150px|vignette|Un clap aux couleurs du drapeau québécois. Le cinéma québécois désigne l'ensemble du domaine cinématographique du Québec.
L’arrivée du cinéma au Québec s’est faite six mois après que les spectateurs français eurent découvert les « vues animées » des frères Lumière. Dix ans plus tard, en 1906, Léo Ernest Ouimet, l’un des pionniers du cinéma francophone en Amérique du Nord ouvre la première salle de cinéma permanente à Montréal. L’Église catholique, alors toute-puissante, ne voit pas d’un bon œil l’arrivée de ces lieux de spectacle et tente par tous les moyens de restreindre leurs activités. Alors que Joseph-Arthur Homier tourne Madeleine de Verchères, le tout premier long-métrage de fiction québécois, Monseigneur Albert Tessier et quelques autres ecclésiastes ayant saisi les vertus idéologiques et éducatives du cinéma, se lancent à leur tour dans la réalisation de documentaires. En 1937, l’abbé Maurice Proulx réalise En pays neufs, le premier long-métrage sonore québécois.
À l’approche de la Seconde Guerre mondiale, la cinématographie québécoise se met lentement en place sous l’impulsion d’entrepreneurs et cinéastes privés, tels que J.-A. DeSève, Paul Langlais ou l’Abbé Jean-Marie Poitevin, auteur, en 1943, de À la croisée des chemins, le premier long-métrage de fiction québécois parlant. Bien qu’elle ait réussi à attirer les foules avec quelques films marquants (Le Père Chopin, Un homme et son péché, Le curé de village, La Petite Aurore, l'enfant martyre...), la production privée s’essouffle assez rapidement. Tandis qu’elle est à l’arrêt, c’est du déménagement des bureaux de l’Office national du film du Canada (ONF) à Montréal que vient la planche de salut. Dans les années qui suivent, plusieurs grands noms du cinéma québécois (Michel Brault, Gilles Carle, Gilles Groulx, Claude Jutra...) émergent des studios de l’organisme fédéral.Dans les années 1960, la création de la SDICC et de la SODEC permet aux créateurs d’avoir accès à des sources de financements pérennes. On assiste alors à l’émergence d’un corpus fourni d’œuvres destinées au grand public dotées de qualités narratives et esthétiques rudimentaires, à l’instar de la vague des comédies érotiques initiée en 1969 par Valérie de Denis Héroux. Passée la Crise d’Octobre 1970 – qui a marqué une grande partie de la communauté cinématographique – arrive une période faste pour les cinéastes et leurs œuvres qui voyagent de plus en plus à l’étranger. Mais cet élan est coupé net par l’échec du référendum sur l’indépendance de 1980. Le cinéma québécois entre dans une période de morosité, qui durera jusqu’au succès commercial et critique sans précédent reçu par Le déclin de l’empire américain de Denys Arcand.
Depuis les années 1990, le nombre de productions disponibles sur les écrans a presque triplé. Les récits de fiction semblent avoir trouvé leur équilibre, entre drames d’auteur, comédies et films de genre. Renouvelant sans cesse son corpus de cinéastes, le cinéma québécois arrive à une forme de maturité. Les fictions québécoises continuent de voyager et d’engranger des prix dans les plus grands festivals de la planète. Toutefois, les problèmes de visibilité sur le plan du box office local sont encore importants, la dépendance des maisons de production aux institutions de financement est de plus en plus grande, et la place des femmes dans la production reste un combat plus que jamais d’actualité.
Histoire
Époque des pionniers
Ce sont les Français Louis Minier et Louis Pupier qui introduisent le cinéma au Québec le .. Cette première représentation du et des premières œuvres d'Auguste et Louis Lumière se déroule à Montréal dans l'édifice Robillard. Il s’agit alors de la première représentation de cinéma au Canada.. Jusqu’au début du , le cinéma est d’abord et avant tout considéré comme une attraction foraine; des projectionnistes ambulants sillonnent la province et offrent des représentations lors de fêtes et grands rassemblements. Parmi les premiers projectionnistes ambulants, on compte les aristocrates français Marie Tréourret de Kerstrat et son fils Henry de Grandsaignes d'Hauterives, dont le répertoire est principalement constitué des films de Lumière, Méliès et Pathé de l’époque, et Wilfrid Picard qui, à partir de 1905, parcourt la province pour y présenter des films religieux et des documentaires..
Les premiers films tournés au Québec sont l’œuvre de projectionnistes et opérateurs américains et français en visite. Leur but est principalement de recueillir des extraits pour les catalogues des compagnies Lumière, Edison et Biograph.. Le premier film toujours disponible tourné en sol québécois est Danse indienne (tourné en 1898, sorti en 1900) de l’opérateur Lumière Gabriel Veyre.. La compagnie d'Edison et l’American Mutoscope and Biograph Company offrent également quelques films tournés dans la province à partir de 1898.
Grâce au projectionniste et «mécanicien de machine à vues» Léo-Ernest Ouimet, la projection et la distribution de films s’organise au Québec. À partir du , date d’ouverture du Ouimetoscope., de nombreuses salles de cinéma seront créées dans la région de Montréal. À peine deux ans plus tard., on en compte 28, à Montréal et dans les grandes villes du Québec. En plus d’y projeter des films étrangers, desquels il traduit souvent lui-même les intertitres en français québécois, Ouimet remporte également un grand succès grâce à ses films d’actualités locales., qui font de lui le premier cinéaste québécois.. La grande popularité de sa première salle de cinéma entraîne, en 1907, la construction du second Ouimetoscope, la première salle de spectacle de luxe expressément consacrée au cinéma en Amérique du Nord.
Au Québec, les premières formes de censure du cinéma affectent directement les propriétaires de salles québécois qui investissent déjà beaucoup d’énergie à lutter contre la concurrence. À la fin de 1907, l’archevêque de Montréal, Napoléon Bruchési somme les catholiques de ne pas projeter de films le dimanche, qui est alors considéré comme le jour le plus rentable de la semaine, sous peine de devoir payer une amende.. En 1908, l’interdiction s’étend à tous les cinémas de Montréal, toutes confessions confondues. Ouimet conteste cette loi à la Cour suprême du Canada ; il obtient finalement gain de cause en 1912, après un procès de .. Dès 1909, Ouimet se retrouve propulsé à la tête de la Motion Picture association of the Province of Quebec, un organisme créé pour unir les propriétaires de salles contre la censure exercée par l’Église dans la province. thumb|left|The Old Guard, film américain de 1912 où les rues du Vieux-Québec servent de décors pour illustrer Paris au En 1912, de nombreuses productions américaines sont réalisées au Québec, plus particulièrement dans la ville de Québec qui, comme arrière-plan, peut prendre les allures d’une ville française pour le producteur qui ne veut pas traverser l’Atlantique. C’est dans la région de Québec que seront tournés deux courts-métrages de D. W. Griffith, A Sailor’s Heart et Pirate’s Gold ainsi que plusieurs autres films du Trust Edison comme The Old Guard, Put Yourself in Their Place, A gay Time in Old Quebec..
Jusque-là administrées par des Canadiens français, les salles de cinéma commerciales du Québec tombent, de 1915 à 1920, une à une, aux mains des Américains qui, avantagés par l’absence de compétiteurs causée par la Première Guerre mondiale en Europe, prennent le contrôle unilatéral des cinémas canadiens et en font une part de leur marché intérieur.. À cette époque, Léo-Ernest Ouimet, qui a déjà perdu au début des années 1910 le droit de diffuser des films de la Motion Picture Patent Company d’Edison, est contraint de se tourner vers Pathé afin de s’assurer du contenu.. Après avoir placé le Ouimetoscope en location en 1914, il fonde la Speciality film Import en 1915, distributeur officiel des films Pathé au Canada. En 1922, sa compagnie est contrainte à la faillite ; il perd le Ouimetoscope malgré la popularité toujours croissante du cinéma à cette époque. Sa compagnie est achetée la même année par la filiale canadienne du distributeur américain Famous Players..
thumb|130px|Albert Tessier, «prêtre-cinéaste» pionnier du documentaire au Québec.
Au début des années 1920, les producteurs et distributeurs américains se heurtent à la censure de plus en plus sévère imposée par le clergé québécois. L’Église, appuyée par le premier ministre Louis-Alexandre Taschereau, menace d’interdire la diffusion des grandes productions hollywoodiennes. Cette situation amène les studios hollywoodiens à menacer de boycotter les salles du Québec pour se faire entendre. Ils cèderont toutefois et finiront par se plier aux exigences des censeurs..
Tandis que les moyens de diffusions s’américanisent, les années 1920 voient naître les premiers balbutiements d’une production locale indépendante. Autodidacte et considéré comme l’un des tout premiers cinéastes documentaire au Québec, Albert Tessier, qui est également historien, journaliste et enseignant, commence à tourner de courts films dès 1925. Ces œuvres dépeignent le milieu de vie et le travail au Québec. Elles sont présentées lors de ciné-conférences où il improvise lui-même la narration à vive voix. Il est actif jusqu’en 1956..
Du côté de la fiction, Joseph-Arthur Homier, un dramaturge et photographe reconnu à l’époque, se lance dans la production de Oh! Oh! Jean, le premier véritable film de fiction québécois en 1922. Encouragé par son succès auprès du public, ce film burlesque est suivi la même année par le long-métrage Madeleine de Verchères et La Drogue fatale en 1924. Malgré le succès local, les difficultés que rencontre Homier à présenter ses œuvres dans un marché contrôlé par des Américains l’empêchent de mener ses projets suivants à terme.. Ces films, imprimés sur supports en nitrate, furent détruits par le département des incendies de la ville de Montréal.. Un autre cinéaste, Jean Arsin, réussira à réaliser trois films grâce à l’appui du journal La Presse. Il connait également un certain succès.
Même si les jeunes de moins de doivent être accompagnés par un adulte dans les cinémas de la province depuis 1919, le dimanche l’incendie du Laurier Palace entraîne vers la mort âgés de 4 à .. Ce drame sans précédent, largement couvert dans la presse et utilisé par l’Église pour condamner le cinéma, entraîne la création de la Commission d’enquête publique sur l’incendie de Laurier Palace ou Commission Boyer. Le Rapport Boyer, qui en découlera, entraîne l’interdiction totale du cinéma aux moins de .; cette loi est appliqué à partir du ..
Cinéma sonore et la barrière de la langue
La première salle équipée pour le cinéma sonore est le Palace de Montréal qui projette Street Angel et The Jazz Singer à la fin de 1928. Peu à peu tous les cinémas de la province convertiront leurs salles pour accueillir le son. En 1932, les distributeurs américains cessent de distribuer les films muets. thumb|upright=0.8|L'abbé Maurice Proulx, agronome et cinéaste documentaire Même avant l’arrivée du cinéma sonore, on parle déjà d’incorporer du contenu francophone dans les salles de la province dès le milieu des années 1920. Avec l’américanisation rapide du contenu et des propriétaires de salles après la Première Guerre mondiale, des voix s’élèvent au sein des milieux nationalistes et cléricaux pour demander des films possédant des intertitres en français. Il faut attendre mai 1930 pour que le premier film parlant en français projeté au Québec, Les Trois Masques d’André Hugon, soit présenté au théâtre Saint-Denis..