La catastrophe du plateau d'Assy est l'un des glissements de terrain les plus meurtriers survenus en France au au cours duquel , dont , sont morts par la destruction partielle du sanatorium pour enfants du roc des Fiz, à Passy en Haute-Savoie.

La catastrophe se produit le , deux mois après l'avalanche de Val-d'Isère (en Savoie) qui avait enseveli sous la neige les jeunes pensionnaires d’un chalet de l’UCPA, suscitant un large débat sur la gestion des catastrophes naturelles en montagne.

Elle constitue un évènement majeur dans la mise en place d'une politique de prévention des risques naturels avec notamment la création des plans ZERMOS, précurseurs des plans de prévention des risques (PPR).

Géographie Pointe de Platé vignette|La pointe de Platé est constituée par des calcaires s'étendant à travers le Crétacé (Hauterivien-Maastrichtien) et surmontant les séries impliquées dans le glissement de terrain. Le sommet de la pointe de Platé est composé de grès oligocènes. Le site de la catastrophe se situe en bordure du désert de Platé, au pied du versant sud-ouest de la pointe de Platé qui surplombe la commune de Passy. La falaise est constituée d'un empilement de couches marno-calcaires du Crétacé appartenant aux nappes subalpines... Le sanatorium repose sur des séquences marneuses du Jurassique moyen et supérieur qui sont dominées par des calcaires tithoniques peu épais. Les pentes sous l'escarpement du Tithonien sont recouvertes par un cône d'éboulis argileux issus de l'altération des formations supérieures. L'escarpement est à son tour surmonté par des calcaires marneux du Berriasien () et des marnes noires schisteuses du Valanginien (). Ces séries relativement tendres atteignent localement une dizaine de mètres et sont généralement recouvertes par des éboulis. Les calcaires du Valanginien supérieur forment ensuite un ressaut bien marqué au-delà duquel la série est majoritairement calcaire et forme les falaises et la crête principale. La série se poursuit au-delà jusqu’à l’Oligocène (Grès de Taveyanne). La zone est connue pour avoir été le théâtre de plusieurs écroulements majeurs dont celui du Dérochoir en 1751..

Plateau d’Assy Le plateau d'Assy est un étroit replat qui délimite l’extrémité méridionale du désert de Platé et dont la pointe de Platé constitue son point culminant. Il a été aménagé sur un large cône d’éboulis de pente dominant la vallée de l’Arve. Cette large dispersion des éboulis explique la faible occurrence d’affleurements du substrat rocheux, surtout marneux, à l’exception des falaises d’urgonien.

Sanatorium pour enfants du roc des Fiz

Un ensemble de sanatoriums s'établit à partir de 1926 sur le plateau d'Assy, sur les hauteurs de Passy, à proximité de Saint-Gervais-les-Bains, alors réputée pour son thermalisme.

Le sanatorium pour enfants du roc des Fiz est inauguré en ... Il est géré par l'Association philanthropique des Villages-Sanatoriums de Haute Altitude qui possède trois autres établissements : Praz Coutant, Guébriant et Martel de Janville. Le bâtiment rompt avec l'esthétique traditionnelle et les architectes Pol Abraham et Henry Jacques Le Même optent pour une architecture moderne pour optimiser ses fonctionnalités et l’accueil des 180 lits. Considéré comme un modèle de sanatorium pour enfants, il comprend un bâtiment central des services généraux de trois étages d'où partent deux ensembles de pavillons-dortoir, construits sur pilotis et reliés au bâtiment central par des coursives couvertes et chauffées : celui des filles à l'est du bâtiment central et celui des garçons à l'ouest. Enfin un cinquième pavillon, un lazaret, est situé entre le bâtiment central et la route. Le sanatorium est sous la direction du docteur Philippe Couve de Murville depuis 1964 au moment de la catastrophe, c'est l'établissement le plus rentable du plateau d'Assy.

Déroulement des faits Évènements antérieurs Le début de l'année 1970 est marqué par des conditions météorologiques, qui, sans être exceptionnelles, vont influencer le déclenchement de la catastrophe. L'hiver 1969-1970 est marqué par d'abondantes chutes de neige en altitude.. Après un mois de janvier caractérisé par un temps ensoleillé, favorisant la transformation de la couche de neige préexistante en neige de printemps, de fortes chutes de neige se produisent en février et mars. L'accumulation de neiges fraiches au-dessus de cette couche de neige de printemps favorise le déclenchement d'avalanches. L'une d'elles se déclenche le vers d'altitude dans le couloir des Échines, au-dessus du sanatorium, et vient buter contre l’aile ouest. Des fissures sont observées par les résidents du sanatorium mais le directeur de l'établissement décide de ne pas céder à la panique et n'envisage pas une évacuation. Un dortoir est cependant évacué provisoirement.

Une semaine plus tard, des pluies abondantes s'abattent sur la région du 12 au et alourdissent la neige. Il tombe jusqu’à les 12 et . Il s'ensuit le , la veille de la catastrophe, un brusque redoux qui provoque une fonte rapide du manteau neigeux.

Glissement de terrain vignette|droite|Schéma de la coulée. Le glissement de terrain se déclenche le vers . Il débute vers d'altitude sur le versant sud-ouest des falaises dominant le sanatorium et s'écoule vers le sud-ouest en dévalant la pente en ligne droite dans le couloir des Echines. Vers d'altitude, le glissement de terrain emprunte un thalweg et bifurque vers le sud-est, en direction du sanatorium. Il emporte les deux bâtiments de l’aile occidentale ainsi que les logements des infirmières et des puéricultrices, surprenant les occupants durant leur sommeil.

Des observations sur site le . permettent d'identifier des crevasses transversales entre d'altitude, dans une zone à forte pente et non boisée, et dont certaines laissent apercevoir le substrat rocheux calcaire. Deux déchirures sont identifiées plus bas. Une niche d'arrachement supérieure à d'altitude de de large et de long. Une seconde niche inférieure s’étale sur de large et de long vers d'altitude. Des bourrelets de solifluxion de d’épaisseur séparent ces deux déchirures. En dessous de d'altitude, la coulée a emprunté un thalweg, creusé dans les marnes du Valanginien inférieur, qui a bifurqué vers d'altitude. Cette zone est marquée par la formation d'un cône d'accumulation composé de troncs d’arbres sectionnés ou arrachés et recouvrant jusqu’à de neige compactée issus de l’avalanche du . La loupe de glissement s'étend sur de long, de large et atteint par endroit d'épaisseur. Elle représente un volume de .

Gestion de la crise Les secours s'organisent rapidement et le dispositif ORSEC est aussitôt déclenché. 500 secouristes, aidés par la population locale participent à la recherche d’éventuels survivants pendant quatre jours et trois nuits. La route d'accès est tout d'abord déblayée pour permettre l'arrivée des secours et l'évacuation des blessés. Un important élan de solidarité se met en place. De nombreuses entreprises de travaux publics fournissent bulldozers et pelleteuses.

Les enfants qui ont été épargnés par la catastrophe sont d'abord évacués dans des centres d’accueil temporaires ouverts par la commune de Passy puis transférés vers les autres sanatoriums du plateau d'Assy. Par crainte d'un nouveau glissement de terrain et en raison de l'arrêt du système de chauffage, endommagé par la catastrophe, les enfants résidant dans les bâtiments non sinistrés sont aussi évacués. Ces derniers n'ont même pas été réveillés par le glissement de terrain.

Bilan humain Le bilan s'établit à 71 morts dont les 56 enfants de l'aile des garçons, 14 femmes membres du personnel et une sœur de l'ordre de Niederbronn affectée à la surveillance du dortoir. La plupart des enfants sont retrouvés dans leur lit, surpris dans leur sommeil, les draps ensanglantés.. Le plus jeune avait . Le personnel compte aussi de nombreux blessés. Certains rescapés, sept survivants, ne sont pas retrouvés dans les décombres mais ont été projetés à plusieurs dizaines de mètres. D'autres comme Geneviève Raphaël sont extirpés des décombres au bout de .. Les infirmières-puéricultrices, dont Jocelyne Dalloz, aide-soignante au sanatorium, sont chargées par les gendarmes d'identifier le corps des victimes d'après leur pyjamas.

Une cérémonie est célébrée à l'église Notre-Dame-de-Toute-Grâce du plateau d'Assy deux jours plus tard, le . De nombreuses personnalités politiques sont présentes : René Galy-Dejean (représentant le gouvernement), Maurice Herzog (maire de Chamonix), Charles Bosson (maire d'Annecy) et monseigneur Sauvage (évêque d'Annecy).

Causes de la catastrophe L’épais manteau neigeux et les pluies qui se sont abattues les jours/mois précédant la catastrophe ne peuvent individuellement expliquer la catastrophe car des évènements équivalents se sont déjà produits par le passé comme les importantes chutes de neige des hivers 1941-1942 et 1965-1966. C’est donc l’enchainement des conditions météorologiques qui explique le déclenchement de la catastrophe. Les importantes précipitations neigeuses ont stocké un important volume d’eau sur les pentes, puis les pluies abondantes du 12 au ont certainement saturé en eau les terrains, ce qui a été aggravé par le redoux du , provoquant une fusion rapide du manteau neigeux.

Le pendage des marnes et des schistes, orienté à contre-pente (pendage vers le nord de 30° à 40°), a facilité la circulation des eaux de ruissellement dans le sol et imbibé les roches superficielles. Le glissement de terrain résulte d’une dégradation des propriétés mécaniques des marnes et schistes en surface et par l’accroissement rapide des pressions interstitielles dans le versant. Le plan de glissement s’est ainsi formé à l’interface entre la partie superficielle altérée et la partie saine des séries marno-schisteuses du Berriaisien et du Valanginien inférieur. Dès la mise en mouvement, et en raison de la forte concentration en eau dans le sol, la masse glissée s’est rapidement transformée en une coulée boueuse, mélangeant roche dégradée, végétation (arbres) et neige. Le thalweg qu’a emprunté le glissement de terrain traverse la barre tithonique qui a été en partie démantelée lors de la catastrophe puisque des blocs ont été retrouvés dans la zone terminale de la coulée à l’emplacement des bâtiments détruits. Si des doutes ont été émis sur la stabilité des formations superficielles recouvrant les marnes et schistes, l’analyse de la composition de la coulée a rapidement exclu qu’elles aient pu initier le glissement de terrain.

La topographie ne semble par contre pas avoir contribué au déclenchement de la catastrophe. La niche d’arrachement se situe dans une zone boisée à pente régulière de 35° et ne présentait ni bourrelets de solifluxion, ni crevasses d’arrachement. De même, le thalweg ne semblait pas fonctionnel depuis longtemps au regard de l’âge centenaire des arbres arrachés et de la présence d’anciens chalets d’alpage. Enfin une série de clichés pris par un habitant du coin depuis le mois de janvier ne montrent aucun signe précurseur au niveau du manteau neigeux jusqu’au . Les photos prises ce jour-là montrent l’apparition de crevasses transversales dans le manteau neigeux au niveau de la niche d’arrachement. Des arbres ont aussi disparu ou se sont couchés.

D’autres glissements de terrain de quelques milliers à plusieurs millions de mètres cubes se produisent la même année dans les environs du plateau d’Assy : trois en avril, un en juin et un autre en juillet. Ces évènements ne sont pas isolés. Des débats ont lieu dès les années 1930 à propos du risque d'éboulement craint par certains habitants et connaisseurs du site. Des éboulements se produisent lors du chantier de construction du sanatorium. La parcelle étant par ailleurs située sur un ancien chemin de débardage, chemin des Charbonnières, construit peut-être à la suite d'anciens glissements de terrain..

Répercussions vignette|Le centre de l'UCPA qui avait été touché par l'avalanche à Val d'Isère.