L’abbaye de Graville, également appelée abbaye de Sainte-Honorine, a été fondée au . Elle est située dans le quartier de Graville-Sainte-Honorine au Havre, département de la Seine-Maritime en Normandie..
Elle se trouve dans l'agglomération havraise depuis 1919.
L'abbaye fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis 1875 pour son église abbatiale, d'un classement en 1921 pour deux salles souterraines, et d'une inscription en 2000 pour l'ensemble des bâtiments prieuraux.
Histoire vignette|left|upright=0.7|Sceau et contre-sceau de Jean Malet, .thumb|left|upright=0.7|Louis Malet de Graville Amiral de France. vignette|Vue de la façade Sud. thumb|L'accès des paroissiens. vignette|L'entrée du site de l'abbaye de Graville. Abbaye de Graville est l'appellation moderne pour désigner le prieuré de Graville fondé en 1203 par Guillaume Malet, seigneur du lieu avec des chanoines réguliers du prieuré de Sainte-Barbe-en-AugeNeustria pia, pages: 861 à 865.
L'église est dédiée à sainte Honorine. La légende a nourri le vide historique ou scientifique. Sur l'origine de la sainte Honorine par exemple. En effet, contrairement aux légendes locales, elle n’a pas été martyrisée à Mélamare en 303, c'est-à-dire sous le règne de l’empereur Dioclétien, car le nom même de Mélamare n'est pas antérieur au (Mellomara , mare étant issu du vieux norrois marr).. Aussi, on ne conserve aucune trace d'un nom antérieur avec une substitution de toponyme comme c'est le cas pour Harfleur par exemple. Une autre légende voudrait qu'elle ait été jetée dans la Seine par des païens de Lillebonne pour venir s’échouer au niveau de l’abbaye. Ces légendes sont loin de la réalité historique.
Les religieux de Graville ont abrité les reliques de la sainte, sous le règne d’ (888-898), bien que le lieu même de Graville ne soit pas mentionné avant l'année 1148 (Gerarvilla). Lors des attaques Vikings, Eude réussi à obtenir momentanément une zone de paix le long de la vallée de la Seine, de Paris à son embouchure. Cependant durant l'hiver 889-890, à la suite d'une défaite militaire, les nordiques se dirigent vers la Bretagne et s'approchent dangereusement de Coutances et de Bayeux. On assiste alors à de grands exodes de corps de saints vers l'est. Rouen accueille par exemple les reliques de saint Lô et de saint Romphaire. Les reliques de sainte Honorine semblent à ce moment être conservées dans le diocèse de Bayeux, et doivent elles aussi être mises en sécurité. Puisque de nombreux indices laissent supposer de forts rapports entre Sainte-Honorine de Graville et l'évêché de Bayeux., on suppose alors que les reliques sont mises en sécurité à Graville à ce moment, autour de 890.. Après la mort d’Eudes , les reliques furent à nouveau menacées par des nordiques, et c’est là qu’elles prirent le chemin de Conflans-Sainte-Honorine en 898.
Toutefois, bien que le corps de la sainte ait quitté le prieuré, le culte de Sainte Honorine reste très fort à Graville. Le recueil des miracles de Conflans., dont le récit couvre jusqu’au , nous rapporte un épisode qui expliquerait la persistance du culte jusqu'à aujourd'hui. Une riche dame aurait fait fouiller le sarcophage vide, et via le trou percé dans ce dernier, un chevalier parvient à ramener un peu de sang de la sainte, en plus d’une de ses vertèbres. Si on remet en perspective avec la situation du prieuré de Graville au , moment de reconstruction des bâtiments conventuels, du chœur et du cloitre, on comprend alors l’intérêt de relancer le culte de la sainte en s’appuyant sur cette légende. Autrement dit, la présence de reliques de la sainte récemment retrouvées, permettent un afflux de pèlerins, c’est-à-dire une rentrée d’argent stable et abondante. C'est à ce moment que naissent les légendes faisant de sainte Honorine une sainte locale.
L’Abbaye de Graville est, parmi les grands établissements religieux installés en bord de Seine, le plus en aval. Le site conserve des traces d'occupation antique, et d'un ermitage probable au (on constate encore aujourd’hui, dans des grottes naturelles au nord-est du chœur de l’église prieurale, la présence d’aménagements en pierres de taille). La présence d'une collégiale est attestée probablement dès le . Une charte de 1203Copie de la charte de fondation du prieuré de Sainte-Honorine de Graville, ordre de Saint-Augustin (1596),
Archives départementales de Seine-Maritime, A 62. rapporte que Guillaume Malet, compagnon de Guillaume le Conquérant, rentre vainqueur de la bataille d’Hastings, et fonde le prieuré de Graville, qui dépendra de Sainte-Barbe-en-Auge. La charte fixe précisément le nombre de chanoines et les règles à suivre, mais aussi détaille la série de dîmes, de droits d'usage et de patronages donnés au prieuré : c'est grâce à eux que sont érigés les bâtiments conventuels.
Le , le journal d’Eudes RigaudRegestum visitationum archiepiscopi Rothomagensis. Journal des visites pastorales d'Eudes Rigaud, archevêque de Rouen (1248-1269), Thodose Bonnin, dir. Evreux, 1845. (archevêque de Rouen de 1248 à 1275), mentionne qu’il souhaite restreindre l’accès au chœur de l'église paroissiale, et donc la vénération des reliques, aux laïcsA-M. Carment-Lanfry « Les églises romanes dans les anciens archidiaconés du Grand Caux et du Petit Caux au Diocèse de Rouen », dans Revue des Sociétés Savantes de Haute-Normandie, n° 35. CTHS, Rouen, 1964, p.48. . Les diverses fouilles effectuées aux n’apportent aucun indice lié à son existence, et aucun stigmate n’est visible dans l’architecture. La présence d’une cloison en dur est donc à écarter. D’autres matériaux ont pu être utilisés sans laisser de trace, mais ni la construction, ni la présence de cette cloison n’étant évoquée dans les textes, son existence est donc tout de même remise en cause.
En 1360, pendant la guerre de Cent Ans, Honfleur est aux mains des Anglais. La tour Nord du massif occidental de l'église prieurale est partiellement détruite de peur qu’elle ne serve de lieu d’observation aux Anglais. Enfin en 1563, pendant les guerres de religion, le Havre change de mains plusieurs fois, et durant un temps l’église aurait été utilisée comme écuries. Naturellement durant ces événements, peu de soins sont accordés à la conservation de l’édificeF. Deshoulières, « L’église de Graville-Sainte-Honorine », dans Congrès archéologiques de Rouen, session, Association Les Annales de Normandie, Rouen, 1926, p. 520-521..
Au cours de son histoire, l'abbaye a accueilli les grands de ce monde comme quartier général : Philippe le Bel en , Henri V d'Angleterre en , Charles de Cossé, maréchal de France et Charles IX en 1563. Le cœur de Louis Malet de Graville, amiral de France a été déposé dans l'église.
Elle intègre les génovéfains en 1641Lucien Musset, Aspects du monachisme en Normandie, J. Vrin, Paris, 1982, 186 p., 129.. Dans le chœur, un remarquable retable baroque prend place dans les premières années du . Les bâtiments conventuels sont reconstruits au . Ils sont en partie détruits par un incendie en 1787.
Sauvegarde thumb|left|L'église avec son porche vers 1820. En 1840, il est décidé d’entrer dans une phase de travaux importants afin de préserver l’abbaye de la ruine et de retrouver un état d’origine. L’architecte désigné pour la restauration est Charles Louis Fortuné Brunet-DebainesSuivant les principes développés par Viollet-le-Duc., architecte de la Ville du Havre. Le petit porche au Nord de la nef, visible sur certaines gravures anciennes, est supprimé. À l’intérieur de l’église, la galerie ogivale à l’est de la nef est également supprimée pour retrouver le plan primitif de l’église. La croisée du transept est restaurée. Des fouilles menées par Albert Naef sont entreprises en 1890. Elles ont largement contribué à faire connaître l’Abbaye. En 1909, c’est au tour du pignon et du transept Nord d’être restaurés. L’attention est alors portée aux salles basses, elles seront à leur tour classées Monuments Historiques en 1921. En 1944, l'église, et plus particulièrement le chevet, sont endommagés. Après restauration, la nef et le transept sont rouverts en 1982, puis le chœur quelques années plus tard.
L'abbaye accueille aujourd'hui un musée. alt=Émile Biette, Graville, Album de croquis. 1830-1861. Bibliothèque municipale du Havre. En ligne sur Nutrisco|vignette|400x400px|Émile Biette, Graville, Album de croquis. 1830-1861. Bibliothèque municipale du Havre. En ligne sur Nutrisco.|centré
Temporel thumb|La tour-lanterne, le transept et le chœur. Dans la charte de 1203, Guillaume Malet, cède au prieuré les patronnages de Saint-Valéry-de-Fontaine, Saint-Michel-de-Grandcamp, Saint-Sulpice-d'Onvéville, Saint-Nicolas-de-Grandcamp, Saint-Nicolas-de-Tennemare, Saint-Michel-du-Coudray, Saint-Pierre-d'Ermeville, Saint-Martin-de-Cloville, Saint-Pierre-de-Gonneville et de Saint-Sauveur-la-Campagne, dans une autre charte : des droits d'usage dans la forêt des Halates, et dans deux autres chartes : dix acres de terre à la Mare-Blonde et un moulin à Rouelles.
Jean Malet, en 1256, donne une moitié de moulin à Rouelles, et en 1260, dix acres de terre à la Lande-Alart
En 1346, Jean Malet donne une pièce de terre à la Lande-Alart..
Sigillographie
1384 : Le christ en croix accosté de la Vierge et de Saint Jean, au-dessous, un prieur.
1474 : Le Christ en croix accosté de la Vierge et de Saint Jean
1475 : prieur de Sainte-Honorine de Graville: écu portant trois fermaux
1678 : Le christ en croix accosté de deux personnages, celui de gauche tenant une palme et un livre, celui de droite crossé, tenant aussi un livre, au-dessous, un écu portant trois yeux (fermaux), S•HONORINA•B•P•DE•GRAVILLA•AVOVST
1689 : Écu portant trois fermaux timbré d'un Tau, dans un cartoucheG. Demay: Inventaire des sceaux de Normandie, n° 3006 à 3010, 3037, 374: sceau de Jean Malet.
Architecture thumb|L'abbaye sur le cadastre napoléonien. thumb|La nef romane. Le site du monastère est sur une falaise morte, dominant l'estuaire de la Seine. Les chanoines ont organisé les bâtiments sur un terrain fortement en pente vers le sud. Le cadastre napoléonien garde la trace de l'enceinte avec ses deux accès, celui de l'Ouest où les paroissiens de Graville accèdent par un escalier au parvis, puis à l'église et à la nef qui leur est réservée, celui de l'Est qui donne sur une cour desservant les bâtiments réguliers et les annexes de fonctionnement. À l'intérieur des murailles, se trouve, au Nord, un bois dans la partie la plus pentue, puis l'église avec au sud le cloître qui organise la vie des chanoines. Sur le croisillon Sud du transept, est accrochée la salle capitulaire dont il reste un arc trilobé datant de la charte de Malet de Graville puis le bâtiment récent des religieux avec les dortoirs et autres lieux de vie. Sur ce cadastre, on voit un bâtiment ruiné fermant le cloître au Sud, parallèle à l'église qui devait recevoir le réfectoire s'il respectait l'organisation générale des monastères augustiniens.
L'église thumb|left
L'église prieurale de Sainte-Honorine de Graville a été fortement remaniée - parfois maladroitement - depuis son érection. Sa datation est toujours controversée, mais elle semble être construite sur une église préromane. Elle avait un porche aux formes typiquement carolingiennes avec deux tours dont il ne reste qu'une partie de celle du Nord et une tribune donnant sur la nef avec des bas-côtés, une abside formait le chœur et le transept comportait des absidioles.