thumb|upright=1.2|Sceau de l'université de Würzburg. Adriaan van Roomen, qui latinisait son nom en Adrianus Romanus, francisé en Adrien Romain, né à Louvain (Région flamande de Belgique), le , mort à Mayence (Allemagne) le , est un médecin et mathématicien.

Il devient le premier professeur de médecine rémunéré de l'université de Würzburg., et le médecin personnel de l'évêque Julius Echter de Mespelbrunn.

Scientifique éclectique, ses domaines de prédilection varient de la géographie aux sciences physiques. Il est l'un des premiers à décrire les feux d'artifice, mais c'est dans le domaine des mathématiques qu'il s'illustre le plus.

Prodigieux calculateur, l'un des plus remarquables de tous les temps selon son principal commentateur Henri Bosmans, sur le site de l'université de Gand., Adrien Romain effectue de nombreux travaux mathématiques. Élève de Stevin et Sarpi, il côtoie la plupart des scientifiques de son temps, qui le tiennent en grande estime, dont François Viète, Johannes Kepler, le P. Clavius, Marino Ghetaldi, Ludolph van Ceulen dont il est l'ami personnel, Willebrord Snell et Michel Coignet.

Adrien Romain s'oppose avec succès à l'humaniste Scaliger, recteur de l'université de Leyde, en mettant en évidence ses erreurs de quadrature du cercle. Il propose à ses confrères européens un défi mathématique resté fameux, et doit en retour relever un défi de François Viète dont il ne peut triompher par une construction à la règle et au compas. Son écriture mathématique est à mi-chemin de l'école de la Coss, dont il est issu, et de l'algèbre nouvelle de Viète, dont il se montre un des meilleurs héritiers dans certains de ses travaux algébriques, avec Alexander Anderson, Marino Ghetaldi, Albert Girard et Jacques Aleaume. Il est le premier mathématicien européen à calculer 16 décimales de π.

Biographie Formation Né le , probablement à Louvain, Adriaan van Roomen est le fils d'un marchand., dont il porte le nom et le prénom, d'une famille qui serait originaire de Berg-op-Zoom.Des biographes antérieurs le disent de famille noble à la suite de , mais ce n'est pas confirmé par , voir aussi .. On lui connaît un frère Jan, qui sera chirurgien à Huy, et une sœur Maria. De sa jeunesse rien n'est parvenu. Il étudie les langues anciennes dans sa ville natale, puis la philosophie, les mathématiques et l'astronomie au collège jésuite de Cologne.. En 1585, il effectue un voyage en Italie, au cours duquel il rencontre Christophorus Clavius, et demeure en correspondance avec lui, puis il se spécialise en médecine à l'université de Louvain.

Premières armes De 1586 à 1592 Adrien Romain enseigne la médecine à Huy, puis à Louvain où il professe aussi les mathématiques à l'université. En 1593, il publie Les idées mathématiques, première partie à propos de la méthode d'Archimède., donnant la valeur de π (il n'utilise pas cette notation) avec seize décimales dont la dernière est inexacte, dernière page de la préface (non numérotée), Romain donne 1 au lieu de 2 pour le dernier chiffre., soit au-delà de ce que Viète avait réalisé en 1579 dans son Canon mathématique.

Son ouvrage est dédié au père Clavius, dont il fait le plus grand éloge, ainsi qu'aux mathématiciens de son temps Michel Coignet affirme qu'Adrien Romain avait une estime particulière pour Coignet. Romain le dit ., Nicolas Peterseen et Simon Stevin. Il écrit plus tard de cette époque de sa vie :

Pendant ces premières années, Adrien Romain publie quelques traités d'arithmétique, aujourd'hui perdus. Il se lie d'amitié avec Ludolph van Ceulen, qui selon ses mots fut . Il forme de nombreux étudiants dont certains sont invités à relever le défi lancé dans les IdeaBernard Lordel, de Mouzon, Jean van den Weege, de Boxtel et Thomas Fienus, d'Anvers, étudiants de van Roomen en médecine, ainsi que Corneille Opmeer, de Delft, étudiant en droit s'intéressent également aux mathématiques ; parmi eux, seul Thomas Fienus (ou Fyens) acquit quelque notoriété . le cite abondamment ; il succède à Sturmus, ou Storms, à l'université de Louvain. En outre c'est un familier de Snell., d'Anvers, Corneille Opmeer de Delft, auxquels il rend ultérieurement hommage.

thumb|left|upright=0.7|En 1593, le prince-évêque Jules Echter von Mespelbrunn nomme Romain professeur de médecine à Würzburg.

En 1590, ayant gagné le titre de maître-es-arts et licencié de médecine, ., il fait éditer chez Jean Keerberg de Louvain son Uranographie, traité de vulgarisation de la cosmographie. En 1592, il occupe pendant six mois le poste de recteur. Parmi ses collègues et amis de Louvain, se trouvent le linguiste François Ravlenghien (Raphelengius, 1539-1597) et le médecin botaniste Charles de L'Écluse. Les troubles qui animent alors la Flandre, déjà déchirée par des guerres de religion, le poussent à fuir sous des cieux plus cléments..

Le dernier jour d'août 1593, il se voit confier par le très catholique Jules Echter von Mespelbrunn, duc de Franconie et prince-évêque de Würzburg, la chaire de médecine à l'université de cette ville, recréée dix ans plus tôt sous l'impulsion de celui-ci ; la nouvelle université est un fer de lance de la Contre-RéformeLa vocation théologique et philosophique de l'université de Würzburg lui coûte cher au siècle suivant, où elle prend du retard sur d'autres universités jésuites in François Cadilhon, Jean Mondot, Universités et institutions universitaires européennes au , Presses Universitaires de Bordeaux, 1999 , 158., elle compte déjà plus de Article de Le Paige, « Un astronome belge du Godefroid Wendelin », dans Ciel et Terre, , 57-66 affirme que Romain eut pour successeur à Louvain le professeur Jean Storms de Malines. Ce dernier ne semble pas avoir laissé une grande trace dans l'esprit de ses étudiants. Versificateur et aristotélicien, il borna son activité à rechercher des carrés magiques. se montre plus tendre pour Storms ou Sturmius, mais dénonce lui aussi son incapacité à mener une véritable école de mathématiques.. La même année il se marie avec Anna Steegh d'Amerfort, nièce de Godefroy Steegh, médecin ordinaire du prince. À l'été 1594, il est en Italie où, le , il obtient le titre de docteur en médecine à l'université de Bologne. ; la même année il publie la thèse d'un étudiant défendue sous sa présidencePaul Stromayr, d'Ingolstad, (Dissertation de médecine sur les humeurs), voir . et montre son érudition lors de la réception du docteur Henning ScheunemannHenning Scheunemann est un médecin allemand né vers 1570 à Halberstadt. Il étudie à partir de 1586 à l'université de Würzburg et est diplômé en médecine (1594), puis en philosophie (1596) sous la direction d'Adrien Romain.. thumb|upright=0.7|Romain dédie son ouvrage sur Archimède paru en 1597 à l'empereur Rodolphe II, qui a confirmé la refondation de l'université de Würzburg..

Dans une lettre de adressée au prince-évêque de Würzburg, son mécène, Romain décrit avec force louanges trois ouvrages dont il souhaite certainement lui voir financer la publication pour la lettre originale en latin et , , , , pour une traduction en français.. Pour le premier, un traité universel des langues, il ne prétend pas à l'originalité, contrairement aux deux autres consacrés aux mathématiques, le Summum geometriae cacumen (plus haut sommet de la géométrie) et lAstronomiae nova methodus (nouvelle méthode pour l'astronomie) :

Le Summum geometriae cacumen est consacré au calcul de l'aire du cercle et à la trigonométrie plane et sphérique, lAstronomiae nova methodus décrit de « nouvelles règles astronomiques et de nouvelles tables » ainsi que « la construction de tous les instruments d'astronomie ».. Aucun de ses ouvrages n'est publié, on ne trouve rien dans ses œuvres ultérieures au sujet de la linguistique et peu concernant l'astronomie, note 3..

En octobre 1594, Romain produit également son premier calendrier calculé selon l'ancien style et le nouveau, le Theoria calendariorumAdrien Romain, Examen des calendriers, dédié au prince Jules Echter., où il se nomme lui-même L'expression «Eques Auratus» (Chevalier émérite) fait référence aux chevaliers qui n'étaient pas admis dans les chapitres de la toison d'or mais dont l'armure ou les éperons étaient cependant dorés (selon Jean-Pierre Niceron, Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres dans la république 241 ), on retrouve ce renseignement héraldique sur la page des chevaliers du site blason-armoiries.org) ; elle signifie d'autre part « cavalier émérite », selon Paul Delsalle et Laurence Delobette, La Franche-Comté à la charnière du Moyen Âge et de la Renaissance (1450-1550), Presses universitaires de Franche-Comté, 2003, 184, , pour distinguer le chevalier des écuyers. Il semble également que le titre ait été un titre pontifical ; il a également pu être conféré par les empereurs germaniques (à partir du ) et donc avoir été conféré à Romain par l'empereur Rodolphe II..

Le défi d'Adrien Romain thumb|upright=0.7|Ludolph van Ceulen, mathématicien défié amicalement par Romain.

En 1595, par amitié pour le mathématicien épéiste et génial calculateur Ludolph van Ceulen, il fait publier un défi aux mathématiciens du monde entier (c'est-à-dire l'Europe), ., où il leur propose de résoudre une équation de degré 45, posée dans un langage propre à Stevin, et voisin de la Coss.

Ce défi ne s'adresse à aucun mathématicien français ; Guillaume Gosselin et Jacques Peletier du Mans sont morts, Maurice Bressieu est méconnu et Henri de Monantheuil est plutôt un médecin. Il est spontanément relevé par le maître des requêtes François Viète., qui en triomphe et donne immédiatement deux solutions, puis quelques jours après les 21 autres solutions positives, à 8 décimales prèsFrédéric Ritter, Étude sur la vie du mathématicien François Viète (1540-1603), son temps et son œuvre, , disponible sous forme de microfilm (87 Mi 1) auprès du CARAN..

Romain reçoit en retour du mathématicien - amateur - français un problème de géométrie réclamant de tracer un cercle tangent à trois cercles donnés. Ce problème, déjà connu d'Apollonius de Perge, se trouvait dans son traité (perdu) Des contacts. Romain y répond rapidement par une intersection avec une hyperbole auxiliaire et publie son résultat en 1596. Comme sa résolution ne respecte pas les règles de construction à la règle et au compas fixées par Euclide, Viète lui répond vers 1600 par la publication de son Apollonius gallus. Il en naîtra, semble-t-il, une réelle amitié entre les deux hommes.

Liste des mathématiciens du défi d'Adrien Romain.

Christophorus Clavius ; Guido Waldo (marquis del Monte) ; Jean-Antoine Magin de PadoueDenis Diderot, L'Encyclopédie, , . ; Grotius (père de Jean-Christophe Cornets van Groot) La traduction d'Archimède faite par Jean Cornets de Groot pour van Ceulen est évoquée sur Mac Tutor. ; Ludolph van Ceulen de LeydeArticle de Henri Bosmans, « Ludolphe van Ceulen » sur le site de l'université de Gand . ; Michel Coignet Article « Michel Coignet » sur Brunelleschi, Institut and museum of history of science . ; Nicolas Peterson ; Simon Stevin de Bruges ; Tycho Brahe ; Valentinus Otho ; Bernard Lordel de Mouzon ; Jans van den Weghe de Boxtal ; Thomas Fienus d'Anvers ; Cornelis van Opmeer de Delft, ses élèves ; ainsi que ses imprimeurs.

La polémique avec Scaliger