thumb|Aigle bicéphale byzantine préservée au mont Athos.

L’histoire de l’Empire byzantin s’étend du à 1453. Héritier de l’Empire romain, l’Empire romain d’Orient puise ses origines dans la fondation même de Rome : il est nommé « Empire byzantin » seulement en 1557 par Jérôme WolfGeorg Ostrogorsky (trad. J. Gouillard), Histoire de l’État byzantin, Payot, Paris 1996 (1re éd. 1940), 647 p. , p. 27.. Et, à partir de 1857, l’appellation « byzantin » se diffuse largement, par l’historien George FinlayJohn H. Rosser, Historical Dictionary of Byzantium, 2012, : .. Auparavant, les appellations courantes pour l’Empire romain d’Orient et ses états-successeurs sont, en Occident, « Romanie » ou « Bas-Empire »John H. Rosser, Historical Dictionary of Byzantium, 2012, , et en Orient Rûm-eli ou « Roumélie » (pays des Romains) p. 1805.. Ces noms proviennent de l’auto-désignation Ῥωμανία - Romania de l’Empire romain d’Orient et ont aussi donné « Romées » et « Roumis ». Par métonymie, « Romanie » a désigné les territoires pris à l’Empire romain d’Orient par les croisés du , comme l’Empire latin de Constantinople, le royaume de Thessalonique ou la principauté d'Achaïe (voir les Assises de Romanie)Alexander Kazhdan, vol. 3, « Romania, Assizes of », 1991, .. Le caractère prédominant de l’histoire byzantine est l’exceptionnelle longévité de cet empire, pourtant confronté à d’innombrables défis tout au long de son existence, comme en témoigne le grand nombre de sièges subis par sa capitale, Constantinople.

La création de Constantinople par Constantin en 330 peut constituer un premier point de départ à l’histoire de l’Empire byzantin, tandis que la division définitive de l’Empire romain en 395 constitue le second point de départ. L’emplacement de Constantinople au carrefour entre l’Orient et l’Occident et aux extrémités occidentales des routes de la soie, de l’encens, des épices, des gemmes et de l’ivoire a largement contribué à la grande prospérité de l’Empire byzantin. Son prestige politique, militaire et culturel en a fait un empire respecté, modèle des États dits « grecs » et de l'Italie byzantine, mais aussi très convoité et pour finir, dénigré après la séparation des Églises d'Orient et d'Occident. thumb|Animation de l'évolution territoriale de l'Empire byzantin durant son histoire. Le grand nombre de sources historiques byzantines permet d’avoir un aperçu assez complet et détaillé de l’histoire byzantine, bien que l’impartialité des historiens soit variable, qu’ils fussent proches du pouvoir impérial, ou qu’ils lui fussent hostiles.

Héritier de la Rome antique, l’Empire byzantin développe rapidement des caractéristiques propres. Georg Ostrogorsky décrit l’Empire byzantin comme . Cette évolution progressive d’un Empire romain vers un empire plus spécifique s'est faite au cours du après que l’empire eut, avec des fortunes diverses, essayé de restaurer l’universalité de l’Empire romain, à l’image de l’œuvre de Justinien Ier.

Les conquêtes arabes de la Syrie, de l’Égypte et de l’Afrique du Nord associées aux pénétrations slaves et bulgares dans les Balkans, et lombardes en Italie contraignirent l’Empire byzantin à se refonder sur de nouvelles bases. L’historiographie moderne retient parfois cette transition comme le passage de la forme « protobyzantine » (ou « paléobyzantine ») à une forme « mésobyzantine ». Cette dernière se prolonge jusqu’en 1204 et fut caractérisée dans un premier temps par la période iconoclaste qui voit s’affronter partisans et adversaires des images religieuses jusqu’au milieu du . Ce conflit interne a empêché l’empire de mener une politique extérieure offensive, mais les empereurs sont tout de même parvenus à défendre Constantinople contre les périls extérieurs, notamment arabes.

Le succès des iconodoules et l’établissement de la dynastie macédonienne en 867 ont fait entrer l’Empire byzantin dans une nouvelle période glorieuse, tant sur le plan culturel que territorial. Cette œuvre est parvenue à son apogée lorsque Basile IIa reconquis les Balkans en vainquant les Bulgares et a laissé l’empire plus étendu qu’il n’était au temps d’Héraclius. Toutefois, après la mort de Basile II en 1025, les conflits entre les noblesses civiles et militaires couplés à l’apparition de nouvelles menaces externes conduisirent l’empire au bord de la ruine. La défaite de Mantzikert contre les Seldjoukides en 1071 eut pour conséquence la perte de l’intérieur de l’Anatolie et l’arrivée au pouvoir des Comnène en 1081. Ces derniers réussirent à rétablir la puissance byzantine sans pour autant récupérer l’ensemble des territoires perdus, tandis que l’hostilité entre « Grecs » et « Latins » s’accrut progressivement au fil des Croisades. Ces tensions aboutirent à la prise de Constantinople par la quatrième croisade en 1204 et à la division de l’empire entre territoires « latins » et « grecs ».

Si l’empire de Nicée parvint à reprendre Constantinople en 1261 et à rétablir l’Empire byzantin, les Paléologues ne purent faire face aux nombreux défis qu’ils rencontrèrent. Ruiné économiquement par les républiques italiennes de Venise et Gênes, affaibli intérieurement par une aristocratie toute puissante mais incapable de faire face à la pression ottomane, l’Empire byzantin finit par tomber en 1453 après un siècle et demi d’une lente agonie. Toutefois, ce déclin fut marqué par un profond renouveau culturel qui permit à l’influence byzantine de rayonner partout en Europe alors même que son territoire s’amenuisait irrémédiablement.

Émergence d’un empire

thumb|L'Empire romain à son apogée sous Trajan.

Rome fut d'abord gouvernée par des rois étrusques qui dominèrent l'Italie centrale avant l'instauration de la République romaine en . À cette période de domination étrusque succéda une époque pendant laquelle une douzaine de communautés urbaines du Latium vécurent de nombreuses années sur un pied d'égalité. Après une guerre indécise entre Rome et la Ligue latine (une coalition de ces communautés urbaines), cette égalité fut reconnue par le traité conclu entre Rome et ses voisins aux environs de Ce traité conférait toutefois implicitement un statut privilégié à Rome dont le port, Ostie, commença à jouer le rôle de base navale et commerciale au , puis au L'expansion de l'influence romaine à l'Italie centrale et méridionale allait bientôt créer des heurts avec les colonies grecques établies dans le sud de l'Italie et avec Carthage, déjà installée en Sicile. L'annexion de la Sicile au début du et l'obligation faite à celle-ci d'envoyer des céréales à Rome devait marquer la naissance d'une politique colonisatrice permettant à l'Empire romain de profiter de la richesse de ses conquêtes. Ce fut en même temps le début des guerres avec Carthage qui devaient se terminer par l'établissement de Rome en Afrique (victoire de Zama en ) et la destruction de Carthage en

La deuxième guerre punique terminée, Rome déclara la guerre à la Macédoine, alliée de Carthage. C'est ainsi que Titus Flamininus devint le premier général à mener des armées romaines en Grèce et à y créer une sorte de protectorat (). Au nord de l'Italie, la s'étendit bientôt au sud de la Gaule constituée en province en , puis à la région du Pont en Asie mineure où le général Pompée vainquit le roi Mithridate VI ( / ), qui avait tenté d'envahir la Grèce et la Macédoine. De là, Pompée annexa ce qui restait de l'Empire séleucide en Syrie ainsi que la côte est de la Méditerranée. Si Jules César s'intéressa à la Méditerranée après avoir vaincu les Gaulois, ce fut essentiellement en raison des difficultés qui l'opposèrent à Pompée et à la nécessité d'assurer le ravitaillement en blé de Rome. Son successeur, Octave, mieux connu sous le nom de César Auguste, compléta l'œuvre de son père adoptif et transforma la Méditerranée en un véritable « lac romain ». Ses armées conquirent, à l'ouest la péninsule Ibérique, au nord la Suisse, la Bavière, l'Autriche et la Slovénie d'aujourd'hui, à l'est l'Albanie, la Croatie, la Hongrie et la Serbie, et étendirent au sud les frontières de la province d'Afrique. En , l'Anatolie fut transformée en province romaine, alors qu'à la mort du roi Hérode le Grand en l'an , la Judée fut annexée à la province de Syrie. Par la suite, Trajan, le premier empereur à ne pas être né en Italie, étendit ces frontières au-delà de la Méditerranée, vers l'Europe de l'Est et la Mésopotamie, ouvrant ainsi l'accès aux ports de la mer Noire.

Peu à peu cependant, les conséquences de cet élargissement se firent sentir. Sous Marc Aurèle, les Marcomans vivant près du Danube se mirent à traverser la frontière (vers 166-167) sous la pression d'autres populations venant de l'Est. Avec les années, cette pression ne fit que s'accroître. De plus, la plupart des empereurs qui se succédèrent aux naquirent loin de Rome ; plusieurs d'entre eux, comme Decius (249-251) en Illyrie et en Pannonie, alors que Valérien (253-260) s'installa à Antioche. Rome ayant peu à peu perdu son caractère de métropole politique, militaire et économique, le besoin d'une nouvelle capitale commença à se faire sentir.

L’édit de Caracalla en 212 fit de tous les hommes libres de l’Empire romain des citoyens romains, sans distinction d’ordre ou d’appartenance géographique. Jusque-là, seuls les habitants du Latium et plus tard de l’Italie pouvaient prétendre à la citoyenneté sans condition. À cette date cependant, certaines provinces, comme la Grèce ou l’Afrique proconsulaire, étaient plus avancées que d’autres (telles l’Égypte, la Bretagne ou la Palestine, plus pauvres et plus éloignées de Rome) dans le processus, déjà largement commencé, de diffusion de la citoyenneté romaine à l’ensemble de l’Empire.

L’Empire romain d’Orient (fin du -518)

Origine

thumb|upright|En instaurant la tétrarchie, Dioclétien est à l'origine du principe d'une division de l'Empire romain.

La division de l’Empire commença avec l’instauration de la tétrarchie (en latin : ), dès la fin du , par l’empereur Dioclétien et ce afin de contrôler plus efficacement le vaste empire romain. Ce dernier divisa l’Empire en deux, avec deux empereurs (les ) régnant depuis l’Italie et la Grèce, chacun ayant comme coempereur un collègue plus jeune (un ), destiné à lui succéder. Après le volontaire renoncement au trône de Dioclétien, le système tétrarchique commença bientôt à s’enliser ; les rivalités s’installèrent entre Augustes et Césars et la répartition théorique des dignités continua d’exister jusqu’en 324, date à laquelle Constantin le Grand tua son dernier rival et resta seul empereur. Comme pour l’Empire Romain, le manque de règles de succession claires et respectées resta une donnée constante de l’empire byzantin.

thumb|upright|Constantin donnant la ville au monde, vestibule sud de Sainte-Sophie.

Constantin prit alors la décision essentielle — une des deux décisions essentielles de son règne, l’autre étant l’acceptation du christianisme — de fonder une nouvelle capitale ; il choisit Byzance. Rome avait depuis longtemps cessé d’être la capitale politique effective de l’Empire : trop éloignée des frontières septentrionales en danger et des riches provinces orientales, elle n’avait plus eu d’empereur à demeure depuis le milieu du . Byzance était quant à elle bien placée : à la croisée de deux continents et de deux mers, à l'une des extrémités occidentales de la Route de la soie, ouverte aussi sur la Route des Épices menant à l'Afrique et aux Indes, c’était une très bonne base pour garder la frontière danubienne absolument cruciale, et elle était raisonnablement proche des frontières orientales. Byzance éprouva sa valeur en tant que forteresse en 324 pendant la bataille d'Andrinople, quand elle fut le centre de la dernière poche de résistance dans la guerre menée par l'empereur Licinius contre Constantin et qu’elle résista.