Roger Stéphane, né Roger Worms le dans le , ville où il est mort le dans le Archives de Paris , acte de naissance , année 1919 (page 22/31) (avec mention marginale de décès)., est un écrivain et journaliste français, ancien résistant et cofondateur de L'Observateur.

Engagé aux côtés du Parti communiste, c'est aussi un esthète qui admire Stendhal, Proust et T. E. Lawrence. Éclectique dans ses choix, il a consacré des ouvrages aussi bien à Habib Bourguiba qu'à son vieil ami Georges Simenon avant de faire lui-même l'objet de plusieurs biographies. Homosexuel assumé, il a été l'un des premiers militants de la cause homosexuelle.

Biographie Famille et jeunesse Né en 1919 dans une famille de la bourgeoisie juive du milieu des affaires, Roger Worms a pour répétiteur privé René Étiemble, avec lequel il entretient une correspondance régulière dès l'âge de quinze ans. Les études traditionnelles ne l'intéressant guère, il quitte l'enseignement secondaire sans avoir passé son baccalauréat.

Tout en militant au Parti communiste, il fréquente les milieux littéraires, où il est remarqué par Gide, Roger Martin du Gard ou Cocteau, et ne fait pas mystère de son homosexualité.

Seconde Guerre mondiale Durant l'Occupation, il s'engage dans la Résistance en 1941 et participe à la création du réseau et du journal Combat.. En , il est arrêté et interné au camp de Fort Barraux, d'où il s'évade en novembre.

Membre du mouvement de résistance Combat, il se rend à Vichy dans l'idée de se renseigner sur les éventuelles connexions entre Jean Jardin, secrétaire général, et le général Giraud. Le , il est reçu par le garde des Sceaux Joseph Barthélemy en se présentant sous le nom de Robert Saleve, un de ses anciens étudiants désirant écrire une histoire sur l'armistice. Il est arrêté à la sortie du restaurant Chanteclerc, puis relâché. Six jours plus tard , il est de nouveau arrêté et cette fois emprisonné à Évaux-les-Bains dans le Grand Hôtel des Thermes transformé en confortable résidence surveillée, à la libération de laquelle il participe le .

Durant son emprisonnement, son père est assassiné par la Milice quelques jours après la parution d'un article de Charles Maurras qui appelle nommément à cibler la famille Worms..

Le , deuxième jour de l'insurrection, il dirige sous les ordres d'Aimé Lepercq les FFI du CDLR, dont Gérard Philipe, chargés de mettre en batterie l'hôtel de ville de Paris libéré dès l'aube par une trentaine d'entre eux sous la direction de Léo Hamon avec la complaisance des deux cents agents présents.

Il arrête Pierre Taittinger au nom du CDL de la Seine. Il poursuit le combat dans la brigade Alsace-Lorraine d'André Malraux. Attaché au ministère de l'Intérieur, il fait révoquer les préfets nommés par Vichy. Il porte plainte contre Maurras, qu'il juge responsable de la mort de son père, et le contraint à un procès..

Carrière de journaliste vignette|redresse|Paris : le clocher de l'église Saint-Germain-des-Prés. Chroniqueur politique et critique littéraire aux Temps modernes, à Paris-Soir et à Combat, il fonde L'Observateur politique, économique et littéraire en 1950 avec Claude Bourdet et Gilles Martinet.. En quelques années, celui que l'on surnomme l'« aventurier au nœud papillon » en raison de ses allures de dandy est devenu une figure centrale de la presse française mais aussi du cénacle intellectuel de Saint-Germain-des-Prés. Ses familiers se nomment Roger Vailland, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Jean Genet, Louis Aragon, François Mauriac, Georges Simenon ou Marcel Jouhandeau.

Partisan de la décolonisation, à l'occasion de la guerre d'Indochine et de la guerre de Corée, il dénonce les manœuvres, pour faire interdire la pièce de théâtre Le colonel Foster plaidera coupable en , du préfet de police de Paris Jean Baylot, connu pour ses ruses et son anticommunismeRoger Vailland ou Un libertin au regard froid, biographie consacrée à l'écrivain Roger Vailland, écrite par le journaliste et écrivain Yves Courrière en 1991 lire en ligne. :

Le mois suivant, il est l'auteur d'un des cinq articles d'un numéro spécial du journal de Jean-Paul Sartre Les Temps modernes, consacré au complot des pigeons, où il dénonce à nouveau les ruses du préfet de police de Paris Jean Baylot Sommaire de la revue Les Temps Modernes de juillet 1952.Sartre Against Stalinism, par Ian Birchall, Berghahn Books, 2004, lire en ligne. . En , alors que la guerre d'Indochine est terminée depuis près d'un an, il est incarcéré à la prison de Fresnes, trois semaines, sous le régime de détenu politique pour intelligence avec l'ennemi, dans le cadre de l'affaire des fuites de la défense nationale « M. Roger Stéphane est écroué à la prison de Fresnes », Le Monde du 30 mars 1955..

Producteur de télévision En tant que producteur de télévision, en collaboration avec Roland Darbois au cours des années 1960, il est responsable de l'émission Pour le plaisir ainsi que d'un documentaire intitulé Proust, l'art et la douleur, Proust à qui il consacre aussi un « portrait-souvenir » irremplaçable sous la forme d'interviews réalisées auprès des anciens amis de l'écrivain disparu quarante ans plus tôt : Céleste Albaret, Emmanuel Berl, Jean Cocteau, Armand de Gramont, Daniel Halévy, François Mauriac, Paul Morand, Jacques de Lacretelle, Philippe Soupault, Hélène Soutzo, Simone de Caillavet… Dans ce document audiovisuel en noir et blanc tourné peu avant la mort de certains des protagonistes, le spectateur voit et entend les proches de Proust (mort en 1922), notamment quand plusieurs d'entre eux imitent sa voix et ses intonations.

Mort vignette|redresse|gauche|Tombe de Roger Stéphane au cimetière parisien d'Ivry (division 7). vignette|Prénom et nom de son compagnon sur sa tombe, qui est au cœur du récit Parce que c'était lui (1953). Volontiers en retrait par rapport aux personnalités qu'il interroge, il pratique ce que sa biographe Régine Deforges appellera la « passion d'admirer », ne brigue pas une gloire immédiate et parle peu de lui.

Deux exceptions doivent toutefois d'être signalées : d'abord un récit autobiographique en 1952, Parce que c'était lui, où Roger Stéphane se réaffirme comme homosexuel ; et beaucoup plus tard, vers la fin de sa vie, Tout est bien, chronique désabusée qui lui vaut un regain d'intérêt de la part du grand public.

Malade et appauvri, il se suicide le .

Il est inhumé au cimetière parisien d'Ivry ( division)Cimetières de France et d'ailleurs..

Œuvres Chaque homme est lié au monde, préface d'Emmanuel d'Astier de La Vigerie, Paris, Le Sagittaire, 1946 Questions du communisme, Confluences, 1948 Portrait de l'aventurier : T. E. Lawrence, Malraux, Von Salomon (précédé d'une étude de Jean-Paul Sartre), Paris, Le Sagittaire, 1950 ; rééd., 1965, Grasset, 1972, , 1995, Grasset, 2014, Théâtre de destin, La Table ronde, 1953 Parce que c'était lui (chronique), La Table Ronde, 1953 ; rééd. H&O 2005, préface d'Olivier Delorme Brèves prisons , Julliard, 1955 La Tunisie de Bourguiba, Plon, 1958 L'Ascenseur, roman, Robert Laffont, 1960 T. E. Lawrence, Gallimard, , 1960 Georges Simenon, RTF, 1963 (avec Roland Darbois) Jean Cocteau, RTF, 1964 Toutes choses ont leur saison, Fayard, 1979 Autour de Montaigne, Stock, 1986 — prix Albéric-Rocheron de l'Académie française en 1987. Tout est bien, chronique, Quai Voltaire, 1989 Portrait-souvenir de Georges Simenon, Quai Voltaire, 1989 Rue Laszlo Rajk, une tragédie hongroise, Odile Jacob, 1991 La Gloire de Stendhal, textes réunis et préfacés par Roger Stéphane, Quai Voltaire, 1994 Des hommes libres, 1940-1945 : la France libre par ceux qui l'ont faite, Grasset, 1998 (avec Daniel Rondeau) Fin d'une jeunesse, Carnets 1944-1947, La Table ronde, 2004

Hommage La Ville de Paris a nommé le square Roger-Stéphane en 2008, dans le ( arrondissement) en sa mémoire.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Régine Deforges, Roger Stéphane ou la passion d'admirer, Paris, Fayard/Spengler, 1995. .

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