L'Azawad ou Azawagh, également orthographié dans son orthographe francisé Azaouad ou Azaouâd (en tamazight : , Azawad., de l'origine berbère Azawaɣ), est un territoire presque entièrement désertique situé dans le Nord du Mali recouvrant des zones saharienne et sahélienne, dont les Touaregs réclament l'indépendance, qu'ils ont proclamée en 2012. Le territoire est le plus souvent appelé ou par anglicisme . Le mot azawad est un mot signifiant « zone de pâturage » et dérive du mot tamasheq Azawagh. Le gouvernement du Mali considère le simple emploi de cette dénomination comme séditieux...

Étymologie

Azawad est un mot d'origine touarègue, utilisé aussi par les arabophones, qui signifierait littéralement « Rebelles touaregs. Pourquoi nous reprenons les armes », Courrier International, – note : Azawad signifie « territoire de la transhumance ». ou et qui vient du mot touareg Azawagh. L'appellation touarègue et arabe correspond à peu près à la notion française de . Depuis 1990, ce mot est utilisé pour désigner les régions nord du Mali, les habitants peuvent être appelés les Azawadis (au féminin Azawadies) mais on trouve parfois Azawadiens et Azawadiennes. En tifinagh, l'alphabet traditionnel et historique berbère, s'écrit .

Géographie thumb|upright=0.75|L'Azawad et l'espace culturel de l'Afrique du Nord-Ouest. La vallée fossile du Sahara central s'appelle en tamacheq « Azawa » (« le plat ») qui a une superficie de , toute comprise dans la seule région de Tombouctou, entre la ville d’Araouane et les salines de Taoudéni.

thumb|upright=0.75|Carte des différentes conceptions de la zone d'autodétermination revendiquée, seule la partie située au nord du fleuve Niger est majoritairement arabo-berbère.

La délimitation du territoire de l'Azawad n'est pas clairement définie et varie selon les auteurs. La zone de transhumance des Touaregs est située au nord du fleuve Niger, dans son acception la plus réduite, mais certains Touaregs l'étendent également au sud du fleuve.

Mohamed Tiessa-Farma Maïga distingue deux zones, selon que l’on se place d’un point de vue géographique (il s’agit alors de la , soit un désert qui s’étend sur plus de dont une centaine habitable) et d’un point de vue géopolitique ( et qui couvre alors une zone plus large)Mohamed Tiessa-Farma Maïga, Le Mali : de la sécheresse à la rébellion nomade, éditions L'Harmattan, 1997 , ..

Pour les mouvements de la rébellion touarègue, l’Azawad couvre les trois régions du Nord du Mali : celles de Gao, de Tombouctou et de Kidal et une partie de la région de Mopti voir ville de Douentza jusqu'à KonaVoir notamment le Pacte national conclu entre le gouvernement de la République du Mali et les mouvements et fronts unifiés de l'Azawad consacrant le statut particulier du Nord du Mali : . - ..

Climat thumb|upright=0.75|Touaregs dans l'environnement désertique (Sahara) de l'Azawad. Au nord, l'Azawad est bordé par l'Algérie, à l'est par le Niger et à l'ouest par la Mauritanie. L'Azawad est intégralement situé dans le Sahara, mais sa partie sud marque une transition avec la zone sahélienne. Les précipitations annuelles moyennes sont inférieures à .

Villes principales Les principales villes de l'Azawad incluent : Tombouctou ( en 2013)., située sur le fleuve Niger est une commune du Mali. Elle est surnommée « la ville aux » et « la perle du désert ». Son nom viendrait du tamasheq Tin (ou Tim), qui signifie « puits » ou « lieu », et de Bouctou, nom donné à la femme présente à l'arrivée des Touaregs, gardienne d'un puits, et qui désignerait une personne originaire d’Essouk (un peu au nord de Kidal), ce qui donne « le lieu de Bouctou »« D’où vient le nom de Tombouctou ? », Jeune Afrique, 15 octobre 2006. ; Gao (, d'après la Centre national de coopération au développement)., fondée au au temps de l'Empire songhaï, elle fut la capitale de leur empire jusqu'à sa conquête par les Saadiens après la bataille de Tondibi. L'invasion saadienne de 1591 a largement détruit la ville qui recèle toujours des vestiges archéologiques de premier plan tel le tombeau des Askias ; Kidal (), est située à au nord de Gao au cœur de l'Adrar des Ifoghas. Pendant longtemps cette zone était interdite, du fait de la présence d'un bagne militaire. Kidal connaît un essor très rapide, ce qui entraîne des problèmes d'équipements et de disponibilité de l'eau ; Ménaka () ; Gossi (), est située à au sud de Gao au cœur du Gouma.

Relief

L'Azawad englobe le massif montagneux de l'Adrar des Ifoghas qui s'étend sur . Ce massif est jonché d'empilements granitiques sous forme de blocs très érodés. Les vallées y sont larges et peu encaissées. En tamasheq, adrar signifie montagne. Quant au mot ifogha, il vient du clan aristocratique touareg Kel Ifoghas qui exerce depuis plusieurs générations un rôle politique prédominant dans la région.

L'Adrar des Ifoghas est un lieu prisé pour le trek grâce à ses nombreuses gueltas et un important patrimoine de gravures rupestres. Ces gueltas sont des plans d'eau temporaires ou pérennes, sans écoulement apparent (aréisme) : des mares qui subsistent après la crue dans les lits des oueds ou des « piscines naturelles » dans la roche en placeR. Coque, Géomorphologie, Éd. Armand Colin, 1977, .F. Joly, Glossaire de géomorphologie, Éd. Armand Colin, 1997.J. Tricart & A. Cailleux, Le Modelé des régions sèches. Traité de géomorphologie. T. IV, éd. SEDES, Paris, 1969, ..

Histoire Berceau des Touaregs thumb|upright=0.75|Écritures tifinaghs anciennes, site des gravures rupestres d'Intédeni près d'Essouk au Mali.

À Essouk, dans l'Adrar des Ifoghas, se trouve un important site de gravures rupestres, daté de 6000 av. J.-C. Devenue une cité caravanière du commerce transsaharien, elle prospère entre le , à cette période les migrations de Berbères ont constitué le fond de son peuplement : groupes Lemta et Houara (les paléo-berbères) suivis par d’autres, comme les « pasteurs hamites », les Kel Tadamakat, et ceux venus plus tard d'Oualata ou du Maroc. Dans ce creuset d’Essouk s’est cristallisée et s'est développée la culture touareg avant d’essaimer à l’intérieur du Mali et dans les contrées voisines du Niger et de l’Algérie. Dans cette zone se trouvent de nombreuses gravures anciennes en tifinagh.

Période d'influence de l'empire du Ghana dans sa composante sud-saharienne thumb|upright=0.75|Routes caravanières transsahariennes au Moyen Âge. Empire du Ghana

Conquête de Gao et Tombouctou

En 1591, le sultan marocain Ahmed al-Mansur Saadi entend profiter de l'instabilité à la tête de l'Empire songhaï, il mobilise une armée de et marche vers Gao. À Tondibi, il affronte et bat l'armée d'Askia Ishaq II, forte de . Cette défaite aboutit à la conquête de Gao et de Tombouctou qui deviennent alors le pachalik marocain de Tombouctou et de Gao, les Maghrébins (Maures et Touaregs) parviennent ainsi à s'émanciper de la tutelle songhaï et plus largement de la domination des États ouest-africains précoloniaux.

L'autorité saadienne s'effrite rapidement au début du et l'Azawad se retrouve aux mains de divers groupes locaux, les Marocains ne gardant l'autorité que sur quelques villes situées sur les rives du Niger, passant elles-mêmes épisodiquement sous contrôle touareg.

Les Bambaras finissent par s'imposer dans la partie sud, le long du fleuve Niger, alors que les Touaregs finissent par soumettre l'ancien pachalik tout en gardant le contrôle du désert plus au nord. La région de la boucle du Niger passe aux mains des Peuls au début du puis des Toucouleurs, la partie désertique demeurant sous contrôle ininterrompu des Touaregs jusqu'à la conquête française.

Colonisation française

La pénétration coloniale française se fait en suivant le fleuve Sénégal et le fleuve Niger, depuis l'océan Atlantique en allant vers l’est. Tombouctou est conquise en 1894 et Gao en 1899. Le territoire de l'Azawad est alors intégré au Soudan français qui sera une composante de l'Afrique-Occidentale française. Le , les Touaregs et les Maures de l'Azawad demandent à ne pas faire partie du processus d'indépendance ouest-africain à travers une pétition signée par 300 chefs locaux et portée par le cadi de Tombouctou Mohamed Mahmoud Ould Cheikh. La France est alors en pleine crise institutionnelle qui prend fin avec le retour du général de Gaulle le . Cette pétition est portée à la connaissance des autorités françaises par une lettre adressée au général de Gaulle le . Les responsables touaregs et maures soulignent leur incompatibilité avec les sociétés subsahariennes et demandent à être intégrés au Sahara algérien (l'Algérie, contrairement à une colonie comme l'Afrique-Occidentale française, étant assimilée alors à un ensemble de départements français). Cette demande est ignorée par le président français.

Léopold Sédar Senghor et Modibo Keïta seront les artisans de la fédération du Mali, regroupant les colonies françaises du Sénégal, du Soudan français (dont l'Azawad), de la Haute-Volta (futur Burkina Faso) et du Dahomey (futur Bénin). La fédération est créée en janvier 1959, mais dès le mois de mars, le Dahomey et la Haute-Volta se retirent. En mai 1959, de Gaulle reçoit Modibo Keïta et reconnaît l’indépendance de la fédération du Mali, qui sera proclamée le . Durant l’été, des dissensions internes entraînent l’éclatement de la fédération du Mali. Le 20 août 1960, le Sénégal proclame son indépendance. Après l'échec de la fédération du Mali, la république du Mali correspondant à l'ancien Soudan français devient indépendante le , l'Azawad est alors intégré dans ce nouvel État indépendant. L'autorité malienne y remplace l'autorité française.

Rébellions touaregs À partir de l'indépendance du Mali, l'Azawad est le terrain de nombreux conflits opposant l'armée malienne à ceux qui sont généralement appelés « rebelles touaregs ». Ces derniers réclament l'autodétermination de l'Azawad. En 1963, trois ans après l'indépendance du Mali, éclate la première rébellion touarègue. Elle fut très durement réprimée par l'armée malienne qui alla jusqu'à envoyer ses avions bombardiers mater la révolteInstitut des Nations unies pour la Recherche sur le Désarmement (UNIDIR) - R. Poulton & I. ag Youssouf , La Paix de Tombouctou : gestion démocratique, développement et construction africaine de la paix, octobre 1998, Nations unies, chapitre 2 : « Crise économique et sociale au Nord Mali », p. 28.. Le pays est alors sous contrôle de Modibo Keïta. Le mouvement fut également très affaibli par les sécheresses des années 1970. En 1990, deux ans après la création du Mouvement populaire de libération de l'Azawad, a lieu une insurrection. Cela aboutit à la signature des accords de Tamanrasset en 1991 et du pacte national en 1992.