Le trouble d’anxiété sociale (TAS)., ou phobie sociale (PS), est une forme de troubles anxieux défini récemment (1980 aux États-Unis) et classé parmi les troubles psychiatriques les plus fréquents. Il correspond à ce qu'on appelle communément une timidité handicapante.
Historique Des écrits de la tradition antique hippocratique indiquent des formes d'anxiété sociale cité dans .
L'expression « phobie des situations sociales » apparaît dans le cours des années 1900T Haustgen « À propos du centenaire de la psychasthénie (1903): Les troubles obsessionnels-compulsifs dans la psychiatrie française: revue historique » [] Annales médico-psychologiques 2004;162(6):427-440. .. Dans les années 1930, des psychologues ont utilisé le terme de « névrose sociale » pour décrire les patients extrêmement timides. À la suite des travaux de Joseph Wolpe sur la désensibilisation systématique, les recherches sur les phobies et leurs traitements augmentent. L'idée que la phobie sociale est une entité à part des autres phobies est à mettre au compte du psychiatre britannique durant les . Cette idée acceptée par l'association américaine de psychiatrie (AAP), a été officiellement incluse dans la troisième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (1980). La définition de la phobie a été revue dans l'édition suivante en 1989, afin de permettre une comorbidité avec le trouble de la personnalité évitante et d'introduire une nouvelle notion de « phobie sociale généralisée » Furmark, Thomas. . Consulté le 21 février 2006..
L'attention pour ces troubles a augmenté depuis 1999 avec la mise sur le marché de médicaments antidépresseurs ISRS et IRSNa.
La phobie sociale est devenue un des troubles psychiatriques les plus fréquemment diagnostiqués, on considère que 12 % des Américains ont pu en souffrir à un moment dans leur vie.
Symptômes La phobie sociale est caractérisée par une peur intense qui survient dans une ou plusieurs situations sociales. Schneier, « », , 7 septembre 2006. et qui entraîne une gêne et un handicap dans la vie quotidienne. Ces peurs peuvent être déclenchées par le fait d'être observé par les autres ou de penser qu'on l'est. Les patients craignent d'être vus comme anxieux, bizarres, distants, repoussants ou au contraire trop attirant, trop gros, handicapés, porteurs d'une maladie contagieuse ou pouvant supposer l'être, ou idiots. Même si ces peurs sont reconnues excessives et irrationnelles par la personne, il lui est très difficile de les surmonter. Les situations sociales sont donc progressivement évitées ce qui aggrave progressivement le trouble et entraîne un isolement.
Certaines personnes souffrant de phobie sociale ont peur de nombreuses situations sociales alors que ces difficultés sont limitées aux situations de performance chez d'autres (situation où l'on est jugé ou évalué par les autres). On parle alors de « phobie sociale de performance ».
Contrairement à d'autres troubles psychiatriques, on ne retrouve pas d'idées de persécution. Ces patients sont particulièrement vulnérables à d'autres troubles mentaux comme la dépression, les dépendances.
Les symptômes physiques qui accompagnent la phobie sociale sont : le fait de rougir ou de transpirer excessivement, des tremblements, des palpitations et des nausées. Un bégaiement peut être présent associé à un débit verbal rapide. Des attaques de panique peuvent apparaître lors de peur intense.
Souvent, la phobie sociale apparaît précocement. La moitié des patients l'ont développé avant l'âge de 11 ans et 80 % avant l'âge de 20 ans. Un diagnostic précoce pourrait aider à diminuer les symptômes et le développement de problèmes associés.
Aspects cognitifs Dans les modèles cognitifs de phobie sociale, les patients redoutent la manière dont ils vont être perçus par les autres. Ils sont excessivement focalisés sur eux-mêmes et ont des attentes très élevées. D'après la théorie de l'auto-présentation développée en psychologie sociale, les patients essayent de créer une image positive d'eux mais sont incapables de le faire. Ils peuvent devenir extrêmement consciencieux, faire excessivement attention à toute erreur ou tout problème qui pourrait arriver et tentent de tout anticiper.
Après l'épisode angoissant, ils peuvent avoir la perception qu'ils ont été mauvais. Par la suite, ils vérifieront tout ce qui pourrait être anormal ou embarrassant. Ces pensées, qui peuvent durer plusieurs semainesShyness & Social Anxiety Treatment Australia Social Phobia, sont souvent pessimistes, auto-défaitistes et infondées. Les patients interprètent souvent une expression neutre ou ambiguë de manière négative. De nombreuses études suggèrent que les personnes anxieuses se souviennent plus des souvenirs négatifs que les autres personnes. Les distorsions cognitives sont une caractéristique principale de ce trouble. Elles sont identifiées et assouplies en thérapies cognitivo-comportementales.
Symptômes physiologiques Ils sont communs aux troubles anxieux, et peuvent aller jusqu'à l'attaque de paniqueeNotes. . Consulté le 22 février 2006.. Ils appartiennent au registre de la réponse physiologique combat-fuite : une tachycardie ; une transpiration ; une hyperventilation ; une oppression thoracique ; des difficultés respiratoires ; un rougissement ; des douleurs abdominales ; des nausées ; des tremblements ; un bégaiement ; des larmes.
Aspects comportementaux Les symptômes alimentent un cercle vicieux, car ils peuvent confirmer le vécu des patients et ainsi renforcer leur anxiété.
Évitement Pour éviter ces désagréments, les patients évitent ces situations, ce qui empêche cette réponse physiologique, mais a tendance à les sensibiliser à aggraver leurs troubles à plus long terme. Ainsi, ils choisissent de s'isoler progressivement de la société.
Ils peuvent également se sentir mal à leur aise lorsqu'ils rencontrent de nouveaux individus et agir d'une manière distante lorsqu'ils sont en groupe.
On parle de comportements évitants mineurs lorsqu'un individu tente d'éviter tout contact visuel. ou qu'il croise les bras pour éviter d'exposer un tremblement.
Aspects émotionnels Les effets physiologiques, similaires à ceux diagnostiqués dans d'autres troubles anxieux, sont présents chez les individus souffrant de phobie sociale. Chez les adultes, elles peuvent causer des pleurs.
Diagnostic Critères diagnostiques Ils sont définis par le DSM -TR :
A. Peur persistante et intense d'une ou plusieurs situations sociales ou bien de situations de performance durant lesquelles le sujet est en contact avec des gens non familiers ou bien peut être exposé à l’observation attentive d’autrui. Le sujet craint d’agir (de montrer des symptômes anxieux) de façon embarrassante ou humiliante.
B. L'exposition à la situation sociale redoutée provoque de façon quasi systématique une anxiété qui peut prendre la forme d’une attaque de panique liée à la situation ou bien facilitée par la situation.
C. Le sujet reconnaît le caractère excessif ou irraisonné de la peur.
D. Les situations sociales ou de performance sont évitées ou vécues avec une anxiété et une détresse intenses.
E. L'évitement, l'anticipation anxieuse ou la souffrance dans la (les) situation(s) sociale(s) ou de performance perturbent, de façon importante, les habitudes de l'individu, ses activités professionnelles ou scolaires, ou bien ses activités sociales ou ses relations avec autrui, ou bien le fait d'avoir cette phobie s'accompagne d'un sentiment de souffrance important.
F. Chez les individus de moins de 18 ans, la durée est d'au moins 6 mois.
G. La peur ou le comportement d'évitement n'est ni lié aux effets physiologiques directs d’une substance (p. ex., une substance donnant lieu un abus, un médicament), ni à une affection médicale générale et n'est pas mieux expliqué par un autre trouble mental (p. ex., trouble panique avec ou sans agoraphobie, trouble anxiété de séparation, peur d'une dysmorphie corporelle, trouble envahissant du développement ou personnalité schizoïde).
H. Si une affection générale ou un autre trouble mental est présent, la peur décrite au point A est indépendante de ces troubles : par exemple, le sujet ne redoute pas de bégayer, de trembler dans le cas d'une maladie de Parkinson ou de révéler un comportement alimentaire anormal dans l'anorexie mentale (Anorexia nervosa) ou boulimie (Bulimia nervosa).
Des discussions ont eu lieu concernant les études psychologiques menées et sur le diagnostic officiel de la phobie sociale. Le psychologue Ray Crozier explique qu'il est difficile de distinguer si un patient interrogé accède aux critères exposés dans le DSM--R ou bien s'il souffre d'une simple timiditéCrozier, ..
Sous-groupes On a montré l'existence d'un sous-groupe auquel est associée une plus grande impulsivité et plus de comportements à risque, comme des suicides.
Controverses Le diagnostic de phobie sociale a fait l'objet de controverses notamment autour de la question du rôle qu'a tenu l'industrie pharmaceutique dans sa constitution en 1999.. Les anglophones évoquent ce scepticisme sous l'expression de (surdiagnostic, voire invention de maladie). Le diagnostic de phobie sociale reste un diagnostic à étudier sur le long terme quant à sa validité autre que pour la délivrance de psychotropesChristopher Lane, Comment la psychiatrie et l'industrie pharmaceutique ont médicalisés nos émotions, Flammarion, , 2009..
Échelles d'évaluation Inventaire de phobie sociale.; , SPAI-B ;
Comorbidités La phobie sociale est souvent associée à d'autres pathologies psychiatriques. 66 % des patients ont au moins un autre trouble psychique associé.
Dépression La dépression est fréquemment associée. Elle serait entre 1,49 et 3,5 fois plus fréquente dans la phobie sociale. Ceci pourrait être causé par un manque de relations personnelles et aux longues périodes d'isolement causées par l'évitement des situations sociales.
Dépendances Pour limiter ces effets désagréables, les patients peuvent parfois chercher à diminuer leur anxiété en consommant des drogues comme l'alcool. 20 % des patients atteints souffrent ainsi d'alcoolodépendance. A contrario, d'autres études montrent que la phobie sociale (PS) n'est pas associée ou est même protectrice contre les problèmes d'alcoolodépendance Alfano CA & Beidel DC, , 2011, 310 .. Les patients qui souffrent à la fois d'alcoolodépendance et de PS sont plus à risque de rechuter. L'alcool pourrait aider au départ mais entraîner des difficultés lors de prise massive ou de syndrome de sevrage. Le même phénomène semble aussi exister avec les benzodiazépines.
Troubles anxieux D'autres troubles anxieux peuvent être associés, comme le trouble anxieux généralisé Sanderson, William C.; DiNardo, Peter A.; Rapee, Ronald M.; Barlow, David H. « Syndrome comorbidity in patients diagnosed with a DSM-—R anxiety disorder » Journal of Abnormal Psychology 1990;99(3):308-312. , le trouble de la personnalité évitante avec des taux de comorbidité entre 25 % et 89 %.
Difficultés relationnelles D'autres troubles peuvent entraîner des difficultés relationnelles notamment à cause de déficits de théorie de l'esprit ce qui n'est habituellement pas le cas chez les patients PS. Si ces troubles sont mieux expliqués par un trouble du spectre autistique comme le syndrome d'Asperger, on ne peut pas poser le diagnostic de PS. Cependant, 28 % de ces patients présentent les symptômes de ces deux troubles. Le handicap est plus important chez les patients qui ont un désir d'avoir des relations sociales mais qui sont conscients de leurs difficultés relationnelles.
Trouble bipolaire et TDAH