La guerre russo-japonaise (en ; en ) se déroule du au . Elle oppose l'Empire russe à l'empire du Japon, lequel, victorieux, obtient par le traité de Portsmouth la moitié méridionale de l'île de Sakhaline (et une péninsule).

Sur le plan militaire, ce conflit préfigure les guerres du , par les forces engagées et les pertes, ainsi que par l'emploi des techniques les plus modernes de l'art de la guerre (logistique, lignes de communications et renseignements ; opérations combinées terrestres et maritimes ; durée de préparation des engagements).

Sur le plan politique, l'affrontement trouve son origine dans une triple interaction : l'opposition directe des impérialismes japonais et russe — ce dernier a pour objectif stratégique d'obtenir un accès permanent à l'océan Pacifique et l'annexion de la Mandchourie et de la Corée ; la démarche propre de l'empire du Japon qui vise : d'abord à préserver son indépendance et ses intérêts face aux impérialismes européens de plus en plus présents dans la région depuis la seconde moitié du , ensuite à s'affirmer et à se faire reconnaître en tant que puissance régionale à part entière, c'est-à-dire comme un acteur développant sa propre stratégie impériale et coloniale, notamment à l'égard de la Corée.

Origines Présence russe en Extrême-Orient sibérien La prise de contrôle russe de la Mandchourie entre 1858 et 1900, cause de la guerre russo-japonaise.|vignette La Russie poursuit son expansion continentaleDans Grand atlas historique, , B-La formation de l'Empire russe. au-delà du lac Baïkal en Extrême-Orient sibérien en atteignant le détroit de Béring en 1648. Cependant, cette expansion est en partie stoppée en 1689 par le traité de Nertchinsk qui est signé avec la Chine de la dynastie des Qing. Ce traité fixe la frontière entre les deux pays sur les monts Stanovoï et le fleuve Argoun. De 1689 à 1725, la Russie prend possession de la presqu'île du Kamtchatka et maîtrise alors tous les rivages continentaux de la mer d'Okhotsk. Cependant, l'extension maximale des glaces océaniques hivernales bloque ces rivages durant plusieurs mois chaque année et ne permet donc pas à la Russie d'avoir un accès libre de glaces toute l'année à l'océan Pacifique.

Pour réaliser cet objectif stratégique dans l'exposé du traditionnel de sa diplomatieAccès à la mer Baltique : traité de Nystad (1721), à la mer Noire : traité d'Iași (1792)., la Russie doit impérativement disposer d'un accès à la mer du Japon, accès qui lui est refusé durant deux siècles par le traité de Nertchinsk qui a sanctuarisé le bassin du fleuve Amour. Dès le milieu du , la poussée russe reprend dans toute cette zone : installation d'avant-postes militaires, de colons et commerçants, de négociants et trappeurs dans une région faiblement contrôlée par la Chine, en périphérie du principal territoire mandchou The rise of East Asia: critical visions of the Pacific Century, sous la direction de Mark T. Berger & Douglas A. Borer, Routledge, 1997 . The Russian Far East : the Last Frontier ?, Sue Davis, Routledge, 2003 .. Cette période (première moitié du ) correspond aussi au début de l'affaiblissement de la Chine des QingDans Grand atlas historique, , B-La Chine des Qing..

La Russie réalise son objectif d'obtenir un accès à la mer du Japon (et donc de disposer d'une façade maritime en mer libre sur l'océan Pacifique) par le traité d'Aïgoun (1858) et la Première convention de Pékin (1860) conclus avec la Chine. Parallèlement, la Russie négocie avec le Japon au sujet des îles Kouriles et de Sakhaline en concluant les traités de Shimoda (1855) et le traité de Saint-Pétersbourg de 1875, la Russie obtenant ainsi le contrôle de Sakhaline et le Japon celui des îles Kouriles.

Présence européenne en Extrême-Orient au début du L’expansion européenne en Asie s'est d'abord exercée en direction : de l'Indochine avec les Français ; des Philippines avec les EspagnolsExploration de l'archipel par Miguel López de Legazpi (espagnol) à partir de 1565 et installation d'un pouvoir politique à Manille en 1571. Ce pouvoir rencontre une résistance constante dans le Sud musulman de l'archipel (l'article en anglais dispose de nombreuses sources). ; de l'Indonésie avec les NéerlandaisAvec deux phases : une politique d'influence et de comptoir du début du jusqu'à la fin du puis une phase de prise de contrôle politique et territorial au cours de la du . Dans Grand atlas historique, , A-L'empire colonial néerlandais et B-Les indes orientales () ; , B-La pénétration hollandaise à Java 1800-1830.l’article en anglais dispose de quelques sources. ; de la Malaisie avec les Britanniques ; des Indes avec les Britanniques, les Portugais et les FrançaisCette expansion se réalise sur une centaine d'années (env. 1750-env. 1850) ; dans Grand atlas historique, , B-L'Inde à l'époque coloniale.bataille de Plassey (1757) – annexion du Panjâb (1849) à la suite de la Deuxième Guerre anglo-sikh (1848-1849). ; de la Sibérie avec les Russes ; et de la manière « essaimée » qui caractérise l'Empire colonial portugais avec ses chapelets de comptoirs installés sur le pourtour du sous-continent Indien, et à travers l'archipel indonésienDans Grand atlas historique, , C-Évolution de l'empire portugais : ..

La présence européenne en Extrême-Orient se résumaitLa puissance démographique, militaire et commerciale chinoise, les politiques de contrôle des contacts de toute nature avec les étrangers élaborées tant par la Chine (et son tributaire qu'était alors le Royaume de Corée) que par le Japon au fur et à mesure de la multiplication de ceux-ci (et qui va pour le Japon jusqu’à la fermeture complète du pays à tout étranger à l’exception des Hollandais cantonnés à l’île de Dejima, près de Nagasaki) sont aussi des explications de cet état de fait. donc essentiellement à la fin du aux : Portugais à Macao depuis 1513 (et dans quelques autres ports chinois dont Canton) ; Néerlandais cantonnés strictement à l’île de Dejima à partir de 1641, au Japon, depuis le début du Dans Grand atlas historique, , A-L’empire colonial néerlandais.Les Hollandais furent les bénéficiaires des conséquences de la répression croissante à l’encontre des chrétiens catholiques culminant lors de la bataille de Shimabara et de la mise en place de la politique de Sakoku qui s’ensuivit en devenant les interlocuteurs uniques du Japon avec l’étranger européen.La première arrivée d'un navigateur européen au Japon est datée de 1542/3 ( Fernão Mendes Pinto) (portugais)..

Japon après 1854 À la fin du , la pénétration rapide des puissances européennes en Asie et dans le Pacifique est perçue comme une menace par les Japonais. En 1854, une escadre américaine de navires de guerre à vapeur commandée par le Commodore Perry débarque au Japon pour y imposer un traité de commerce favorable aux États-Unis. Technologiquement inférieur, le Japon féodal ne peut s'y opposer et subit une humiliation diplomatique qui pèsera lourd dans l'inconscient collectif japonais. Dix ans plus tard, la Royal Navy bombarde Kagoshima pour des raisons similaires et de très jeunes marins japonais, dont Tōgō Heihachirō (futur vainqueur de Tsushima), montés sur des jonques à peine armées, tentent un baroud d'honneur désespéré. C'est pour se préserver de telles incursions que le Japon féodal se lance dans une politique de modernisation militaire (Bakumatsu, prélude à l'ère Meiji).

Toutes les principales puissances européennes sont présentes en Extrême-Orient, la plus dynamique étant le Royaume-Uni tandis que Néerlandais et Portugais se contentent de gérer leurs colonies. Les Espagnols sont évincés des Philippines par les Américains en 1898, les Anglais obtiennent une concession à Hong Kong et les Allemands une concession à Qingdao ; les Français prennent solidement pied en Indochine. Les Russes ne veulent pas se laisser distancer.

Faiblesse de la Chine des Qing Avec la dynastie des Qing (1644-1911), . Mais surtout, la guerre civile dite des Taiping en raison de sa durée (1851-1864) et surtout de l'ampleur des pertes (une vingtaine de millions de mortsUserserols, « Userserols », Statistics of Wars, Oppressions and Atrocities of the Nineteenth Century. Retrieved on 2007-04-11.Chiffre qui ferait de ce conflit le sanglant de l'histoire de l'humanité, derrière la Seconde Guerre mondiale mais devant la Première Guerre mondiale.) affaiblit considérablement l'Empire. Enfin, (1899-1901) montrent la faiblesse de la Chine de l'impératrice Cixi (1835-1908).

Contexte vignette|Blancs et Jaunes, caricature de la guerre (couverture du Petit Parisien illustré du 3 avril 1904). vignette|Carte satirique de 1904 par Kisaburo Ohara, représentant la Russie sous la forme d'une pieuvre aux tentacules mortels. Le contexte général de cette guerre. est une course de vitesse entre deux empires pour le contrôle de la Mandchourie et de la Corée, État indépendant en pleine décadence.

La construction du Transsibérien jusqu'à Vladivostok permet à l'armée impériale russe d'acheminer rapidement des troupes en Mandchourie, de disposer d'un port ouvert en permanence sur le Pacifique et de peser immédiatement sur la Chine et la Corée afin d'obtenir avantages et concessions. À partir des années 1880, les Japonais veulent éviter à tout prix que la Corée ne tombe sous la domination d'une puissance européenne ou de la Chine. La convention de Tientsin () signée entre la Chine et le Japon garantit une indépendance relative de la Corée.

En effet, en même temps qu'il devenait un État moderne, le Japon était amené à une politique d'expansion. Des raisons économiques poussent le Japon à convoiter la Corée, riche de minerai de fer et terre du riz. Le Japon obtient donc le droit de faire du commerce en Corée en 1876 et, depuis la convention de Tientsin, d'y intervenir.

Le prétexte de l'intervention japonaise sera trouvé lors de troubles survenus en Corée en 1894. Les Japonais occupent Séoul, provoquant la déclaration de guerre de la Chine au Japon, le .

En 1894 et 1895, cette guerre se déroule entre la Chine et le Japon au sujet précisément du contrôle de la Corée. Le déroulement de la guerre choque les opinions européennes par sa cruauté. Le traité de Shimonoseki () consacre la victoire japonaise. Ce traité réitère la garantie de l'« indépendance » coréenne, mais octroie aussi au Japon la presqu'île du Liaodong (qui comprend Port-Arthur), territoire chinois au sud de la Mandchourie.

Les Russes, mécontents de l'avancée de l'influence japonaise, font alors pression sur le Japon pour qu'il rétrocède ce gain territorial par l'accord de la triple intervention menée conjointement par l'Empire allemand, la France et la Russie. Les autres puissances comme la Grande-BretagneQui formait les officiers de la marine japonaise, dans . ou les États-Unis, auprès desquelles le Japon cherche un soutien, recommandent la prudence à Tokyo. Finalement, le Japon doit non seulement céder, en recevant des indemnités, mais constate dans les mois et années qui suivent une augmentation constante de la présence russe tant en Corée qu'en Mandchourie : construction du « Transmandchourien » d'Irkoutsk à Vladivostok (1896), concession d'exploitation de la péninsule de Liaodang accordée par la Chine à la Russie (1898), protectorat de la Mandchourie obtenue par la Russie après l'écrasement de la révolte des Boxers chinois (1900), écrasement auquel les Japonais avaient aussi fortement contribué.