Le diocèse de Limoges (en latin : « ») est un diocèse de l'Église catholique en France. Le siège épiscopal est à Limoges.
Érigé au , il est le diocèse historique du Limousin. Depuis 1822, il correspond aux territoires des départements de la Creuse et de la Haute-Vienne.
Jusqu'en 2002, il était suffragant de l'archidiocèse de Bordeaux et relevait de la province ecclésiastique du même nom. Depuis lors, il est suffragant de l'archidiocèse métropolitain de Poitiers, et relève de la province ecclésiastique du même nom, qui comprend les diocèses d'Angoulême, La Rochelle et Saintes, Poitiers, Limoges et Tulle.
En 2023, il y a 28 diacres dans le diocèse de Limoges.
Depuis , l'évêque est Benoît Aubert.
Histoire Les origines du diocèse vignette|gauche|125px|Statue de saint Martial à Limoges.
Le diocèse de Limoges tient ses origines du , où saint Martial a entrepris d'évangéliser les Lémovices de la région d'« Augustoritum », future Limoges. Il est considéré comme le fondateur de l'Église d'Aquitaine et saint patron du diocèse. C'est Aurélien qui lui aurait succédé. Au sud, la ville de Brive est évangélisée par saint Martin de Brive, dit « l'Espagnol ». Cependant, le christianisme a eu du mal à s'implanter dans la région, et elle ne fut complètement christianisée qu'à la fin du .
À cette époque, le Limousin dépendant de l'Aquitaine était soumis au pouvoir des Wisigoths, barbares romanisés convertis au christianisme mais professant l'arianisme. En l'an 507, après la victoire de Clovis sur les Wisigoths à Vouillé, la région passa sous domination des Francs.
Un territoire d'ermites et d'abbayes L'époque mérovingienne fut marquée en Limousin par l'essor de l'érémitisme. De nombreux hommes venus du nord de la Gaule et parfois des îles Britanniques s'installent en Limousin pour vivre seuls et en prière. Leur réputation de sainteté attire des gens, formant ainsi des noyaux de bourgs : Saint-Junien, Saint-Victurnien, Saint-Marien (Évaux-les-Bains), Saint-Léobon (Le Grand-Bourg). Leur présence entraîne un culte posthume de ces hommes autour de leurs tombeaux.
D'autres clercs fondèrent des abbayes comme Aredius à Attane vers l'an 570, Éloi de Noyon à Solignac en 632 aidé par l'évêque Loup, et avec l'appui du roi ou encore Pardoux à Guéret.
La cité de Limoges paraît avoir joué un rôle important sous les ducs du , puis sous les rois d'Aquitaine. Sous la domination des Carolingiens, les souverains marquent un intérêt certain pour le Limousin et notamment l'abbaye Saint-Martial de Limoges.
Le voit la création de nombreuses abbayes : Beaulieu en 860 par Rodolphe de Turenne ; les chanoines de l'abbaye Saint-Martial de Limoges adoptèrent la règle bénédictine en 848, comme l'abbaye féminine de la Règle à la même époque. Sur les tombeaux des saints ermites comme Saint-Junien, Eymoutiers (Saint-Psalmet), Saint-Léonard furent créés des collèges de chanoines chargés du culte de leurs saints patrons.
Le territoire passe en 927 sous l'autorité des comtes de Poitiers.
En 994, les reliques de saint Martial sont exposées afin d’éradiquer le « mal des ardents » ; ce sont les premières ostensions limousines. L'abbaye de Saint-Martial possède un imposant patrimoine. C'est aussi l'époque de prospérité de l'ordre de Grandmont, fondé par les disciples d'Étienne de Muret. Ces monastères œuvrent, en plus de leur rôle de christianisation, pour l'aménagement du territoire et l'agriculture. Vers l'an 1000, l'Abbaye de Moutier-d'Ahun est fondée par le comte Boson de la Marche.
Le Limousin divisé Au , le Limousin est divisé en plusieurs seigneuries dont les vicomtés de Limoges, Comborn, Ventadour et Turenne qui se partagent le Bas-Limousin et le comté de la Marche qui domine le nord de la région. L'évêque de Limoges est aussi un grand seigneur terrien dans la région de Limoges.
Avec l'essor économique de la fin du et le développement des flux humains et notamment des pèlerinages, les nombreuses abbayes limousines déjà existantes s'agrandissent et de nouveaux ordres religieux s'implantent dans la région. Ainsi sont construites les églises abbatiales et collégiales romanes de Beaulieu-sur-Dordogne, de Solignac, Le Dorat et de Saint-Léonard-de-Noblat ou encore Évaux-les-Bains. L'abbaye du Chalard est fondée à la fin du par Saint-Geoffroi et Gouffier de Lastours. L'abbaye Saint-Martial de Limoges, grâce au développement du pèlerinage vers Compostelle et à l'essor économique et agricole de ses prieurés qui la parsèment, entreprend la reconstruction de son abbatiale et d'une partie de ses bâtiments conventuels. La renommée de l'abbaye doit son origine au développement de l'émail dit champlevé qui orne les châsses et les objets liturgiques, mais aussi aux souvenirs que rapportaient certains pèlerins.
Le pape Urbain II vient prêcher à Limoges la première croisade en 1095. La grande préoccupation de l'Église reste le maintien de la paix avec l'instauration de la « trêve de Dieu ». Les croisades permettent de canaliser la violence des nobles vers l’extérieur.
Au cours des et , s'installent des templiers et hospitaliers, franciscains et dominicains. En 1162, le Limousin passe sous le contrôle des Plantagenêts par le mariage d'Aliénor d'Aquitaine et d'Henri II, futur roi d'Angleterre. Dès lors, la région est soumise à l'autorité anglaise qui participe pour sa part à l'essor artistique et religieux du Limousin. Ainsi, le jeune ordre de Grandmont fondé par Saint Étienne de Muret se propage dans l'Empire Plantagenêt. En 1158, l'évêque Gérard du Cher fonde un hôpital à Limoges qu'il place sous le vocable de saint Géraud d'Aurillac. En 1167, il ouvre le procès en canonisation d'Étienne de Muret qui sera reconnu saint en 1189 par Clément III. D'autres ordres religieux sont créés ou s'installent en Limousin, tels que l'abbaye d'Aubazine fondée par un ermite et affiliée à l'ordre de Cîteaux, et la fondation d'un ordre érémitique près de Saint-Léonard-de-Noblat dont le cœur est le prieuré de L'Artige.
La réduction du diocèse au Haut Limousin et à la Marche Par la bulle « Salvator Noster » du de Jean XXII, le diocèse est démembré avec la création de celui de Tulle, en raison principalement de son extension territoriale. En effet, l'évêque ne pouvait alors fournir tous les services spirituels nécessaires à son diocèse. L'Abbaye Notre-Dame de Tulle devient ainsi siège d'un nouvel évêché pour le Bas-Limousin, et le diocèse de Limoges est réduit au Haut-Limousin et à la Marche. Ces créations de nouveaux diocèses ne sont pas des faits isolés : elles font partie d'un mouvement plus important de réorganisation de l'administration pontificale menée par le pape, qui aboutit à un total de seize nouveaux évêchés dans le sud de la France entre le et le .
Un territoire de conflits vignette|162x162px|Jean de Cros de Calimafort. Avec la guerre de Cent Ans, le Limousin connaît une crise économique profonde. Les territoires limousins constituant une marche entre le duché de Guyenne et le royaume de France, ils subissent les pillages des soldats des armées française et anglaise. Avec la défaite et la capture de Jean le Bon à la Bataille de Poitiers (1356) où meurent Gautier VI de Brienne, Jean de Clermont ou Pierre Ier de Bourbon et le traité de Brétigny, la France donne à l'Angleterre un grand territoire comprenant le Limousin.
En 1370, Jean de Cros, alors évêque, qui était réputé pour être un des proches d'Édouard de Woodstock (Prince Noir), fut contacté par les émissaires du roi de France, Charles V. Le , il ouvrit les portes de la cité aux troupes françaises, commandées par Jean de Berry, déclenchant la colère d'Édouard de Woodstock, qui se trouvait alors à Angoulême. Le , la cité fut mise à sac afin de punir ce qu'Édouard de Woodstock considérait comme une trahison. Une paix précaire s'installe, troublée notamment par la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. Diverses cités trouvent un essor dans les échanges commerciaux en plus des pèlerinages religieux (exemples : Le Dorat, Saint-Junien, Saint-Léonard-de-Noblat).
Cependant, le territoire diocésain est toujours divisé et l'évêque en subit parfois les conséquences. Ainsi, Pierre de Montbrun lors de son épiscopat d'une trentaine d'années visitait à cheval le vaste territoire de son diocèse mais il a dû subir de nombreuses agressions de la part des seigneurs locaux : en 1434 le capitaine du château de Chalucet le retient et le met à rançon ; ses équipages lui sont enlevés à Rougnat le par le chevalier Trolhard de Montvert seigneur de Magnat qu'il doit excommunier ; vers 1444 c'est le vicomte de Turenne qui le fait prisonnier et ne le libère que contre rançon. Cet évêque, vieilli et fatigué, s'adjoint en 1454 un évêque auxiliaire en la personne de Michel Prodolo pour l'assister dans ces visites épiscopales. En 1456, il se dote également d'un vicaire-général, frère Michel de l'ordre des Frères Prêcheurs qui consacre le le monastère conventuel de Notre-Dame de la Règle de Limoges.
L'évêque est à l'origine de la construction de la nef de la cathédrale de Limoges que son successeur Jean de Barton II fera poursuivre.
Au , la réforme protestante se fait ressentir en Limousin, entraînant des conversions qui apparaissent peu nombreuses malgré la propagande de Jeanne III de Navarre dite « d'Albret », vicomtesse de Limoges. Le peuple reste fidèle au catholicisme comme l'illustre le culte de saint Martial. Le Limousin est le lieu de la victoire de l’armée royale sur les troupes de Gaspard II de Coligny à la bataille de La Roche-l'Abeille. Ruinés par la guerre, les paysans s'insurgent contre les seigneurs.
Le renouveau des vignette|gauche|255x255px|Louis Charles du Plessis d'Argentré. vignette|Le palais épiscopal de Limoges, actuel musée des Beaux-arts.
En 1594, Henri de La Marthonie accepte l'installation de récollets à Ussel dont l'église de Saint-Léonard est consacrée le ; et le , il assiste à l'entrée du roi Henri IV à Limoges. Celui-ci installe et impose la paix et protège les paysans ; il permet au Limousin de connaître à nouveau une certaine prospérité. Raymond de La Marthonie continue l'œuvre de son prédécesseur. Il publie des statuts synodaux en 1619 et visite son diocèse en 1622. Il favorise également l'installation de nouvelles congrégations religieuses : Carmélites en 1618, Clarisses urbanistes en 1619, Ursulines en 1620, Feuillants en 1622, Oratoriens en 1624, Carmes déchaussés en 1625. François de La Fayette fait un long épiscopat au . Il institue en 1657 le grand séminaire de Limoges.
La Contre-Réforme entraîne la création de nombreux couvents et ordres religieux, surtout à Limoges. Les laïcs pratiquent la bienfaisance à l'égard des religieux.
Louis de Lascaris d'Urfé est à l'origine de statuts synodaux, d'un rituel et d'un catéchisme. Il soutient ses anciens maîtres sulpiciens contre les jansénistes et écarte ces derniers de son diocèse.
Dans la seconde moitié du , le diocèse est marqué par la personnalité de Louis Charles du Plessis d'Argentré. Celui-ci avait des goûts de luxe, sa table était des plus raffinées et il se faisait servir par des laquais en grande livrée et il entretenait carrosses et chevaux ; mais surtout l'évêque, par ailleurs intelligent et cultivé, se mit en tête de reconstruire somptueusement, selon les plans de Charles-Jean Barbier et de Joseph Brousseau, le palais épiscopal de Limoges à la place du palais du , construit par Jean de Langeac. Il participa donc au démantèlement en 1772 de l'abbaye de Grandmont, dont il visait les bénéfices afin de rembourser ses dettes somptuaires et la construction de son nouveau palais épiscopal ; cela s'effectua dans le contexte des travaux de la Commission des Réguliers (1772) qui avait pour fonction de supprimer les communautés religieuses considérées comme peu rentables.