Le millénarisme, ou chiliasme (du grec ancien , dérivé de , « mille »), est un ensemble de croyances qui soutient l'idée d'un règne terrestre du Messie, après que celui-ci aura chassé l'Antéchrist et préalablement au Jugement dernier. Ce système de pensée attend une rédemption collective débouchant sur un royaume ici-bas qui sera une sorte de paradis terrestre retrouvé.

Cette pensée est présente dans certains courants du judaïsme, dans l'Apocalypse, dans les écrits des Pères apostoliques et dans l'islam sunnite et chiite.

Écrits intertestamentaires Les Psaumes de Salomon IV Enoch, voir le Livre d'Hénoch Le Livre de Daniel L'apocalypse de Baruch Livre des Jubilés

Historique

Judaïsme L'eschatologie juive au temps de Jésus de Nazareth peut se ramener à deux systèmes fondamentaux, se distinguant par la durée plus ou moins longue, éternelle ou temporelle attribuée au règne du Messie.

Dans le premier, la venue de celui-ci coïncide avec la fin du monde : à son avènement les méchants se coalisent contre lui, il les défait, le jugement général a lieu, les méchants sont châtiés, les bons triomphent éternellement avec le Messie.

Dans le second, le règne du Messie s'achève avant la fin du monde. Après avoir vaincu ses ennemis, il gouverne un certain temps le peuple des justes, puis l'univers est transformé, les morts ressuscitent et sont jugés, chacun reçoit sa récompense ou sa peine : l'éternité commence.

Les points suivants se retrouvent dans les deux systèmes, bien que dans un ordre différentD'après Joseph Tixeront, Histoire des dogmes :

les signes avant-coureurs de la catastrophe : bouleversement de la nature, phénomènes terrifiants, guerres, famines, apostasie universelle IV Esdras 5.1-13, 6.20-24, etc ; Jubilé 23.13-22 ; Apoc. Baruch 27, 48.31-41 etc ; la venue d'Élie qui doit tout rétablirMat 17.10-11, Mc 11.10-12, cf Eccl. 48.10 et annoncer la venue du Messie (Malachie 3;1 et 4;5). l'avènement du Messie, précédant, accompagnant ou suivant le jugement et la consommation dernière ; la coalition des impies contre lui sous la direction d'un chef IV Esdras 13.33-sui. Enoch 90.16, Ap. Baruch 40, qui n'est pas nommé, mais que les chrétiens appelleront Antéchrist ; la défaite et l'écrasement des coalisés tantôt par Dieu, tantôt et plus souvent par le MessieEnoch 90.18-19 ; Assompt. de Moïse 10.3-7 ; Psaume de Salomon 17 ; le règne messianique avec une Jérusalem nouvelle, purgée des idolâtres qui la souillaientPs. de Salomon 17.25-33 ou même descendue du cielEnoch 53.6 ; IV Esdras 7.26 ; cf Galt. 4.26 ; Hebr. 12.22 ; Apoc. 3.12, 21.2-10 avec tout le peuple juif — même les morts — rassemblé de sa dispersionPs. de Salomon 11.3-suiv, 17.28 ; IV Esdras 13.39-47 avec Dieu pour chef suprême et Roi absoluPs. de Salomon, 17.1,4,38,51 ; Assomption de Moïse 10.1-3 avec sa postérité sans mélange, sa paix profonde, ses joies et sa félicité parfaiteEnoch, 10.16, 10 ; Ap. de Baruch 29.5-8, 73.2-7 ; Ps. de Salomon 17.26,29,36,48,etc ; la transformation du monde par la consumation de ce que l'ancien avait de corruptible et de mortelIV Esdras, 7.30-31, Ap. de Baruch 74.2-3 ; la résurrection des morts.

Apocalypse

Pères apostoliques Épître de Barnabé Chapitre 15 :

L'Écriture mentionne également le sabbat dans les dix paroles que Dieu dit à Moïse, sur le Mont Sinaï, lui parlant face à face. Ex 20,8 Dt 5,12 Ps 23,4 ; Dans un autre endroit : Jr 17,24-25 Ex 31,13-17 ; Du sabbat, il est fait mention dès le commencement, à la création : Gn 2,2-3 ; Faites attention, mes enfants, à ce que signifient ces mots : . Cela veut dire qu'en six mille ans, le Seigneur achèvera toutes choses, car pour lui un jour signifie mille années. C'est lui-même qui l'atteste par ces mots : Ps 89,4 2P 3,8. Donc, mes enfants, en six jours, c'est-à-dire en six mille ans, toutes choses auront achevé leur cours ; « Il se reposa le septième » veut dire : lorsque son Fils sera venu mettre une fin au temps de l'« injuste », juger les impies, métamorphoser le soleil, la lune et les étoiles, alors il se reposera le septième jour ; Mais il est encore dit : Ex 20,8 Ps 23,4. S'il y avait aujourd'hui un homme capable de sanctifier, par la pureté de son cœur, le jour que Dieu a rendu saint, l'erreur est totale ; Mais remarquez-le bien, nous n'entrerons pleinement dans le repos pour le sanctifier, que lorsque nous serons nous-mêmes justifiés ; nous serons en possession de la promesse, lorsqu'il n'y aura plus d'injustice et que le Seigneur aura renouvelé toutes choses. Alors nous pourrons sanctifier le septième jour, ayant été nous-mêmes d'abord sanctifiés ; De plus il dit : Esaïe 1.13 vous voyez ce qu'il veut dire, ce ne sont pas les sabbats du temps présent qui sont acceptables pour moi, mais celui que j'ai fait, dans lequel je donnerai repos et préparerai le début d'un huitième jour, qui est le début d'un autre monde ; Ainsi nous célébrons aussi le huitième jour avec joie, car en celui-ci Jésus ressuscita des morts, et apparut, et monta aux cieux.

Papias D'après les fragments de ses écrits transmis par Eusèbe de Césarée dans son Histoire ecclésiastique, Papias, évêque de Hiérapolis au début du , soutenait l'idée d'un règne terrestre du Christ..

Irénée de Lyon , docteur de l'Eglise né vers 140 en Asie mineure, rapporte d'autres fragments de l'oeuvre de Papias, dont une citation de son livre des exégèses dans laquelle Papias décrit ce que les saints mangeront lors du millenium :

(Adv. Hae. V, 33, 3): (trad. A. Rousseau).

Justin Par son Dialogue avec Tryphon. rédigé vers 148, Justin de Naplouse est l'un des grands témoins de la croyance au millenium dans les premières générations chrétiennes.« Pour moi, et les chrétiens d'orthodoxie intégrale, tant qu'ils sont, nous savons qu'une résurrection dans la chair arrivera pendant mille ans dans Jérusalem rebâtie, décorée et agrandie, comme les prophètes Ezéchiel, Isaïe et les autres l'affirment. » Justin annonce un royaume de mille ans, d'où l'injustice sera bannie et où l'humanité régénérée continuera à procréer, mais seulement pour la bénédiction ;« Mes élus ne peineront pas en vain, ils ne procréeront pas pour la malédiction, ils seront une race juste et bénie par le Seigneur et leurs enfants avec eux. »Justin met les paroles de Pierre : « Pour le Seigneur, un jour est comme mille ans » (2 Pierre 3:8) en rapport avec l'histoire du monde qui, dans le plan de Dieu, selon lui, doit récapituler la création ; les 6 jours correspondraient à 6000 ans, et le 7ème jour du repos divin serait alors le millénaire attendu.

Irénée Grand défenseur du millénarisme chrétien des premiers siècles, Irénée de Lyon, né vers 140 en Asie Mineure, reprend le raisonnement de Justin selon lequel au terme de six mille années qui représentent les six jours de la création, et après une période d'épreuves, Dieu apportera un temps de repos et de paix qui sera le septième millénaire.« Or, après que l'Antéchrist aura réduit le monde entier à l'état de désert... le Seigneur viendra du haut du ciel, sur les nuées, dans la gloire de son Père, et il enverra dans l'étang de feu l'Antéchrist avec ses fidèles ; il inaugurera en même temps pour les justes le temps du royaume, c'est-à-dire le repos, le septième jour sanctifié. »Selon Irénée, l'acheminement des justes vers la vie céleste comprend une série d'étapes ; d'abord l'envoi des âmes justes dans un lieu d'attente, le paradis terrestre retrouvé au-delà de la mort, puis la résurrection corporelle de ces élus pour le royaume de mille ans, et enfin, après le jugement dernier, l'entrée dans la Jérusalem céleste.

Le livre V de Contre les hérésies traite du règne du Christ sur la terre avec ses élus.

Adv. Hae. V, 33, 2 : C'est pourquoi le Seigneur disait : « Lorsque tu donnes un dîner ou un souper, n'invite pas des riches, ni des amis, des voisins et des parents, de peur qu'eux aussi ne t'invitent à leur tour et qu'ils ne te le rendent ; mais invite des estropiés, des aveugles, des pauvres, et heureux seras-tu de ce qu'ils n'ont pas de quoi te rendre, car cela te sera rendu lors de la résurrection des justes. » Il dit encore : « Quiconque aura quitté champs, ou maisons, ou parents, ou frères, ou enfants à cause de moi, recevra le centuple en ce siècle et héritera de la vie éternelle dans le siècle à venir. » Quel est en effet le centuple que l'on recevra en ce siècle, et quels sont les dîners et les soupers qui auront été donnés aux pauvres et qui seront rendus ? Ce sont ceux qui auront lieu au temps du royaume, c'est-à-dire en ce septième jour qui a été sanctifié et en lequel Dieu s'est reposé de toutes les œuvres qu'il avait faites : vrai sabbat des justes, en lequel ceux-ci, sans plus avoir à faire aucun travail pénible, auront devant eux une table préparée par Dieu et regorgeant de tous les mets.

Adv. Hae. V, 28, 2 :

Il animera cette image, au point qu'elle en vienne même à parler, et il fera mettre à mort tous ceux qui n'adoreront pas cette image. Il fera encore donner à tous une marque sur le front et sur la main droite, afin que personne ne puisse acheter ni vendre, s'il n'a la marque du nom de la bête ou le chiffre de son nom : ce chiffre, c'est six cent soixante-six », c'est-à-dire six centaines, six dizaines et six unités, pour récapituler toute l'apostasie perpétrée durant six mille ans.

Adv. Hae. V, 28, 3 :

Car autant de jours a comporté la création du monde, autant de millénaires comprendra sa durée totale. C'est pourquoi le livre de la Genèse dit : « Ainsi furent achevés le ciel et la terre et toute leur parure. Dieu acheva le sixième jour les œuvres qu'il fit, et Dieu se reposa le septième jour de toutes les œuvres qu'il avait faites. » Ceci est à la fois un récit du passé, tel qu'il se déroula, et une prophétie de l'avenir : en effet, si « un jour du Seigneur est comme mille ans » et si la création a été achevée en six jours, il est clair que la consommation des choses aura lieu la six millième année.

Période patristique Les premiers Pères de l'Église que furent saint Justin de Naplouse, Lactance, Papias, Irénée, mais aussi Tertullien, croyaient en une première résurrection de la chair. Les nombreuses références au repas ou à la nourriture en témoignent.

Cette croyance repose aussi sur l'interprétation du Sabbat ou septième jour comme le règne terrestre du Messie.

Cette première résurrection aura lieu après que le Christ aura repoussé la coalition des rois de la terre dirigée par l'Antéchrist et que Satan aura été lié pour mille ans.

Pendant cette période les martyrs sont associés au règne du Messie.

À la fin de ce règne, Satan suscitera une deuxième rébellion qui amènera la venue de Dieu, le Jugement dernier et une nouvelle terre.

Les premiers chrétiens considéraient donc les textes selon leur sens littéral, traitant d'événements qui auront lieu dans les derniers temps.

Selon le spécialiste Jean Delumeau, le millénarisme a perduré au sein de l'Église chrétienne jusqu'à Augustin. Celui-ci a fait reculer la croyance millénariste en raison des perspectives d'avenir trop charnelles ou matérielles et pas assez spirituelles. Augustin proposa donc une lecture symbolique de l'Apocalypse et enseigna que la naissance du Christ avait fait commencer les mille ans de son règne terrestre. Les instances officielles de l'Église catholique (romaine) entérinèrent cette interprétation.

Joachimisme médiéval

Dans le prolongement de Joachim de Flore, moine cistercien du , certains mouvements franciscains (Pierre de Jean Olivi, Ubertin de Casale, Ange Clareno) développent une théologie de l'histoire en trois temps selon laquelle François d'Assise serait la figure qui introduit le nouvel ordre identifié avec l'Ordre franciscain.

La postérité de Joachim de Flore perdurera à travers la Réforme protestante, puis avec une vision de l'accomplissement historique de l'eschatologie.

Différentes interprétations