thumb|Zones de fouilles de résidences à Aşıklı Höyük (Turquie), thumb|Réplique du masque en pierre de la grotte de Nahal Hemar (Israël), fin du , Musée de la Préhistoire Moshe Stekelis, Haifa. thumb|Statuettes en plâtre d’'Ain Ghazal (Jordanie), v. 7200-6500 av. J.-C. thumb|Coupe peinte de la période de Samarra (Irak central) : échassiers pêchant des poissons, autour d'une swastika, v. 6200-5800 av. J.-C. Pergamon Museum.

Le Néolithique du Proche-Orient est une période de la Préhistoire de l'Asie occidentale, qui débute par le passage d'un mode de vie paléolithique à un mode de vie néolithique et voit ensuite sa consolidation et sa pérennisation. C'est la partie du monde dans lequel ce changement se produit en premier. Il prend place entre le Levant et le Zagros occidental, incluant une partie de l'Anatolie, au début de l'Holocène, entre 10000 et 5500 av. J.-C. environ, soit 12000-7500 AP (avant le présent).

Cette période est marquée avant tout par l'adoption de l'agriculture (à dominante céréalière) et de l'élevage à la suite de la domestication de plantes et d'animaux, supplantant progressivement la chasse et la cueillette. Mais plus largement le processus de néolithisation passe par un ensemble d'évolutions de diverses nature, avec l'essor du mode de résidence sédentaire et villageois, l'élaboration d'une architecture de plus en plus complexe, le développement d'un outillage en pierre varié, notamment du mobilier en pierre polie, la fabrication des premières céramiques, aussi un art spécifique et des changements rituels qui accompagnent les évolutions mentales reliées au processus de néolithisation. C'est toute la société qui est bouleversée, que ce soit dans le domaine démographique ou dans son organisation. C'est donc un changement radical, qui a pu être caractérisé de « révolution néolithique » par G. Childe, un des phénomènes majeurs de l'évolution des sociétés humaines. Mais c'est un processus qui s'inscrit dans une très longue durée, complexe, qui se déroule de façon non linéaire, connaissant des phases de reflux et d'autres où les changements sont plus rapides. Il comprend de plus des variations selon les régions.

Les premiers éléments caractéristiques du mode de vie néolithique se mettent en place durant la phase finale du Paléolithique, appelée Épipaléolithique dans le contexte proche-oriental, notamment la période du Natoufien du Levant (v. 14500-10000 av. J.-C.) qui voit le développement du mode de vie sédentaire. Le processus de néolithisation du Proche-Orient s'entame au et s'achève vers 7500/7000 av. J.-C. Cette première phase est un Néolithique dit « précéramique », car comme son nom l'indique il ne connaît pas encore l'usage de la céramique, mais c'est lui qui fait l'apprentissage de l'agriculture et de l'élevage, et voit la généralisation de la sédentarité, entre autres. Les phases suivantes du Néolithique céramique (ou tardif), durent jusqu'au milieu du environ, et voient l'émergence de cultures régionales, et le mode de vie néolithique gagner de nouvelles régions. Elles s'achèvent quand commence à se développer la métallurgie qui marque le début des âges des métaux, et surtout une évolution plus marquée vers des organisations sociales et politiques plus hiérarchisées, prélude à l'apparition de l'État et au développement des premières sociétés « historiques » du Proche-Orient.

Les causes de la néolithisation ont fait l'objet de débats qui sont loin d'être clos. Est souvent mis en avant le lien avec les changements climatiques qui surviennent durant ces millénaires qui voient la fin de la dernière période glaciaire et le début de l'Holocène. Mais cette condition ne suffit pas à expliquer les évolutions économiques et sociales, qui sont sans doute liées à d'autres facteurs, peut-être la nécessité de s'adapter à une démographie plus importante, ou bien à des évolutions culturelles et mentales qui font que l'homme qui a désormais les moyens techniques nécessaires pour adopter un autre mode de vie se met progressivement à le faire.

Le Proche-Orient est en tout cas un foyer de néolithisation majeur à l'échelle globale, dont les découvertes sont adoptées progressivement par les régions voisines quand elles embrassent à leur tour le mode de vie néolithique, lui étant plus ou moins redevables selon les cas.

Historique des études et problématiques La « révolution néolithique » et la recherche de ses causes thumb|left|Vere Gordon Childe, qui a développé le concept de « révolution néolithique », photographie des années 1930.

Le concept de Néolithique est forgé en 1865, en même temps que celui de Paléolithique, par John Lubbock, prolongeant le système des « trois âges » (cuivre, bronze et fer) de Christian Jürgensen Thomsen. Il dépend alors seulement de critères techniques, en premier lieu le passage de la pierre taillée à la pierre polie. Le Néolithique prend plus de consistance dans les années 1920-1930 avec les travaux du préhistorien australien Vere Gordon Childe, notamment dans son ouvrage fondateur, Man Makes Himself (1936), qui déplace sa définition vers les aspects économiques et sociaux, quand il forge le concept de « révolution néolithique ». Il est transposé à partir de celui de révolution industrielle et ancré dans une vision progressiste de l'histoire humaine : il est marqué par l'émergence de sociétés villageoises productrices de nourriture, succède à la révolution de la domestication du feu et précède la « révolution urbaine » ; il pose donc les conditions pour l'émergence de la « civilisation ». Il caractérise ce phénomène par plusieurs traits majeurs : culture des plantes, élevage des animaux, qui entraînent une croissance démographique, engendrent des surplus, permettent la sédentarité ; il considère certes ces sociétés comme largement auto-suffisantes, mais admet qu'elles échangent entre elles des biens de luxe ; elles sont en mesure d'entreprendre des travaux collectifs et coopératifs, notamment pour l'agriculture et la sécurité de leurs ressources, en mettant en place des organisations politiques claniques, consolidées par des aspects magiques et religieux ; du point de vue matériel, le Néolithique est selon lui caractérisé par les objets en pierre polie, la céramique, et des instruments de tissage. Ce modèle a évidemment été amendé, mais il reste en partie valable lorsqu'il s'agit de déterminer le « package » néolithique (voir plus bas).

thumb|Vue aérienne de Tell es-Sultan, le site archéologique de Jéricho (Palestine).

Les recherches à compter des années d'après-guerre ont permis de mieux poser les caractéristiques des sociétés néolithiques, grâce à de nouvelles découvertes. Par exemple les fouilles des sites du Natoufien des années 1950-1960 ont permis de déterminer que ces villages étaient peuplés par des chasseurs-cueilleurs, donc que la sédentarisation précédait la domestication, et ne pouvait être vue comme une conséquence de celle-ci comme on le pensait alors.. Dans les années 1950, Kathleen Kenyon jette les bases de la chronologie du Néolithique du Levant à partir des fouilles menées à Jéricho (Tell es-Sultan), en mettant notamment en évidence des phases d'un « Néolithique précéramique » (Pre-Pottery Neolithic). Ce modèle reste employé même s'il présente des limites, notamment parce qu'il qualifie pour les périodes anciennes des sociétés de « néolithiques » alors qu'elles ne le sont pas vraiment. L’exploitation des données des fouilles récentes font encore évoluer les connaissances sur le processus de néolithisation, en mettant notamment en évidence la pluralité des foyers de domestications (en partie grâce au secours des études génétiques), ou encore avec la découverte du sanctuaire de Göbekli Tepe en Turquie qui met en lumière les aspects religieux et rituels des débuts des sociétés néolithiques. La confrontation de la situation du Proche-Orient à celle des autres sociétés connues par l'archéologie ayant expérimenté le processus de néolithisation, de façon endogène ou pas, permet également de faire évoluer la compréhension du Néolithique en révélant des éléments communs et des spécificités, et les travaux ethnographiques viennent en appui pour élaborer des modèles explicatifs à partir des données archéologiques préhistoriques.

Partant de cela, la recherche des causes a souvent dominé l'agenda des recherches, et donné lieu à un ensemble divers de propositions, souvent focalisées sur la question de l'origine des domestications, mais prenant également le phénomène de néolithisation dans ses différentes composantes.

Childe, reprenant les idées de R. Pumpelly, était un partisan de la « théorie des oasis » : la fin de la dernière ère glaciaire a entraîné un climat plus aride, obligeant hommes et animaux du Moyen-Orient, à se réfugier dans les plaines des rivières et les oasis, où se trouvaient aussi les céréales sauvages, et cette coexistence dans ces espaces réduits aurait entraîné le début de l'agriculture et de l'élevage. Après lui, R. Braidwood, à partir de ses recherches dans le Zagros dans les années 1950 (« Hilly flanks theory ») oriente la recherche des causes vers des critères sociaux et culturels : si le Néolithique se produit, c'est parce que les sociétés étaient prêtes matériellement et culturellement, notamment parce qu'elles disposaient de l'outillage et des connaissances nécessaires à l'agriculture et à la transformation des aliments. L. Binford formule à partir de la fin des années 1960 une explication combinant démographie et environnement, reposant sur l'idée que les communautés de l'Épipaléolithique du Levant connaissaient une croissance démographique, ce qui se serait combiné avec la remontée du niveau des mers liée à la fin de l'ère glaciaire, et aurait créé un « stress » pour l'accès aux ressources alimentaires car l'espace par personne s'était réduit, ce qui aurait suscité un mouvement migratoire vers des espaces marginaux jusqu'alors dépeuplés, où les migrants auraient emporté avec eux céréales et animaux en les domestiquant. D'autres explications fonctionnalistes similaires, mettant en avant les réponses adaptatives des sociétés aux changements environnementaux et/ou démographiques, sont formulées par la suite.. Cela repose donc sur l'idée que les sociétés sont contraintes par divers facteurs de passer au stade néolithique. L'étape suivante propose une autre approche, et voit un retour des explications culturelles et cognitives. Le modèle de J. Cauvin, formulé dans les années 1980-1990, identifie une « révolution des symboles », un changement de rapport des humains au monde qui les entoure, cause unique selon lui à l'origine des changements sociaux, économiques et matériels qui s'observent durant la néolithisation. I. Hodder a également formulé des propositions portant sur les changements mentaux ayant lieu au Néolithique, mais il ne les voit pas tant comme une cause que comme des évolutions accompagnant les autres changements. Comme cette perspective, les modèles explicatifs prenant en compte les interactions possibles entre les changements sociaux, économiques et mentaux, également climatiques, prennent le devant à compter des années 2000Résumé détaillé des théories traditionnelles dans . Discussion critique des théories récentes dans ..

Un phénomène long et complexe Le phénomène de néolithisation est désormais considéré comme un processus long et complexe, non-linéaire, caractérisé certes par le passage d'une économie de chasseurs-cueilleurs à celle d'agriculteurs-éleveurs, mais englobant bien d'autres évolutions techniques, sociales et mentales qui accompagnent le phénomène, et sont manifestement liées par des relations de causalité. Pour résumer les approches actuelles sur le Néolithique et la néolithisation en tant que processus qui recouvre plusieurs changements sur un très long terme.

Selon Ç. Çilingiroğlu :

Et pour A. Goring-Morris et A. Belfer-Cohen :