150px|vignette|Un clap aux couleurs du drapeau brésilien. Le cinéma brésilien date de la fin du . Peu après l’invention des frères Lumière, la projection d’un film a lieu à Rio de Janeiro, le . Un an plus tard, une salle de cinéma permanente existe déjà à Rio. Les premiers films brésiliens sont créés dès 1897. Le film Vista da baia da Guanabara (Vue de la baie de Guanabara) est tourné en 1898 par l’Italien Alfonso Segreto à son retour d’Europe à bord du bateau Brésil et présenté le , jour considéré depuis comme le jour du Cinéma brésilien, quand bien même l’existence de ce film reste incertaine.
Histoire right|thumb|230px| Brazil Filme Fest, The Royal, Toronto. Structure du marché de la diffusion au début du En 1908, il existe une vingtaine de salles de cinéma à Rio dont la plupart possède sa propre équipe de tournage. Elles diffusent des œuvres de fiction des sociétés françaises Pathé et Gaumont, danoise Nordisk, italienne Cines, allemande Bioskop, américaines Edison, Vitagraph et Biograph, ainsi que des documentaires réalisés dans des villes peu de jours avant, comme A parada de 15 de noviembre ou Fluminense x Botafogo.
Les films « posés » et « chantés » Les films dits « posés » se développent ensuite au Brésil. Ils sont généralement réalisés par des petits propriétaires de salles de cinéma de Rio et São Paulo et reconstituent des crimes récents. Le premier à obtenir un fort succès est Os Estranguladores, de Francisco Marzullo en 1906, avec plus de huit cents séances à Rio. On peut aussi citer O crime da mala de Francisco Serrador en 1908 ou Noivado de Sangue, de Antonnio Leal en 1909. Quelques comédies existent également, comme Nhô Anastácio chegou de viagem de Marc Ferrez en 1908.
À partir de 1909 apparaissent les films « chantés », qui sont doublés en direct par les acteurs depuis l’arrière de l’écran. Ce système rencontre un certain succès, avec des films comme Paz e Amor, en 1910, qui contient une satire du Président Nilo Peçanha, ou encore O Guarany en 1911.
Les adaptations littéraires Les adaptations d’œuvres littéraires se généralisent dès 1911, sous l’impulsion du couple formé par l’acteur Vittorio Capellaro et le réalisateur Antônio Campos. De cette association naissent les films Inocência en 1915, tiré du roman éponyme de Taunay, et O Guarani en 1916 (une autre version en 1926 rencontrera un succès important), à partir du roman de José de Alencar. Cet auteur est par ailleurs adapté au cinéma à plusieurs reprises à Rio par Luiz de Barros (qui réalisera plus de 60 longs métrages jusqu’aux années 1970) avec A Viuvinha en 1915, Iracema en 1918 et Ubirajara en 1919.
« Ciné-journaux » et cycles régionaux À partir de 1916, des « ciné-journaux » sont élaborés et sont diffusés de manière hebdomadaire. Ils présentent des images de football, de carnaval, de fêtes, d'inaugurations, de politique... On les accuse parfois de propagande.
En marge de l’axe Rio-São Paulo, des « cycles régionaux » se développent dans les années 1920 et sont des groupes de courts ou de longs métrages qui sont réalisés dans une région du Brésil donnée, que ce soit à Recife, Porto Alegre, Cataguases, Belo Horizonte, Campinas, João Pessoa, Manaus ou Curitiba.
L'invasion nord-américaine Dès 1911, des sociétés nord-américaines s’intéressent au cinéma brésilien. Le cinéma Avenida ouvre à Rio pour y diffuser des films de Vitagraph. Avec la Première Guerre mondiale et le déclin de la production cinématographique qu’elle provoque en Europe, les États-Unis dominent le marché du cinéma mondial. Francisco Serrador crée le premier grand réseau national de distribution, avec des salles à São Paulo, Rio de Janeiro, Niterói, Belo Horizonte et Juiz de Fora, qui devient ensuite distributeur de films étrangers.
Les films brésiliens rencontrent dès lors des difficultés à être distribués. Les revues spécialisées dans le cinéma apparaissent et se réclament du cinéma hollywoodien, avec ses mythes et ses stars. De ce fait, dans les années 1930, divers accords commerciaux établissent que les films nord-américains peuvent entrer au Brésil à condition de s’acquitter des taxes douanières.
Le cinéma parlant La comédie Acabaram-se otários (1929) de Luiz de Barros est le premier film parlant brésilien. L'année suivante, à contre-courant, Mário Peixoto réalise un film muet, Limite, qui ne rencontre pas le succès populaire alors qu'il est aujourd'hui considéré comme un chef-d'œuvre du cinéma muet.
Au début des années 1930, le cinéma brésilien passe par une rapide phase de prospérité alors que les films en provenance de Hollywood ont des difficultés à entrer sur le marché brésilien, par manque de salle et du fait de la langue. En 1930 et 1931, trente longs métrages de fiction sont produits, la plupart à Rio et São Paulo. Les productions Cinédia, de Adhemar Gonzaga, et Brasil Vita Filmes, de Carmen Santos, se créent à Rio. Humberto Mauro, déjà considéré comme un des plus grands réalisateurs du pays, réalise pour Cinédia son chef-d'œuvre Ganga bruta en 1933, suivi pour Brasil Vita Filmes de Favela dos meus amores en 1935, un succès public.
L'emprise croissante de Hollywood Petit à petit la domination de Hollywood se renforce. Les distributeurs de films hollywoodiens au Brésil investissent beaucoup dans la publicité et les équipements de son pour le cinéma. Les films brésiliens s'inspirent de plus en plus du cinéma hollywoodiens et les brésiliens vantent son esthétique, son rythme moderne. En 1934, aucun long-métrage n'est produit au Brésil.
Dans le souci d'imiter Hollywood, Cinédia continue de produire des films musicaux : romantiques comme Alô, alô, Brasil en 1935 et Alô, alô, carnaval en 1936 dans lequel figure Carmen Miranda qui signe un contrat à Hollywood. Cinédia produit Pureza en 1940, un film esthétisant au scénario alambiqué et réalisé avec des équipements novateurs importés des États-Unis, qui est un échec retentissant. En 1942, des 409 films qui sortent dans le pays, un seul est brésilien...
L'échec de l'industrialisation Vers la fin des années 1940 surgit la volonté de « traiter des thèmes brésiliens avec le savoir-faire technique et narratif du meilleur cinéma mondial ». Cela séduit des entrepreneurs et des banquiers de São Paulo qui s'associent à l'ingénieur Franco Zampari pour monter des studios de production sur-équipés à Vera Cruz, la Cinematográfica Vera Cruz, en suivant l'exemple de Hollywood et en faisant venir des réalisateurs d'Europe. Dix-huit films seront produits en cinq ans, du mélodrame Caiçara en 1950, en passant par le drame historique Sinhá moça en 1953, ou le film policier Na senda do crime en 1954... Le genre policier et le western sont alors très populaires, du fait de l'influence de Hollywood. Seulement Vera Cruz ne réussit pas à résoudre ses problèmes de distribution et fait faillite, sans jamais avoir pu produire un film brésilien au succès international.
D'autres compagnies dans la lignée de Vera Cruz mais avec un capital de départ moindre ont rencontré les mêmes difficultés et ont connu la même issue, comme Maristela, Multifilmes ou Brasil Filmes, et ce mouvement a logiquement adopté le nom de Vera Cruz.
Les chanchadas Parallèlement à cela, est créée dans le Rio des années 1940 l'Atlântida Cinematográfica. Sous la houlette de Luiz Severiano Ribeiro, cette société va associer la production et la projection des films pour la première fois au Brésil. Atlântida produit ensuite de nombreuses comédies musicales, comme Este mundo é um pandeiro en 1947 et Carnaval no fogo en 1949, réalisés par Watson Macedo, et influence le style de Cinédia qui produit O Ebrio en 1946, un grand succès dans tout le pays. Des grands noms de la comédie comme Oscarito et Grande Otelo entre autres ont participé au succès des productions d'Atlântida. Des comédies costumées comme Nem Sansão nem Dalila et Matar ou correr en 1954, réalisées par Carlos Manga, sont des satires ouvertes de drames américains à succès. Le public plébiscite ce genre de films, plus que les critiques qui appellent ces films des Chanchada et qui pour elles ne sont pas du cinéma. Les chanchadas ont finalement lassé le public vers la fin des années 1950, et Atlântida ne s'en est pas relevée.
Le Cinema Novo Durant les années 1950, sous l'influence du courant néo-réaliste italien, le cinéma brésilien tente de se remettre en question devant la menace hollywoodienne. Les films d'Alex Viany en 1953 (Agulha no palheiro) et de Nelson Pereira dos Santos en 1955 (Rio, 40 graus), tous les deux à petit budget, explorent alors des thèmes populaires qui suivent au plus près la réalité brésilienne. Rio, 40 graus est interdit par la censure, ce qui déclenche une campagne massive de la part des étudiants et des intellectuels en faveur de sa diffusion.
À Salvador de Bahia, un nouveau cycle régional se développe et attire des cinéastes d'autres états, avec en tête le film d'Anselmo Duarte, O pagador de promessas, qui remporte la palme d'or à Cannes en 1962, même s'il est qualifié de film traditionnel par les « nouveaux cinéastes ».
Le Cinema Novo est découvert par une partie significative de la jeunesse brésilienne. Il s'agit d'un mélange de néo-réalisme italien et de Nouvelle Vague française. Glauber Rocha est celui qui incarne le mieux ce nouveau mouvement. Ce réalisateur engagé venu de Bahia définit le Cinema Novo comme étant : « une caméra dans la main et une idée en tête ». Son cinéma réunit de nombreux éléments allégoriques, des opinions politiques assumées et une mise-en-scène élégante et efficace que les intellectuels adoptent immédiatement. Glauber Rocha s'attache à décrire la misère, la faim et la violence afin de faire réagir, allant jusqu'à suggérer les besoins d'une révolution. Deus e o Diabo na Terra do Sol et Terra em transe sont deux de ses plus grands films.
Le Cinema Novo a aussi compté d'autres réalisateurs importants, comme Nelson Pereira dos Santos, Ruy Guerra et Carlos Diegues. Le coup d'État de 1964 pousse la plupart des réalisateurs emblématiques du mouvement à l'exil devant la montée de la répression durant les années qui suivent.
Le cinéma underground Une nouvelle génération de cinéastes réagit à cette situation politique de manière très radicale, avec un cinema marginal, à l'esthétique volontairement dégradée, appelé « udigrudi », en référence au mouvement de contre-culture américain des années 1960, le mouvement underground. Les cinéastes marginaux cherchent à rompre avec les formules traditionnelles de narration et d'esthétique, et puisent leur inspiration dans un cinéma expérimental. Les principaux représentants de ce mouvement sont Rogério Sganzerla, avec notamment son film O Bandido da Luz Vermelha de 1968 dans lequel on peut noter l'influence de cinéastes comme Jean-Luc Godard et Orson Welles, ainsi que Júlio Bressane (Matou a familia e foi ao cinema, 1969). En 1970, ils réalisent ensemble six longs-métrages à petit budget en moins de trois mois.
L'importance de l'État