L'Exposition internationale de 1937, officiellement Exposition internationale des arts et des techniques appliqués à la vie moderne, qui se tient à Paris du au , est la première exposition universelle organisée en France selon les règles de la Convention de Paris de 1928 sur les expositions internationales. C'est également le dernier événement de ce genre à avoir eu lieu à Paris et en France.
Organisation Préparation de l'Exposition vignette|center|upright=1.4|Panorama sur le site de l'Exposition de 1937 depuis le palais de Chaillot. Les pavillons du Troisième Reich (à gauche) et de l'URSS (à droite) se font face de part et d'autre de la tour Eiffel.
La loi du décide l'organisation d'une Exposition internationale à Paris. Le , Edmond Labbé est nommé commissaire général par le gouvernement français. Il a, parmi ses collaborateurs, Henri Giraud et Paul Léon. Edmond Labbé doit rassembler différentes propositions du Parlement français dans un projet d'exposition cohérent. Il choisit de démontrer que l'art et la technique ne s'opposent pas mais que leur union est au contraire indispensable : . Dans un contexte de crise économique et de tensions politiques internationales, l'Exposition de 1937 doit également promouvoir la paix : la couleur bleue doit dominer.
Le projet est, à l'origine, regardé comme modeste : l'Exposition s'installe principalement sur le Champ-de-Mars et dans les jardins du Trocadéro. Les terrains font l'objet de deux agrandissements successifs et s'étendent de l’esplanade des Invalides et du pont de l'Alma jusqu'à l'île aux Cygnes « L'Exposition internationale de 1937 à l'Île des Cygnes », résumé d'un article de Philippe Virat in Bull. Soc. hist. & arch. du arrondt de Paris – ., avec des annexes prévues aux portes de l'Ouest de Paris.
De l'avis des architectes modernes, la préparation de l'Exposition internationale pour 1937 avait été mal engagée, ce qu'avait exprimé Robert Mallet-Stevens en démissionnant du comité préparatoire. C’est l'arrivée au pouvoir du Front populaire qui relance la participation de l’avant-garde à cette manifestation, alors que le contexte politique international est préoccupant et que le retour à l’ordre stylistique triomphe. Mallet-Stevens, qui intervient pour soutenir à nouveau les tenants de l'architecture moderne au sein du comité d'organisation, se voit alors confier cinq pavillons. Outre deux pavillons significatifs de la politique du gouvernement : celui de la Solidarité nationale et celui de l’Hygiène, dont il organise l’accès par deux rampes majestueuses, le long de la Seine, trois autres bâtiments lui sont commandés par des établissements industriels et commerciaux : le palais de l'Électricité et de la LumièreLa lanterne présentée au sein du palais de l'électricité équipera le nouveau feu de Créac'h en 1939, qui devient alors le plus puissant du monde. C'est un feu à réguliers blancs , équipé en temps normal de de et pour les périodes de brume de à arc qui faisaient passer la puissance de de candelas., particulièrement spectaculaire la nuit, le pavillon du monopole des tabacs et allumettes (suivant affiche) et celui des Cafés du Brésil. Il conçoit également, avec les frères Jean et Joël Martel, le Signal des Ciments français, qui prolonge leur expérience des arbres en « ciment armé » de l’Exposition de 1925. thumb|center|upright=1.8|André Devambez, L'Exposition de 1937, vue de la tour Eiffel, 1937Huile sur toile, 217 x 189 cm., musée des Beaux-Arts de Rennes.
La plupart des bâtiments et aménagements sont temporaires, à quelques exceptions prèsParis, Exposition internationale des arts et techniques de 1937, base Mémoire de la Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, sur mediatheque-patrimoine.culture.gouv.fr. : le palais de Chaillot remplace l'ancien palais du Trocadéro, qui a été détruit en 1935 ; la tour Eiffel est modernisée par la suppression des arcades du premier étage et la pose d’un nouvel éclairage ; le palais de Tokyo est construit sur les terrains de la manutention militaire et de l'ambassade de Pologne ; celle-ci est démolie et l'hôtel de Sagan acheté par l'État français est offert à la Pologne en compensation. Le palais de Tokyo reçoit d'une part le musée d'Art moderne de Paris et le musée national d'Art moderne d'autre part, dont les collections étaient jusqu'alors exposées au palais du Luxembourg ; le palais d'Iéna, construit pour abriter le musée national des Travaux publics qui ferme seize ans plus tard faute de visiteurs, accueille ensuite le Conseil économique et social ; la largeur du pont d'Iéna est doublée, cette fois par une construction en dur.
En 1936, les mouvements sociaux nés du Front populaire entraînent de grands retards dans les travaux (sauf pour le pavillon de l'URSS) et de nombreux incidents sur les chantiers : grèves, blocages. L'ouverture est prévue symboliquement le , date importante pour un gouvernement de Front populaire. Tout retard ferait en effet l'objet de moqueries de la part de la droite. Le gouvernement cherche un homme énergique pour la faire respecter : il nomme Max Hymans comme nouveau commissaire général. Il faut payer des sur-salaires pour faire travailler les ouvriers le soir et le dimanche. Max Hymans remplit sa mission, ce qui contribue à former sa réputation d'homme énergique. Certains des bâtiments ne sont pas terminés. D'autres, appelés à durer, ne le seront qu'après l'Exposition, sans que le public ne le remarque, comme le palais d'Iéna, œuvre d’Auguste Perret, qui ne sera terminé qu'en 1946Le Palais d'Iéna deviendra le musée national des Travaux publics ; il est aujourd'hui le siège du Conseil économique, social et environnemental, après avoir été le siège de l’Assemblée de l’Union française, puis après 1958 celui de la Communauté française.. Le jour de l'ouverture, les deux pavillons principaux, qui se font symboliquement face de part et d’autre de la tour Eiffel, sont terminés et reçoivent la médaille d'or de l'Exposition : celui de l'Allemagne du Troisième Reich et celui de l'URSS. Mais finalement l'Exposition ouvre le , avec moins d'un mois de retard sur le calendrier prévu. Le Triomphe de la volonté de Leni Riefenstahl y est présenté en grande pompe et reçoit le prix du meilleur documentaire. vignette|center|upright=1.4|Vue sur l'Exposition universelle de 1937 à Paris.
Plan général de l'Exposition center|vignette|upright=3|190 pavillons répartis en divisions étaient disposés entre la pointe de l'île aux Cygnes et la place de la Concorde, à cheval sur la Seine. L'entrée d'honneur se faisait par la place du Trocadéro. Des annexes existaient boulevard Kellermann, place de la Porte-de-Saint-Cloud et porte Maillot, reliées par un service de tramwaysArchives L'Illustration..
États et territoires représentés Les États souverains, la France et ses colonies, ainsi que des territoires placés sous mandat, disposent chacun d'un pavillon, pour un total de 55 bâtiments. Les sections étrangères se répartissaient dans les jardins du Trocadéro, autour des fontaines, et de l'autre côté du pont de l'Alma, aux pieds de la tour Eiffel et jusqu'à l'avenue bordant l’École militaire. Les colonies françaises sont regroupées sur l'île aux Cygnes. Un pavillon du « Comité de la Terre d'Israël » intitulé « Pavillon d'Israël en Palestine » et un restaurant roumain sont également présents.
Principales réalisations françaises Palais et pavillons L'année de cette Exposition universelle est aussi celle des « grands travaux » de Robert et Sonia Delaunay, en même temps que celle des tensions sociales et internationales.
vignette|upright=1.4|Le palais de l'air. La France n'est pas plus novatrice que les autres pays, à l'exception de quelques réalisations comme le Palais de l'air et le Palais des chemins de fer décorés par Robert et Sonia Delaunay, ainsi que le Pavillon de la lumière de Robert Mallet-Stevens pour lequel Raoul Dufy réalise La Fée Électricité, considéré comme le plus grand tableau du monde jusque dans les années 1970, en hommage aux pionniers de l'électricité. Un disjoncteur de (record mondial de la puissance) a été installé devant la fresque..
Situé dans l'axe du champ-de-Mars, le pavillon de la lumière en ferme la perspective par un mur incurvé de six cents mètres carrés, dont la surface est recouverte de perles, ce qui permet, le soir, de projeter des films en Cinémascope dont le procédé est dû au professeur Henri Chrétien.
Léon Blum a voulu que l'avant-garde soit présente durant cette manifestation. Il confie la décoration du palais des chemins de fer et du palais de l'air à Robert et Sonia Delaunay à la condition qu'ils fassent travailler cinquante peintres chômeurs. L'entreprise, gigantesque, est constituée d'une peinture de pour le palais de l'air, et d'une composition de pour le palais des chemins de fer auxquelles s'ajoutent des bas-reliefs de couleur et un panneau de . Réunis dans un garage de la porte Champerret, les artistes ont vécu et travaillé en commun. Il y a notamment Jean Bertholle, Léopold Survage, Pierre Hodé, Roger Bissière, Jean Le Moal et Alfred Manessier.
Le pavillon de l'Éducation nationale était décoré d'une peinture de Gabriel Moiselet (1885-1961), L'Activité dans les écoles supérieures de jeunes filles, qui réalisa également le décor du Comité olympique.
Le Palais de la ville de Paris vignette|Escalier d’honneur du commissariat général de l’exposition, décor de Gaston Suisse., ferronnerie de Raymond Subes. vignette|Gaston Suisse, La Dinanderie (détail de l’ensemble)Dans cet ensemble, Gaston Suisse rend hommage aux artisans et aux artistes, qui par la qualité de leur travail assurent à la France un rayonnement international. On reconnaît dans cette évocation de la dinanderie. Au premier plan, le poisson vagues créé par René Lalique en 1922.. Sous la direction de l'architecte Charles HalleyCharles Halley, Programme d’aménagement du commissariat général dans le musée d’art moderne de la ville de Paris, quai de Tokyo, Travaux d’art, Paris, 12 octobre 1936, « Musées d'art moderne : achats de la ville de Paris (divers), correspondance, plans, etc » F/12/12180, Exposition internationale de 1937 à Paris, F/12/12114-F/12/13086, Fonds du Ministère du Commerce et Industrie, Archives nationales, Pierrefitte-sur-Seine.., chargé du Programme d’aménagement du commissariat général et des salons de réceptions de la ville de Paris, dans le palais de Tokyo, occupé actuellement par le musée d’Art moderne de la ville de Paris, Gaston Suisse, assisté de Jean Durand, réalisa un ensemble de laqués..
L’escalier d’honneur et la grande galerie de plus de , permettant d'accéder aux salons de réception où les officiels recevaient les personnalités, furent décorés d’un ensemble présentant « l’art et la technique » dans la France de 1937Exposition internationale des Arts et des Techniques dans la vie moderne, Paris 1937, Catalogue général officiel. Tome II. Catalogue par pavillons, Paris, 1937.. Pour ce travail, Gaston Suisse réalisa neuf ensembles qui, chacun, symbolisait un des thèmes abordés : les transports terrestres, intercontinentaux, la métallurgie, l’électricité, la technologie moderne, l’agriculture, le travail du bois, de la pierre, et l’artisanat d’art.
Les décors muraux des pavillons