Le procès des Médecins (« » ou « », - ) est un procès des médecins et fonctionnaires de l'État nazi accusés de crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Il s'est tenu devant le Tribunal militaire américain (TMA), à Nuremberg, agissant dans le cadre de dispositions internationales, dans la zone d'occupation américaine en Allemagne à l'issue de la Seconde Guerre mondiale.

Le procès s'ouvre le , quelques semaines après la fin du premier procès de Nuremberg qui avait jugé les principaux dignitaires du régime nazi devant un Tribunal militaire international (TMI). Sur les vingt-trois accusés, vingt sont médecins, et trois des fonctionnaires non-médecins. Ils sont poursuivis pour quatre chefs d’accusation : 1° conspiration ; 2° crimes de guerre ; 3° crimes contre l'humanité ; 4° appartenance à une organisation criminelle (en l'espèce, la SS).

Le procès dure 139 jours et s'achève le ; le jugement est rendu les et . Des 23 accusés, 7 sont acquittés, 9 sont condamnés à de longues peines de prison, et 7 sont condamnés à mort, et exécutés par pendaison le .

Les attendus du jugement incluent une liste de dix critères utilisés par les juges pour apprécier le caractère licite ou non des pratiques d'expérimentation médicale en cause. Cette liste est connue sous le nom de code de Nuremberg, référence majeure des textes ultérieurs — éthiques et juridiques — en matière d'expérimentation médicale, comme la déclaration d'Helsinki, notamment. vignette|Vue aérienne du palais de justice de Nuremberg, en 2009.

Contexte Le premier procès de Nuremberg, qui s'est déroulé du au , concernait principaux responsables du Troisième Reich. Les États-Unis lancent à sa suite douze procès touchant des professions ou corps particuliers. D'abord le procès des Médecins (dit aussi « second procès de Nuremberg »), puis celui des Juges. Les médecins étaient en effet la profession la plus « nazifiée » d'Allemagne (plus de 50 % des médecins sont alors membres du parti nazi, dans la SA ou dans la SS).. Les autres procès concerneront des hommes politiques, des militaires, des industriels et des diplomates.

Préparations Instruction La préparation du procès des médecins débute avant la fin du procès des dignitaires nazis. Dès la libération des camps de concentration, des équipes de médecins, juristes et agents de renseignement recherchent documents et témoignages sur l'expérimentation médicale nazie réalisée dans ces camps. Ce travail d'instruction est coordonné par le colonel Clio Straight, établissant une liste de 140 médecins et scientifiques impliqués dans ces expériences.

Les autorités alliées se lancent à leur recherche, et plusieurs responsables se suicident, soit avant leur capture comme Ernst-Robert Grawitz, soit avant leur procès comme Erwin Ding-Schuler ; d'autres ont pris la fuite comme Josef Mengele, ou étaient morts ou avaient été tués comme Sigmund Rascher. Quelques médecins sont interpellés à leur domicile ou sur leur lieu d'exercice comme Siegfried Ruff, arrêté en alors qu'il travaillait pour le compte de l'armée de l'air américaine. vignette|Robert Servatius, avocat de la défense, formule une objection devant le Tribunal militaire international de Nuremberg, le 9 décembre 1946.

Procédure La dévolution du procès au Tribunal militaire américain obéit à un accord international, l'Accord de Londres, signé, le , par les gouvernements américain, français, britannique et soviétique, « agissant dans l’intérêt de toutes les Nations unies », et qui établit la légalité des tribunaux d’occupation jugeant les criminels nazis sur leur zone d’occupation, seuls les crimes « non localisables » — ceux des dirigeants nazis, par excellence — étant renvoyés au Tribunal militaire international. La référence juridique du procès des Médecins est ainsi United States of America v. Karl Brandt, et al., bien que le jugement qui en est issu soit considéré comme une décision pénale de droit international.. Le tribunal statua selon la procédure américaine..

Contestation D'emblée, la défense dirigée par Robert Servatius, l'avocat de Karl Brandt, critique la procédure en dénonçant l'incompétence du Tribunal. Le , en conférence de presse, Servatius affirme que la Loi n°10 du conseil de Contrôle, celle qui donne le droit de juger les criminels de guerre à chaque puissance dans sa zone d'occupation, n'a été ratifiée par aucune instance allemande. C'est une loi édictée par les vainqueurs de l'Allemagne, il conclut : .

Accusés Le procès concerne finalement 23 accusés, dont 20 médecins. Il n'y a qu'une seule femme, Herta Oberheuser. Ils sont âgés de 35 à 62 ans. Tous ont adhéré au parti nazi sauf quatre (Schröder, Schaefer, Ruff, et Pokorny), une douzaine en étaient déjà membres en 1933. Dix sont membres des SS, et sur les vingt médecins, seize sont des militaires et quatre des civils. Tous plaident « non coupable ».

Parmi les médecins, on compte 4 chirurgiens :

Karl Brandt, autorité médicale suprême du , chargé notamment du programme , utilisé pour « euthanasier » les malades mentaux et les handicapés ; il est condamné à mort et exécuté le . Karl Gebhardt, né le , médecin de Heinrich Himmler ; en 1933, il est médecin chef de la SS, en 1936 directeur médical des Olympiades. Il resta jusqu'au bout un compagnon et conseiller fidèle de Himmler. Quelques jours avant la capitulation, en , à la suite du suicide de Grawitz, il est nommé président de la Croix-Rouge allemande.. Jugé pour avoir pratiqué des expériences sur les prisonniers des camps, spécialement les femmes de Ravensbrück surnommées les Lapins. Condamné à mort, il est exécuté le . Fritz Fischer, 35 ans, le plus jeune des accusés, assistant de Karl Gebhardt dans ses expériences sur les Lapins de Ravensbrück. Paul Rostock, chirurgien civil à Berlin et chef du conseil de science médicale et de recherche.

4 bactériologistes :

Siegfried Handloser, médecin-général, chef des services de santé de la Wehrmacht. Joachim Mrugowsky, médecin et chef de l'institut d'hygiène de la SS. Jugé pour expérimentation sur les prisonniers des camps. Condamné à mort, il est exécuté le . Gerhard Rose, vice-président de l'institut Robert-Koch, médecin commettant des sévices sur ses patients, condamné à la prison à vie. Il bénéficie d'une réduction de peine et d'une libération anticipée en Marie-Bénédicte Vincent, De la dénazification à la réintégration des fonctionnaires, in .. Oskar Schröder, médecin-général, chef des services de santé de la Luftwaffe.

4 chercheurs en médecine aéronautique :

Hermann Becker-Freyseng, chef du département de médecine aéronautique de la Luftwaffe. Hans-Wolfgang Romberg, médecin du Centre d'aéronautique expérimentale de Berlin. Siegfried Ruff, chef de la section médicale du Centre d'aéronautique expérimentale de Berlin. Konrad Schäfer, chercheur au Centre d'aéronautique expérimental de Berlin.

3 dermatologues :

Kurt Blome, scientifique ayant testé des vaccins sur des prisonniers de camp de concentration. Jugé pour extermination de prisonniers malades et expériences conduites sur des êtres humains, il est acquitté. Herta Oberheuser, médecin qui participe à l'injection de sulfamide à Ravensbrück. Seule femme à être jugée, elle est condamnée à vingt ans de prison. Adolf Pokorny, dermatologue, accusé d'avoir coopéré avec les programmes de stérilisation, acquitté qui consistait à rappeler le fait que la méthode de castration qu'il proposa dans une lettre n'était pas efficace.

2 médecins généralistes :

Karl Genzken, chef du service de santé des Waffen SS. Waldemar Hoven, médecin du camp de Buchenwald. Jugé pour avoir « euthanasié » massivement les déportés. Condamné à mort, il est exécuté le .

On trouve également :

Wilhelm Beiglböck, spécialiste de médecine interne. Helmut Poppendick, généticien, nommé médecin-chef du RuSHA (Office central pour la race et la colonisation), chargé de la sélection des SS et de leurs fiancées, pour le contrôle de leur descendance (sélection positive). Son rôle dans les crimes commis (sélection négative) en Pologne est mal défini. Condamné à dix ans de prison. Georg August Weltz, radiologue, directeur de l'Institut de médecine aéronautique de Munich.

Les 3 non-médecins sont :

Viktor Brack, codirige le programme « Aktion T4 » et s'implique directement dans la Shoah par l'aide à la création d'installation de gazage, reconnu coupable de crimes contre l'humanité, il est condamné à mort et pendu le dans la prison de Landsberg. Rudolf Brandt, juriste conseiller de Himmler. Wolfram Sievers, dirigeant de l'Ahnenerbe. Jugé pour ses expériences mortelles sur des humains. Condamné à mort, il est exécuté le .

L'acte d'accusation L'acte d'accusation est remis aux accusés le , en langue anglaise et allemandePhilippe Aziz 1975, op. cit., p. 185..

Les 23 accusés sont poursuivis pour quatre chefs d'accusation :

Intention commune et complot en vue de commettre les délits des deuxième et troisième chefs. Crimes de guerre dans les prisons du Reich, en violation des règlements de La Haye, des conventions de Genève, des lois et coutumes de la guerre, des lois des nations civilisées. Crimes contre l'humanité. Appartenance à la SS après le .

Les chefs d'accusation de crimes de guerre et crimes contre l'humanité visaient des faits identiques selon qu'ils avaient été commis contre des civils ou des combattants ; en pratique, dans les débats et dans le jugement, ils furent réunis en un seul (« crimes de guerre et contre l'humanité »).

Tous les accusés le sont au moins pour leur participation à l'organisation ou à la réalisation d'expérimentations médicales sur des êtres humains, notamment dans les camps de concentration. En ce qui concerne ce dernier point, dix crimes commis dans des camps de concentration sont retenus :

Les expériences à Dachau, mars-, sur la survie en haute altitude. Dachau, -, sur la survie en hypothermie. Dachau, juillet-, sur l'eau de mer potable. Dachau, -, sur une vaccination contre le paludisme. Buchenwald et Natzweiler, -, sur le typhus et autres maladies infectieuses. Sachsenhausen et Natzweiler, sur l'ictère infectieux (ancien nom des hépatites virales). Nombreux camps, durant toute la guerre, sur l'ypérite, différents poisons et bombes incendiaires (phosphore). Ravensbrück, -, sur les sulfamides, la régénération des os, muscles et nerfs. Auschwitz et Ravensbrück, -, sur la stérilisation de masse de personnes. Meurtre de 112 déportés pour une collection de squelettes ; et un projet de mise à mort de dizaines de milliers polonais tuberculeux.

Quatre accusés sont poursuivis en outre pour leur participation au programme d'« euthanasie » Aktion T4.

Dans sa conclusion, l'acte aborde la responsabilité spécifique des médecins SS dans les expérimentations humaines :« Décidés au plus haut niveau par la hiérarchie gouvernementale et militaire nazie, ces essais furent effectués comme une partie essentielle de la guerre totale. Ils furent ordonnés, approuvés, permis par des gens qui occupaient des postes d'autorité et qui, d'après tous les principes juridiques, avaient le devoir de connaître ces choses et de prendre des mesures pour y mettre fin ou les empêcher. »

Le tribunal vignette|Les quatre juges du Procès des médecins, de gauche à droite : Harold L. Sebring, Walter B. Beals (président), Johnson T. Crawford, et Victor C. Swearingen. Le procès débute le . Il se déroule dans la grande salle d'audience du palais de Justice de Nuremberg, là où ont été déjà jugés les dignitaires nazis, là où aussi ont été jugés les conjurés du complot du 20 juillet 1944, la tentative d'assassinat contre Hitler.

Le président est , 70 ans, président de la Cour Suprême de l'État de Washington. Il est assisté par (juge de Floride), (juge de l'Oklahoma), et d'un juge suppléant Victor Clarence Swearingen (juge du Michigan).

L'accusation est dirigée par le procureur général James McHaney, aidé de deux conseillers et quatre assistants.