Agnès Sorel, née vers 1422 et morte le au Mesnil-sous-Jumièges, est une demoiselle d'honneur d'Isabelle de Lorraine, épouse de René d'Anjou. Elle devient en 1443 la favorite du roi de France , à qui elle donne trois filles qui seront légitimées comme princesses de France et mariées à des grands seigneurs de la cour. Elle meurt avant l'âge de vingt-huit ans, après avoir donné naissance à une quatrième fille qui n'a pas survécuSelon notre calendrier actuel, donc avant le début de l'année médiévale 1450 qui commence à l'époque après Pâques L’étude scientifique des restes d’Agnès Sorel (1422-1450)..

Jeunesse Selon les historiens, Agnès Sorel serait née vers 1422, soit à Coudun, près de Compiègne en Picardie, soit à Fromenteau, paroisse d'Yzeures-sur-Creuse en Touraine..

Son père, Jean Sorel, ou Soreau, est châtelain et seigneur de Coudun. Il épouse Catherine de Maignelay, fille de Jean Tristan de MaignelayLa famille de Maignelay est originaire de Picardie. Jean II de Maignelay épouse au Isabeau de Wace, héritière du fief de Maignelay-Montigny. Son ancêtre, Pierre Tristan, aurait participé à la Bataille de Bouvines aux côtés du roi Philippe-Auguste. Catherine de Maignelay épouse Jean Sorel, seigneur de Coudun et lui donne cinq enfants, dont Agnès Sorel. La cousine d'Agnès, Antoinette de Maignelay, deviendra à son tour la favorite du roi à la mort d'Agnès. Elle épouse André, baron de Villequier et lui donne deux fils. La seigneurie de Maignelay passa ensuite aux familles des ducs d'Halluin, des comtes de Clermont-Lodève, des ducs de la Rochefoucauld, marquis de Maignelay, puis à la princesse Borghèse décédée en 1877., châtelain et seigneur de Verneuil-en-BourbonnaisLe fief de Verneuil-en-Bourbonnais appartenait au duc Louis II de Bourbon, fils d'Isabelle de Valois et beau-frère du roi , grand-oncle du futur roi ., et de Marie de JouySur la famille de Jouy, il y a peu de renseignements. L'historien Jean Lebeuf découvre un Guy de Jouy, seigneur de Jouy-en-Josas au . Il est suivi au par la famille d'Escoubleau de Sourdis. Puis la seigneurie est achetée par le célèbre docteur Antoine d'Aquin, premier médecin du roi . (Jean Lebeuf, Les Seigneurs de Jouy - Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, Vol. 8 1757)..

Agnès, issue d'une famille noble d'ancienne extraction, a quatre frères : Charles (né avant 1428), écuyer d'hôtel du roi ; Louis, écuyer ; André, chanoine à Paris (1452), et Jean, seigneur de Saint-Gérand. Certains membres de la famille ne sont pas inconnus des historiens : Geoffroy Soreau, son frère ou son cousin, plus probablement son oncle, fut évêque de Nîmes de 1450 à 1453, puis de Châlons de 1453 à 1503, et Jean de Maignelay, capitaine gouverneur de CreilComment la fille de Jean Soreau devint-elle Agnès Sorel ? Fut-elle mariée avec Regnaut de Sorel comme le dit Le Vasseur ?.

Issue donc de la petite noblesse, c’est en Picardie qu’elle reçut une éducation soignée. On pense qu'elle aurait vécu au château de Maignelay-Montigny et que, selon l'usage qui était d'envoyer les jeunes demoiselles parfaire leur formation dans la haute aristocratie, on la prépara à occuper à la cour la charge enviée de demoiselle de compagnie d'Isabelle, duchesse de Lorraine, reine de Sicile et femme du roi René, beau-frère de . Cette charge n'était pas convoitée pour les avantages matériels qu’elle procurait : Agnès Sorel, placée à la cour de Lorraine vers l'âge de quinze ans, ne recevait que dix livres par an, contrairement à d'autres demoiselles de cette cour, telle Catherine de Serocourt, cousine de Jean de Serocourt, capitaine de Tarascon, qui se voyait octroyer la somme de quinze livres tournoisAuguste Vallet de Viriville, « Recherches historiques sur Agnès Sorel », Bibliothèque de l'École des chartes, XI, 1849, . Elle lui était destinée dès son plus jeune âge du fait de sa naissance et des recommandations dont elle bénéficiait.

Selon les commentateurs, qui s'appuient sur les chroniques de Monstrelet ou de Jean Chartier, la rencontre entre la jeune femme et le roi, impressionné par sa beauté, a lieu à Toulouse le , lorsque Charles reçoit en grand cérémonial son beau-frère René et Isabelle de Lorraine dans la suite desquels Agnès paraît pour la première fois, ou bien à Saumur en .Gaston du Fresne de Beaucourt, « Histoire de », Librairie de la Société bibliographique, M. Tardieu, 1881, tome 3, ..

À la cour vignette|gauche|upright|Portrait de , par Jean Fouquet, vers 1445 ou 1450, musée du Louvre. vignette|upright|Portrait d'Agnès Sorel d'après Jean Fouquet, collection particulière.

Le roi de France, , de vingt ans son aîné, la fait entrer au service de la maison angevine en 1444 pour la rapprocher de lui. Officiellement, elle est demoiselle de la maison de la reine Marie d'Anjou.

Après avoir cédé à la cour de , elle passe au rang de première dame officieuse du royaume de France puis gagne rapidement le statut de favorite officielle, ce qui est une nouveauté : les rois de France avaient jusque-là des maîtresses mais elles devaient rester dans l'ombre. a d'ailleurs eu d'autres maîtresses, mais elles n'ont pas eu l'importance d'Agnès Sorel.

C'est durant le séjour de à Nancy, capitale du duché de Lorraine, lors de fêtes royales vers la fin de l'année 1444, que le roi joute pour sa belle lors d'un tournoi. Il affiche à cette occasion sa maîtresse officielle qui fait sensation en apparaissant le dernier jour revêtue « d'une armure d'argent incrustée de gemmes ».

Son art de vivre et ses extravagances rejettent la reine dans l’ombre. Les voiles et autres guimpes sont abandonnés. Elle , qualifié de « ribaudise et dissolution » par quelques chroniqueurs religieux de l’époque. De vertigineuses pyramides surmontent sa coiffure. Des traînes allant jusqu’à huit mètres de long allongent ses robes bordées de fourrures précieuses : martre ou zibeline. Elle met à la mode chemises en toile fine, colliers de perles. Elle traite sa peau avec des onguents faisant office de peeling, une crèmeCrème à base de bave d'escargot, de cervelle de sanglier, de fiente de chèvre, de pétales d'œillets rouges et de vers de terre vivants. Source : . contre les rides tous les matins et des masques au miel pour la nuit. Elle se maquille avec un fard à base de farine et d'os de seiche pilés qui lui donne un teint d'albâtre très prisé à l'époque, se met du rouge à lèvres à base de pétales de coquelicots, ce qui est condamné par les prédicateurs du Moyen Âge. Elle se fait épiler les sourcils et les cheveux sur le haut du front, ce dernier étant devenu le pôle érotique du corps de la femme à cette époque. Il ne s'agit pas de la « mode florentine » pour se donner un front plus bombé, mais pour équilibrer ses traits car elle a de très grands yeux disproportionnés par rapport à son visage. Rien qu’en 1444, le roi lui offre vingt mille six cents écus de bijoux dont des diamants taillés dont elle est la première à parer sa coiffure si l'on en croit les chroniqueurs de l'époque.. vignette|upright|Portrait d'Agnès Sorel datant du , musée des Beaux-Arts d'Angers.

Pour se procurer ces atours précieux, elle devient la meilleure cliente de Jacques Cœur, marchand international (qui importe du Levant des étoffes de luxe inédites en Europe en contrevenant aux prescriptions de l'Église) et argentier du roi, qui a amassé des trésors dans son palais de Bourges. Elle consomme de grandes quantités d'étoffes précieuses et toutes les femmes de la cour l’imitent.

Agnès Sorel sait jouer de son influence auprès du roi. Elle lui impose ses amis ou s'acquiert la faveur des conseillers de la Couronne, qui voient en elle le moyen de s’assurer la bienveillance royale, tels Pierre de Brézé, Étienne Chevalier, Guillaume d'Estouteville, Guillaume Cousinot, Prigent VII de Coëtivy ou Jacques Cœur. C’est grâce à ces manœuvres que le roi, en l'espace de quelques mois, lui octroie les fiefs de Beauté (d’où le surnom bien connu de « Dame de Beauté »), Vernon, Issoudun, Roquesezière et lui offre le domaine de Loches. Elle y fait aménager le château qui surplombe la ville.

Le dauphin Louis, futur , ne supporte pas la relation d’Agnès avec son père. Il estime que sa mère est bafouée et a de plus en plus de mal à l'accepter. Un jour il laisse éclater sa rancœur et poursuit, l’épée à la main, l’infortunée Agnès dans les pièces de la maison royale. Pour lui échapper, elle se réfugie dans le lit du roi. , courroucé par tant d’impertinence, chasse son fils de la cour et l’envoie gouverner le Dauphiné.

Vie avec le roi Agnès Sorel a plusieurs enfants avec le roi. Elle dispose de plusieurs demeures où elle vit avec ses suivantes : à Razilly près de Chinon, dans sa résidence de Loches (le logis Royal de Loches), à Beaulieu la ville voisine de Loches où elle s'installe au château ouvert de Courcelles (Loiret), à Dames près de Mehun-sur-Yèvre. Croyante, elle fait régulièrement des pèlerinages et des offrandes à l'Église, favorisant les chanoines de Loches. Elle donne au roi trois fillesLa quatrième fille est morte à la naissance , les « bâtardes de France » (puisque nées hors mariage), mais qu'il légitime et qu'il dote richement, par ordre de primogéniture :

Marie de Valois (1444-1473), mariée en 1458 à Olivier de Coëtivy, sire de Coëtivy et de Taillebourg et sénéchal de Guyenne ; Charlotte de Valois (1446-1477), mariée en 1462 à Jacques de Brézé, sénéchal de Normandie, et qui est assassinée par lui quelques années plus tard d'un coup d'épée entre les épaules pour avoir été surprise dans les bras de son amant à quelques pas du lit conjugal. Leur fils Louis de Brézé épousera Diane de Poitiers ; Jeanne de Valois (1448-1467), née à Beauté-sur-Marne et mariée par Louis XI à Antoine de Bueil, comte de Sancerre et chancelier du roi ; Une fille née prématurément le et morte le même jour au manoir du Mesnil près de Jumièges en Normandie.

Ces naissances font écrire aux moralistes Thomas Basin et Jean Jouvenel des Ursins qu’Agnès est responsable du réveil sensuel de . Ils jugent sévèrement sa liberté de mœurs et l’accusent de faire de ce roi « chaste » un roi débauché, entièrement soumis à ses maîtresses.

Mort vignette|upright|Sculpture de marbre blanc d’après le masque mortuaire d'Agnès Sorel conservé à l'hôtel Lallemant à Bourges. Sitôt installée par Charles au manoir de la Vigne au Mesnil-sous-Jumièges près de Rouen, elle est soudainement prise d'un « flux de ventre » selon Jean Chartier, chroniqueur officiel de la cour, et meurt en quelques heures le , recommandant son âme à Dieu et à la Vierge Marie et rappelant l’indulgence absolutoire in articulo mortis (à l’heure de la mort). accordée par le pape Nicolas V.. Elle venait de donner naissance à un enfant prématuré de sept mois, sa dernière fille, qui meurt rapidement après sa naissance.

Elle est âgée de vingt-huit ans, et meurt officiellement d'une infection puerpérale.. Elle a le temps de léguer ses biens à la collégiale de Loches pour que des messes y soient dites pour le repos de son âme, à l'abbaye de Jumièges où est déposé son cœur, ainsi qu'aux membres de sa famille et au roi à qui elle lègue ses bijoux.

Sa mort est si rapide qu'on soupçonne un empoisonnement. On accuse même Jacques Cœur, désigné comme exécuteur testamentaire, de l'avoir fait assassiner, mais c'est l'un des rares chefs d'inculpation dont il est lavé lors de son procès peu après la mort d'Agnès. Les soupçons se portent alors, et jusqu'au , sur le dauphin, futur Louis XI, ennemi du parti qu’elle soutenait..