Comnène (grec : ), né vers 1058Certaines sources donnent la date de 1048. . et mort le , est un empereur byzantin du au . Il est le troisième fils du curopalate Jean Comnène et d'Anne Dalassène, et le neveu de l'empereur .

Son règne de 37 ans est l'un des plus longs de l'Empire byzantin et aussi l'un des plus agités. Son arrivée au pouvoir marque la fin d'une période de guerres civiles qui ont mis à bas les structures impériales solides de l'ère macédonienne tandis que les menaces extérieures s'amoncellent, conduisant à des pertes territoriales importantes, allant jusqu'à menacer la survie même de l'Empire. De ce fait, les premières années du règne d'Alexis sont toutes entières consacrées à la lutte d'abord contre les Normands (1081-1085) puis contre les Petchénègues et les Seldjoukides (1086-1091), puis à nouveau contre les Normands (1107-1108) et les Seldjoukides (1108-1118). Il parvient dans un premier temps à défendre efficacement les frontières de l'Empire avant de reconquérir une partie de l'Asie mineure dans le sillage de la première croisade (1095-1099), même si ses relations avec les Croisés sont ambivalentes et souvent très tendues. En parallèle de cette intense politique étrangère, il procède à des réformes de grande ampleur de toute l'administration de l'Empire, fondant la légitimité de sa famille sur un réseau d'alliances matrimoniales particulièrement dense. La famille impériale devient le cœur du pouvoir. Enfin, il est également très impliqué dans les affaires religieuses de son époque.

À sa mort, Alexis lègue à son fils un territoire consolidé et agrandi. Son œuvre restauratrice et réformatrice est l'une des plus importantes de l'histoire de l'Empire byzantin. Il aura aussi lutté activement contre toutes les hérésies chrétiennes pour maintenir une certaine unité dans les croyances religieuses au sein de l'empire byzantin. Cependant, si à court et moyen terme le gouvernement d' est un succès, son bilan reste contrasté. Il ne parvient qu'imparfaitement à rétablir la puissance byzantine, car la reconquête de l'Asie mineure reste partielle. En outre, l'économie de l'Empire commence à subir la concurrence des républiques italiennes et la monnaie byzantine se sera considérablement dévaluée sous son règne. Il est aussi accusé d'avoir mis fin à un début de renaissance culturelle. Enfin, les bases sur lesquelles repose désormais l'autorité impériale, c'est-à-dire sur les liens familiaux, apparaissent comme fragiles à long terme.

Sources vignette|gauche| Double page des . Manuscrit , conservé à la Bibliothèque d'État de Berlin. Le règne d' Comnène est particulièrement bien connu grâce aux sources différentes qui traitent de son règne. L'ouvrage fondamental reste l’Alexiade. Cet ouvrage est écrit par Anne Comnène, la fille aînée d'Alexis, qui reprend le texte écrit par son mari Nicéphore Bryenne. Elle lui donne un aspect littéraire bien plus affirmé, inspiré des textes des grands auteurs de la Grèce antique, qui en fait un ouvrage majeur de la littérature byzantine. Surtout, c'est une source primordiale à propos du règne d'. Toutefois, il est nécessaire de prendre en considération l'admiration profonde d'Anne pour son père, ce qui l'amène à justifier systématiquement les actes de son père et de relativiser voire de mettre de côté ses erreurs. Elle n'hésite pas notamment à en faire un modèle de souverain chrétien, explicitement comparé à Constantin le Grand. De ce fait, il est utile de compléter l'analyse du règne d'Alexis avec la chronique (l'Épitomé historion) de Jean Zonaras qui, à la différence d'Anne Comnène, a un regard beaucoup plus critique envers l'empereur : Zonaras, Épitomé, , 766. 11-16.. Divers autres textes byzantins peuvent aussi être mobilisés pour apporter des compléments, confirmer ou nuancer certains aspects du règne d'Alexis, à l'instar du discours de Théophylacte de Bulgarie en 1086 qui permet d'éclairer sur le contexte de l'Empire à cette période.

L'apparition du phénomène des croisades sous Comnène rend particulièrement précieuse les chroniques occidentales qui éclairent sur les relations entre l'Empire byzantin et les Croisés. La Geste de Robert Guiscard de Guillaume de Pouille permet de disposer d'une vision occidentale de la guerre entre l'Empire byzantin et le royaume normand du sud de l'Italie. La offrent la même perspective pour la première croisade.. D'autres sources d'époques apportent des compléments utiles. Ainsi, rédige lui-même les Mousai à la fin de sa vie à l'intention de son fils et successeur Jean Comnène et qui éclairent sur sa vision du gouvernement de l'Empire.

Une carrière militaire thumb|alt=Miniature représentant des chevaliers combattant et un roi montant à cheval.|La bataille de Manzikert. Miniature du Maître de Rohan, tirée d'un manuscrit du Des cas des nobles hommes et femmes de Boccace, vers 1415, BnF, Fr.226. Au l'Empire byzantin est marqué par l'ascension irrésistible d'une noblesse fondée sur la naissance et l'accès aux fonctions militaires. Alexis est membre d'une de ces familles, les Comnène. Elle est apparue relativement récemment, puisque son premier membre connu, Manuel Erotikos Comnène, contemporain de l'empereur , ne détient à l'époque que des postes relativement secondaires. Toutefois, à sa mort, ses fils sont encore très jeunes et bénéficient d'une éducation au sein même de la cour impériale. Parmi les fils de Manuel Comnène figurent Isaac Comnène et Jean Comnène. Le premier obtient d'abord des postes importants (il est notamment duc d'Antioche) et il a de solides relations à Constantinople où il a grandi. Il parvient au pouvoir en 1057, à la tête d'une rébellion soutenue par une partie des armées d'Anatolie, accompagné de son frère Jean, le père d'Alexis. C'est à cette date que la famille Comnène devient un des clans majeurs de l'Empire byzantin. Alexis est élevé, ainsi que ses frères, par sa mère Anne Dalassène en vue de monter un jour sur le trône. Celle-ci en effet n'a jamais accepté le refus de son mari, Jean Comnène, de succéder à son frère lorsque celui-ci abdique en 1059 au profit de Il n'est pas certain que le refus de Jean Comnène soit véridique. Konstantinos Varzos estime qu'il s'agit d'une invention d'Anne Comnène dans son ouvrage l’Alexiade pour mieux légitimer l'arrivée au trône d'Alexis ().. Si, à la suite de l'éviction d'Isaac, les Comnène sont relégués dans l'ombre par , Anne Dalassène pratique une stratégie matrimoniale qui unit les Comnène à toutes les grandes familles de l'Empire pour renforcer son influence. Alexis prend ainsi, de sa position de courtisan, connaissance des principaux clans aristocratiques et de l'estimation de leur importance.

Son premier contact avec l'armée remonte aux mois qui précèdent la défaite de Manzikert (1071) quand sa mère envoie Alexis, alors âgé de treize ans, rejoindre l'empereur pour remplacer son frère aîné Manuel Comnène, mort de maladie au cours de la campagne. L'empereur lui ordonne cependant de retourner immédiatement à Constantinople en raison de son jeune âge.

La lutte contre Roussel de Bailleul Au cours de la décennie de chaos qui suit la défaite de Manzikert, Alexis se montre un général capable. Vers 1073, alors âgé de 15 ans, il dirige sous les ordres de son frère Isaac une petite armée, qui affronte les Seldjoukides avec le mercenaire normand Roussel de Bailleul. Cependant, la trahison du Normand entraîne la défaite d'Isaac, capturé par ses adversaires .. Alexis poursuit la lutte contre les Seldjoukides avec une armée inférieure en nombre, bat en retraite avec courage et regagne Constantinople à l'automne 1073. Le césar Jean Doukas, oncle de l'empereur, battu, est fait prisonnier par Roussel au pont du Sangarius (près d'Ancyre), ainsi que son fils AndronicLe futur beau-père d'.. Roussel proclame son illustre prisonnier empereur.

Le chef normand représente une menace telle pour l'Empire que s'entend avec les Seldjoukides pour s'en débarrasser. Battu en Cappadoce par l'émir turc Artouch, Roussel est fait prisonnier. Rapidement libéré contre rançon, il se réfugie en Arménie, à Amasya, et se rend maître des principales villes du Pont. AlexisSon frère Isaac, nommé en 1074 duc d'Antioche, se trouve confronté à la révolte de la ville qu'il écrase dans le sang. Il est de nouveau fait prisonnier par les Turcs peu après avant d'être de nouveau libéré sans doute contre une rançon. Cet éloignement d'Isaac pendant 4 ans, il ne rentre à Constantinople qu'en 1078, favorise sans aucun doute la carrière militaire d'Alexis devenu l'aîné des Comnène dans la capitale., qui a juste 17 ans, est alors nommé stratopédarque en 1075 et envoyé pour s'emparer du Normand. Il ne dispose guère de plus d'un millier d'hommes et pratique une campagne de harcèlement. Alexis utilise aussi la diplomatie (constante que l'on retrouve plus tard tout au long de son règne) et prend contact avec un chef turc nommé Toutach, sans doute envoyé par . Celui-ci s'empare de Roussel et le livre à Alexis, qui se trouve alors confronté au mécontentement des habitants d'Amasya, sur qui il compte pour payer la somme promise aux SeldjoukidesLes habitants d’Amasia estiment le gouvernement de Roussel si efficace qu’ils tentent de le sauver et ne renoncent qu’à la nouvelle (fausse) de son énucléation.. Il rentre alors sur Constantinople par mer, car la route terrestre est bloquée par des bandes turques, ce qui illustre l'affaiblissement de l'Empire.

Une période troublée

thumb|upright=1.8|alt=Carte de l'Empire byzantin en 1076.|L'Empire byzantin en 1076. thumb|En vert, les territoires contrôlés par les Seldjoukides au tournant de l'année 1080. Seules quelques zones éparses, dont la région d'Antioche, sont encore détenues par des représentants de l'Empire byzantin.|alt=carte de l'est de la Méditerranée En novembre 1077, Nicéphore Bryennios, général issu d'une famille illustreLe père du futur mari d'Anne Comnène, la fille d'Alexis, duc de Dyrrachium., se révolte et s'empare de la Macédoine, tandis que son frère Jean Bryennios tente d'assiéger la capitale. Alexis en commande la défense avec l'aide de Roussel de Bailleul, sorti de sa prison sur ordre de l'empereur . Les deux anciens adversaires remportent la victoire sur l'armée de Jean Bryenne en janvier 1078. Cet exploit lève l'opposition de au mariage d'Alexis avec Irène Doukas, petite-fille du césar Jean Doukas, oncle de l'empereur et véritable chef de la famille Doukas. Le fils unique de celui-ci, Andronic, est mourant et il paraît important à Jean Doukas et à sa bru, Marie de Bulgarie, d'assurer l'avenir de la famille à un protecteur à l'étoile montante d'autant que l'horizon politique du basileus semble incertain.

En effet, à peine cette victoire est-elle obtenue qu'une seconde révolte éclate, menée par le duc des Anatoliques, Nicéphore Botaniatès, en Asie mineure. Le , une émeute de ses partisans éclate dans Constantinople. Alexis, qui dirige les troupes de la capitale, est persuadé qu'il est possible de tenir tête aux insurgés, mais préfère abdiquer (.). Alexis tente alors vainement de convaincre Constantin Doukas, le frère de Michel, de monter sur le trône ; devant le refus de ce dernier, il se rallie à Nicéphore Botaniatès. Celui-ci, trop heureux de ce soutien qui lui livre la capitale, accepte avec empressement et monte sur le trône sous le nom de , épousant la femme de Doukas, l'impératrice Marie d'Alanie. Celle-ci espère cependant préserver les droits au trône de son fils Constantin Doukas et cherche un protecteur en la personne d'Alexis faisant de lui, en l'adoptant de façon officielle au printemps 1078, le frère de son fils âgé de 4 ans. Il est plus que probable qu'une liaison entre Alexis et Marie d'Alanie, réputée pour sa beauté, intervient vers 1078, d'autant que la femme d'Alexis n'a à l'époque qu'une douzaine d'années.