Le Tripitaka (sanskrit IAST : Tripiṭaka ; pali : Tipiṭaka ; tri : trois, piṭaka : corbeille) ou Trois corbeilles est l'appellation qui désigne l'ensemble des textes du canon bouddhique. Il est parfois également appelé canon pali, car ses textes sont rédigés en pali. Il s'agit d'un très vaste ensemble de textes fondateurs sur lesquels s'appuie l'école des Thera, connue sous le nom de theravāda, originaire du Sri Lanka. Aujourd'hui, ce canon est essentiellement repris dans les pays bouddhistes d'Asie du Sud-EstLes canons du bouddhisme chinois (mahayana) et tibétain (vajrayana) incluent des versions d’une partie du canon pali : Vinaya Pitaka et Dhammapada, plus les quatre premiers nikayas, l’Itivuttaka et le Milindapanha pour le canon chinois.
Son nom viendrait du fait que les textes anciens, rédigés sur des feuilles de palme, auraient été rangés dans des paniers. Les « trois corbeilles » sont les trois sections du tripitaka : Vinaya Piṭaka, Sūtra Piṭaka et Abhidharma Piṭaka.
Il aurait été mis par écrit pour la première fois au Sri Lanka au , à l’occasion du quatrième concileLindsay Jones; Mircea Eliade; Charles J Adams (Eds.), Encyclopedia of Religion, New York, Macmillan, New York, 2005 s.v. « Councils, Buddhist »A.K. Warder, Indian Buddhism, 3rd Ed., p. 307. American Asiatic Association, Asia Society, Asia: Journal of the American Asiatic Association, p. 724.. La première version imprimée date du et fut réalisée en BirmanieH. Bechert & R. Gombrich, The World of Buddhism, London, Thames & Hudson, 1984, p. 293 (Trad. franç. Le monde du bouddhisme, Bordas, 1984). Il existe au des versions accessibles en ligne.
Généralités Depuis le Sri-Lanka, le tripitaka s'est diffusé dans le Sud-Est asiatique, de la Birmanie au Laos entre les de notre ère. Le mot pâli signifie initialement « ligne », et de là « texte ». Par la suite, il va servir à désigner les textes bouddhiques écrits dans une langue non cinghalaise (le mâghadî), qu'on pense parfois avoir été la langue du BouddhaLe terme pali est normalement utilisé seulement pour qualifier la langue dans laquelle sont rédigés les textes bouddhistes du canon dit « pali ». Pour désigner cette langue dans d'autres usages, on parle de magadhi..C'est au que les savants européens ont eu connaissance de son existence, et ils vont rapidement tenir le canon pali pour la plus ancienne source des écritures bouddhiques. Toutefois, les recherches ultérieures sur la langue des textes tendent à infirmer l'hypothèse selon laquelle la langue des trois corbeilles remonterait au avant notre ère (soit l'époque probable de la vie du Bouddha). Par conséquent, affirme le chercheur Guillaume Ducœur, le canon pali des Theravada n'est pas la recension de l'enseignement original du Bouddha, tel que dispensé de son vivant, mais le résultat d'un processus à long terme d'écritures et de réécritures successives.
Les deux premières corbeilles Le canon se divise donc en trois parties (dans cet ordre-ci): Vinaya Pitaka (corbeille des règles disciplinaires), Sutta Pitaka (corbeille des enseignements [du Bouddha]) et Abhidhamma Pitaka (corbeille du retour [explicatif] sur la Doctrine) — cette corbeille est plus tardive. Il existe par ailleurs en pali, une littérature paracanonique et une littérature non canonique, voire profane.vignette|Quelques-uns des 729 stupa de la pagode Kuthodaw à Mandalay (Birmanie), qui abritent l'entier du Tripitaka pali, gravé sur des plaques.Les deux premières corbeilles, Vinaya Pitaka et Sutta Pitaka sont considérées comme buddhavacana, littéralement « paroles du Bouddha », à savoir les enseignements qu'il a lui-même dispensés ou ceux qu'il a approuvés. Mais un secteur important de la recherche sur le bouddhisme est consacré à distinguer ce qui est « parole du Bouddha » de ce qui ne l'est pas. Certains spécialistes comme Richard GombrichRichard Gombrich, Theravada Buddhism. A Social History from Ancient Benares to Modern Colombo, London, Routledge, 2006 (2nd Ed.), 254 p. p. 20-21 pensent que les idées principales de ces deux ensembles proviennent directement du Bouddha, tandis que d'autres comme Ronald Davidson Ronald M. Davidson, Indian Esoteric Buddhism. A Social History of the Tantric Movement, Columbia University Press, 2003, 498 p. p. 147 doutent que le fondateur de l’école bouddhiste ait laissé des traces directes dans le canon, qui reflèterait selon eux plutôt la pensée de ses successeurs.
Origine et composition Selon la tradition, la première récitation complète destinée à fixer l’enseignement du Bouddha eut lieu peu après sa mort lors du premier concile. Ananda aurait récité les suttas et Upāli le Vinaya (il n’y avait pas encore d’Abhidharma). Ce contenu fut par la suite récité régulièrement jusqu’au où il fut mis par écrit sous le règne du roi Vattagamini. Il aurait ensuite peu changé jusqu'au Harvey, 1995, p. 3; Warder, in Bhikkhu ÑāṆamoli (tr.), The path of discrimination (Paṭisambhidāmagga), with an introduction by A. K. Warder, London, Pali Text Society, 1982, p. xxxix - xl ; Rupert Gethin, The Buddha's Path to Awakening, Leiden, Brill, 1992, p. 8 et devait d’ailleurs être presque fixé avant son introduction à Sri Lanka () car on y trouve très peu d’influence de la langue singhalaise Alexander Wynne, « How old is the Sutta Pitaka? The relative value of textual and epigraphical sources for the study of early Indian Buddhism ». St John's College, Oxford Centre for Buddhist Studies, 2003 . La récitation a néanmoins continué de jouer un rôle important, d’autant que le climat de l’Asie du Sud ne permet pas la conservation prolongée des supports végétaux de l’écriture. Hormis quelques fragments découverts au Népal datant des , les plus anciens restes du canon pali remontent au Oskar von Hinüber, Handbook of Pali Literature, Berlin, de Gruyter, 1996, p. 5. et les copies datant d’avant le sont rares.
On considère en général que les parties en prose sont les plus anciennesA. K. Warder, Introduction to Pali, London, Pali Text Society, 1963, p. viii. Ainsi, le Vinaya (sauf Parivara) L. S. Cousins « Samatha-Yana and Vipassana-Yiina » in H. Saddhatissa, Gatare Dhammapala, Richard F. Gombrich, K.R. Norman (Eds.) Buddhist Studies in Honour of Hammalava Saddhatissa, Nugegoda (Sri Lanka) 1984, p. 56-76 (v. p. 56) et les quatre premiers nikayas du Sutta PitakaH. Bechert and R. Gombrich (Eds.), The World of Buddhism, London, Thames and Hudson, 1984, p. 78 ; Gethin, 1992, p. 42 s. seraient les parties les plus anciennes, avec peut-être quelques textes courts en versGethin, The Buddha's Path to Awakening, E. J. Brill, Leiden, 1992 comme le Sutta Nipāta. Néanmoins, certains chercheurs japonais considèrent que les parties les plus anciennes se trouvent dans le Khuddaka Nikaya : le Sutta Nipāta, l’Itivuttaka et l’UdanaHajime NAKAMURA, Indian Buddhism. A Survey With Bibliographical Notes, Osaka, 1980, reissued by Motilal Banarsidass, Delhi, 1987, 1989, p. 27.vignette|Une des stèles en pierre sur lesquelles sont gravées le Tripitaka, à la pagode Kuthodaw. Dérivés du terme Le terme Tripitaka peut aussi désigner de façon plus large tout canon bouddhique : Tripitaka chinois, Tripitaka japonais, Tripitaka Koreana, etc.
Le terme chinois Sanzang (三藏) — traduction de « trois corbeilles » dans cette langue —, . Ainsi, dans La Pérégrination vers l'Ouest, le moine pèlerin et traducteur Xuanzang est appelé Tripitaka.
Contenu des trois corbeilles Le Vinaya Pitaka Le Vinaya Pitaka traite de la discipline monastique. Cette « corbeille » recense les règles monastiques énoncées par le Bouddha, et pour chacune d'entre elles, il en présente les circonstances et les raisons de sa promulgation. Ce corpus se serait constitué au jour le jour, le Bouddha émettant une , le Cullavagga et le Parivara.
Le Sutta Pitaka vignette|Arborescence générale du Tripiṭaka. Pour le Khuddaka Nikāya, lire le tableau horizontalement. Selon la tradition, le Sutta Pitaka recense les paroles attribuées au Bouddha, récitées par Ananda après sa mort, puis transmises oralement pendant 400 à 500 ans avant d'être mises par écrit. En fait, certains suttas rapportent aussi les dits et actes de disciples illustres, comme Sariputta. Le Sutta Pitaka contient plus de dix mille suttas et il est divisé en cinq sections appelées nikaya (ou agama) :
Dīgha Nikāya, les « longs discours », comportant 34 suttas ; Majjhima Nikaya, les « discours de longueur moyenne », 152 suttas regroupés en cinq sections ; l Samyutta Nikāya, les « discours groupés ou connectés », groupés en cinq sections de 10 à 15 suttas chacune ; Anguttara Nikaya, les « discours des facteurs ultérieurs ou discours numériques », classé en 11 groupes, le premier portant sur un sujet simple, le deuxième sur un sujet double, le troisième sur un sujet triple, et ainsi de suite jusqu'à 11 ; Khuddaka Nikāya, les « petits discours ou livres courts », composé de neuf livres, parmi lesquels des textes célèbres comme le Dhammapada (les vers du DharmaPhilippe Cornu, Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme, Paris, Le Seuil, 2006, « Dhammapada »), le Sutta Nipāta et l'Udana.
L'Abhidhamma Pitaka Tandis que le dharma est la doctrine (bien que le mot signifie aussi « chose »), l'Abhidhamma ou « au-dessus de la doctrine » est l'ensemble des commentaires analytiques et psychologiques de l'enseignement du Bouddha. Cette « corbeille » est divisée en sept parties : , «Classification des choses »; , « Les [dix-huit] divisions »; Kathavatthu « [Recueil qui a pour] sujet des questions »; , « Description des personnalités »; , « Exposé sur les éléments »; , « [Recueil des sujets appelant une réponse par] paire »; Paṭṭhāna, « Recueil des mises en jeu »Classement et traduction des titres d'après Ducœur, 2011, p. 51. .
Ajouts tardifs Depuis le sixième concile (1954), la version birmane du Tipitaka comprend trois textes supplémentaires dans le Khuddaka NikāyaNetti-ppakaranam: The guide, according to Kaccana There, London, Pali Text Society, 1962, page xii; Oskar v. Hinüber.. Ils ont été intégrés dans l’édition thaïlandaise en ligne proposée par dhammasociety.org(). , et les deux premiers ont été admis dans l’édition cinghalaise Buddha Jayanti.
Il s'agit du , méthode d’interprétation attribuée à Kaccana, disciple direct du Bouddha. et du similaire. Les deux ouvrages présentent des passages communs, attribués au même auteur. Enfin, le Milindapañha (« Questions du roi Milinda »).
Commentaires theravada La plus grande partie du contenu du canon est antérieure à la constitution du courant theravâda, certains passages contredisant d’ailleurs les doctrines de cette écolePeter Harvey, The Selfless Mind. Curzon Press, 1995, p. 9., et il pourrait même inclure des fragments à l’origine non bouddhiques Tillman Vetter, The Ideas and Meditative Practices of Early Buddhism, Leiden, Brill, 1988, p. 101-106 (« Mysticism in the Aṭṭhakavagga »). L’interprétation traditionnelle theravâdin du canon est couchée sous forme de commentaires compilés par Buddhaghosa et ses successeurs. Le Visuddhimagga, synthèse de ces commentaires rédigée par Buddhaghosa, est une référence importante (inspirée en partie par le Vimuttimagga, qui est légèrement antérieur). Néanmoins, des textes non compris dans le canon ont pu être plus importants que les textes canoniques dans certains groupes theravâdin.
Éditions et traductions Aucune édition des textes n’est parfaite et les chercheurs en consultent en général plusieursMargaret Cone, Dictionary of Pali, vol. I, London, Pali Text Society, 2001. Mentionnons
Édition de la Pali Text Society, 1877–1927, en 57 volumes avec index, dont certains révisés. Édition birmane de 1900, la première imprimée, en 38 volumes)Günter Grönbold, Der buddhistische Kanon: eine Bibliographie, Otto Harrassowitz, Wiesbaden, 1984, page 12.