vignette|Charnier des victimes juives des émeutes de Jaffa de 1921.
Les émeutes de 1921 en Palestine mandataire sont des événements sanglants qui se déroulent du au 7 mai de cette année. Elles commencent par une confrontation entre deux groupes de Juifs, l'un communiste, l'autre socialiste, puis elles dégénèrent en heurts entre Arabes et Juifs, qui se répandent dans d'autres localités de la Palestine mandataire.. Ces troubles causent la mort de 47 Juifs et 48 Arabes, 146 Juifs et 73 Arabes étant blessés.. C'est le deuxième conflit majeur entre Arabes et Juifs après les émeutes de Jérusalem de 1920.
Les événements Au cours de la nuit du 30 avril 1921, des militants du Parti socialiste des ouvriers, d'orientation communiste, répandent des tracts écrits en hébreu, yiddish et arabe qui appellent à l'unité des ouvriers juifs et arabes en vue d'une révolution socialiste pour renverser les oppresseurs. Ils finissent par des slogans communistes, dont « Vive la Palestine soviétique ! » et sont signés « Comité exécutif du Parti communiste de Palestine »... Le parti annonce aussi son intention de tenir une manifestation de Jaffa à Tel Aviv pour commémorer le Mai. Le matin du Mai, l'inspecteur de police Toufiq Bey al-Said se rend avec quelques policiers au siège du parti, devant lequel sont rassemblées une soixantaine de personnes, et les prévient que leur manifestation n'est pas autorisée. Les manifestants partent tout de même vers Tel Aviv à travers le quartier Al-Manshiyya de Jaffa, habité par des Juifs et des Arabes. Les policiers tentent, en vain, de disperser les manifestants, ainsi qu'un groupe d'Arabes hostiles aux communistes..
À Tel Aviv, le parti Akhdut HaAvoda, d'orientation socialiste, hostile à l'idée d'une Palestine soviétique, tient lui aussi une grande manifestation, autorisée, elle, par la police. Quand les deux colonnes se rencontrent, une bagarre éclate entre leurs membres. La police essaie de disperser les communistes. Une foule d'Arabes vient soutenir les policiers et des heurts violents se généralisent entre Arabes et Juifs, qui se répandent jusqu'à la limite sud de la ville.. Les communistes sont repoussés sur un terrain entre Tel Aviv et Al-Manshiyya. Plusieurs Arabes du quartier, armés de bâtons, vont à l'endroit où sont rassemblés les communistes. Il n'y a pas de heurts ici, mais les Arabes retournent à Al-Manshiyya et se livrent à un pogrom contre les habitants juifs..
Des dizaines de témoins britanniques, arabes et juifs relateront, plus tard, que des hommes arabes armés de bâtons, de couteaux, d'épées et, pour certains, de revolvers, pénètrent dans les maisons des Juifs, battent et tuent leurs habitants, y compris des enfants, et des femmes arabes les suivent pour piller les maisons. On attaque des Juifs dans les rues aussi, on détruit des maisons et des magasins appartenant à des Juifs..
Comme au cours des émeutes de Jérusalem de 1920, les agresseurs déchirent les édredons et les oreillers des victimes, en produisant des nuages de plumes. Beaucoup de témoins identifieront des agresseurs comme étant leurs voisins. Plusieurs témoins déclareront que des policiers arabes commettent eux aussi des atrocités. Néanmoins, certains Arabes défendent des Juifs et leur offrent de se réfugier chez eux. D'ailleurs, les dirigeants traditionnels des organisations arabes de Palestine se prononcent contre la violence.
Vers 13 heures et demie, une foule arabe attaque à Jaffa un foyer d'hébergement pour nouveaux immigrés, administré par la . Une centaine de personnes arrivées au cours des dernières semaines y habitent. Elles essaient de se barricader, mais sans succès, et beaucoup d'attaquants pénètrent dans le bâtiment. Les habitants du foyer se cachent dans diverses pièces. Des policiers arabes sont aussi présents. On relatera plus tard qu'ils tirent, non pas pour disperser la foule, mais vers le bâtiment. Dans la cour, un immigré est tué par une balle tirée par un policier à bout portant. D'autres sont attaqués au couteau ou avec des bâtons. Cinq femmes essaient de se sauver, alors qu'un policier tire dans leur direction. Trois d'entre elles sont sauves. Un policier essaie de violer deux femmes. Elles s'échappent, quoique le policier tire pour les en empêcher. Une fille de 14 ans et quelques hommes parviennent à sortir du bâtiment, mais ils sont poursuivis et tués.. Cette attaque des Arabes fait 13 morts et 26 blessés, tous juifs..
Le pogrom d'Al-Manshiyya continue jusqu'à ce qu'on y envoie un groupe de militaires britanniques qui y mettent fin..
La nuit est relativement calme, mais le 2 mai, les violences reprennent. À une ferme isolée d'Abou Kabir, un village près de Jaffa, trois membres de la famille qui détient la ferme sont massacrés, ainsi que trois écrivains qui y louent des chambres, parmi eux Yossef Haïm Brenner, l'un des pionniers de la littérature hébraïque moderne... vignette|Yossef Haïm Brenner
Des Juifs commencent à commettre des actes de vengeance en tuant des Arabes. Après les émeutes de Jérusalem de 1920, les Juifs ont formé une organisation paramilitaire de défense, la Haganah. Quand les émeutes de Jaffa éclatent, Peres Etkes, un architecte juif américain travaillant pour les autorités britanniques, transfère en secret des fusils de l'arsenal britannique de Jaffa à un groupe de membres de la Haganah.. Le 2 mai, ce sont surtout eux qui commencent à lancer des attaques de représailles contre les Arabes.
La journée du 3 mai est relativement calme.. Ce jour-là, le chef des autorités civiles britanniques de Palestine, le haut-commissaire Herbert Samuel, déclare l'état d'urgence, impose la censure de la presse et demande des renforts au général Edmund Allenby, gouverneur britannique de l'Égypte. Celui-ci envoie deux destroyers à Jaffa et un à Haïfa. Samuel rencontre les représentants des Arabes et tente de les calmer. Moussa Qazem al-Husseini, qui a été démis de la fonction de maire de Jérusalem à cause de son implication dans les émeutes de 1920, lui demande de suspendre l'immigration juive. Samuel est d'accord.. et les immigrants qui doivent arriver sur deux ou trois petits navires, ne reçoivent pas la permission de débarquer et sont contraints de retourner à Istanbul. Dans le même temps, le neveu de Moussa Qazem al-Husseini, Mohammed Amin al-Husseini, une figure centrale du nationalisme palestinien, est nommé grand mufti de Jérusalem.
Le 4 mai, à Jaffa, a lieu une rencontre entre dirigeants arabes et juifs qui s'engagent à calmer leurs communautés. Le 5 mai, le général , numéro deux de la direction des autorités civiles britanniques, convoque une assemblée plus grande de notables arabes et juifs de Jaffa. On y discute d'une proposition de proclamation à signer en commun pour calmer les esprits. Beaucoup d'Arabes présents ne sont pas d'accord et les parties en restent à l'engagement du jour précédent. vignette|Monument aux victimes de l'attaque de 1921 contre la colonie de Petah Tikva
Les dirigeants traditionnels des Arabes ne peuvent pas arrêter les attaques de ceux-ci. À leur tête, il y a des militants jeunes, adeptes de la violence.. La tension est présente pendant quelques jours encore à Jaffa, et les Arabes attaquent quelques colonies agricoles juives : Petah Tikva, Hadera, Rehovot et Kfar Saba. Samuel ordonne même des bombardements aériens contre les agresseurs. L'attaque la plus massive est perpétrée contre Petah Tikva, mais une unité britannique de cavalerie formée de soldats indiens intervient. 28 Arabes et quatre Juifs sont tués, 15 Arabes et 12 Juifs étant blessés. La colonie subit des dégâts importants. L'attaque contre Hadera a également pour résultat des dégâts et des pertes par pillage, mais il n'y a pas de victimes juives. Là, c'est un avion britannique qui fait fuir les assaillants.. Des troubles moins graves ont lieu à Hébron et à Ramla, où seules quelques familles juives habitent, qui sont protégées par des amis arabes..
Les émeutes de 1921 ont causé, au total, la mort de 47 Juifs et de 48 Arabes ; parmi les blessés, il y a eu 146 Juifs et 73 Arabes. Quelques femmes juives ont été violées. Les victimes juives ont été celles des Arabes et la plupart des victimes arabes, celles de la police et de l'armée britannique. On ne sait pas combien d'Arabes ont été tués par des Juifs.
Conséquences immédiates des émeutes Après la fin des émeutes, les autorités britanniques ont essayé de trouver les coupables et de les punir. Certains villages dont les habitants avaient participé aux violences ont dû payer des amendes et quelques personnes ont été jugées. Un Arabe a été condamné à 15 ans de prison. Trois Juifs, dont un policier, ont été condamnés en première instance pour avoir participé au meurtre d'Arabes, mais la Cour suprême les a acquittés, en admettant qu'ils étaient en situation de légitime défense. Quelques mois après les événements, trois Arabes ont été jugés pour le meurtre de Brenner, mais finalement acquittés faute de preuves. Toufiq Bey al-Said, qui avait démissionné de la police, a été assassiné dans la rue. L'auteur de l'assassinat n'a pas été trouvé..
Les dirigeants arabes ont soumis une pétition à la Société des Nations, dans laquelle ils affirmaient qu'en Palestine, il y avait assez d'Arabes ayant fait des études supérieures, donc compétents pour participer à l'institution d'une gouvernance parlementaire stable et représentative, en conformité avec les principes universels de l'autodétermination acceptés par la communauté internationale après la guerre mondiale..
Le 14 mai, le haut-commissaire Herbert Samuel a annoncé la suspension temporaire de l'immigration juive jusqu'à l'adoption d'une nouvelle législation et, dans un discours tenu le 3 juin, il a déclaré que l'immigration devrait être limitée en fonction du « nombre et des intérêts de la population locale »., dans la mesure où elle ne grevait pas l'économie du pays. Les dirigeants sionistes ont interprété cela comme une tentative d'amadouer les Arabes aux dépens des Juifs, et certains d'entre eux ont boycotté Samuel pendant quelque temps.
Samuel a institué une commission d'enquête dirigée par , président de la Cour suprême de Palestine.. Dans ses rapports, parus en octobre 1921, la commission a désigné les Arabes comme agresseurs pendant les émeutes et a durement critiqué la police de Jaffa pour son échec à arrêter les violences. De plus, elle a confirmé la participation de policiers arabes aux attaques contre les Juifs. Les rapports ont aussi conclu que « la cause fondamentale des émeutes de Jaffa et des actes de violence ultérieurs a été le sentiment de mécontentement et d'hostilité des Arabes envers les Juifs, engendré par des facteurs politiques et économiques, et lié à l'immigration juive... ». Elle a également critiqué les sionistes pour ne pas accorder d'attention aux intérêts légitimes des Arabes et parce que la Commission sioniste a « exercé une influence propre à exacerber plutôt qu'à concilier la population arabe de Palestine, et a ainsi contribué à provoquer les troubles. ».
Les esprits ne se sont pas totalement calmés. Le 2 novembre 1921, de nouveaux troubles se sont produits dans le quartier juif de Jérusalem, provoquant la mort de cinq Juifs et de trois agresseurs arabes..
Conséquences durables À la suite des émeutes de 1921, Tel Aviv s'est séparé administrativement de Jaffa, devenant une ville juive.
Les sionistes ont vu leur position consolidée et ont développé la milice Haganah..
Ni les dirigeants sionistes ni les dirigeants arabes n'ont fait d'efforts sérieux pour réconcilier les deux communautés. Les sentiments nationalistes se sont radicalisés encore plus..
Références
Annexes
Bibliographie
Articles connexes
Déclaration Balfour de 1917 Émeutes de Jérusalem de 1920 Émeutes de 1929 en Palestine mandataire Manifestations de 1933 en Palestine mandataire
Liens externes
Catégorie:Histoire palestinienne Catégorie:Histoire d'Israël Catégorie:Violence politique en Palestine mandataire Catégorie:Mai 1921