Le Plongeon imbrin (Gavia immer), aussi appelé le Plongeon huard en Europe, le Huard à collier au Canada ou le Richepaume en Acadie, est une espèce d'oiseaux de la famille des Gaviidae. Il est de grande taille, bien qu’un peu plus petit que le Plongeon à bec blanc (Gavia adamsii) auquel il ressemble fort. Il est plus grand, plus rare et plus septentrional que le Plongeon arctique (Gavia arctica).

Morphologie Cet oiseau, aussi gros qu'une oie, mesure de de longueur et pèse en moyenne pour les femelles, et pour les mâlesLigue de protection des oiseaux : https://www.lpo.fr/decouvrir-la-nature/fiches-especes/fiches-especes/oiseaux/plongeon-imbrin#:~:text=3700. Son envergure est de . Les autres dimensions sont pour l'aile pliée, pour la queue et pour le tarse.

Les pattes (qui mesurent environ ) sont sombres puisque noires et gris clair. Les iris sont rouge brun. Son bec gris noir à pointe blanchâtre assez fort, en forme de poignard, le distingue du Plongeon à bec blanc ou du Plongeon arctique. Contrairement au Plongeon catmarin (Gavia stellata), le bec est tenu horizontalement.

En plumage nuptial acquis lors d'une mue pré-nuptiale complète (les rémiges tombant simultanément, l'oiseau ne peut plus alors voler) de février à avril, les adultes ont la tête et le collier noirs avec des reflets verts et bleus, la gorge blanche présente des rayures longitudinales noires, de même que le croissant clair situé entre la tête et le collier. Le ventre est blanc et le dos orné d’un dessin en damier noir et blanc.

Le plumage d’hiver, acquis lors de la mue post-nuptiale partielle entre fin juillet et janvier, est plus terne, d'un gris assez clair, la nuque plus sombre que le dos ; le menton et l’avant du cou sont blancs. On peut alors confondre ce plongeon avec des juvéniles de Grand Cormoran (Phalacrocorax carbo), mais ces derniers ont le cou nettement plus long et n'ont pas le bec en poignardR. Hume, G. Lesaffre et M. Duquet, Oiseaux de France et d'Europe, 2004, Larousse, , p. 26. À cette époque, le bec présente une teinte gris pâle.

Les juvéniles du Plongeon imbrin sont plus brunâtres que les adultes avec des iris brun rouge et un bec blanc bleuâtre. Les plumes des parties supérieures sont largement bordées de gris clair. Ils muent partiellement en décembre et janvier. Ils arborent alors un plumage intermédiaire. Le plumage nuptial complet n'est acquis qu'en février à la fin de leur deuxième hiver.

Comportement Vol vignette|gauche|Début du décollage du Plongeon imbrin Le Plongeon imbrin a un décollage lourd, sa masse exigeant un élan important.

Il vole avec le cou tendu légèrement vers le bas, jusqu'à .

Alimentation vignette|gauche|Pêche au crabe et toilette au Croisic (France) en hiver. Cette espèce, comme tous les plongeons, est essentiellement piscivore, capturant ses proies sous l’eau à une profondeur de (certains auteurs citent des records allant jusqu’à une profondeur de ). Il peut avaler des poissons dont la taille peut atteindre . Il consomme aussi bien des espèces marines (morue, hareng, sprat, aiglefin, merlan, grondin tel le grondin gris, flet, etc.) que des espèces d'eau douce (épinoche, anguille, perche, gardon, poisson-chat, truite de lac, omble de fontaine par exemple). Il peut aussi se nourrir de petits mollusques, crustacés et céphalopodes, voire d'annélides. On a aussi retrouvé dans son estomac des végétaux aquatiques en quantité telle qu'il ne peut s'agir d'une absorption fortuite.

Relations intra et interspécifiques Cri

Cet oiseau est plutôt silencieux en hiver. Quand il vole, il peut pousser un "kvouk" glapissant. Sur l'aire de nidification au printemps, il émet des rires bruyants formés de 7 ou 8 notes et répétés plusieurs fois. Il lance aussi de longs cris perçants, considérés comme nostalgiques, pouvant s'entendre très loin.

Prédation Ces plongeons peuvent être chassés par des loutres et de grands rapaces (pygargue à tête blanche, balbuzard). Mais ce sont surtout les œufs et les poussins qui sont exposés à la prédation, surtout par le goéland, le corbeau, la corneille, le pygargue à tête blanche, le raton laveur, la mouffette, le vison, la belette, la tortue serpentine et les gros poissons.

Reproduction La maturité sexuelle survient à 2 ou 3 ans. Sa longévité, bien qu'encore non déterminée, est d'au moins 8 ans R.B. Clapp, M.K. Klimkiewicz et J.H. Kennard, Longevity records of North American birds: Gaviidae through Alcidae Journal of Field Ornithology , 1982, 81-124, 125-208. ; elle est estimée à 20 ans J. del Hoyo, A. Elliot et J. Sargatal, Handbook of Birds of the World, vol. 1, Lynx Edicions, Barcelone, 1992.

Les adultes instaurent un territoire de 24 à 80 ha qu'ils patrouillent régulièrement et défendent avec énergie. Cet oiseau monogame pose son nid sur les rives ou les îlots d'un lac, au contact de l'eau, de sorte que lorsqu'il sort de son nid, il lui suffit de se laisser glisser sur le ventre pour se retrouver à l'eau. Ce nid est assez grand, constitué de fragments de plantes aquatiques, avec un creux profond où la femelle dépose, en mai ou juin, deux œufs en général. Les œufs sont bruns, avec quelques taches plus foncées, plus nombreuses vers la pointe.

L'incubation dure environ 30 jours et est assurée par les deux parents. Nidifuges, les poussins suivent leurs parents à l'eau dès qu'ils sont secs. Ces derniers les promènent parfois sur leur dos ou sous leurs ailes. Les petits sont capables de réaliser de courtes plongées au bout de deux jours, et peuvent voler après deux ou trois mois.

Répartition et habitat Répartition Cet oiseau niche au Groenland, au Canada, dans certaines régions du Nord des États-Unis, en Alaska, sur l'île des Ours et à Jan Mayen. Il en existe une petite population en Islande. En hiver, il fréquente les côtes des océans Pacifique et Atlantique ou les grands lacs proches de la côte (voir carte de répartition).

Un Plongeon imbrin s'est montré dans le Pilat en France fin 2018Forez Info - Un oiseau rare déniché dans le Pilat.

Un Plongeon imbrin a nidifié pour la première fois en Pologne en 2023, près de Szczecin.

Habitat vignette|Un Plongeon imbrin dans le parc national de Yellowstone. Pendant la nidification, cet oiseau fréquente généralement les lacs et grandes mares des zones côtières septentrionales, dans un paysage de toundra. Sa zone d’hivernage est plus vaste ; il hiverne en mer et sur de grands lacs et gravières.

Migration De tous les plongeons, les Plongeons imbrins sont ceux qui gagnent le moins souvent l'intérieur des terres. Ils migrent généralement au-dessus de la mer, à une certaine distance de la côte. Ces oiseaux quittent l'aire de nidification en septembre. La migration s'effectue de jour, seul ou en formation pouvant compter jusqu'à 15 individus. Pendant la migration vers le sud, ils peuvent passer la nuit en bandes de plusieurs centaines d'individus et se concentrer sur de grands lacs.

Position systématique Cet oiseau était aussi connu sous le nom huart (ou huard) à collier en Amérique avant la normalisation du nom en 1993.

Cette espèce de plongeon est une des quatre visibles en Europe. Son nom vernaculaire plongeon vient du latin plumbicare (s'enfoncer) ; imbrin est une déformation de imbrim (cité par Buffon) qui était l'appellation nordique de cet oiseau (voir himbrini ci-dessous). Le terme huard fait référence à son cri.

Le nom de genre Gavia vient du latin et désigne un oiseau marin. Le terme immer a une étymologie plus confuse. Selon Jobling, il viendrait du terme islandais himbrini signifiant hurleur des flots. P. Cabart et B. Chauvet rappellent cependant que immergo signifie plonger en latinP. Cabard et B. Chauvet, Étymologie des noms d'oiseaux, Belin, 2003, …

Statut et préservation Cet oiseau a disparu de quelques lacs de l’Est de l’Amérique du Nord à cause des effets des pluies acides et de la pollution. Sur certains lacs, des plates-formes flottantes artificielles ont été mises à la disposition des plongeons pour leur permettre d’y nicher, afin de réduire l’impact des variations du niveau de l’eau dues à des barrages ou d’autres activités humaines. En Europe, l'espèce est menacée par la pollution aux hydrocarbures, la diminution des ressources en poisson et par la détérioration de son habitat .

La population européenne de ce plongeon n'est estimée qu'à (hors Groenland), ce qui motive sa protection au niveau européen par la Directive oiseaux depuis 1979 (directive reconduite en 1985, 1991 et 1997), par la Convention de Berne (protection de la vie sauvage) depuis 2002, ainsi que par le CMS (Convention de Bonn) et l'AEWA (qui a classé depuis 2002 les populations hivernant en Europe en catégorie A1c, c'est-à-dire très menacée)Gavia immer sur le site de l'AEWAUNEP-WCMC 2007.

Birdlife International indique une population européenne de en été (Groenland inclus), et hivernants. La population de Gavia immer semblant stable, et ayant une représentation plus importante en dehors de l'Europe, Birdlife International considère que cet oiseau n'est pas menacé.. De même, l'AEE a classé cette espèce dans la catégorie "sécurisée", même si elle a été déclarée "en danger" sur le territoire allemandTucker, G.M. and al., Nowak E. and al. (1994) sur le site de l'AEE.

L'UICN, pour sa part, le place dans la catégorie "préoccupation mineure", estimant que sa population mondiale comprend 580.000 individusWetlands International 2002 pour l'UICN (2006). Son aire de répartition est estimée à 10 millions de km².

Le Plongeon imbrin dans la culture vignette|gauche|alt=Un oiseau (le Plongeon imbrin, oiseau emblème du Minnesota) stylisé dans une forme similaire au symbole de l'alliance rebelle de Star Wars, le tout correspondant à un signe de rébellion à Minneapolis en 2026. L'oiseau est noir avec les ailes déployées, son œil est rouge, le tout sur fond bleu|Le Minneapolis Rebel Loon, symbole de résistance populaire à la police de l'immigration de Donald Trump. Plusieurs pays ont émis des timbres à l'effigie de cet oiseau (Islande en 1966, Groenland en 1988, Canada en 1998, États-Unis en 1952, réédité en 1982).

Le Plongeon imbrin figure sur la pièce canadienne de ainsi qu'au verso de l'ancien billet de mis en circulation en 1991 dans une série Les oiseaux du Canada ; le dollar canadien est ainsi surnommé « huard » au Canada.

C’est aussi l’oiseau officiel de la province de l'Ontario et de l’État du Minnesota, aux États-Unis.

Certaines communautés autochtones de Colombie-Britannique croient que les cris de cet oiseau annoncent la pluie, voire la provoquent.

L'oiseau est présent dans le film d'animation Le Monde de Dory, sorti en 2016.

Dans la série Heated Rivalry (2025), le huard est surnommé « oiseau-loup » (wolf-bird en anglais).

Stylisé avec les ailes déployées de manière similaire au symbole de l'Alliance rebelle de Star Wars, il est devenu un symbole de la résistance populaire à l'opération Metro Surge de la police de l'immigration des Etats-Unis en janvier 2026..

Références

Voir aussi

Bibliographie . . . .

Liens externes

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