Black War, la Guerre noire, est un conflit violent entre les colons britanniques et les Aborigènes de Tasmanie, du milieu des années 1820 à 1832, qui entraîne la quasi-disparition de la population autochtone. Plus d'un millier de victimes sont recensées, environ 900 aborigènes et 200 colons britanniques.
Lors de l'établissement en 1803 d'une colonie pénitentiaire en Tasmanie (alors appelée Terre de Van Diemen), la population aborigène est estimée à . Elle est réduite à environ 200 à la fin de la guerre.
Jusqu'aux années 1820, la violence n'est que sporadique et souvent due à l'enlèvement de femmes et d'enfants aborigènes par les colons. Le conflit s'intensifie à partir de 1824 lorsque des guerriers aborigènes résistent à l'expansion rapide des établissements agricoles sur leurs terres ancestrales. En 1828, les Britanniques proclament la loi martiale et, en 1830, tentent sans succès de chasser les Aborigènes des districts colonisés, lors d'une opération militaire appelée Ligne Noire. Au cours d'une série de « missions amicales » menées en 1830 et 1831, George Augustus Robinson obtient la reddition des derniers combattants.
La loi martiale est levée en et les Aborigènes survivants sont déplacés hors de la Tasmanie continentale et relégués dans l'établissement de Wybalenna sur l'île Flinders. Les maladies infectieuses et un faible taux de natalité réduisent la population aborigène de Wybalenna à 47 personnes lors de sa fermeture en 1847.
Si l'interprétation historiographique du conflit a varié, le consensus au début du tend vers une qualification de génocide.
Prémisses du conflit Bien que la chasse commerciale aux phoques en Terre de Van Diemen commence à la fin de 1798, la première présence européenne significative sur l'île date de , avec l'établissement d'un petit poste militaire britannique à Risdon Cove, au bord de la rivière Derwent près de l'actuelle Hobart, sur le territoire d'un clan de la Oyster Bay nation.
Au cours des mois suivants, plusieurs affrontements se produisent avec des clans aborigènes, des coups de feu sont tirés et un jeune garçon aborigène enlevé. David Collins, premier lieutenant-gouverneur de la colonie, arrive en 1804 muni de directives de Londres stipulant que tout acte de violence contre les Aborigènes serait puni. Mais il ne les officialise pas, maintenant un cadre juridique flou.
Le , des soldats, des colons et des bagnards de Risdon Cove ouvrent le feu avec fusils et canon sur un groupe de quelques centaines d'Aborigènes, hommes, femmes et enfants, à la poursuite de kangourous, les considérant comme hostiles étudie l'événement en détail. D'après les témoins, entre trois et cinquante Aborigènes périssent. L'historien , qui étudie l'événement en détail, apprend que l'officier en charge et que
Seuls trois affrontements hostiles sont recensés officiellement au nord de l'île avant 1819, bien que l'explorateur John Oxley déclare en 1810 que des bagnards infligent de aux Aborigènes, ce qui provoque en retour des attaques contre des chasseurs blancs isolés. Cette analyse est confirmée par le gouverneur de Nouvelle-Galles du Sud Lachlan Macquarie qui, au retour d'une mission d'inspection en 1814, regrette que
Les colonies de Tasmanie se développent lentement jusqu'en 1815, mais les conflits avec les Aborigènes s'intensifient, principalement en raison de meurtres sporadiques, de la chasse pratiquée par les colons et de l'enlèvement d'enfants aborigènes pour en faire des domestiques. Ainsi, en , la tribu d'Oyster Bay tue un nommé John Kemp à l'aide de lances. La presse relate la cause de l'incident en ces termes :
La colonisation s'intensifie entre 1820 et 1830. On ne compte que Européens en Tasmanie en 1820 ; dix ans plus tard, ils sont plus de . Durant cette même période, de vastes étendues de terres – plus de – sont concédées, et en 1830, plus de sont en culture. Le cheptel ovin passe de à plus de , et celui de bovins à plus de . La plus forte expansion se produit le long des vallées fluviales au nord de Hobart et au sud de Launceston. Les deux vagues de colonisation se rejoignent dans les Midlands, région où les brûlis aborigènes ont créé des paysages aussi attrayants pour les éleveurs que pour les chasseurs. Cette zone inclut des terres traditionnelles de plusieurs nations aborigènes, mais le déplacement des colons du nord au sud perturbe les voies de passage traditionnelles et les migrations saisonnières d'est en ouest, de la côte au Plateau central. Comme le résume ,
Les incidents sont devenus légion. En 1815, après la destruction de 930 moutons, un détachement du 48 régiment abat 22 Aborigènes. Quand un missionnaire visite Hobart en 1819 et s'étonne de ne pas voir d'Aborigènes, il s'entend répondre qu'ils sont tués dès qu'ils sont aperçusCité par . En 1824, deux Aborigènes capturés sont accusés de meurtre et pendus. Le contexte ne leur est pas favorable : l'homme politique australien William Wentworth considère qu'ils sont , le voyageur écossais James Dixon qu'ils sont et les colons les comparent à des orang-outans.
Guerre
Déclaration de guerre alt=Tribus aborigènes|droite|vignette|Répartion des tribus aborigènes En , George Arthur prend le poste de gouverneur de Tasmanie, qu'il conserve pendant 12 ans. Il arrive du Honduras avec une réputation de rigueur et d'opposition déclarée à l'esclavage. Sa tâche est à la fois de gérer une colonie pénale et de permettre à la colonisation de se développer. Il ne considère pas les Aborigènes comme des , mais est persuadé qu'il est possible de les civiliser en les christianisant. Arthur publie une première proclamation le , rappelant que Mais les Aborigènes comprennent mal ces droits et n'y croient pas. Les Européens ignorent les ordres, car tous savent que le témoignage des autochtones n'a aucune valeur devant un tribunal et sont tout aussi convaincus qu'aucun témoignage anglais ne sera présenté en faveur des Aborigènes.
À l'époque, l'attention principale du gouvernement est focalisée sur la violence et le pillage des bandes de brigands, si importants en 1825 que les colons abandonnent leurs propriétés isolées pour se réfugier dans les deux villes principales. Arthur, craignant que les ravages des bandits armés ne menacent l'avenir de la colonie, en fait sa priorité et réussit à régler le problème en 1826. Cependant, les violences continuent : 16 Aborigènes sont tués en , trois colons à l'automne 1826 et deux Aborigènes sont pendus. Le journal Colonial Times préconise alors le déplacement de tous les Aborigènes des districts colonisés vers une île du détroit de Bass.
Arthur adopte une autre approche et proclame le que Il augmente en conséquence le nombre de policiers et établit des postes militaires à l'intérieur des districts colonisés. Il s'agit d'une forme de déclaration de guerre devant amener les Aborigènes à se rendre, mais ceux-ci répondent par des tactiques de guérilla.
Intensification des combats Pendant l'été austral 1826-1827, les clans de Big River, Oyster Bay et North Midlands ne cachent pas leur intention de chasser les bergers et leurs troupeaux de leurs territoires historiques de chasse. Leur présence les prive de ressources alimentaires, et les pousse à attaquer les fermes isolées, à la recherche de nourriture.alt=Représentation par Samuel Thomas Gill d'un raid punitif nocturne sur un camp aborigène|vignette|Représentation par Samuel Thomas Gill d'un raid punitif nocturne sur un camp aborigèneL'ampleur exacte des combats et le nombre de victimes est difficile à évaluer précisément. Tous les incidents ne sont pas rapportés, et quand ils le sont, ils omettent souvent de citer le nombre de victimes aborigènes. Ainsi, le , un groupe d'indigènes est aperçu près de Pittwater. Le constable du district et quatre soldats se lancent à leur poursuite et en capturent dix, dont leur chef, Kickerterpoller. L'incident est relaté ainsi dans deux journaux de Hobart une semaine plus tard, mais en , le constable d'alors déclare qu'en fait 14 indigènes avaient également été tués lors de cet incident.
Les circonstances exactes des combats sont souvent dissimulées. Les représailles qui suivent le meurtre en de deux bergers près de Campbell Town sont rapportées dans la presse comme une embuscade en plein jour tendue par un groupe important d'Aborigènes armés de lances et de pierres, forçant le petit détachement britannique à riposter en état de légitime défense, en blessant quelques-uns avant que les autres ne prennent la fuite. Cependant, des preuves ultérieures ont démontré qu'il s'agissait en réalité d'une attaque planifiée contre un campement aborigène sans défense, au cours de laquelle jusqu'à quarante Aborigènes, hommes, femmes et enfants, sont tués. En , le Colonial Times relate un incident pendant lequel soixante indigènes auraient été tués, alors que la version officielle était d'un seul blessé. Entre le et le , au moins 70 attaques aborigènes sont signalées, faisant 20 morts parmi les colons, sans que le nombre d'Aborigènes tués soit connu.
Proclamation de démarcation Le est publiée une proclamation qui divise l'île en deux parties, l'une réservée aux européens, l'autre concédée aux Aborigènes. Comme le fait remarquer Bonwick,
Du 22 aout au , sont recensées 37 attaques aborigènes, faisant 15 morts parmi les colons.
Loi martiale Sous la pression des colons et de la presse (le Colonial Advocate se demande ), Arthur proclame la loi martiale le . Les Aborigènes sont à présent considérés comme des ennemis du roi, en état de guerre contre lui. Les militaires peuvent appréhender ou tirer sur tout Aborigène qui leur résisterait dans la zone réservée aux Européens. Un décret ultérieur offre une récompense de cinq livres pour la capture d’un adulte aborigène et de deux livres pour un enfant.
Des affiches sont apposées dans le bush :
Les combats se poursuivent et, en , la presse rapporte que soixante Aborigènes et quinze colons ont été tués dans les quatre mois précédents. Le chef est capturé, mis en prison pendant un an avant d'être forcé de servir comme guide aux groupes itinérants envoyés à la recherche de ses congénères. À l'hiver 1829, toute la partie sud des districts colonisés est une zone de guerre. Les membres de la tribu d'Oyster Bay ne cachent pas leur objectif : se procurer de la nourriture et forcer les colons à quitter leurs zones de chasse. Le journaliste , qui participe pourtant à la poursuite des aborigènes, résume le conflit : Entre août et , 19 colons sont tués et Arthur doit reconnaître que Il établit un Comité Aborigène, présidé par l'évêque d'Australie , chargé de lui faire des recommandations quant à la poursuite des opérations. Le Comité considère que les Aborigènes et qu'en conséquence il est nécessaire d'intensifier les opérations militaires.
Black Line Le , Arthur proclame la levée en masse afin de mettre en place, à partir du , une chaîne humaine destinée à chasser devant elle les Aborigènes présents dans les districts colonisés, de manière à les repousser jusqu'à la péninsule de Tasman, qui serait transformée en réserve.
La Ligne Noire, s'étendant sur 190 kilomètres, est composée de soldats, bagnards et volontaires d'abord enthousiastes, puis gênés par le terrain difficile et la pluie incessante. L'opération dure jusqu'au , mais n'aboutit à rien, les aborigènes, forts de leur connaissance du terrain, ayant pu facilement se soustraire à la poursuite. .
L'opération coûte plus de , soit près de la moitié du budget annuel de la colonie, en équipement (900 mousquets, 2000 paires de chaussures, 640 pantalons) et en nourriture (900 g de farine, 680 g de viande, 85 g de sucre et 15 g de thé par jour et par personne)
Même si son bilan est maigre, la démonstration de force a conduit les Aborigènes à se diviser en tout petits groupes, à la recherche désespérée de nourriture. Les survivants de la guerre sont devenus si peu nombreux qu'ils commencent à se rendre à partir de décembre. La loi martiale est levée en .
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