La flûte traversière est un instrument à vent de la famille des bois. Jusqu'au , elle était effectivement en bois, lequel a été peu à peu remplacé par le métal en Europe. Le terme traversière provient du jeu latéral du musicien par rapport à l'instrument.

La flûte traversière en ut est l'instrument éponyme de la famille des flûtes traversières ainsi que son instrument principal. La famille des flûtes traversières modernes est une famille d'instruments destinés à être joués dans un orchestre contemporain. Cependant, il existe un très grand nombre d'autres flûtes traversières (à jeu latéral) avec par exemple en Asie les bansurî, ryūteki et nōkan et en Europe les fifres. Le traverso est l’ancêtre de la traversière moderne, qui est encore joué selon les effets, la sonorité recherchés ou le répertoire exploré (baroque notamment).

Les plus anciennes flûtes traversières à nous être parvenues ont été découvertes en Extrême-Orient. Il s'agit notamment d'instruments en os datant du retrouvés en Chine. L'instrument s'implante et se généralise en Europe à la faveur de la renaissance du sous la forme d'un instrument en bois bouché par les doigts et devient un des instruments habituels de l'orchestre puis de l'opéra à partir du . Au , sous l'impulsion de Theobald Boehm, la flûte traversière devient un instrument en métal dont le doigté et l'ergonomie sont fixés et organisés par une mécanique comportant des clefs, des clapets (calotte munie d'un tampon) et des plateaux qui se substituent à la pulpe des doigts du musicien pour boucher les trous de la flûte, et lui donner accès aux trous dont l'écartement les met presque hors de portée de sa main.

La famille des flûtes, et particulièrement la grande flûte munie de ses clefs, compte avec le violon ou le piano parmi les instruments les plus véloces de l'orchestre.

En tant que flûte, suivant le système Hornbostel-Sachs de classification des instruments de musique, la traversière est un aérophone : c'est l'air lui-même qui constitue la matière sonore vibrante, et non le corps de l'instrument, ni une quelconque corde ou membrane. De plus, elle est considérée comme un des instruments à vent proprement dits, car l'air vibrant est contenu dans le corps de l'instrument, et le flux d'air produit par le souffle du musicien est mis en vibration parce qu'il se brise sur un biseau : l’arête du trou de l'embouchure dans le cas de la flûte traversière.

Dénomination et organologie

Lexique Le terme traversière est lié à la position de jeu de l'instrument par rapport à la bouche du flûtiste : la flûte « traverse » la bouche vers la droite, contrairement à la plupart des instruments à vent et à la flûte à bec en particulier.

Le nom de la famille des « bois » est un peu paradoxal . dans la mesure où la flûte traversière européenne est aujourd'hui le plus souvent en métal, parfois encore effectivement en bois, mais aussi (rarement) en cristal. De même, les saxophones, qui font aussi partie des bois, sont presque toujours en cuivre (sauf quelques saxophones des Andes qui sont en bambou), et certains instruments de la famille des cuivres sont pourtant faits en bois, comme le cornet à bouquin ou le didgeridoo australien. De même, d'autres « bois » sont encore ou ont été fabriqués dans des matériaux divers comme l'ivoire pour le hautbois baroque, la céramique (ocarina) ou le plastique (pour la flûte à bec des débutants).

Dans le passé , les « bois » étaient en effet presque toujours en bois, de même que les « cuivres » étaient le plus souvent faits en cuivre, ce qui explique leur appellation historique. . Aujourd'hui, ces deux familles se distinguent plutôt par leur mode de mise en vibration de l'air (puisque ce sont tous des aérophones) : pour les bois, le flux d'air soufflé entre en ondulation grâce à un biseau (flûtes), ou grâce à une anche (chalumeau) simple (clarinette, saxophone) ou double (hautbois, basson, bombarde…) ; pour les cuivres, ce sont les lèvres du musicien elles-mêmes qui mettent en vibration l'air émis, lesquelles se communiquent à la colonne d'air interne par le biais d'une embouchure en forme de petit entonnoir (dont l'instrument emblématique est la trompette).

La traversière parmi les autres flûtes La flûte traversière partage avec les autres aérophones (classe « 4 ») à air contenu (code « 42 ») de la famille des flûtes (« 421 ») la méthode de production du son : l'air soufflé en forme de ruban est mis en vibration parce qu'il se brise sur un biseau disposé à l'embouchure. Son fonctionnement est toutefois assez différent de celui des flûtes à bec : il est plus proche de celui de la quena et plus largement des flûtes à encoche (shakuhachi, xiao…), instruments pour lesquels c’est le musicien qui conduit directement au biseau le “pinceau” d'air qu'il forme lui-même en jouant de ses lèvres et de son souffle de façon adéquate ; car la flûte traversière, pas plus que les flûtes à encoche ou les flûtes de Pan, ne comporte de canal ou conduit d'insufflation (code « 421.1 ») pour assujettir et diriger le flux d'air comme c'est le cas des flûtes à bec.

Contrairement à la flûte traversière, les flûtes à encoche (à « bouche terminale ») ou à bec sont tenues droites, leur tuyau est ouvert aux deux extrémités : le musicien souffle à l'extrémité supérieure du tuyau munie d'une encoche ou d'un conduit. La flûte traversière, elle, est tenue horizontalement et latéralement : perpendiculairement à l'axe du corps du musicien, généralement sur sa droite ; elle est « à bouche latérale » (code « 421.12 ») : le musicien souffle contre le bord d'un trou percé sur le côté du tuyau, près d'une extrémité.Contrairement à la flûte de Pan, qui est dite polycalame, la flûte traversière ne comprend qu'un seul tuyau isolé (« 421.121 ») : elle est donc monocalame. L'extrémité proche de l'embouchure est fermée, mais l'autre extrémité est ouverte (« 421.121.1 »), contrairement aux flûtes globulaires en forme de récipient (comme les ocarinas), ou aux flûtes de Pan, qui sont presque toutes fermées. Enfin elle comporte, comme les flûtes à encoche et à bec, des trous de jeu pour les doigts (« 421.121.12 »), alignés avec le trou de l'embouchure, pour faire varier la longueur de la colonne d'air, donc la fréquence de vibration de l'air, et faire varier ainsi la hauteur du son afin de produire les notes désirées. Dans les flûtes traversières européennes modernes, les trous de jeu sont munis de clés et de plateaux pour faciliter les doigtés et la vélocité, ainsi que pour optimiser et rendre plus sûre la justesse des notes.

Toutes ces caractéristiques distinctives sont résumées dans l'index organologique de la flûte traversière pour le système de classification de Sachs et Hornbostel, à savoir « 421.121.12-7-1 », où les deux derniers chiffres « 7 » (= « trous de jeux ajustés ») et « 1 » (= « avec des clés ») sont des suffixes additionnels qui conviennent à la flûte traversière européenne moderne ; voir à ce sujet la section « Suffixes additionnels » de l'article cité précédemment sur la liste des aérophones dans le système Hornbostel-Sachs.

Histoire

Origine

La flûte traversière est d'abord mentionnée en Asie au Il s'agit d'une flûte en bambou à 6 trous « chíih » mentionnée dans une ode chinoise accompagnée d'un autre instrument ancien, le hsuan (-15 000 -10 000). Plusieurs mentions en sont faites en Asie. Un ensemble de flûtes datant entre -7 000 et -5 000 est découvert sur le site néolithique de Jiahu (centre de la Chine). Elles sont creusées de 5 à 8 trous et capables de produire divers sons sur plus ou moins d'une octave. La flûte traversière chinoise dizi apparaît vers -500 mais d'autres flûtes traversières ont coexisté en Asie, notamment des flûtes tch’e (-2 700 ans) et bansuri (-1200).

La plus ancienne représentation connue. est un bas-relief sur une urne funéraire étrusque de la nécropole de Palazzone (Pérouse), d'une tête d'homme jouant de cet instrument. Elle est datée du ou du avant l’ère commune (Antiquarium de Palazzone)... Plusieurs représentations existent de flûtes étrusques dont l'étude a permis une reconstitution d'instruments à perce cylindrique en albâtre de 45 cm de long, à 4 et 6 trous... S'il existe des sculptures romaines de la même époque, à partir de la Rome Impériale () ceux-ci lui préfèrent par la suite le plagiaulos, une variété de l'aulos grec avec un seul tuyau. Cet instrument également joué de côté possède des anches doubles. Les flûtes sont de type flûte droite et flûte de Pan.

La flûte traversière semble alors avoir été absente ou marginale en Europe jusqu'à sa réapparition au , peut-être à la faveur des échanges commerciaux entre Byzance et l'Orient. Témoins de sa réintroduction, elle est représentée sur une sculpture en ivoire du de Constantinople« Coffret à rosettes », Constantinople, fin du , os et ivoire, Museo Nazionale del Bargello, inventaire 26 Carrand., en 1066 sur le Psautier de Théodore, un livre de cantique compilé à Byzance et richement enluminée..

La première représentation connue en Europe occidentale apparaît dans l'Hortus deliciarum, à la faveur de la renaissance du XIIe siècle, en association avec la harpe, puis de façon régulière à partir du , notamment sur les vitraux et les statues de la cathédrale de Chartres (une douzaine d'occurrences de flûtes traversières), témoignant de sa généralisation. Les premières descriptions de l'instrument ne datent cependant que du , période à laquelle on l'appelait « flûte d'allemand » ou « flûte allemande ». Dans la seconde moitié du , Jean-Baptiste Lully introduit la flûte traversière dans l'orchestre d'opéra et à partir du , l'instrument se voit assigner une fonction importante de soliste, en raison de sa sonorité diaphane et de son agilité.

Moyen Âge Au Moyen Âge, la flûte traversière fait son apparition et les flûtes à bec nous viennent de l'Orient en passant par l'Europe Centrale.

Les premières flûtes qui se développent sont le flageolet et la flûte traversière.

Aux , la flûte conserve son aspect médiéval : une pièce en général, parfois deux pour les basses en sol, rarement pour les ténors en ré. Sa perce est cylindrique, elle couvre deux octaves et demi et est chromatique, en utilisant des doigtés en fourche. L'émission du ré # (ou mi bémol) pour les ténors en ré qui nécessite de boucher partiellement un trou est particulièrement délicate.

Les premières transformations majeures apportées à la flûte traversière seront dues à la famille française Hotteterre, durant la seconde moitié du . La perce de la flûte devient conique et l'instrument est divisée en 3 morceaux : la tête (avec l'embouchure), le corps (qui comporte les trous joués directement avec les doigts) et le pied (qui reçoit la clé). C'est une quasi-certitude que la famille Hotteterre est à l'origine de la clé de ré dièse-mi bémol, inventée vers les années 1660-1670, qui permet à la flûte traversière de produire tous les sons de l'échelle chromatique. Le la des flûtes signées Hotteterre conservées aujourd'hui est à environ 392 Hertz, p. 8 (Réflexions sur l'Essai de J. J. Quantz et sur la flûte traversière à une clef). Par ailleurs Jacques-Martin Hotteterre écrit en 1707 le premier livre à propos de la flûte traversière : Les Principes de la Flûte Traversière..

Par la suite, la flûte connait dans la première moitié du de nouvelles évolutions. Elle comprend à présent quatre parties, et le diapason du la le plus courant est à 415 Hz. Ce modèle est appelé modèle Quantz, ou modèle Stanesby en Angleterre et modèle Bizey ou Scherer en France.

De plus en plus de compositeurs écrivent pour la flûte, notamment Georg Philipp Telemann et Jean-Sébastien Bach. En 1728, Antonio Vivaldi est le premier compositeur à publier un recueil de concerti pour la flûte traversière (son op. 10) — le plus fameux est La Notte, pièce d'une grande originalité, à l'harmonie audacieuse.