Le royaume de Goryeo (, , « Beauté élevée »), parfois translittéré en Koryo, est l'État qui a occupé toute la superficie de la péninsule de Corée du début du à la fin du (918–1392). Pendant deux siècles, les arts et le commerce font la richesse de la Corée et le bouddhisme prend une très grande place. La capitale est alors Gaegyeong, aujourd'hui Kaesŏng en Corée du Nord.
Durant les deux siècles qui suivent cette période de paix et de prospérité, aux s, les invasions mongoles ravagent totalement le pays. Les Mongols installent leur pouvoir central à Pékin : c'est la dynastie Yuan. Ils y restent et sont finalement vaincus en Corée à la fin des années 1370 et au début des années 1380 par le général Yi Seonggye. Ce général fonde la dynastie Yi, ou dynastie Joseon, en 1392.
Histoire La fin de Silla Vers la fin du , le royaume de Silla décline ; il doit faire face à une période de guerre civile et de soulèvements paysans, à des scissions en nombreux territoires dominés par des seigneurs qui proclament leur indépendance. Les principales rébellions sont conduites par Gung Ye de Silla (궁예, 弓裔, mort en 918), Gi Hwin (기휜), Yang Gil (양길) et Gyeon Won (견훤).
Ce Gyeon Won se proclame, en 900, roi du nouveau Baekje ou Hu-Baekje (후백제, 後百済, soit Baekje postérieur). En 901 Gung Ye crée le nouveau Koguryo ou Hu-Goguryeo (후고구려, 後高句麗, soit Goguryeo postérieur), plus tard renommé Taebong (태봉, 泰封). Il réussit son opération avec l'appui de Wang Geon. Quant à Wang Geon, fils d'un riche marchand de Songak (actuelle Kaesŏng) et ancien dignitaire de Silla, il se proclame, en 918, chef d'un État qu'il nomme Goryeo. Ces évènements mettent fin à l'époque de la Corée unifiée au sein du royaume de Silla. C'est une période intermédiaire, dite « période des Trois Royaumes postérieurs », qui va durer jusqu'en 935. La période prend fin en 935 avec la défaite et l'annexion du Baekje postérieur par Wang Geon, allié à Taebong. Ce dernier, Wang Geon qui conduit à la réunification de la péninsule en créant le nouvel État de Goryeo, est alors un marchand qui a fait fortune en commerçant avec la Chine des Tang, qui traversait une crise semblable à celle que traversait Silla.
En effet le délitement de Silla intervient parallèlement à l'effondrement des Tang, qui commence en 868 et s'achève en 907. La capitale Chang'an est prise en 881 par le contrebandier Huang Chao. La Chine éclate alors, c'est la période des Cinq Dynasties et des Dix Royaumes (907-979). En 904 la tribu mongole des Khitan s'empare de Chang'an et fonde, dans le nord de l'ancien empire Tang et sur les steppes un empire conquérant sous la Dynastie Liao. C'est une nouvelle menace pour la péninsule.
Établissement de la dynastie De 918 à 935, Goryeo prend le contrôle de la péninsule, et s'étend. La conquête vers le Nord va jusqu'au fleuve Chongchon, et s'arrête face aux Khitans. Plusieurs guerres ont lieu contre les Khitans à partir de 993, s’achevant par la en 1019 qui les repousse définitivement hors de la péninsule.
Entre 1033 et 1044, la frontière est fortifiée, à la manière du limes romain, sur le cours inférieur du Amnokgang, et du Amnokgang moyen à la mer de l'Est.
La reprise économique est étonnante. Kaesong et les autres villes redeviennent des marchés opulents. Le commerce des importations depuis la Chine concerne la soie, les bois laqués, les épices et le thé. Ces denrées sont aussi revendues au Japon. Surtout la Corée produit en grandes quantités et exporte le ginseng, le papier, les marbres, l'orfèvrerie et les céramiques précieuses entre toutes : les céladons.
Afin d'affermir son pouvoir, le quatrième roi de Goryeo, Gwangjong, édicte une série de lois, dont l'affranchissement des esclaves en 958, et la création d'un concours de recrutement pour les fonctionnaires. Il se proclame Empereur. Petit à petit, par cette œuvre administrative, les rois de Goryeo réussissent à discipliner progressivement les seigneurs locaux, dans les campagnes, but atteint sous le onzième roi de la dynastie, Munjong (문종, 文宗) (1019-1083). Munjong et ses successeurs affirment l'autorité du civil sur le militaire. Mais les grandes familles aristocratiques, dont certains clans sont les héritiers de familles aristocratiques dans le système de Silla et de rang de « l'os véritable », celui des hauts dignitaires (anciennes familles royales, vaincues par Silla, les branches cadettes de la famille royale, etc. ) entrent en rivalité. Ces clans, ces familles ne cessent de s'arracher le pouvoir et tentent, parfois, de démettre tel roi au profit de l'un des leurs.
Les milices aristocratiques sont supprimées au profit d'une armée nationale de et d'un corps d'élite chargé de protéger la monarchie. Les souverains restaurent une administration fondée sur le recrutement de fonctionnaires, sur le modèle chinois, à l'époque celui des Song. Ce concours mandarinal, créé en 958 perdurera, bon an mal an, jusqu'en 1895. Malgré l'œuvre administrative accomplie jusqu'en 1000 environ (concours, sinisation, assimilation des élites antérieures), le pouvoir de la dynastie ne peut s'imposer complètement. Les potentats locaux gardent une part de leur autonomie.
Affaiblissement de l'autorité centrale
Les grandes familles aristocratiques occupent toutes les places de hauts fonctionnaires. Le pouvoir tente de tisser des liens avec ces grandes familles en pratiquant, depuis Wang Geon, des mariages entre des membres de la famille royale et des membres de ces clans. Ce qui a pour effet de produire des familles de beaux-parents puissants qui sont en mesure de menacer, à chaque occasion, la dynastie. Pour prendre un exemple de ces intrigues, les épouses impériales, du onzième roi (Munjong) au dix-septième roi (Injong), sont issues de la maison Li (Yi) d'Inju (인주이씨, 仁州李氏), l'un de ces clans évoqués au paragraphe précédent. À chaque mariage, les Li gagnent du pouvoir sur les rois, ce qui conduit au coup d'État de Li Jagyeom (Yi Cha-gyom) en 1126-27. Malgré son échec, la puissance du monarque est atteinte dans les esprits, et Koryŏ doit subir une guerre civile au sein de la noblesse.
Le prince Uich'ôn (1055-1102), grand guide bouddhiste, n'a pu mener à bien son travail d'unité des courants bouddhistes en raison d'une mort précoce. Le pays fait face aux invasions, à la dictature militaire et à des soulèvements populaires dus à la situation détériorée des campagnes. Le bouddhisme s'est retrouvé dans une situation dangereuse car, officiellement reconnu, il s'est laissé partiellement gagner et corrompre par l'attrait du pouvoir et de l'argent.
En 1135, le moine bouddhiste Myo Chung (Myonch'ông) propose de déplacer la capitale à Seogyeong (actuelle Pyongyang). Cette proposition divise la noblesse : les uns soutiennent Myo Chung, croyant en ce déplacement et surtout dans sa signification, la poursuite de la conquête en Mandchourie ; les autres, suivant Kim Busik (auteur du Samguk sagi), préfèrent le statu quo.
Myo Chung ne sait pas convaincre le roi, et se révolte. Il échoue.
En 1170, les militaires menés par Jeong Jungbu (정중부, 鄭仲夫) et Li Uibang (이의방, 李義方) prennent le pouvoir. Le roi Injong part en exil, et Myeongjong (명종, 明宗) est couronné à sa place. Les fonctionnaires civils sont mis à l'écart, au profit des militaires. Une longue période d'instabilité s'ensuit, entre coups d'État militaires au sommet de l'État et révoltes paysannes à la base.
Invasions mongoles
Dès les débuts de l'expansion mongole, le Goryeo souffre de ses raids. Tout d'abord ce sont les Jurchens, d'origine mandchoue, qui s'emparent en 1126 de l'empire Khitan ; lequel empire avait été bâti sous la dynastie Liao (907-1125) à la suite de la chute des Tang. Les Jurchens battent ensuite l'armée des Song et conquièrent toute la Chine du Nord. En Corée, le parti des lettrés, avec Kim Busik, défend l'engagement au sein d'une alliance défensive avec les Song. Son Histoire des Trois Royaumes (le Samguk Sagi) va dans ce sens. Mais cette option est finalement renversée par le parti des militaires, à la fin du siècle et ceux-ci imposent une dynastie de généralissimes héréditaires à partir de 1197. Par ailleurs, cette dynastie de militaires favorise le développement du bouddhisme sŏn, version coréenne du bouddhisme chán, en Chine, et du bouddhisme zen, au Japon. Dans le même temps ils réduisent le pouvoir des monastères de la capitale et sa région, car ceux-ci étaient dirigés par des branches cadettes de la famille royale et par des familles de l'aristocratie liées à la cour.
Les premiers temps de cette période commencent par des conflits entre généraux, de 1170 à 1196. Des révoltes de paysans et d'esclaves enflamment les campagnes. Ch'oe Chung-hŏn met un terme à cette confusion en 1196 et sa famille reste au pouvoir , jusqu'en 1254. Il obtient le calme en offrant des charges à des rebelles et en libérant des esclaves, qui sont ensuite intégrés au système administratif local. Son fils Choe U crée deux institutions. L'une recrute des lettrés qui peuvent ainsi entrer au gouvernement, le Sŏbang. L'autre, le Sambyŏlch'o (les Trois Patrouilles d'Élite) constitue une force militaire contrôlée par les clans. L'essentiel du nouveau gouvernement était aux mains de serviteurs militaires privés, au service de grands clans, les mun'gaek, et après 1196 le clan Choe mit en avant son propre mun'gaek. Le clan des Choe assurait un contrôle direct des institutions locales car tout respect de l'autorité avait disparu des provinces. Ces choix redonnent du pouvoir aux chefs locaux, les hojang, et donnent plus d'importance au kamugwan, un service du gouvernement central qui supervisait les juridictions rurales. À côté de cela, ils sponsorisent la vie intellectuelle en valorisant le Confucianisme, un moyen de légitimer leur pouvoir.
Ce pouvoir militaire, qui aurait peut-être pu évoluer en un shogunat coréen, va être détruit par l'invasion mongole. Peu de pays ont autant souffert que la Corée de cette violence mongole. Ces populations mongoles sont unifiées par Gengis Khan (1155/1162 - 1294), qui se dirige tout d'abord vers l'Ouest, vers l'Occident. De 1217 à 1258 la Corée subit plusieurs invasions liées à l'expansion mongole. En 1217, les Khitans qui fuient devant les Mongols, franchissent le fleuve Yalou et pillent le nord de la Corée. L'année suivante les Mongols les poursuivent et aident ainsi les Coréens à s'en débarrasser. Mais ceci doit être compensé par un tribut exorbitant : il comporte de grandes quantités de chevaux, que la Corée ne possède pas, et exige des vierges, que les Coréens refusent de livrer. En 1224, le tribut n'est pas versé. Les envoyés mongols sont mis à mort.
Les Mongols de Kubilai Khan (1215-1294) envahissent le Goryeo en 1231, et le roi signe sa reddition en 1232 : un général représentant l'empereur mongol s'installe à Kaesŏng. Le chef du gouvernement Choe U fuit sur l'île de Ganghwa la même année, exhortant tout le monde à la résistance armée. Une deuxième invasion est déclenchée par la mort du général mongol. En 1235, après une troisième invasion, des garnisons permanentes sont imposées. Les campagnes comme les villes sont mises à sac. Le roi et ses successeurs résistent à Ganghwado, et soutiennent une résistance féroce et obstinée à l'envahisseur durant une quarantaine d'années. Mais ils ne peuvent protéger le pays, livré à toutes les violences.
En 1254, sont envoyés en captivité lors de la quatrième invasion mongole. Le Tripitaka Koreana est détruit. Le pays est totalement dévasté. Le roi refuse quant à lui de revenir sur le continent tant que les Mongols sont présents, puis cède en 1258. Quelques dignitaires militaires refusent cette reddition, et forment la rébellion des Sambyeolcho, qui lutte dans les îles du détroit de Corée, entre le sud de la péninsule et le Japon. La cour ne peut revenir à Gaegyong qu'en 1270, moyennant de dures conditions : le nord de la Corée est distribué en colonies ; Jeju-do devient haras mongol ;