Vassili Andreïevitch Joukovski (en ; ), né le à Michenskoïe (actuel oblast de Toula) et mort le à Baden-Baden dans le grand-duché de Bade, est un poète, critique et académicien russe.

Il est considéré comme le précurseur du romantisme russe et son œuvre influença plusieurs représentants majeurs de la littérature russe comme Lermontov, Nicolas Gogol et Pouchkine.

Biographie Origines Seul fils survivant, mais adultérin, d'Afanassi Ivanovitch Bounine (Bunkovsky) (1716–1791), issu d'une des régions de Toula, Kalouga et Orel, de lointaine ascendance polonaise, et d'une domestique serveElle ne sera affranchie qu'en 1786, trois ans après la naissance du poète ; néanmoins, la loi russe d'alors rendait l'affranchissement rétroactif., Elizaveta Dementievna TourtchaninovaLittéralement, « descendante d'un Turc »., née (?) esclave turque sous le nom de Saliha (circa 1754 - 1811).

On ne sait rien de la jeunesse ni des originesRien ne laisse penser qu'elle ait été d'origine servile. de la mère du poète, fors qu'elle fut capturée par les Russes avec sa sœur Fatima († 1771) lors de la première prise de la forteresse de Bendery, où elle était, avec sa sœur, esclave attachée au harem du gouverneur turc de la ville. Les deux filles (elles avaient alors respectivement 16 et 11 ans) furent attribuées comme prises de guerre à un major allemand, lequel, en affaire avec le père de Joukovski à Kalouga, les remit en 1770 en règlement de ses dettes à Afanassi Ivanovitch Bounine qui les fit baptiser et affecter au service de son épouse, Marie Grigorievna (née Bezobrazova).

Fasciné par la beauté orientaleLe poète avait hérité du teint mat et des cheveux sombres de sa mère. d'Elizaveta, Afanassi Ivanovitch n'hésita pas à quitter le foyer familialIl avait déjà eu onze enfants, dont quatre avaient survécu... pour s'installer dans la maison d'en face, avec sa nouvelle conquête. C'est dans ce curieux contexte familial, si surprenant qu'il fit scandale à l'époque, que naquit le futur fondateur du romantisme russe.

Jeunesse Né bâtard, Vassili fut adopté, comme c'était la règle à l'époqueCf art. 93 du Code civil russe. En conséquence, le jeune Vassili Bounine fut désormais enregistré sous le nom de Vassili Andreïevitch Joukovski, reprenant jusqu'à l'otchesvo de son père adoptif., par un protégé de son père, un noble désargenté du nom d'Andreï Grigorievitch JoukovskiVivant totalement aux crochets du père du poète, il se révéla ensuite un excellent père d'adoption ; il fut son premier maître (d'école), lui enseignant les rudiments des mathématiques et la langue russe., qui, moyennant finances, lui donna son nom, sans pouvoir, aux termes de la loi, lui transmettre sa qualité. Le jeune garçon fut rapidement séparé de sa mère naturelle et élevé par Maria Grigorievna Bounina comme son filsIl semble que la vraie raison de l'« inconduite » apparente de Bounine était l'impossibilité d'obtenir un fils viable de son épouse légitime ; en effet, leur seul fils Ivan Afanassievitch (1762-1781) était mort peu avant la conception du futur poète….

La situation particulière de Vassili Andreïevitch, seul fils du noble Bounine, quoique né bâtard, émut finalement les autorités qui tolérèrent l'inscription en 1785 du jeune roturier en tant qu'enseigne au , grade qui lui conférait la noblesse viagère, qualité qui lui permit d'être enregistré dans la noblesse de la province de Toula et, en conséquence, de poursuivre des études au lycée et à l'université.

Inscrit au lycée de Toula, il en est finalement renvoyé à cause de ses échecs scolaires, et mis en pension chez sa demi-sœur et marraineSon père était décédé en mars 1791. Homme d'honneur, il avait réparti ses biens entre ses quatre filles légitimes, sans rien laisser à son bâtard, mais en le recommandant à sa femme. Et Vassili Andreïevitch/Afanassievitch était si apprécié par sa belle-mère et ses demi-sœurs que celles-ci se cotisèrent pour lui remettre une partie importante de l'héritage paternel. Barbara Afanassieva, épouse Iouchkov, où il est éduqué avec les enfants de sa sœur, recevant un enseignement de haut niveau, dispensé notamment par l'écrivain et ami de la famille, Théophylacte Gavrilovitch Paprovski.

C'est dans ce contexte familial que le jeune Vassili assista à de nombreuses répétitions et décida de devenir écrivain (1794).

Admis en 1797 à la , il y reçut l'influence de mouvements romantiques étrangers, notamment du Sturm und Drang allemand, mais surtout de Nikolaï Karamzine, introducteur du sentimentalisme en Russie et directeur de la revue Le Messager Européen, où Joukovski publie sa première œuvre en 1802, une traduction libre dElegy Written in a Country Churchyard de Thomas Gray qui propagea définitivement le style sentimentaliste en Russie et fut de ce fait le point de départ du romantisme russe. Il s'y lia durablement avec le futur homme d'état et critique littéraire Dmitri Dachkov (1784-1839) et le futur écrivain Alexandre Tourgueniev (1784-1846).

En 1808, il prend la tête de la revue sur la demande de Karamzine (très occupé par la rédaction des 12 volumes de lHistoire de l'État russe) et continue à répandre le romantisme mystique dans tout le pays. En 1815, il crée le cercle Arzamas ayant pour but la promotion du style romantique européen en Russie, dans la foulée de Karamzine. Ce club avait d'ailleurs pour membre un certain adolescent nommé Alexandre Pouchkine qui devint l'ami turbulent de Joukovski ; bien des choses les rapprochaient, ne serait-ce que des origines similaires, peu communes en Russie. Cette amitié resta indéfectible jusqu'à la mort de Pouchkine.

Œuvres majeures Vassili Joukovski est considéré comme le poète russe de référence pendant la décennie 1810-1820, avant l'avènement de Pouchkine. En 1812, lors de l'invasion de Napoléon, il se fit connaître par ses chants patriotiques écrits au front, notamment Un Barde dans le camp des Guerriers russes. Il composa aussi les paroles de l'hymne de la Russie impériale, « Que Dieu sauve le Tsar » inspiré de ses influences anglo-saxonnes.

En 1820, au moment de la parution de sa première œuvre majeure Rouslan et Ludmila, Pouchkine reçut l'adoubement de Joukovski qui lui offrit un portrait dédicacé comme suit : . Il continua néanmoins à traduire des ballades anglaises et allemandes, comme Lenore de Gottfried August Bürger à laquelle il procura un mètre nouveau, l'hexamètre dactylique. Il fut aussi un grand amateur de Schiller et s'essaya à quelques adaptations de ses ballades et un drame, Jungfrau von Orleans, basée sur la vie de Jeanne d'Arc. L'herméneutique russe eut donc pour précurseur Joukovski, qui par ce biais influença notamment Dostoïevski par l'étude approfondies des sentiments et de la psychologie des personnages des œuvres qu'il adaptait.

En 1826, il devint le tuteur du tsarévitch Alexandre et il toucha à la politique en défendant des mouvements comme celui des décembristes. En 1831, il publie les versions en vers de contes traditionnels russes, comme (en français : Comment les souris ont enterré le chat)., et Le conte du tsar Berendeï Le conte du tsar Berendeï sur rvb.ru., inspiré du conte Le Tsar de l'Onde et Vassilissa la très-sage. En 1833, il rédige les paroles du chant Molitva russkikh qui devient l'hymne national de la Russie impériale de 1816 à 1833. vignette|gauche|Buste à Baden-Baden

À la mort de Pouchkine, en 1837, il fut le publicateur de ses œuvres inachevées et les sauva de la censure. Il contribua à l'ascension du jeune Nicolas Gogol dans les années 1840, instaurant définitivement ce qui fut appelé le .

Il voyagea ensuite à travers toute l'Europe, comme le fit Karamzine en son temps. Correspondant avec les héritiers du Sturm und Drang, dont Goethe, il continua à adapter librement des œuvres et fut le précurseur du ballet russe lorsqu'il utilisa un hexamètre original dans la traduction d'Undine de Friedrich de La Motte-Fouqué.

Il mourut à l'âge de 69 ans en Allemagne et fut enterré à la Nécropole des artistes, un des carrés du cimetière attenant à la Laure Saint-Alexandre-Nevski de Saint-Pétersbourg.

Une partie des fonds de sa bibliothèque se trouve aujourd'hui à la bibliothèque de l'université de Tomsk.

Descendance vignette|La tombe du poète à la Nécropole des artistes, Laure Saint-Alexandre-Nevski Joukovski avait épousé en 1841 Elisaveta Evgrafovna von Reutern (1821-1856), fille de son ami le peintre Evgraf (Gerhardt) Romanovitch von Reutern (1794-1865). Il en eut deux enfants : Alexandra Vassilievna (1842-1912), baronne Seggiano puis baronne v. Wohrmann ; demoiselle d'honneur à la cour, elle épousa morganatiquementMariage dissous par le Saint Synode à la demande de l'empereur, qui s'opposait à cette union, à cause du statut ancillaire de la grand-mère paternelle d'Alexandra. en 1869 le grand duc Alexis Alexandrovitch (1850-1908), dont elle eut un enfant, le comte Alexis Belevski-Joukovski (1871-1932(?)), dont postérité. Pavel Vassilievitch (1845-1912), peintre et architecte. Resté célibataire.

Traductions LOdyssée

Notes et références

Voir aussi

Sources L'écrivain Henri Troyat a retracé dans son roman Le chant des insensés, paru en 1993, la destinée de ce poète déchiré entre sa proximité avec le pouvoir impérial et ses amitiés pour les écrivains russes libéraux de l'époque.

Articles connexes Une vie pour le tsar, opéra de Mikhaïl Glinka

Liens externes

Biographie de Joukovski (1783-1852)

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