Brandenburg-an-der-Havel.. Tempelhof désigne une commanderie de Templiers. Cölln est une île de la Spree, tandis que Berlin s'étend sur la rive droite. Spandau et Köpenick sont des villages slaves préexistants à la conquête. Spandau obtient une charte communale en 1232, et Berlin très probablement à la même date. Berlin et Cölln fusionnent en 1307. Grâce au privilège accordé par le gouvernement bicéphale des margraves Othon III de Brandebourg et Jean de Brandebourg, la ville unifiée Berlin-Cölln peut alors s'imposer économiquement aux villes conquises de Spandau et Köpenick.
Des recherches récentes montrent que Cölln et Berlin existaient en fait très probablement déjà dans le dernier tiers du . Le développement et les privilèges accordés à la double ville par les deux margraves au cours des années 1230 paraissent liés à la colonisation des plateaux de Teltow et Barnim. La ville et ses remparts étaient stratégiquement importants pour contrer les entreprises des seigneurs de Wettin sur le mont Teltow, le Köpenick et la forêt du Mittenwald, ainsi que pour s'opposer à la création d'un nouveau fief autour de (incluant, entre autres, Hellersdorf). La frontière séparant la marche d'Ascanie et les fiefs des Wettin courait selon un axe nord-sud à peu près au milieu de l'actuelle Berlin. Le contentieux avec les Wettin fut tranché lors de la entre 1239 et 1245 : les seigneurs d'Ascanie, vainqueurs, obtinrent la cession des plateaux de Teltow et de Barnim (à l'exception du village de Rüdersdorf) et ainsi la totalité des territoires sur lesquels la ville s'étend de nos jours.
Le Brandebourg, des Wittelsbach à l’édit de Potsdam Lorsqu'avec la mort d'Henri II de Brandebourg en 1320 la maison d'Ascanie s'éteignit, l'oncle du dernier descendant, l'empereur Louis IV, de la dynastie des Wittelsbach, transmit en 1323 la succession de la Marche de Brandebourg à son fils aîné, Louis V de Bavière. L'accession au pouvoir des Wittelsbach à la tête du Brandebourg fut marquée d'emblée par de grandes tensions avec la population. En 1325, les bourgeois de Berlin et Cölln battirent à mort et brûlèrent le prévôt guelfe Nicolas von Bernau, qui s'était rangé aux côtés du pape contre l'Empereur. Le pape réagit en frappant Berlin d'excommunication. vignette|Plan de Berlin et Cölln par Johann Gregor Memhardt (1652, l'est en partie supérieure). vignette|Panorama de Berlin depuis le sud-ouest, par Johann Bernhard Schultz (1688). vignette|Berlin vers 1688 (dessin de 1835).
En 1380, un grand incendie ravagea la ville, réduisant en cendres l'hôtel de ville et presque toutes les églises.
En 1415, le seigneur Hohenzollern Frédéric de Brandebourg devint prince-électeur de la marche de Brandebourg et conserva cette fonction jusqu'en 1440. Les princes de la lignée des Hohenzollern devaient régner sans interruption à Berlin jusqu'en 1918, d'abord en tant que margraves de Brandebourg, puis en tant que rois en Prusse, rois de Prusse et finalement empereurs allemands. Les Berlinois n'ont pas toujours apprécié ces changements successifs : lors des émeutes du Berliner Unwillen en 1448, ils se soulevèrent contre la construction du nouveau château du prince-électeur Frédéric II à-la-dent-de-fer. Cette émeute tourna cependant à leur désavantage, et les bourgeois y laissèrent une bonne partie de leurs libertés politiques et économiques.
Lorsqu'en 1451 Berlin devint le siège des margraves et du prince-électeur de Brandebourg, elle dut renoncer à son statut de ville libre de la Hanse. L'activité économique, naguère tournée vers le commerce et l'export, évolua vers la production de biens de luxe pour la cour. La population s'accrut à une vitesse vertigineuse, atteignant habitants vers 1600, un mouvement accompagné d'une paupérisation croissante. On incrimina les Juifs : 100 d'entre eux furent accusés en 1510 d'avoir volé et profané des hosties. 38 d'entre eux furent condamnés au bûcher, deux d'entre eux (qui s'étaient convertis au christianisme) furent décapités, tous les autres juifs de Berlin furent expulsés. Lorsqu'après un exil de trente ans, la preuve de leur innocence put être établie, ils purent se réinstaller à Berlin, après le paiement d'une amende. Mais les accusations reprirent en 1573, et cette fois ils furent condamnés à l'exil pour cent ans.
Joachim II, duc de Prusse et prince-électeur de Brandebourg, imposa la Réforme protestante dans la région en 1539 et, dans le cadre de la sécularisation, ordonna la saisie des biens ecclésiastiques. L'argent ainsi amassé lui permit de mener à bien plusieurs grands chantiers, comme le tracé d'un boulevard, le Kurfürstendamm, reliant son pavillon de chasse de la forêt de Grunewald à son palais, le Berliner Stadtschloss. Il organisa en 1567 une naumachie de trois jours entre Berlin et Spandau, spectacle qui devait se terminer par la victoire programmée des Berlinois ; mais les champions de Spandau ne supportèrent pas la défaite, et se servirent des massues dont ils étaient équipés pour rosser l'équipage berlinois.
La guerre de Trente Ans, pendant la première moitié du , eut pour Berlin, comme pour bien des villes allemandes, des conséquences catastrophiques : un tiers des maisons fut endommagé, la ville avait perdu habitants sur les d’avant la guerre. Frédéric-Guillaume, dit le Grand Électeur, reprit en 1640 la succession de son père à la tête d'une région ruinée et dépeuplée. Inspiré par la politique des Provinces-Unies, où il avait grandi, il mit en œuvre une politique d'immigration et de tolérance religieuse. Il s'ensuivit une forte expansion urbaine, se traduisant par la fondation des nouveaux faubourgs de Friedrichswerder, Dorotheenstadt et Friedrichstadt. En 1671, il hébergea 50 familles juives fuyant l'Autriche. Par l'édit de Potsdam en 1685, Frédéric-Guillaume accueillit les huguenots français dans le Brandebourg : plus de Français firent le voyage, d'entre eux s'installant à Berlin.