La mythologie juive est un ensemble de légendes, récits sacrés et traditionnels qui visent à expliquer et symboliser la religion juive et largement repris par les autres religions abrahamiques. Les thèmes principaux sont le récit de la Création, le Léviathan, le Jardin d'Eden, le Déluge, l'Arche de Noé, la Tour de Babel ou encore la destruction de Sodome et Gomorrhe. La mythologie juive ne doit pas être confondue avec le folklore juif contemporain qui désigne l'ensemble des récits populaires propres à la culture juive actuelle.
Initialement, le folklore était pratiquement indistinguable de la tradition aggadique, l'exégèse rabbinique homilétique et non-normative des Écritures. Il s'est par la suite développé au sein du peuple juif en tous lieux et à toutes époques de son histoire, donnant naissance à des personnages non moins présents dans sa culture comme le Dybbouk, le Golem de Prague dans le judaïsme occidental ou Goha dans le monde oriental.
Dans le Tanakh
L'histoire fondamentale du Tanakh (la Bible hébraïque) contient les premières et les plus sacrées histoires juives sur la création originelle et la survivance, par l'intervention directe de Dieu et de ses miracles : l'histoire de la création du monde en sept jours; la création d'Adam et d'Ève, le premier homme et la première femme ; le miracle d'Abraham et de Sarah ayant un fils dans leur vieil âge ; l'histoire de l'incroyable montée au pouvoir en Égypte de Joseph ; le miracle de Dieu fendant les flots de la Mer Rouge pour permettre aux Hébreux de s'échapper de l'esclavage en Égypte, et la manne fournie par Dieu lors de la traversée du désert. Dans ces histoires et dans beaucoup d'autres, Dieu parle ou intervient directement pour sauver ou aider leurs ancêtres et se trouve parmi eux. Il a même une place où résider et voyager avec eux, l'Arche d'alliance. Les douze tribus peuvent, à l'instar du reste de l'humanité, retracer leur lignée jusqu'à Adam et Ève.
Dans le Talmud La tendance du peuple à adopter les mythes païens des peuplades alentour, dénoncée par les prophètes bibliques, retourne en force pendant la période talmudique, probablement sous l'influence des populations babyloniennes et perses. Angéologie et démonologie prennent une place importante dans la diaspora juive de Babylone. En revanche, ces thèmes n’apparaissent pratiquement pas dans le Talmud de Jérusalem.
Les autorités du Talmud semblent avoir été particulièrement influencées par la conception populaire en ce qui concerne la médecine traditionnelle. Moïse Maïmonide, un rabbin andalou exilé au Caire (1135-1204) condamne sévèrement diverses pratiques et croyances, dont certaines sont très répandues et accréditées par les Sages, comme le mauvais œil ou le recours aux talismans, dont on ne trouve trace dans la Bible, voire à l'invocation du Nom de Dieu pour traiter diverses maladies. Il fait toutefois remarquer que si tel maître adhère à telle idée, on en trouve souvent un autre pour la dénigrer. Si les présages sont occasionnellement pris au sérieux, et qu'un Sage considère de mauvais augure de faire les choses deux fois, comme de manger, de boire, de se laver les mainsT.B. Pessa'him 109b; Rabbi Dounaï reconnaît une page plus loin (Pessa'him 110b) que c'est une vieille tradition., ils sont souvent reconnus comme de simples croyances populaires. Par exemple, dans le cas de l'oniromancie, décrite dans la BibleBereshit, si le Talmud comporte un guide d'interprétation des rêvesT.B. Berakhot 55 et suivants, parmi lequel cet enseignement de Rabbi Yohanan bar Nappaha, que les rêves du matin, ceux qui nous concernent mais ont été rêvés par d'autres, ou encore les rêves répétitifs, sont véridiquesT.B. Berakhot 56b, Rabbi Meïr déclare au contraire que les rêves n'apportent ni de bien ni de malT.B. Guittin 52a-b. Quant à Rabbi Ishmael, qui vient de railler un oniromancien, il est ensuite capable d'interpréter un rêve inventé par un Samaritain de façon à le retourner contre celui qui a prétendu l'avoir rêvéYer. Maasser sheni 4:6.
Certaines coutumes pourraient également être empruntées aux voisins. Une coutume remarquable dans le TalmudT.B. Guittin 57a, est de planter des arbres à la naissance des enfants et de les entrelacer pour former la houppa quand ils se marient. Cette coutume se retrouve chez les Perses et en IndeW. Crookes, in "Folk-Lore," vii..
Il est possible de distinguer dans les légendes aggadiques à caractère biblique, celles qui formèrent probablement les récits originaux de celles qui ont été développées par les principes exégétiques des aggadistes. Dans les aggadot tardives, plusieurs éléments ont certainement été importés de fables grecques ou indiennes: certains récits de Rav Papa présentent de nombreuses analogies avec les histoires de marins en général et celles des Mille et Une Nuits en particulier. L'Amora, relate qu'au cours de l'un de ses voyages, l'on aperçoit une île, mais peu après qu'on y a posé pied, elle remue, se révélant être un animal aquatique gigantesque. Les animaux fabuleux peuvent également être d'origine « locale » : dans le traité 'Houlin 59b, se tient une discussion concernant un daim et un lion géants, tous deux originaires d'une forêt mythique appelée Dvei Ilaï. On dit du lion que la largeur de son poitrail est de . Jules César demande un jour à un Rabbi de lui montrer le lion, car tous les lions peuvent être tués, mais le Rabbi refuse, et indique que le lion n'est pas ordinaire. Comme César insiste, le Rabbi appelle le lion de Dvei Ilaï, dont un rugissement suffit à ébranler les constructions et les murs de la ville de Rome et un second, d'une distance à peine moins grande, à faire tomber les dents des Romains.
Dans tous les cas, au-delà du merveilleux, le récit vise à une fin pédagogique ou homilétique, à attirer l'attention de l'auditoire, à transmettre l'esprit d'une loi, à en définir les contextes, etc. Par exemple, l'utilisation par un apologue du Midrash de l'image du centaure (kentorikon) pour décrire les fils dévoyés d'Enosh n'est pas gratuite : elle décrit la créature dont le haut a figure d'homme et le bas celui de bête, par opposition à l'homme de Dieu, dont le bas est humain et le haut divin.
Dans la période post-talmudique Après la dispersion des Juifs, leur dissémination parmi les autres nations de la terre produit des folklores distinctifs, influencés par les autres cultures. Les mythographes ont étudié comment les récits juifs ont commencé à emprunter ou adapter des histoires et des idées des autres cultures. La mythologie a acquis et s'est naturellement adaptée à chaque époque et en chaque lieu.
Des variations dans les usages et les coutumes entre différents groupes de Juifs, permettent de déterminer leurs origines. Ainsi les Juifs anglais montrent quelquefois une réticence à s'asseoir à treize à table, probablement par influence de leurs voisins chrétiens, qui, eux, relient cela au dernier repas du Christ, tandis que les Juifs russes considèrent ce nombre comme particulièrement heureux, car c'est la guématrie de e'had (un), le dernier mot et le plus important du Chema [aleph (1) + khet (8) + daled (4) = 13].
D'autre part, de nombreuses histoires sont spécifiquement juives en nature et en origine. Par exemple, la croyance que la résurrection des morts se fera dans la Vallée de Josaphat, et qu'en conséquence, les morts doivent être enterrés avec une fourche à trois dents pour percer leur chemin vers Jérusalem s'ils ne sont pas enterrés en Terre sainte, est un corollaire spécifiquement juif du récit de la vie après la mort et de la vénération de Jérusalem.
Dans les anciens contes folkloriques Les contes folkloriques juifs racontent généralement des histoires avec des êtres surnaturels et se sont répandus parmi le peuple soit par les récits traditionnels des anciens, soit transmis par des étrangers. Les contes sont caractérisés par la présence de personnage inhabituels (nains, géants, fées, fantômes, etc.), par la transformation soudaine d'hommes en bêtes et vice-versa, ou par d'autres phénomènes surnaturels (chevaux volants, sommeil de cent ans, et autres). Certaines histoires aggadiques, et plus particulièrement celles relatant l'histoire de Og, roi de Bachân, présentent la même exagération que les Lügenmärchen des contes modernes germaniques. On trouve des traces, qu'un certain nombre de fables furent adoptées par les rabbins à partir de sources grecques ou indirectement indiennes.
Au Moyen Âge
Le peuple juif, de par sa dispersion géographique, a aidé à la propagation en Europe des contes folkloriques en provenance de l'Est. En plus de ces contes de sources étrangères, les Juifs en ont recueilli et composé d'autres qui étaient racontés dans les ghettos d'Europe et rassemblés en yiddish dans les Maasebücher. De nombreux contes contenus dans ces collections étaient aussi publiés séparément (voir les premières publications par Steinschneider in "Cat. Bodl." Nos. 3869-3942). Il est cependant difficile de tous les considérer comme contes folkloriques dans le sens donné ci-dessus, car dans certains, il ne se passe rien de féerique ni de surnaturel.
Légendes
Il y a peu de légendes spécifiquement juives du Moyen Âge qui peuvent être considérées comme des contes folkloriques, telles que celle du pape juif (Andreas) et celle du Golem, ou celle concernant le mur de la chapelle de Rashi, qui s'est reculé de façon à sauver la vie d'une pauvre femme qui risquait de se faire écraser par un chariot passant dans le chemin étroit. Plusieurs de ces légendes ont été assemblées par Abraham Tendlau dans son Sagen und Legenden der Jüdischen Vorzeit (Contes et Légendes des Juifs d'autrefois).
Vers la fin du , de nombreux contes folkloriques sont rassemblés par les Juifs ou publiés d'après des manuscrits en hébreu par Israel Lévi dans la Revue des Études Juives, dans la Revue des Traditions Populaires, et dans Melusine ; par Moïse Gaster dans Folk-Lore et dans les rapports du Collège Montefiore et par M. Grunwald dans Mitteilungen der Gesellschaft für Jüdische Volkskunde (Communications de la Société pour l'étude des cultures régionales juives) ; par L. Wiener dans le même périodique et par Friedrich Salomon Krauss dans Urquell.
En tout, quelque soixante à soixante-dix contes folkloriques ont été récupérés parmi les Juifs de l'époque, mais il n'y a guère que dans un cas que l'on trouve quelque chose de spécifiquement juif dans l'histoire. Dans la plupart des cas, on peut retracer l'origine du conte à des histoires provenant de peuples environnants. Ainsi, l'histoire de "Kunz et son berger" (Grunwald, Mitteilungen, ii. 1) se trouve aussi en anglais dans "Le roi Jean et l'abbé de Canterbury" ; et "L'élève du Magicien" (No. 4 of Wiener, dans Mitteilungen, x. 103) est une histoire largement répandue. L'histoire bien connue du "Le langage des oiseaux" qui a été étudiée par Frazer (Archeological Review, iii., iv.; comp. Urquell, v. 266), et reprise dans Mitteilungen, i. 77. No. 4 dans la collection de Wiener est similaire au conte folklorique de "La Fille du Géant" dont certains retracent l'origine jusqu'à la légende de Médée. Deux des histoires reprises par Grunwald, la 13, "Les oiseaux d'Ibycus", et la 14, "L'Anneau de Polycrates", semblent provenir de sources classiques, tandis que la 4 retrace l'épisode bien connu des "Bêtes reconnaissantes", que Theodor Benfey a pu suivre au travers de l'Europe jusqu'en Inde (Kleine Schriften, i.). Même dans les contes ayant une fin comique et connus des folkloristes sous le nom de drôleries, il n'y a guère d'originalité juive. La première des histoires rassemblées par Wiener est le conte bien connu de "L'homme dans le sac", qui arrive à s'en sortir en racontant aux passants qu'il a été condamné contre sa volonté à se marier avec une princesse (voir Jacobs, "Indian Fairy Tales").
Mythologie comparative