La culture de Cortaillod est une culture archéologique du Néolithique, définie en 1934 à partir des découvertes faites sur les rives du lac de Neuchâtel, en Suisse. S'étendant entre 4500 et , elle est partiellement contemporaine de la culture de Pfyn.. De nombreux vestiges de référence ayant été découverts sur des gisements situés sur le territoire de la commune de Cortaillod., elle a pris le nom de cette localité.

Historique Le Néolithique est une des périodes préhistoriques les mieux connues en Suisse. La découverte d’un site palafittique de cette période pendant l'hiver 1853-1854 à Obermeilen sur les rives du lac de Zurich a encouragé les recherches archéologiques, notamment sur le Plateau suisse et en particulier sur les bords des lacs. Un autre fait marquant qui a stimulé les recherches archéologiques résulte de la première correction des eaux du Jura dans la région des Trois-Lacs, qui a fait s'abaisser le niveau des lacs de 2.7m et a ainsi permis le ramassage massif de mobilier archéologique mis au jour sur les rives exondées. Les premières fouilles stratigraphiques vont être entreprises par Paul Vouga, dans les années 1920-1930 (dès 1919, sur le site d'Auvernier/La Saunerie). Celui-ci procède à des sondages minutieux sur la rive nord du lac de Neuchâtel, notamment sur les sites de Cortaillod qui donneront son nom à la culture, ce qui va lui permettre de présenter une chronologie du Néolithique lacustre en 1929. À la même époque, on débat de l'unicité d'une "civilisation lacustre", du caractère indépendant de différentes cultures, ou d'une succession d'étapes uniformes à l'échelle de l'ensemble du domaine palafittiqueNoël Coye, « Paul Vouga et la classification du « néolithique lacustre suisse ». L’empirisme à l’assaut des antagonismes méthodologiques (1920-1934) », De la mémoire à l’histoire : l’œuvre de Paul Vouga (1880-1940). Des fouilles de La Tène au « néolithique lacustre », 2006, p. 83-100. parvient en 1934 à distinguer différentes entités culturelles, dont celle du Cortaillod... Les premières typologies détaillées sont mises en place dès 1945 et précise le contenu de la culture de Cortaillod en 1949. Six ans plus tard, on identifie un lien entre le Cortaillod et la culture française du Chasséen.

Dès les années 1960, l'extension des recherches consécutif à l'essor de l'archéologie préventive en Suisse a entraîné un important développement des connaissances, notamment grâce au recours à la méthode de la dendrochronologie (datation des bois), utilisée pour la première fois en 1963. Rendue possible puisque de nombreux sites se trouvaient en milieu humide, favorisant ainsi la conservation du bois, elle a permis de mieux comprendre l’architecture des sites mais surtout d’établir des chronologies absolues. Grâce à elle, il a été possible de suivre précisément l’évolution de certaines cultures du Néolithique dont le Cortaillod, parfois à l'année près..

La culture de Cortaillod, dont les nombreux vestiges lacustres ont souvent été très bien préservés, grâce à des conditions idéales de sédimentation et de conservation, nous est donc bien connue. Ces sites ont livré une très grande quantité de vestiges matériels, de l’ordre de dizaines de milliers d’objets. De plus, le Cortaillod est l’une des cultures du Néolithique suisse les mieux datées grâce à la dendrochronologie. Il est ainsi possible de se représenter assez précisément l’évolution de la culture matérielle et de manière plus large d’aborder des problématiques d’ordre social, comme les liens qu’entretenaient les différents faciès du Cortaillod entre eux et avec les autres cultures.

Chronologie La culture de Cortaillod se développe en Suisse occidentale et centrale pendant le Néolithique moyen, entre 4500 et 3350 av. J.-C. environ. Le Cortaillod se subdivise en différents faciès qui recouvrent à peu près la totalité du Néolithique moyen dans cette région, bien que la culture de Cortaillod proprement dite se situe entre 3900 et . Burri-Wyser et Jammet-Reynal proposent une terminologie basée sur celle qui est habituellement utilisée en Suisse occidentale. Ils distinguent le Néolithique moyen I, situé entre 4500 et 4000-3900 av. J.-C. environ, du Néolithique moyen II, s'étendant entre 3900 et 3350 av. J.-C. environ.

Au Néolithique moyen I se développe à partir de en Suisse centrale la culture d'Egolzwil, suivie par le FZC (Frühes zentralschweizerisches Cortaillod) dès 4250 av. J.-C. et qui se termine vers 4000 - 3900 av. J.-C. En Suisse occidentale, entre 4500 et 4000 av. J.-C. se développe le Proto-Cortaillod, fortement apparenté à l'Egolzwil et au FZC. Ces cultures sont proches de la culture occidentale du Saint-Uze.

En Suisse occidentale, le Cortaillod ancien fait la charnière entre le cinquième et le quatrième millénaire et entre Néolithique moyen I et II. On assiste à un renouvellement de la culture matérielle, peut-être lié à une arrivée de populations occidentales ou méridionales. Le terme Cortaillod ancien est parfois utilisé pour désigner les faciès du Néolithique moyen I.

Dès le Néolithique moyen II, le Plateau suisse et le Valais évoluent différemment, bien qu'il soit possible de corréler les phases chronologiques. Sur le Plateau se succèdent le Cortaillod classique, qui s'épanouit dès 3900 av. J.-C. et jusqu'en environ, le Cortaillod moyen puis le Cortaillod tardif. Dès 3800 av. J.-C., le Pfyn remplace le Cortaillod sur les rives du lac de Zurich. Entre 3500 et 3350 av. J.-C. environ s'établit dans la région des Trois-Lacs le Cortaillod de type Port-Conty, une phase tardive du Cortaillod, tandis qu'aucun site tardif n'a été attesté autour du Léman. Les rives des lacs en Suisse occidentale ne sont plus occupées jusqu'à l'arrivée de la vers 3270 av. J.-C. En Valais, dès avant 4000 av. J.-C et jusqu'en 3850 av. J.-C. env. se développent un type de Chasséen puis un faciès proche du type la Roberte du sud de la France et du Cortaillod ancien, qui cèdent place au faciès Cortaillod / Petit-Chasseur, précédant lui-même le Saint-Léonard, qui s'étend dès 3750-3700 av. J.-C. et qui disparaîtrait au même moment que le Port-Conty.

Aire de diffusion La culture de Cortaillod et ses variantes sont attestées sur le Plateau suisse, entre Genève et Zurich, ainsi que dans la Vallée du Rhône. En Suisse centrale se développent la culture d'Egolzwil et le FZC, tandis qu'à la même époque, le Proto-Cortaillod occupe le Valais et l'ouest du Plateau suisse, à l'exception des alentours du lac de Neuchâtel en tout cas. Le Cortaillod, au maximum de son extension, recouvre presque l'ensemble du Plateau suisse; il va ensuite progressivement se concentrer dans dela région des Trois-Lacs, alors que la culture de Pfyn progresse peu à peu vers l'ouest. Parallèlement, les faciès Petit-Chasseur et Saint-Léonard sont établis dans la vallée du Rhône.

De nombreuses relations existent entre ces cultures du Néolithique moyen. On peut remarquer leurs influences réciproques à travers le mobilier, si des objets allochtones sont présents sur un site par exemple. On constate donc les liens qu'ont les différents faciès du Cortaillod entre eux, mais aussi avec d'autres cultures proches. Il est ainsi possible de relever que les faciès de la seconde moitié du cinquième millénaire sont par exemple proches de la culture de Saint-Uze, avec des éléments de l'épi-Rössen en Suisse centrale et du Chasséen en France, ainsi que de la culture des Vases à Bouche carrée d'Italie septentrionale. Dès le Cortaillod classique, on trouve par exemple des objets provenant du Néolithique moyen bourguignon, ce qui indiquerait des migrations de personnes, attestées au moins pour le site de Concise, ou encore des artefacts du Pfyn sur le Plateau. Le Chasséen méridional et occidental et ses évolutions régionales sont particulièrement influents dans les faciès attestés en Valais. Il semblerait que la culture de Cortaillod ait également été en contact avec le Michelsberg ancien et le Lagozza. En outre, certains objets du Saint-Léonard sont exportés vers la région des Trois-Lacs, du Bugey ou encore en Savoie, et des éléments du Port-Conty sont attestés dans la Combe d'Ain.

Ces différentes cultures sont souvent rattachées au complexe désigné comme "Cortaillod-Chassey-Lagozza".

Culture matérielle Céramique Les différents styles de céramique sont essentiellement à la base des distinctions entre les différentes cultures de cette époque.

La céramique des faciès de la seconde moitié du cinquième millénaire avant notre ère est proche de celle de la culture du Saint-Uze et son répertoire est relativement restreint. Les pots cylindriques ou légèrement sinueux comportant des anses ou des mamelons, ou encore les pots à languette horizontale, les bouteilles avec trois à quatre anses ou deux mamelons sont typiques de l’Egolzwil, du FZC et du Proto-Cortaillod. Une des particularités de l’Egolzwil est l’importation de gobelets épi-Rössen d'origine danubienne. La céramique du FZC montre une certaine continuité avec celle de l’Egolzwil, avec cependant l’apparition de petites bouteilles, de jarres à profil en S et à fond aplati et de coupes en V ou en calotte, à chaque fois ornées de mamelons parfois perforés. Dans la sphère du Proto-Cortaillod sont présents quelques récipients d’origine chasséenne et quelques vases à bouche carrée.

Au Cortaillod ancien, on assiste à l’ouest du Plateau et en particulier en Valais à un renouvellement des formes céramiques, marqué par des influences méridionales. Les récipients sont dotés de parois fines et bien cuites, et les formes habituelles sont les coupes à sillon interne avec des mamelons, les gobelets carénés et les petites jarres à mamelons ou languettes. On trouve également des céramiques à décor gravé. La céramique du faciès Petit-Chasseur s’inscrit dans la continuité du Cortaillod ancien.

La céramique emblématique du Cortaillod classique possède un répertoire varié et devient plus homogène sur le Plateau suisse. En contexte lacustre, il a été possible de suivre son évolution de manière précise. Dans un premier temps, il existe une nette différence entre région lémanique et zurichoise. À l’ouest, on retrouve surtout des formes basses comme des coupes à mamelons, des formes segmentées à fond rond, des jarres à profil en S et fond arrondi, des gobelets carénés, ainsi que des céramiques de style occidental comme des coupes à sillon interne ou à marli avec parfois des décors gravés ou encore des jarres à bord rentrant. À Zurich, les jarres à profil en S possèdent un fond plat et les cruches sont plus fréquentes. Une fois que le Cortaillod classique est bien établi, les jarres à profil en S deviennent les jarres les plus fréquentes sur tout le Plateau ; les coupes et les gobelets segmentés sont répandus et quelques vases gynécomorphes apparaissent, à titre d’exemple. Certaines céramiques comportent des décors à l’écorce de bouleau et des motifs géométriques sont parfois disposés en bande, sur une pâte dense aux surfaces lustrées.

Vers la fin de la période, le pourcentage de formes hautes augmente, le répertoire se simplifie, les parois deviennent plus épaisses et les fonds plats se généralisent. Ainsi, au Port-Conty, les formes sont peu variées et les jarres à fond aplati et à bord rentrant ou vertical avec mamelons sont fréquentes.

La céramique du faciès Saint Léonard en Valais est caractérisée par des décors cannelés. Le répertoire est diversifié. Les récipients ont souvent un léger épaulement et quelques-uns sont exportés dans d’autres régions. D’autres céramiques habituelles de ce faciès sont par exemple les gobelets segmentés ainsi que les coupes et les jarres à bord rentrant. On trouve également quelques jarres à profil en S typiques du Cortaillod. Ces récipients comportent fréquemment des mamelons comme moyen de préhension.